‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 52 sur 82 · MARÉCHAL · texte numérisé non relu

MARÉCHAL

Yêtemedits sacerdotaux. — Dans Y « Union des provinces », journal de Lyon , M. Théodore Mayery touche ainsi une question sur laquelle les t Annales » reviendront bien des fois. « Une livraison des « Annales Archéologiques » s'ouvre par la première partie d'un savant travail sur les vêtements sacerdotaux, dû à M. Victor Gay, jeune architecte qui joint à l'habile pratique de son art l'érudition et la foi des artistes du moyen âge. Nous voyons avec un immense plaisir publier ce travail ; car nous espérons qu'il ne sera pas sans influence pour la correction du goût déplorable qui préside aujourd'hui à la confection des ornements sacerdotaux et surtout des chasubles que Ton a rendues tellement raides, étriquées, disgracieuses, qu'elles ressemblent aux ailes repliées d'un hanneton. La fabrique d'étoffes pour ornements d'église est à la veille de prendre un essor nouveau et prodigieux. Le commerce des autres étoffes languit. Les fabricants, voyant cela, songent à exploiter une branche de plus en plus féconde; mais, privés d'une direction savante, abandonnés à eux-mêmes par le clergé, qui n'aurait jamais dû se départir du droit de donner cette direction savante dans tout ce qui concerne la fabrique des objets destinés au culte , ni laisser la spéculation libre dans son initiative , ils vont s'enfoncer davantage dans l'ornière des traditions des deux derniers siècles, c'est-à-dire dans l'absurde et le laid. 11 est donc temps de réveiller l'opinion publique, de tirer le clergé de son apathie pour des questions qui le touchent de si près, et d'aviser aux moyens d'amener des changements motivés par les principes les plus élémentaires du bon goût. Il est temps de disputer le terrain de notre art catholique à des maisons parisiennes , dites « de commission », qui inondent nos cathédrales et nos églises paroissiales de produits où vous chercheriez en vain les traces de l'intelligence et du sens commun artistiques. Il est temps d'opérer une révolution dans l'orfèvrerie, dans les bronzes d'église. Il est temps de prouver que tout est à réformer dans le costume ecclésiastique.

«ans en excepter les mitres ridicules de forme et de hauteur que nos évoques conservent sans motifs plausibles. Il est temps de rechercher , de décrire , dé dessiner et de publier les excellents modèles que Ton a eu le tort impardonnable d'abandonner; il faut introduire dans les vêtements sacerdotaux une révd^ lution qui s'opérera, mais plus tard, dans les autres branches de la liturgie. Nous ne saurions donc prodiguer trop d'encouragements à ceux qui se trou* vent à même de publier des ouvrages sur l'ameublement de nos églises, et particulièrement sur les vêtements sacerdotaux. Que tous se mettent à l'œuvre avec ardeur, que tous apportent leur tribut au trésor commun et religieux, et le recomposent, sinon des richesses matérielles qu'il a perdues, au moins des descriptions et des dessins qui peuvent en faire apprécier la valeur et la beauté primitives. Le temps presse, les artistes se plaignent qu'il n'en existe pas de modèles. Il faut leur en donner. »

Mouvement arghiîologique en Angleterre et en Espagne. — La Société britannique d'Archéologie vient de tenir, à Cantorbéry, sa première réunion annuelle. Un nombre considérable d'antiquaires anglais et même étrangers y assistaient. Le « Canterbury journal » du 14 septembre consacre treize énormes colonnes, plus de la moitié de tout le numéro, à raconter ce qui s'est lu et dit dans ces réunions intéressantes. I^s antiquités de toute nature , de tout fige et de toute civilisation y ont été l'objet de longues discussions. — Une ordonnance royale du là juin 18&& a créé à Madrid une Commission centrale des arts et monuments historiques; le ministre de l'intérieur en est le président, et M. le comte de Clonard vice-président. Dans son discours d'installation, prononcé à Madrid devant la commission centrale , M. le comte de Clonard a dit : « De nos jours. Messieurs, nous remarquons dans tous les pays un même désir de connattre le génie , d'interroger profondément les arts et la littérature du moyen âge. On a compris que cette grande époque avait le droit de réclamer pour elle les travaux les plus importants de l'histoire, et l'archéologie gothique , l'archéologie du moyen âge est venue « supplanter » l'archéologie païenne. Telle est la pensée qui anime l'auteur des «Annales Archéologiques», recueil publié à Paris; c'est aussi, jusqu'à un certain point, celle qui sert de base aux travaux d'un Comité qui porte le même nom que le nôtre, qui siège au ministère de l'instruction publique de Paris, et qui reçoit les éloges de tout ce qu'il y a d'hommes connaisseurs. »

L'archéologie nationale a la chambre des pairs. — M. Victor Hugo, dont nous sommes véritablement les enfants en archéologie du moyen âge , va

entrer à la Chambre des pairs, où siège déjà M. le comte de Montalembert. On nous permettra de féliciter le gouvernement et surtout M. Guizot, auquel, nous n'en doutons pas, est due la promotion de M. Victor Hugo à la dignité de pair de France. Nous connaissons personnellement la haute et noble estime que M. Guizot a constamment professée pour le grand poète. M. Victor Hugo n'est pas seulement un artiste éminent, mais c'est encore un puissant orateur et un homme politique du premier ordre. A la Chambre des pairs, M. Hugo prendra la place qu'il tient dans l'art contemporain, et désormais, quand nos monuments historiques seront menacés, ou quand l'art moderne se déshonorera , nous aurons deux orateurs de notre génération , M. Hugo et M. de Montalembert, pour défendre les uns et flageller l'autre du haut d'une tribune 'd'où les paroles tombent pour se transformer en actes.

Musique religieuse a Soissons. — M. Charles Demesse , jeune musicien que le chapitre de Soissons avait placé sous la direction de M. Fanart, notre collaborateur, vient d'être nommé, « sans concours » , organiste accompagnateur de la cathédrale de Soissons ; on écoute avec grand plaisir l'harmonie simple , élégante et néanmoins sévère dont il entoure le plain-chant. Ce fait n'a sans doute qu'une faible importance par lui-même, mais il nous semble •d'un certain intérêt en ce qu'il prouve que, malgré le dévergondage de la musique religieuse qui nous inonde, on peut de nos jours encore faire des artistes qui comprennent la musique sacrée. A ce but, on peut parvenir en peu de temps; car c'est à peine, nous le savons, si M. Fanart a pu donner une soixantaine de leçons à son jeune élève. Par le temps d'extrême pénurie d'organistes religieux où nous vivons, la cathédrale de Soissons doit s'estimer heureuse ; nous connaissons plus d'une église importante où les organistes font preuve d'un grand talent, il est vrai , maiâ d'un talent léger et mondain , qui produit , en regard de la majesté du culte chrétien , le plus grossier contresens. Plutôt que d'être touché de la sorte, il vaudrait certainement mieux que l'orgue fût muet.

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