‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 50 sur 82 · SAINT RONAN · texte numérisé non relu

SAINT RONAN

M. Lassus, qui vient de faire un assez long voyage en Bretagne, après avoir posé la première pierre de la grande église, en style gothique du xnr siècle, qu'il construit à Nantes, nous écrit la lettre suivante, qu'on ne lira certainement pas sans intérêt.

a Quimper-Corentin, 46 août 1844.

« Monsieur le Directeur,

« Bien que vous ayez ouvert les colonnes de votre journal aux opinions diverses, bien que vous ayez encouragé toutes les justes réclamations, ce n'est pas sans quelque crainte cependant que je vous adresse cette lettre datée d'une ville sur laquelle on s'est plu si souvent à déverser le ridicule le plus amer, et, à mon avis, le moins mérité; car, je vous l'avouerai en toute franchise, je ne connais rien de plus charmant, je n'ai jamais vu de ville plus agréablement située que celle de Quimper, avec son gracieux canal, ses belles promenades dominant tout le pays, ses costumes si divers et si pittoresques de coupe, si séduisants de forme et si variés de couleurs. Vraiment j'ai beau chercher, je ne vois rien de ridicule dans cette ville, à part, il faut le dire, les affreux éteignoirs en plomb dont on a coiffé les deux tours de la cathédrale ; quant à ces excroissances, je les abandonne complètement. On assure, ici, que cette spirituelle invention et cette imitation en grand du meuble domestique susénoncé , est le fait de l'un de ces messieurs les ingénieurs. Ne pensez-vous pas avec moi. Monsieur, qu'il faut que le génie soit terriblement sûr de lui pour ne pas craindre de se montrer à nous sous une semblable forme. Si j'étais quelque chose à Quimper, évêque, préfet, maire ou conseiller municipal, je ne prendrais pas un instant de repos tant que cette affreuse superfétation continuerait à déshonorer le premier édifice de la ville; car Quimper est une jolie ville, je vous le répète, et Corentin un très-grand saint.

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