‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 56 sur 82 · I . — LA VIERGE EN ORANTE ET L'BNFANT BÉNISSANT · texte numérisé non relu

I . — LA VIERGE EN ORANTE ET L'BNFANT BÉNISSANT

Sceau du moDt Athos, en argent.

On le voit, c'est encore la Vierge , la mère de Dieu , comme dit le monogramme touchant au nimbe, qui préside aux destinées politiques du mont Athos,

et qui est la patronne de la montagne entière. Les moines et leurs actes sont donc gouvernés et protégés par une femme. Ainsi, en raison même des attaques dont elle avait été l'objet, Marie fut honorée d'un culte spécial en Grèce, et ce culte envahit tout le mont Athos, si hostile aux femmes.

C'est à partir du concile d'Éphèse, surtout, que l'art s'empara de cet admirable sujet, d'une mère tenant son enfant, de Marie portant Jésus et recevant pour lui comme pour elle les honneurs religieux. Les Grecs imaginèrent mille motifs pour diversifier ce groupe qui revient sans cesse dans leurs peintures. Tantôt Marie et Jésus sont appelés Fontaine de vie, et sont représentés au centre d'une source abondante, d'où la vie coule pour les morts, la jeunesse pour les vieillards, la santé pour les malades; tantôt les prophètes de l'Ancien Testament accourent au-devant de Marie qui porte Jésus dans ses bras, et viennent lui dire qu'ils l'ont prévue dans leurs prophéties; tantôt c'est le paradis entier, la foule des bienheureux, qui vient la saluer comme une reine toutepuissante. Ce sont mille ingénieuses imaginations, dont le but est de célébrer la mère de Dieu et d'anathématiser les nestoriens.

Voici d'abord comment le « Guide de la peinture » veut qu'on représente la Vierge en fontaine de vie. — « Une fontaine tout en or. Au milieu, la Mère de Dieu, les mains élevées en l'air. Devant elle, le Christ bénissant des deux côtés ^ et l'Évangile sur la poitrine, avec ces mots : « Je suis l'eau vivante i. Deux anges supportent d'une main une couronne au-dessus de la tête de la sainte Vierge*; de l'autre, deux cartels. L'un avec ces mots : «Salut, fontaine DE PURETiâ et de VIE » ! L'autre avec ces mots : « Salut, source pure de LA DIVINITÉ n ! Au-dcssus de la fontaine, un grand bassin rempli d'eau, avec des poissons. De chaque côté, des patriarches, des rois, des reines, des princes et des princesses se purifient, et boivent de l'eau puisée avec des vases et des coupes. Un grand nombre d'autres personnages, des malades, des paralysés aux pieds ou aux mains, en font autant; un prêtre, tenant une croix, les sanctifie. Devant eux on amène un possédé du démon ; devant eux aussi

4. Rarement, en Grèce, ]a Vierge porte Jésus; l'enfant est devant sa mère, appliqué sur son sein comme le sceau du mont Athos en offre Texemple. Nous allons donner, dans un instant, une Vierge prise à la cathédrale de Chartres et ayant Jésus devant elle, comme en Grèce. Dans le texte du « Guide », Jésus est dit bénissant des deux côtés, c'est-à-dire des deux mains. Sur le sceau du mont Athos , il ne bénit que de la droite et il tient un rouleau de la gauche ; mais, dans une gravure que nous avons fait exécuter pour V « Iconographie chrétienne » (p. 265, pi. 72) et que nous reproduirons dans les c Annales », l'enfant Jésus, en ange imberbe, bénit à la grecque et des deux mains.

2. A la cathédrale d'Amiens, au portail de la Vierge-Dorée , trois anges tiennent, non pas la couronne, mais le nimbe qui décore la tète de la Vierge.

est le capitaine de vaisseau versant de l'eau sur un Thessalien ressuscité ». Les principaux personnages, les plus grands hommes de l'Ancien Testament, émus des attaques de Nestorius, viennent tous proclamer, dans le <' Guide» et dans les peintures à fresque ou en mosaïque de la Grèce, que Marie a été véritablement la mère de Dieu, et que c'est elle qu'ils ont vue dans leur pensée ou dans les actions de leur vie. Voici donc le tableau commandé par le manuscrit byzantin.

« Les prophètes d'en haut ^ — La sainte Vierge assise sur un trône, et portant le Christ petit enfant. Au-dessous du marchepied, ces mots : — « Les prophètes vous ont annoncée d'en haut ».

« Tout autour, les prophètes rangés comme il suit : Le patriarche Jacob, tenant une échelle. Il dit sur un cartel : « Moi je vous ai vue en songe comme une échelle appuyée sur la terre et allant jusqu'au sommet du ciel * ». Moïse, tenant un buisson , dit sur un cartel : « Moi je vous ai nommée buisson, ô Vierge mère de Dieu; car j'ai vu dans un buisson un mystère étrange ». Aaron, portant une verge fleurie , dit sur un cartel : « Cette verge m'a annoncé d'avance, ô Vierge sans tache, que, semblable à une plante, vous aviez enfanté le Créateur comme une fleur ». Gédéon, portant une toison, dit sur un cartel : « O Vierge pure! je vous ai nommée d'avance toison; car, dans cette toison, j'ai vu le miracle de votre enfantement ». David, tenant une châsse , dit sur un cartel : « 0 jeune fille ! je vous ai nommée par avance arche sainte, en voyant la beauté du temple». Salomon, tenant un lit, dit sur un cartel : « Je vous ai nommée d'avance la couche du roi, pour prédire vos prodiges». Isaïe, tenant une petite cuiller 3, dit sur un cartel : «0 Vierge sans tache, je vous ai donné

4 . Dans Tart chrétien , l'Ancien Testament est perpétuellement employé comme la figure du Nouveau; ici, on a le complet développement de ce parallélisme appliqué spécialement à la Viei^e. Ces prophètes . placés autour de Marie et comme lui faisant leur cour, se trouvent chez nous en peinture et surtout en sculpture dans nos plus célèbres cathédrales des xii* et xin* siècles, à Chartres, à Reims, à Paris, à Amiens, à Laou, au Mans, etc. Nous espérons faire revivre en peinture sur verre ce beau sujet des prophètes, annonçant Marie par un attribut spécial, et venant la saluer sur le trône où elle est assise. M. H. Gérente prépare, pour M. le curé de Mantes, une verrière où ce motif sera reproduit rigoureusement. Fréquent chez nous aux xii« et xiii*' siècles, ce sujet, oublié depuis, va prendre une belle place dans l'importante et curieuse église de Mantes. Nous espérons qu'il passera de là dans nos cathédrales et que M. Gérente devra l'exécuter en grand pour Notre-Dame de Reims, par exemple, cette église qui se réjouirait tant de posséder dans sa chapelle de la Vierge un grand tableau tiré de l'art byzantin, dont elle paraît s'être inspirée en diverses circonstances.

2. Nous ignorions, avant d'aller en Grèce, que l'échelle de Jacob fût une figure de Marie. On voit ce sujet peint dans le couvent d'Ivirôn, au mont Athos.

3. AaSî^a. C'est le nom donné en Grèce à la petite cuiller qui* sert au sacrifice de la messe pour prendre le pain et le vin consacrés.

d'avance le surnom de cet instrument portant un charbon ardent, et le nom de trône du roi » ! Jérémie, montrant la mère de Dieu, dit sur un cartel : « Je vous ai vue, ô Vierge d'Israël ! nouvelle jeune fille ! conduite vers les tribulations de la vie». Ezéchiel, tenant une porte, dit sur un cartel : «Je vous ai vue, porte fermée de Dieu! par laquelle est sorti le seul Dieu de tout l'univers»! Daniel, tenant une montagne, dit sur un cartel : « Je vous ai nommée d'avance montagne spirituelle où l'on a taillé une pierre, ô Vierge mère et sans tache»! Habacuc, tenant une montagne ombragée, dit sur un cartel : « Éprouvant en esprit une joie prophétique, je vous ai vue montagne couverte d'un ombrage impénétrable »! Zacharie, tenant une lampe à sept branches, dit sur un cartel : « J'ai vu une lampe à sept branches ! lumière spirituelle qui doit illuminer l'univers ' »! — Cette fleur, enfantée par la Vierge, et dont parle Aaron, se représente ordinairement par l'enfant Jésus tenu par sa mère et sortant, avec elle, du calice d'une fleur quelconque, d'une rose quelquefois, d'un lis plus souvent, comme dans l'exemple suivant qui est tiré d'un manuscrit du xvr siècle, conservé à la bibliothèque Sainte-Geneviève, sous le n* 460.

a. — LA TIERGE ET L'ENFaNT DAMS LE CALICE D'ONE FLEUR.

Mioiatare française, xti* siècle.

4. C'est ainsi qu'au couvent d'ïvirôn, sur le porche de la petite église dédiée à la Vierge-Portière, sont représentés ces prophètes. Mais, à Ivirôn, Jérémie tient une scie, emblème de la tribulation. De plus, Melchisédeeh, oublié par le « Guide i, porte des pains sur un plateau.

On ne fera pas attention ici au nimbe sans croix, au nimbe non divin, qui entoure la tête de T Homme-Dieu; nous sommes au xvr siècle, à une époque où les traditions iconographiques s'oblitèrent, se perdent et n'ont plus de valeur. Du reste, l'auréole, qui enveloppe le groupe et qui est composée de rayons droits et flamboyants, a beaucoup d'importance encore.

Enfin, et pour nous en tenir à ces trois sujets seulement, car il y en a bien d'autres, tous les ordres des saints viennent saluer tour à tour la mère de Dieu; elle est assise sur un trône comme une impératrice et elle tient son enfant. Ce n'est plus seulement l'Ancien Testament qui proteste contre le nestorianisme, mais ce sont tous les temps et tous les lieux, c'est le monde entier. Le « Guide de la peinture » commande de peindre ainsi ce beau sujet, dont la disposition est la même absolument que sur la dalmatique impériale donnée plus haut, dans ce volume des« Annales Archéologiques». Substituez, au Christ en homme et en souverain juge, Jésus enfant tenu par sa mère, et vous aurez les mêmes personnes et presque la même scène : le soleil , la lune, les anges, les personnages des deux Testaments, Abraham, les Innocents, le bon Larron portant sa croix, tout le paradis enfin.

« Les salutations. — Le ciel, avec le soleil et la lune. En haut, la sainte Vierge assise sur un trône avec le Christ petit enfant. Autour d'elle , on lit cette inscription : « Réjodissez-vous, pleine de gbace, reine de tous les ANGES » ! Au-dessus, à droite et à gauche, une foule de saints anges. Quatre d'entre eux portent des cartels avec les inscriptions suivantes. Le premier, à droite, dit : « Réjouissez-vous, gloire des anges! réjouissez-vous, protectrice DES HOMMES » ! Le deuxième : « Réjouissez-vous , temple très-divin ! réjouissez-vous, TRONE DU Seigneur » ! A gauche, le troisième : « Réïouissezvous, PARADIS DE DÉLICES ! RÉJOUissEZ-vous, ARBRE DE VIE » ! Le quatrième :

« RÉJOUISSEZ-VOUS , PALAIS ET TRONE DU GRAND ROI » ! Au-dcSSOUS d'cUX , tOUS

les ordres des saints, sur des nuages et disposés de cette manière : Les prophètes; devant eux (à leur tête), Jean, tenant un cartel, dit : « Rejouissez-

VOUS, CAR vous AVEZ ACCOMPLI LES PRÉDICTIONS DES PROPHÈTES 1 1 LeS apÔtrcS;

devant eux , Pierre disant : « Réjouissez-vous , éloquence si louable des APOTRES»! Les évoques; devant eux, Chrysostôme disant : « Réjouissez-vous, HONNEUR des PRÊTRES, RÉCOMPENSE DES ÉvÊQUES » ! Les martyrs; devant eux, Georges disant : « Réjouissez-vous, gloire des martyrs, force des combattants»! Les solitaires; devant eux, Antoine disant : « Réjouissez-vous, renommée DES solitaires, SPLENDEUR DBS RELIGIEUX » I Lcs justos Tois ; devant eux, Constantin disant : « Réjouissez-vous, o Vierge, force et diadème des ROIS » ! Les femmes martyres ; devant elles, Catherine disant : « Réjouissez-

VOUS, GLOIRE DES VIERGES, VOUS QUI ÊTES POUR ELLES GOMME UNE FORTERESSE

ET UNE aTADELLE • ! Les femmes solitaires ; devant elles , Eupraxie disant :

« RÉJOUISSEZ-VOUS, DOUCE CONSOLATION DES FEMMES QUI VIVENT DANS LA SOLI- TUDE»!

€ Au-dessous de tous ces personnages, le paradis d'Éden embelli par différentes sortes d'animaux et d'oiseaux , orné d'une verdure fleurie , d'arbres magnifiques et variés, et entouré d'un mur dont les pierres sont précieuses comme l'or. Le patriarche Abraham est au milieu. Autour de lui, un grand nombre de petits enfants innocents. Près de lui, tous les patriarches, les justes, avec des femmes et des enfants, tous en contemplation et dans des transports de joie. Avec eux aussi, sont des saints et le bon larron portant une croix sur les épaules ».

Et puis, après ce vaste sujet, vient la description de vingt-quatre tableaux, tous consacrés à la gloire de la Vierge, et qui sont compris dans une série d'articles particuliers ayant pour titre général : « Comment on représente les vingt-quatre stations de la Mère de Dieu ». Ces vingt-quatre motifs divers sont empruntés aux principaux événements de la vie de Marie ou tirés de la dévotion des fidèles pour la Vierge et son Fils. On exécute ordinairement ces peintures sur des tableaux séparés, en bois et tout couverts d'ornements en or et en argent. On les attache à la clôture du sanctuaire ou bien on les expose, le jour de la fête spéciale, sur le petit trône qui se place à l'entrée de la nef. Toujours, au centre de ces peintures, on voit la Vierge tenant l'enfant Jésus. Ces tableaux rappellent, pour le sujet, la manière dont on les traite, le but auquel ils sont destinés, ces peintures dites de la confrérie du Puy-Notre-Dame, dont un des centres était à Amiens , et d'où sont sorties ces merveilleuses peintures qui ornaient autrefois la cathédrale de cette ville, et que Mgr Mioland, évêque d'Amiens, a recueillies avec une noble sollicitude dans l'une des salles de son palais épiscopal.

On le voit, si le nestorianisme est sorti de la Grèce, c'est en Grèce aussi que le culte de Marie s'est développé avec le plus d'entraînement. A partir du concile d'Éphèse, mais cependant un assez long temps après, les groupes de la Vierge et de l'Enfant furent nombreux; la variété en est fort grande, et cette variété permettrait de faire une monographie assez importante avec ce sujet unique. Ici, nous ne pouvons donner que des indications.

Nous distinguerons en historiques et poétiques les scènes où l'on voit le groupe delà Vierge tenant Jésus. Quand la scène est imaginée pour rendre hommage à Marie, comme dans la Fontaine de vie, les Prophètes et les Salutations que vient de nous offrir le manuscrit byzantin, nous disons qu'elle est

poétique. Quand les rois mages, par exemple, viennent apporter leurs présents k Jésus tenu par sa Mère, la scène est purement historique et fort distincte de la précédente. Ceci posé, nous constatons Tabsence presque complète du groupe poétique dans le plus vieil art chrétien, celui des catacombes et des anciennes basiliques; la présence, au contraire, mais uniquement appliquée à un fait, celui de l'adoration par les mages, du groupe historique. Ainsi, dans la première période du christianisme, avant le concile d'Éphèse, et encore longtemps après, jusqu'au vu* siècle probablement, pas ou peu de groupes poétiques; à partir du vu* siècle jusqu'à nos jours, groupe historique et poétique à la fois et en profusion. Cependant, c'est à dater du xii* siècle surtout, que le groupe poétique fut fréquent ; au commencement du xiif , c'en est l'apogée , et les cathédrales dédiées à Notre-Dame, à la Vierge qui tient Jésus, sont véritablement de ces groupes bâtis, de ces « Vierges » ayant deux et trois cents pieds de long sur cent et deux cents de haut. Ces cathédrales, du reste, portent sculptées ou peintes, au dehors ou au dedans, de ces Vierges à l'Enfant, comme à Paris, à Reims, à Chartres, on en voit des exemples si remarquables. C'est l'époque aussi d'où nous viennent d'Orient ces Vierges noires; ces Vierges miraculeuses, vénérées à Notre-Dame de Liesse, à Notre-Dame du Puy, à Notre-Dame d'Embrun, à Notre-Dame de Chartres, à Notre-Dame de Lorette, à Notre-Dame d'EnsiedIen, et dans cent autres endroits, en France comme dans tous les pays de l'Europe.

Ainsi, avant le xii' siècle, le groupe de la Mère et de l'Enfant, représentés en dehors d'une scène historique, est extrêmement rare. Cependant on avait déjà répandu dans le monde chrétien quelques-unes de ces madones qui portent le nom de saint Luc, et que les artistes byzantins mettent leur gloire à imiter; mais il faut qu'elles aient été en petit nombre ou qu'elles n'aient acquis, que beaucoup plus tard et bien après le concile d'Éphèse, l'immense célébrité dont elles ont joui. Dans les catacombes, Bosio («Roma Sotterranea », p. 471, 549 et 579 de l'édition de Rome, in-fol. , 1632) n'a trouvé le groupe que trois fois. Certaines personnes, au nombre desquelles je suis, pensent que ces trois représentations ne sont pas anciennes ni de l'époque primitive de l'art chrétien. Ce qui est sûr, c'est que l'exemple donné page 579, où l'on voit, en outre, d'abord Marie baignée après sa naissance par Marie Salomée et une autre femme ',

4 . Bosio s'est trompé en disant que cette scène représente le martyre d'un saint plongé dans rhuile ou Teau bouillante. Les quatre tableaux de cette fresque ont tous rapport à Jésus et à la Vierge : d'ailleurs la disposition de la scène entière et surtout l'inscription Salombv, aurait dû éclairer Bosio. 11 est vrai qu'il a changé cette femme en homme, en lui faisant donner de la barbe, ainsi qu'à l'autre femme, par son graveur. En 4842, M. Debret, architecte de l'église abba-

puis la Visitation et la Nativité de Jésus, cet exemple ne saurait dater d'une très-ancienne époque. La Visitation ne se voit guère avant le xr siècle, et le nin)be crucifère, que Jésus porte dans sa crèche, accuse une assez récente antiquité. Quant à l'exemple de la page 549, la Mère a la tête nue, et elle semble allaiter son Enfant qui est nu complètement. Si le dessin est exact, il ne peut représenter la Vierge-Mère, mais une mère quelconque ; Marie a toujours la tête couverte ou voilée, et jamais, à une époque ancienne, Jésus ne se voit nu. — Au xf siècle, l'Enfant tenu par sa Mère et adoré par les mages, c'est-à-dire, le groupe historique continue d'être exécuté, mais le groupe poétique s'y ajoute et finit même par être figuré un bien plus grand nombre de fois que son prédécesseur; l'histoire et la réalité sont vaincues par l'idéal et la poésie. Il semble donc qu'à partir du xiir siècle, époque où le groupe poétique est définitivement en faveur, la manière de le figurer devrait être poétique elle-même, qu'elle devrait se dégager de plus en plus de la réalité pour monter à l'idéal le plus sublime. II semble qu'au xiii* siècle, au moment où l'on cherche à se détacher de l'histoire, la poésie, naissante à peine, devrait s'essayer timidement et croître avec les années, et grandir du xiv* au xv% au xvi* siècle. C'est le contraire qui a lieu. Jamais le groupe de la Vierge tenant Jésus n'a été plus idéal qu'au xiir siècle ; on touche à peine au xiv*, qu'il descend de son trône poétique pour tomber dans la réalité d'abord, dans la vulgarité ensuite, et enfin dans la grossièreté. Il ne se relève un peu qu'à la renaissance.

A la fin du xii* siècle, au commencement du xui* , on peut dire que la Vierge ne tient pas l'Enfant : ce motif serait trop humain, et Marie ressemblerait trop à une mère qui porterait son fils; mais elle Ta devant elle, à peu près comme sur le sceau du mont Athos. Jésus s'inscrit dans une auréole circulaire, comme dans le monument grec; il tient un globe, le monde, à la main gauche, et il bénit de la main droite. L'Enfant est, en outre, complètement habillé; il est âgé, quoique petit, et c'est moins un enfant qu'un petit homme; c'est le Dieu-Homme plutôt que l'Homme-Dieu.

Mais, en outre, comme dans l'exemple suivant, qui est tiré d'un vitrail de Chartres et qui date des premières années du xiir siècle, à cette auréole de FEnfant divin se rattachent les esprits dont il fut doué et dont parle Isale

tiale de Saint-Dénis, avait fait mettre également de la barbe et des moustaches à la sainte Vierge même, sur le tympan de la porte centrale de Saint^Denis. — Il faut le dire hardiment, les antiquaires italiens ne sont pas forts en iconographie; l'un d'eux, notre contemporain, vient de trouver dans la Visitation, dans sainte Elisabeth qui embrasse sa cousine , la personnification de TËglise et de la Synagogue, l'Ancien Testament embrassant le Nouveau. On voit, là, jusqu'où l'amour excessif du symbolisme peut conduire les plus honnêtes gens.

(ch. XI, versets 1, 2 et 3). « Un rameau sortira de la racine de Jessé, une fleur montera de cette racine. L'Esprit de Dieu se reposera sur lui : l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et l'esprit de la crainte du Seigneur le remplira t.

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