Voir Murr., a Hist. chronol. et descript. de Nuremberg
310 ANNALES ARCHÉOLOfxIQUES.
j'ai vu Charles X en aube véritable, serrée par une ceinture. Seulement cette aube était en étoffe d'argent et non de lin. Nos rois étaient chanoines de Saint- Martin de Tours et de Saint-Hilaire de Poitiers. Nous avons donné , dans ce premier volume des < Annales», page 39, la description contemporaine et inédite d'une chape brodée pour le roi Charles Vil, qui, chanoine de Saint-Hilaire, devait la porter dans la célèbre collégiale. Charlemagne et le roi Robert chantaient au chœur; ce dernier composait des hymnes, paroles et musique. Tous ces faits et bien d'autres semblables sont certains ; mais il n'en résulte pas certainement que la dalmatique ait été destinée aux empereurs lorsqu'ils chantaient l'épître le jour de leur couronnement. La dalmatique a peut-être fait partie d'un ornement complet, composé d'une chasuble , d'une dalmatique et d'une tunique; peut-être et même probablement a-t-elle été autrefois une chasuble qu'on aura rognée en dalmatique. Il ne serait pas difficile d'indiquer les sujets, les tableaux qui ont pu être brodés sur la dalmatique et la tunique. Dans ce cas, cet ornement, vraiment pontifical pour sa beauté , aurait servi au pape et aux diacres et sous-diacres qui l'assistaient dans les grandes solennités.
Rien n'est plus sujet à contestation que ces attributions à des hommes illustres d'objets précieux, qu'on semble rehausser encore en leur donnant, pour auteurs, patrons, donateurs ou premiers possesseurs, des personnages célèbres. Combien de cornes à boire ont été dites oliphants de Roland ! combien d'étriers quelconques ont été ceux que François I" perdit à Pavie en gardant l'honneur ! Toutes les lorgnettes, toutes les redingotes grises, tous les petits chapeaux, toutes les épées qu'on attribue à Napoléon , rempliraient des boutiques d'opticiens, de tailleurs, de chapeliers et d'armuriers. Le surnom d'impériale donné à la dalmatique n'offre peut-être pas plus de garantie; mais nous devions le garder, en faisant toutefois les réserves qu'exige le bon sens.
On dit que la dalmatique a été conservée dans le trésor de Saint-Pierre pendant la résidence des papes à Avignon. La preuve qu'on en donne, c'est que Colas Rienzi, entrant à cheval dans la sacristie de Saint-Pierre, en 1347, s'y habilla en empereur; il mit la couronne sur sa tête , la dalmatique sur son armure et , le sceptre en main , fit sonner les trompettes pour annoncer sa venue impériale au légat, qu'il alla trouver dans le palais pontifical. Mais cette dalmatique est-elle la nôtre? Il y a tout à fait lieu d'en douter, puisque Muratori, qui raconte le fait *, dit que la dalmatique était couverte de perles , et qu'il n'y
a pas une seule perle sur la nôtre.
DIDROiN.