SAINT RONAN
« Du reste, saint Corentin n'est pas le seul, et son conteniporain, saint Ronan, fut un illustre évêque qui aujourd'hui repose en paix dans la crypte de l'intéressante église de Loc-Ronan-du-Bois, à environ trois lieues de Quimper. Il y a huit jours, je ne connaissais pas encore cette dernière ville. J'étais tout simplement assis à Quimperlé, dans l'auberge du Saumon, et me préparant à prendre le repas du soir, lorsque je vis arriver un jeune gaillard aux moustaches relevées, vêtu d'une blouse et armé d'une boîte de couleurs, un véritable artiste. C'est avec lui que je vins à Quimper, et c'est grâce à lui que je pris le chemin de Loc-Ronan. Quel pays accidenté I Fort heureusement les ingénieurs, qui nivellent si bien toutes les rues de la capitale, et qui déchaussent si agréablement nos maisons, pour transformer les caves en boutiques et les boutiques en appartements à plusieurs étages, ne sont pas près de passer par ici.
« Après deux bonnes heures employées à gravir les coteaux , à franchir les vallées, à découvrir chaque fois de nouveaux paysages, à voir de distance en distance quelques-uns de ces blancs clochers à jour, si nettement découpés sur un fond de verdure, nous vîmes surgir du fond de l'une de ces vallées, non loin de la jolie baie de Douarnenez, la tour carrée de Loc-Ronan. Quelques instants^ après nous visitions cette intéressante église, placée sur un plateau peu élevé et dont la belle flèche a été malheureusement détruite par la foudre. En traversant le bourg, nous nous étions arrêtés, surpris de la recherche que présentent presque toutes les maisons ; nous étions étonnés devant toutes ces façades en pierre de taille, et qui même souvent sont ornées de quelques sculptures. Malheureusement, semblables à ces beaux fruits que le ver a piqués au cœur, toutes ces tristes habitations n'ont plus que l'enveloppe et servent aujourd'hui de refuge à la plus affreuse misère. Presque partout les planchers sont défoncés, les cloisons renversées, les combles à jour, et tous ces pauvres propriétaires ne peuvent rien pour réparer leurs maisons , rien pour améliorer leur sort; l'industrie les a ruinés en leur enlevant leur seule ressource, le tissage des toiles à voiles I
« A peine entrés dans l'église, notre attention fut détournée par un léger cri poussé non loin de nous : c'était celui d'un nouveau-né auquel on administrait le baptême. Suivant les anciennes traditions, il était enveloppé dans un large ruban enroulé qui lui serrait les bras contre le corps; quant aux parrain et marraine ils portaient le costume si pittoresque des habitants du pays, l'un ie « bragou-braz » (culotte très-large), l'autre le jupon plissé («broz »out losten»). La cérémonie terminée, le recteur (le desservant) vint à nous et s'empressa de nous montrer toutes les curiosités de son église. Ce brave recteur est un excellent homme, et l'un des plus zélés que nous ayons rencontrés. C'est
un digne ecclésiastique, comprenant très-bien toute l'importance du monument qui lui est confié : malheureusement il se trouve dans une localité sans ressources, et l'église est à peu près dans le même état que les habitations du bourg. Des voûtes défoncées, des murs perdus d'humidité, des vitres brisées, tel est le spectacle qui frappe et attriste le visiteur; et cependant ce monument présente un véritable intérêt. Construit en entier vers la fin du xV siècle, il se compose de deux parties distinctes, l'église d'abord, et puis la chapelle du Penity (lieu de pénitence), fondée sur le collatéral du midi. Cette petite chapelle , qui forme à elle seule un véritable monument avec sa porte d'entrée particulière, ses fenêtres, son pignon et son clocher, a été évidemment élevée sur les fondations d'une ancienne construction. Un fait certain, c'est que dessous il existe une crypte; nous n'en voulons pour preuve que la dalle placée au centre de la chapelle, au-dessus de la clef de la voûte inférieure, et sur laquelle l'artiste breton a gravé une véritable clef, un rébus en sculpture religieuse ! On assure que ce souterrain contient encore les restes de saint Ronan et qu'il n'a jamais été ouvert. A ce propos le recteur nous raconta qu'un jour, en son absence, des ouvriers voulurent pénétrer dans ce caveau, et commencèrent à fouiller la terre. Ils enlevèrent la dalle ornée d'une clef; mais, tout à coup, ils entendirent un tel bruit dans le caveau, qu'ils se sauvèrent, abandonnant toute idée de recherches !
t C'est au milieu de cette chapelle que se trouve placé le curieux monument élevé à la mémoire de saint Ronan. Il est formé d'une table en beau granit de Kersenton, soutenue par six figures d'anges ajustées à la manière des cariatides. Le saint est représenté en ronde bosse, revêtu du costume d'évêque, crosse et mitre ; il terrasse un dragon. La tête repose sur un oreiller que supporte un ange placé à sa droite ; du côté opposé , un autre ange porte une main à la mitre et l'autre à la crosse. La tête du saint est exécutée avec une grande finesse, et l'agencement des draperies est vraiment remarquable. A juger cette sculpture isolément, on la croirait de la fin du xiir siècle, et par conséquent de beaucoup antérieure au monument même. Quant aux statuettes accessoires, elles ont été évidemment exécutées par d'autres mains bien moins habiles.
a Ce tombeau est très-vénéré ; tous les sept ans il s'y fait un grand pardon appelé grande Troménie (tour de la montagne), auquel on se rend de toutes les parties de la Bretagne. Cette fête a été instituée en mémoire de la promenade que saint Ronan faisait tous les sept jours autour de la montagne sur laquelle il avait construit son ermitage. Ce jour-là, tous les malades se traînent et passent, en rampant, sous le tombeau du saint. La tradition fait mention de
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plusieurs miracles opérés dans ces circonstances; de nombreux ex-voto sont là comme une preuve de la dévotion reconnaissante des fidèles.
« Outre le tombeau de saint Ronan, on trouve encore dans cette église plu-sieurs autres sculptures. La plus importante représente un saint Michel, grand comme nature. L'archange pèse les âmes dans une balance ; son vêtement se compose d'une armure fort riche, encore couverte de peintures et de dorures. A. côté, on a déposé une Vierge en bois, tenant l'enfant Jésus; puis une figure de chevalier légèrement grotesque , et qui passe pour représenter un seigneur de Nevet, l'un des descendants de celui qui, au xir siècle, avait si largement contribué à la construction de la première église élevée sur cet emplacement. On assure que le trésor de l'église possédait une figure , en tout semblable à cette dernière, mais en argent et de 80 centimètres de hauteur. Cette figure n'existe plus depuis longtemps. On a pu sauver tous les titres et papiers intéressants déposés dans les archives, et nous avons particulièrement remarqué, à la table, l'indication d'une série de lettre^^patentes revêtues de la signature des rois de France, depuis 1451 jusqu'en 1728, qui prouvent toute l'importance que l'on attachait à la conservation de ce monument. Dans toutes ces lettres, le revenu de l'impôt et des redevances est entièrement abandonné à l'église, pour être employé à l'entretien de cet édifice si complètement négligé aujourd'hui. Il y a encore quantité de pièces fort curieuses; ces archives contiennent non-seulement l'histoire de l'église, mais encore celle de tout le pays environnant.
«Dans un angle du collatéral nord, on voit encore un meuble fort curieux; c'est une espèce de tour en bois, de forme octogonale, divisée par étages et servant d'armoire, probablement de réserve pour les hosties consacrées. Ce meuble est décoré de délicates et fines sculptures. II est encore peint et doré; mais, d'après sa position dans un lieu rongé par l'humidité, on peut être certain qu'il tombera en pourriture d'ici à peu de temps. Il est encore facile de distinguer, sur l'une des portes, le dessin d'un ostensoir trèsr-élégant.
« La chaire à prêcher, quoique exécutée au xvii* siècle , présente aussi un certain intérêt. L'artiste a choisi pour sujet de ses sculptures les principaux traits de la vie de saint Ronan, ce pauvre enfant irlandais, né de parents idolâtres, qu'il abandonna pour se convertir et se fixer dans un coin de la Bre^ tagne armorique, sur la lisière de la forêt de Nevet, à Loc-Ronan (« lieu de Ronan »). L'artiste a emprunté ses sujets tantôt à l'histoire ', tantôt à la tradi-
4. V^oyez la a Vie, gestes, mort et miracles des Saints de la Bretagne armorique », par Albert le Grand, in-i"". Rennes, 1659.
tion ; il nous montre partout saint Ronan, constamment secouru par un pauvre paysan et continuellement persécuté par la femme de cet homme. Ces deux êtres, dans un même ménage, semblent, pour ainsi dire, la double personnification de la foi fervente et de l'incrédulité enracinée. Le paysan aide-t-il le saint à se construire une cabane, aussitôt sa méchante femme, nommée Keban, accable saint Ronan des insultes les plus grossières; elle l'accuse d'avoir jeté un sort sur son mari et de le détourner du travail. *Le saint oppose la plus grande résignation ; mais tout est inutile. Un jour même qu'une des brebis du pauvre homme venait d'être enlevée par un loup, pour calmer la fureur de Keban, saint Ronan fait un miracle, et force le loup à rapporter la brebis; mais cela ne suffit pas pour convertir cette femme.
« Plus tard elle perd un fils, et aussitôt elle accuse le saint de l'avoir tué. Elle fait arrêter et conduire Ronan à Quimper. Là, devant le roi Grallon et toute la cour, elle demande justice de ce prétendu crime. Après avoir prouvé son innocence, le saint fait apporter l'enfant mort et le rend à la vie. En ce moment, la mère semble se repentir et elle avoue toute la perfidie de son accusation ; mais ces bonnes dispositions ne tiennent pas! En effet, saint Ronan meurt loin de son ermitage, et comme les évoques de Léon, de Quimper et de Vannes se disputaient sa dépouille, on convint de mettre le corps sur un chariot attelé de deux bœufs sauvages et de l'enterrer à l'endroit où ces animaux s'arrêteraient. Aussitôt libres, les bœufs s'échappent et se dirigent vers le Loc-Ronan, où ils s'arrêtent après avoir fait deux fois le tour de la montagne. Mais dans le trajet le char est rencontré par Keban; à la vue du saint, cette femme s'élance et, d'un coup de battoir, brise la corne de l'un des bœufs.
ft Tels sont, Monsieur, les sujets sculptés sur la chaire actuelle. Le soir, sur la route, on nous fit voir, à la limite de la paroisse, un petit tertre surmonté d'une énorme croix en granit grossièrement taillé, une espèce de dohnen; c'est là, nous dit-on, dans cet endroit vague, placé entre deux paroisses et sans appartenir à aucune, que fut enterrée la méchante Keban ; elle fut repoussée de tous, même après sa mort !
« Avant de nous quitter, le bon recteur me fit promettre de vous écrire au sujet de son église; je m'empresse. Monsieur, de remplir son désir dans l'espoir que ces détails pourront vous présenter quelque intérêt. J'ai la certitude aussi que vous trouverez bien quelque moyen de faire rougir les habitants de Quimper à l'endroit des ridicules couronnements qui pyramident sur les tours de leur cathédrale. — Veuillez agréer, etc. ».
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Nous avions promis une notice sur les vitraux de Saint-Vincent-de-PauJ, écrite par M. Maréchal lui-même. Non-seulement M. Maréchal nous envoie cette notice, mais encore des dessins qu'il a bien voulu exécuter avec papier et «ncre à autographier. Nous avons fait décalquer ces dessins, et nous offrons «insi à nos abonnés l'œuvre même de M. Maréchal. Nous donnons aujourd'hui le vitrail qui représente le baptême de Jésus-Christ; on aura ensuite celui de la Vierge tenant l'enfant Jésus. La notice de M. Maréchal va nous prouver que le catalogue des grands artistes qui, tout à la fois, ont su noblement écrire et bfttir, sculpter ou peindre, est augmenté d'un nom nouveau.
AU DIRECTEUR DES C ANNALBS ARCH AoLOG IQUBS «.
« Metz, 1 4 septembre 1844.
t Monsieur et ami ,
c Je vous envoie les dessins que je vous ai promis ; j'y joins saint Martin et deux médaillons. Pour éviter de troubler les lignes des groupes , je n'ai pas .donné leur ornementation ; la bordure de saint Martin et les médaillons en indiqueront le sens. Du reste, ne cherchez dans ces esquisses ni forme, ni caractère, mais seulement des combinaisons de lignes : c'est tout ce que la dimension et le genre des dessins ont permis d'y mettre. Quant à l'autre promesse, ce que vous avez dit sur la distribution des sujets de mes verrières, me dispenserait de la tenir, si vous ne l'aviez faite en mon nom à vos lecteurs. Après vos généralités, il faudrait laisser le champ libre à l'interprétation ; la pensée de l'artiste va toujours au delà de ce qu'il peut faire. En donnant le programme que je me suis posé, je montrerais trop combien je suis loin de l'avoir rempli.
t Ainsi que vous l'avez remarqué, aux bas-côtés de l'église se trouvent deux séries : l'une exprimant le sens de la foi, l'autre celui de la charité. Au portail, le patron de l'église, sanctifié par ses œuvres; au chœur, la sainte Vierge et f. 45
Tenfant Jésus. Les deux séries commencent par le baptême et par la résurrection : rentrée dans la vie chrétienne, l'entrée dans la vie éternelle. Elles se continuent par l'enseignement et la pratique de la foi et de la charité.
«Du côté de la charité, saint Martin montre la parole de l'Évangile : La foi SANS LES OEUVRES EST UNE FOI MORTE. Sainte Elisabeth porte les signes de son travail pour les pauvres, le fuseau et le peloton ; saint François de Sales, sa réponse au blâme qu'on lui adressait de se laisser approcher par des gens qui n'étaient pas dignes d'être admis en sa présence : Demain peut-être ils vaudront MIEUX que nous.
« Du côté de la foi, saint Denis présente la croix et la palme, le symbole et la récompense du sacrifice, de l'apostolat et du martyre. Sainte Clotilde pose la croix sur la couronne de France. Saint Charles Borromée élève l'hostie pour donner le Viatique.
« Voici ce que j'ai vu dans chacun de ces sujets : dans le baptême, la toutepuissance inclinée devant la loi; dans la résurrection, la toute-puissance donnant la vie au delà de la tombe. Ici, un jeune homme, appelé par cette parole, c Je suis la résurrection et la vie » , est sorti du tombeau ; appuyé sur le Christ, il fait ses adieux à la terre. C'est la mort dans tout ce qu'elle a de douloureux, par la perte d'un jeune être ; dans tout ce qu'elle a de consolant, par la pensée chrétienne. Là, le Maître des maîtres, celui qui apporte la charité au monde, se courbe sous le bras du Précurseur; c'est l'union du christianisme au mouvement qui l'a préparé; c'est l'avènement de la vie pacifique, la régénération du vieux monde.
« Dans saint Denis, le patron de la France, j'ai vu l'esprit de dévouement et de détermination qui appartient au royaume très-chrétien. Dans saint Martin, l'homme de la fraternité et de la miséricorde, celui qui partageait son manteau avec le pauvre, et qui, en refusant de donner les mains à la persécution des priscillianistes, disait que, si le sang devait couler pour leurs erreurs, c'était celui des pasteurs et non celui des brebis égarées, j'ai vu l'onction d*un grand cœur et l'autorité d'un grand esprit. Dans sainte Elisabeth, le génie, range de saint Vincent de Paul, la patronne des dames de charité. Dans sainte Clotilde, l'aspiration , le prosélytisme , la patronne des femmes qui ont développé la foi dans la famille. Dans saint François de Sales, la haute indulgence qui voit, à travers le mal qui est, le bien qui peut être, et qui met les possibilités heureuses au-dessus des tristes réalités. Dans saint Charles Borromée, f intervention de la foi au milieu des calamités publiques et des dernières douleurs. Dans le groupe de la Vierge et de l'Enfant Jésus, la consécration de la dignité des opprimés par celle de la victime du vieux monde : la Vierge enve-
loppe et soutient T Enfant Jésus, qui Fentoure de ses bras en signe d'amour et de bénédiction. En elle, vierges et mères sont bénies, et bénies aussi les attentives tendresses qui ont protégé Tenfance du Fils de Dieu. La sainte Vierge accepte une dignité qui sera partagée par les victimes de la loi antique ; elle: offre à Tadoration , elle adore elle-même la Providence des faibles et des oppri* mes. Dans Tassomption de saint Vincent de Paul, j'ai vu la sanctification de la bienfaisance : des anges donnent des soins, Tun à un malade, Tautre à un enfant' endormi. Le même linge sert à essuyer le front du malade, et à envelopper Tenfant; ce sont les sœurs de charité et les ressources de rhôpital. Le saint s'élève en rendant des actions de grâces ; il peut retourner vers Dieu, son oeuvre est continuée. Des anges le soutiennent; ils portent les fers qu'il enleva au prisonnier, les langes qu'il a donnés aux enfants. Au-dessus de sa tête, de petits anges, qu'il a secourus sur la terre, viennent à sa rencontre dans le ciel.
A chaque verrière, le personnage principal a, dans son ornementation, avec les faits essentiels de sa légende ' , les symboles de son caractère et de sa mission. Ainsi, dans la bordure du baptême, saint Jean enseigne, il baptise, il montre le Maître qui doit consommer l'œuvre de la rédemption , puis il paie de sa tête son apostolat. A la base, des anges montrent l'image de la tache originelle lavée par le baptême , le serpent vaincu. Une colombe — l'âme purifiée— s'élève au-dessus du serpent. Dans le cintre, des anges en adoration sont penchés vers la scène centrale. Aux angles, d'autres anges portent des étoiles, celles de la régénération. Dans la bordure de saint Martin, se trouvent le partage du manteau, l'apparition du Christ, le saint faisant offrir la coupe de Maxime à son diacre, la dernière prière. A la base, dans le cintre et aux angles, des anges portent le nom du saint, des encensoirs et des croix. Des péticans et des croix sont semés dans les intervalles des scènes. Le bon Pa^ teur, saint Jean, unissent des mains, suivant la parole : c Aimez-vous les uns les autres»; le Samaritain, l'Enfant prodigue, sont sur le costume du saint. Dans la bordure de sainte Elisabeth , la sainte porte des secours dans une
1. t L'idée de la légende et celle de quantité dans le groupe de la résurrection viennent de M. Hittorf, en qui j'ai trouvé une grande élévation de pensées, jointe à une parfaite tolérance, dans les rapports que j'ai eus avec lui pour son église. Lors de la prodix;tion de mes esquisses, les bordures devaient recevoir des symboles, et la vitre de la résurrection la figure du Cbrist seulement. M. Hittorf, en me faisant observer que Tharmonie serait blessée par la disparate de quantité avec la vitre qui est en regard de celle de la chapelle des morts, m'a fait remarquer en outre que je pourrais trouver un heureux moyen d'effet pour la pensée, aussi bien que pour la forme, en opposant à l'onction du Christ par l'homme, l'onction de l'homme par le Christ. C'est de cette observation que m'est venue l'idée du jeune ressuscité. »
cabane; c'est la charité personnelle. Elle distribue des semences et des instruments de travail à la fin d'une année de disette; c'est la charité prévoyante. Elle donne des soins à une lépreuse ; c'est la charité des sœurs hospitalières. Elle prend part à la récréation que des pauvres se donnent avec ses aumônes ; c'est la charité du bonheur. Des anges et des symboles remplissent ici, comme dans la bordure de saint Martin, comme dans toutes les autres, les intervalles des scènes. Les sept actes de miséricorde sont sur le scapuiaire de la sainte. Dans la bordure de saint François de Sales , le saint bénit les jeunes générations sous la figure d'un petit enfant. Il enseigne les malheureux sous lafigure d'un sourd-muet. Il donne, faute d'autres ressources, une burette à un pauvre : a Prenez, elle ne peut trouver un meilleur emploi » ; c'est le culte mis au service de l'amélioration du sort des pauvres. Il offre son amitié à un gentilhomme qui depuis longtemps le poursuivait de ses outrages ; c'est la religion offrant ses ressources à ceux qui l'ont méconnue '. Les personnes de la sainte Trinité, des apôtres, des Pères, des figures de l'Ancien Testament sont sur la mitre et la chape du saint. Dans la bordure de la résurrection se trouvent : la fille de Jaïr, résurrection ; le Lazare, résurrection ; les saintes femmes et l'ange au tombeau, résuiTection ; l'apparition du Christ à sa mère, réunion dans la vie éternelle. Dans la bordure de saint Denis : la prédication, le refus de sacrifier à Mercure, la décollation, le miracle de la tête. Dans la bordure de sainte Clotilde, la sainte accepte l'anneau de Clovis, elle exhorte le roi à adorer son Dieu ; Clovis est baptisé, puis il fait à sainte Clotilde la promesse d'élever une basilique à saint Pierre et à saint Paul. Dans la bordure de saint Charles, se trouvent : la conclusion du concile de Trente , l'acceptation des statuts synodaux, le Viatique aux pestiférés, la prédication aux bandits. Dans la bordure de la sainte Vierge : l'Annonciation, la Nativité, la Mère de douleur, l'Assomption. C'est la vie de la sainte Vierge sous ses trois faces principales : la grâce , l'épreuve , la récompense.
t Telle est l'ordonnance et la nature de mes sujets. Après les deux points extrêmes de la religion , le baptême et la résurrection , qui partent de la chapelle du baptistère et de celle des morts, vient l'apostolat primitif : la croix et l'Évangile, apportés dans les Caules. Puis, sous deux faces, la sainte insinuation, la bienfaisance, l'apostolat par les femmes. Puis, l'apostolat moderne,
4 . c Les principaled manifestations des natures saintes et souveraines, comme relies des personnages de mes séries, sont toutes susœptibles d'être généralisées. J'ai choisi mes sujets légendaires, de façon à faire ressortir le sens de mes séries et la signification de mes personnages, pour toutes mes verrières comme pour toutes celles de sainte Elisabeth et celle de saint François de Sales. J'ai donné de préférence l'interprétation de la légende de ces deux saints, parce qu'elle se lie plus par* ticulièrement que les autres à celle de saint Vincent de Paul, le patron de l'église. »
la foi, la charité, qui appellent l'avenir. Puis enfin le rachat des opprimés, la sanctification de la bienfaisance. Ajoutez que toutes les figures des verrières , sauf celles du baptême et de la résurrection , inclinent vers le chœur où le Christ sera mourant sur l'autel, et triomphant dans l'hémicycle. Ajoutez encore que de ce centre part la lumière ; que vers lui converge la chronologie de mes scènes, et vous aurez l'ensemble de mes indications jointes à celles de la décoration générale.
« Vous dire les intentions qui ont présidé à la distribution de mes caractères et de mes mouvements, de mes harmonies de lignes et de couleurs; pourquoi les hommes de la primitive Église sont jeunes , idéalisés , et ceux de notre temps reproduits tels quels; pourquoi l'autorité, la force, la ligne droite, les couleurs ardentes sont jointes ici, et là l'onction, les mouvements souples, les nuances tendres; pourquoi la lumière est plus colorée, plus héroïque à la zone supérieure de l'ascension que partout ailleurs; pourquoi la robe déjà transfigurée du jeune ressuscité est encore d'un ton mélancolique ; pourquoi l'homme du désert, l'homme de la pénitence, porte des bandes de deuil sur son manteau; pourquoi, et pourquoi; ce serait dépasser les limites d'une notice et donner des indications inutiles, offensantes peut-être pour les hommes attentifs, superflues pour ceux qui ne le sont pas. De ces derniers plus d'un aura montré , en quittant ceci à la première page , que j'ai trop amplement rempli ma promesse et fait trop honneur à votre signature.
« Je vous salue de cœur,