‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 46 sur 82 · ORNEMENTATION DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

ORNEMENTATION DU MOYEN AGE

La sculpture sur bois fut un genre privilégié aux époques sacerdotales. Jadis peuplant tes cathédrales de merveilles colossales, puis condamné à ne peupler que des bottes à joujoux d^enfants, enfin réhabilité de nos jours par un artiste belge , cet art participera au bienfait de la renaissance ogivale. M. Heideloff consacre une livraison entière au magnifique prie-Dieu que le comte Éberard de Wurtemberg fit exécuter au retour de la croisade (H72) ; prie-Dieu en fin bois de chêne, Tun des monuments les plus splendides, les plus fleuris qu'on puisse imaginer. Trône digne d'un évêque , moins toutefois le sujet représenté au panneau extérieur de l'accoudoir : singulier choix ! on a pris la scène où Noé ivre s'endort et se découvre; c'est peut-être, comme le croit M. Heideloff, pour stigmatiser le vice de Tivrognerie. On dit que ce prie-Dieu, placé à gauche de l'autel , faisait face à celui du prévôt. Ce dernier, offusqué d'un pareil pendant, fit opposition; mais Éberard, d'autant moins disposé à reculer qu'ail inscrivait sur son écusson, Attempo, n'en tint compte et voulut qu'un emblème parlant témoignât du zèle du prévôt et de son chapitre à cultiver la « vigne du Seigneur ». Supposition toute gratuite et inventée après coup.

Dans le vieux château du Hohen-Tubingen, M. Heideloff a trouvé, digoînte en quatre pièces, une porte à décoration polychrome (fin du xV siècle). Ailleurs, à force de racler le badigeon, il avait découvert un spécimen de peinture du xr siècle. C'est un bel ornement vertical, un feuillage traité en manière de frise avec emploi simultané des couleurs suivantes : brun foncé, bleu verdâtre, couleur brique, jaune, jaune foncé et nuancé, vert. — Un mot de notre porte. En bois d'érable et de forme cintrée, l'unique battant est garni dans tout son pourtour d'une ferrure à jour, dorée sur fond de velours noir. Le plein est revêtu de velours cramoisi, avec semis de clous dorés ert disposés en losange. Les ferrures transversales, ouvrant trois panneaux, représentent des chasses en or sur fond vert; enfin le tout s'emboîte dans une arcade romane surhaussée, fond bleu azur, relevée par un fût enroulé de feuilles de vigne. La corniche est ouvragée en marqueterie ; elle supporte un couronnement crénelé. Avis aux faiseurs de châteaux du moyen âge ; puisque nous y sommes, nous leur proposerons une autre pièce d'ameublement. C'est un poêle ogival, en terre cuite vernissée, de dix pieds de haut. Or il faut savoir que les maîtres potiers, Metzger et Gruber, de Nuremberg, où s'illustrèrent jadis en ce genre Glocken- THON, Prunner, Renz, ctc. , etc, en livrent au prix de 70 à 88 florins, copie conforme et couleur à volonté '.

4 . Nous avons vu à Nuremberg, dans les salles du château, de ces magnifiques poêles des xv*', XVI* et xvii« siècles, les uns en style ogival, les autres en style de la renaissance, tous remarquablement modelés et représentant, outre une ornementation de plantes et d'animaux, diverses scènes

Nous avons recommandé suffisamment, croyons-nous, l'entreprise de M. Heideloff. L'exécution des gravures sur acier ne laisse rien à désirer. Le texte abonde en données aussi intéressantes qu'instructives sur les monuments ^ les artistes et les procédés techniques de l'art. Ainsi apprenons-nous que le célèbre fondeur, Pierre Fischer, modelait en cire. S'agissait-il d'un monument de grande dimension, il avait recours à un figuriste en bois, et vraisemblablement à ViTUS Stofs, auquel il faut, en pareil cas, faire honneur du projet, du dessin et de la forme. Plusieurs monuments, qui ont jusqu'à présent échappé à l'observation, se réclament indubitablement de V. Stofs, tout à la fois peintre, dessinateur, figuriste et architecte. Il serait seulement à souhaiter que la traduction^ placée en regard du texte allemand, ne fût pas écrite en un français à faire frémir, et de nature à n'être à peu près intelligible qu'aux lecteurs versés dans l'idiome de nos voisins. Soyons indulgents, car, en France, nous faisons parfois de plaisantes traductions des ouvrages allemands. On exploite au bord du Rhin un tuf dit « Weiberstein », c'est-à-dire pierre du village de iWeibernn », lequel mot signifie < femmes» ; un minéralogue traduit : f tuf femelle ». L'essentiel est de s'amender, et c'est ce qu'on a fait dans la huitième livraison. Dès lors rien ne s'oppose au légitime succès que l'archéologue d'outre-Rhin est en droit de

se promettre.

Baron Ferdinand DE ROISIN.

de rhistoire religieuse ou civile et de rallégorie. Ud poêle de ce genre est un monument véritable. Sur Tun, ayant une haute base carrée qui porte un octogone, on voit la plupart des faits et des personnages de TAncien Testament. L'impression qu'il me fit et que j'ai consignée dans mes notes de voyage, c'est qu'il avait l'air d'une tour de Babel historiée et vernissée. Il est du xvi* siècle et en style de la renaissance. C'est avec grande raison que le roi Louis de Bavière fait conserver ces. poêles comme de curieux et parfois précieux monuments historiques. [Note de M. Didron )

Nos amis ou nos souscpripteurs nous ont envoyé des documents nombreux qui pourraient se ranger à peu près tous dans différents chapitres auxquels nous imposerions pour titre : « Vandalisme. — Conservation. — Restauration.

— Découvertes archéologiques. — Mouvement archéologique. — Étude et description des monuments. — Iconographie. — Épigraphie. — Orfèvrerie.

— Musique ancienne. — Artistes anciens. — Bibliographie. » Nous avons sur le vandalisme un nouveau chapitre plus considérable encore que les deux précédents qui déjà grossissent nos « Annales ». On ne se lasse pas de détruire, de mutiler, de restaurer, d'enlaidir, de déformer, de vendre, les plus belles œuvres de l'art, les plus curieux monuments de l'histoire. Mais, d'un autre côté, le zèle archéologique, les fouilles, les investigations produisent presque autant de monuments qu'on en détruit. Il ne peut pas y avoir compensation , car la perte d'un être chéri est rarement réparée par l'arrivée d'un nouveau venu ; mais, du moins, c'est un adoucissement au mal.

Suivant la loi physique, le mouvement scientifique et archéologique s'accroît en vertu du carré de la distance et du temps. Non-seulement on étudie et l'on reproduit, par le dessin, l'histoire et la description, les monuments nationaux ; mais encore on en bâtit sur le modèle des anciens, et quelques-uns de ces nouveaux leur ressemblent comme des fils à leur père. C'est une véritable et savante génération archéologique. M. de la Saussaye, correspondant de l'Institut, contribue à l'érection d'une chapelle en style roman à Cormeray, près de Blois. M. Xavier de Quirielle nous écrit de Montbrison sur une chapelle qu'il a fait bâtir en style du xv* siècle. M. l'abbé Roux, de Feurs, nous apprend qu'on élève en ce moment dans l'église de Feurs une chapelle dédiée à la sainte Vierge, en style ogival. M. l'abbé Duthilt, d'Arras, nous envoie des dessins et nous demande des conseils sur une église dont il a surveillé les travaux et

qui est en style ogival. M. de Lassaulx, architecte du gouvernement prussien à Coblentz , nous donne de nombreux renseignements sur les constructions religieuses qu'il a faites sur les bords du Rhin et de la Moselle. M. Lassus vient de poser la première pierre de la grande église de Saint-Nicolas, à Nantes, qui est destinée à rappeler certaines parties de la cathédrale de Chartres. Quelques-uns de nos amis viennent de concourir à Toulouse pour la construction d'une grande église en ogive ou en plein cintre roman. Reims va sans doute avoir une église gothique nouvelle, et Châlons-sur-Mame, excité par un des grands vicaires du diocèse, désire vivement qu'on lui en bâtisse une du xiii* siècle sur le terrain sacré de Saint-Memmie. Le département de la Marne, grâce au zèle de M. le préfet Bourlon de Sarty, de Mgr l'archevêque de Reims et de Mgr Tévêque de Châlons, est un département modèle en fait d'archéologie. Les cinq Comités archéologiques qui siègent à Châlons, Reims, Épernay, Sainte-Menehould et Vitry, se relient à la commission centrale de Châlons, qui a tenu sa séance annuelle le 12 du mois d'août. Cette séance, présidée par M. le préfet, a été signalée par d'importantes communications. A l'Académie de Reims, l'archéologie est accueillie avec une prédilection marquée, et la séance du 16 août, qui était présidée par Mgr l'archevêque, et à laquelle nous avons eu l'honneur d'assister, était d'un intérêt que n'offrent certainement pas les réunions de nos Comités historiques et de nos Académies de Paris. M. Duchesne, un savant numismate, a proposé la fondation d'une chaire d'archéologie au collège royal de Reims. M. Lucas, jeune notaire de Reims, a lu un rapport sur la découverte récente d'un tombeau gallo-romain. Il a fait passer sous les yeux des membres de l'Académie des tresses de cheveux magnifiques, enfermées dans un vase de verre , et une intéressante sculpture en bronze. J'ai vu, chez M. Duquenelle, membre de l'Académie de Reims, une des plus belles médailles romaines en or qui existent; on l'a trouvée, dit-on, dans la bouche de cette femme dont M. Lucas a montré les cheveux^ et qu'on a exhumée de l'ancien cimetière de Saint-Nicaise.

Chasse de saint Louis, a la Mointjoie. — Sur des renseignements, dont la précision même ne nous pennettait pas de suspecter l'exactitude, nous avons annoncé, dans notre dernière livraison des «Annales», que la châsse précieuse de la Montjoie, qui renferme des reliques de saint Louis, était à vendre il y a peu de temps encore. Si nous avions songé un seul instant que la Montjoie appartenait au diocèse d'Agen, nous aurions été complètement rassuré à cet égard. Nous savons en effet tout ce que Mgr de Vesins, évêque d' Agen, a déjà réalisé et se propose de faire encore en faveur de nos monuments de

l'art ou de l'histoire. Nous n'avons donc pas été surpris de recevoir la réclamation suivante, à laquelle nous sommes heureux <ie faire droit ;

c Agen, I août 4814.

« Monsieur,

« Les « Annales Archéologiques » dirigées par vous sont lues avec le plus grand intérêt dans le diocèse d'Agen, comme partout où on les reçoit. Elles ne peuvent qu'aider puissamment le mouvement archéologique qui se propage tous les jours. Mgr l'évêque d'Agen attache particulièrement beaucoup de prix à cette publication, et il s'en servira avec fruit pour son petit et son grand séminaires.

« J'ai cru, monsieur, devoir vous faire une observation sur la quatrième livraison de vos « Annales» . A l'article intitulé, « Actes de Vandalisme » , vous avez cité l'église de la Montjoie, entre Agen et Condom, comme possédant une châsse où reposent des reliques de saint Louis. Après avoir décrit cette châsse, vous dites « qu'on voulait la vendre il y a peu de temps, mais qu'on espère que le * scandale donné par l'aliénation de la châsse de la Guène, sauvera le reli- « quairede la Montjoie. » En lisant cet article, Mgr l'évêque d'Agen n'a pu s'empêcher de manifester son étonnement, attendu que, faisant lui-même la visite de cette église, il y a trois mois, il a admiré la châsse que vous indiquez parfaitement ; il en a reconnu les beautés et a fait insérer dans le procès-verbal de sa visite, dont je vais vous adresser un extrait, tout ce qui se rattache à ce précieux dépôt. A cette époque, aucun membre de la fabrique n'a parlé du projet de vente que vous signalez. Le curé de cette paroisse se serait bien gardé d'émettre une pareille opinion, si loin de sa pensée. Par conséquent, il m'est impossible de supposer que vous ayez été bien renseigné sur ce point. De plus» je crois pouvoir affirmer que l'aliénation de ce précieux objet serait impossible aujourd'hui » à cause de la surveillance exacte exercée dans le diocèse d'Agen sur toutes les antiquités qui appartiennent aux églises. Les diverses circulaires de Mgr l'évêque sont une garantie suffisante de sa vigilance. J'ai l'honneur de vous annoncer aussi l'envoi de ces circulaires.

« Comme nous avons la certitude cpie vous ne voulez pas seulement flétrir les actes de vandalisme, mais que vous voulez aussi encourager les mesures qui ont pour objet de les prévenir, j'ai cru que vous recevriez avec intérêt les détails que je viens de vous donner. J'ai l'honneur, etc.

«DEYCHE,

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