ORNEMENTATION DV MOYEN AGE
chapelle du château de Neunburç, à Friburg-sur-l'Unstrut ; un pilier de grès, flanciué sur ses faces de quatre colonnes de marbre noir (7 1/3 d'épaisseur sur 6,6. 3/ A. de hauteur). Les quatre chapiteaux relient leurs astragales et confondent leurs sommets. L'ornementation , or sur fond blanc et vigoureusement détachée, consiste en tiges qui se bifurquent en s'entrecroisant, puis enroulent et déroulent en retombant leurs triples spirales. Autour du tailloir, court une guirlande analogue, et le tout est d'un seul bloc de grès blanc de 1,10 1/2 p. de hauteur. Cette masse, si artistement ouvrée , projette quatre arbalètes et autant d'arcades à plinthe ravalée, aboutissant aux angles et aux points médians des parois intérieures de la chapelle ; la retombée de ces arcs s'opère sur des demi-colonnes avec chapiteaux non moins riches, mais ingénieusement variés. Il nous resterait à louer et décrire une douzaine de chapiteaux des xi% XII* et xiir siècles ; mais passons à une autre spécialité monumentale , dont le recueil de M. Heideloff contient des exemplaires d'élite.
Les fonts baptismaux de l'église Saint-Amand , à Urach (1518) , offrent en buste huit personnages de l'Ancien Testament, portraiturés , comme on le prétend , à la ressemblance des seigneurs de la cour du duc Éberard le Barbu , qui serait représenté lui-même en Josué. Les fonts de la cathédrale Sainte- Marie-de-Reutlingen sont pourvus de bas-reliefs habilement traités et figurant les sept sacrements; des faisceaux de colonnettes engagées, surmontées d'apôtres , séparent les panneaux dont l'encadrement se complète à la partie supérieure par un décor ogival et capricieux. Les fonts de Grimenthal ( fin du xiv* siècle) méritent une étude à part. La base quadrangulaire supporte un bassin octogonal , dont les huit faces comptent un double rang d'arcades ogivales superposées en sens inverse, c'est-à-dire réunies par leurs sommets brisés. Les entre-deux en losange sont occupés par des bustes de saints ; les tympans inférieurs, par des animaux et des feuillages curieusement entrelacés; les tympans supérieurs , par des histoires sacrées, des symboles et les attributs des évangélistes.. Nous citerons le crucifiement : deux larges tiges géminées forment, en s'allongeant, l'arbre où pend le corps du Sauveur; elles se bifurquent à leur extrémité pour recevoir les bras du Christ et elles retombent en «pleureuses». Un enroulement de la même tige sert de voile à la nudité de l'Homme-Dieu, qui est dépouillé comme un esclave. D'autres encore, se détachant de la base, englobent les bustes de Marie et de saint Jean évangéliste. Ce qui nous frappe dans ce petit tableau , c'est la remarquable expression des trois têtes. Celle du Christ est pleine de mansuétude. En ce moment , le glaive aux sept pointes ne se retourne pas au cœur de Marie ; elle est en prière. Jean , soutenant de la main son front incliné, semble scruter du regard une vision lointaine. Nous croyons I. 40
3li ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
saisir la pensée de l'artiste : Voila votre fils I Voila votre luàRs! Après ces paroles, gage du salut du monde, la divine Mère invoque son fils mourant pour sa nouvelle famille; le disciple bien-aimé entrevoit l'avenir régénéré delà race humaine. Sainte poésie! digne ornementation du vase qui reçoit les ondes du baptême. Ce petit bas-relief, aussi naïvement conçu que naïvement exécuté, résume ainsi le grand mystère de la rédemption et fait vibrer en nous cette fibre» qui reste muette devant le Jupiter-Tonnant, la fibre chrétienne. Mais, dit-on, la plastique du moyen âge n'atteint pas à l'idéal de l'art grec : « Suum cuique »• D'ailleurs, elle y atteint parfois sans mentir, sans cess«r d'être elle-même » et par le fait seul de l'inspiration. C'est ce que nous prouverons par un basrelief de l'église Notre-Dame de Rotweil { bâtie de 1364 à 1473) , dans la Forêt-Noire.
Dans un tympan d'ogive (dessus de porte) sont représentés de profil , face à face et les genoux en terre, un chevalier et sa fiancée , au moment où le noble preux , se disposant sans doute à quelque aventureuse expédition , va passer au doigt de sa bien-aimée l'anneau, gage de fidélité durant l'absence. Le chevalier, éperonné, l'épée ceinte, maillé jusqu'à la pointe des pieds, est, en outre, revêtu d'une cotte d'armes frangée et dont l'échancrure latérale laisse entrevoir la jambe ag^ouillée ; le bras est longitudinaleooent appuyé sur le genou plié à demi. La fiancée, placée en sens inverse et dans la même position, porte sur une coiffure à la Madone un voile assajetii par une cou^ ronne de fleurs. Mais, dans le désordre de cet adieu,, un côté de la soyeuse chevelure s'est échappé, et, faisant fond de toile, donne en relief un ravissant profil qui ne compte guère au delà de seize printemps. La robe, ample unazone, couvre entièrement la jeune fille, à partir du buste; mais elle accuse la pose par l'ondulation en retraite de la draperie. La queue, ramenée en arrière» contourne la taille et vient se rabattre au premier plan, en triple draperie perpendiculaire. Cela n'a rien de raide ni d'empesé, comme on pourrait le croire; le rebord du voile offre le même agencement de plis étages en ligue droite et non moins heureusement traités. Quant aux profils de ces jeunes amants ,^ tra* ces avec une grande pureté, nous les dirons admirablement beaux de loyauté, de candeur et d'innocence. Le jeune couple accomplit une action sainte : les mains tremblantes hésitent à s'enlacer. Ce sont de chevalea^esqoea et de chrétiennes amours. « Ce bas-relief, dit M. Heideloff, endomma^ en quelques parties, est représenté en état restauré, uniquement à cause de sa belle con€e{H tion. » Nous ignorons sur quelles parties porte la restauration; mtm^ eu égard au mérite éminent du spécimen, on peut, avec une confiance «ntisère, oondure du connu à l'inconnu.