‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 61 sur 82 · UTILITÉ DE CETTE SGENCE POUR L'ÉTUDE DE L'ARCHÉOLOGIE NATIONALE · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE CETTE SGENCE POUR L'ÉTUDE DE L'ARCHÉOLOGIE NATIONALE

Quelques archéologues, qui n'ont pas encore cédé au mouvement qui nous porte à l'étude des antiquités nationales, n'attachent aucune importance à la connaissance du blason, ce langage hiéroglyphique du moyen âge. Lorsqu'ils visitent les châteaux et les églises, encore parsemés d'emblèmes héraldiques, malgré les révolutions, ils laissent sans réponse les curieux, qui s'empressent autour d'eux pour connaître les noms des personnages désignés seulement par leurs armoiries. Ils ressemblent, dans ce cas, aux médecins-pharmaciens hors d'état de nommer et de classer les plantes indigènes qu'on leur présente. Et cependant ces nobles, si tristement méconnus, ont souvent été célèbres dans l'histoire; il serait donc juste de les tirer de l'oubli et dé publier les services qu'ils ont rendus à la patrie. Leur biographie fournit presque toujours des faits mémorables, des dates sur la construction ou la restauration des monuments que leur blason décore, des données intéressantes sur la numismatique. La lecture des généalogies fait découvrir une multitude de documents particuliers qui jettent un grand jour sur l'histoire générale de la France, et nous y avons trouvé la solution de problèmes difSciles à résoudre sur la fondation d'édifices dont les caractères architectoniques étaient loin de donner une date même approximative.

L'étude du blason a tant d'attrait pour ceux qui s'y livrent, qu'on a vu des hommes y consacrer leur vie entière. Aujourd'hui que les institutions nobiliaires ne subsistent plus que dans l'histoire et ne peuvent s'accorder avec les constitutions politiques actuelles, il faut se borner à connaître et à rétablir l'armoriai de la province qu'on habite ou dont on veut faire l'histoire. Les dévastations des révolutionnaires, les mutilations des vandales de toutes les époques et de toutes

les couleurs , ainsi que la perte des documents généalogiques détruits avec les archives précieuses qui les renfermaient, ont rendu cette tâche extrêmement difficile.

M. Moutié, notre ami et notre collègue au Comité historique des arts et monuments, nous a donné d'excellentes leçons pratiques pour estamper, et nous avons obtenu ainsi de belles épitaphes, accompagnées d'armoiries; à son exemple, nous conseillerons à nos confrères en archéologie et en blason de reproduire les écussons avec des papiers de couleur, découpés, assemblés à la colle et fixés sur des cartons. Ce procédé est expéditif, et il donne plus d'éclat que la coloration au pinceau. Comme on peut découper plusieurs figures à la fois, on a l'avantage de les reproduire d'une manière régulière et uniforme, quand elles se répètent. On peut encore se servir de transparents à travers lesquels on colorie avec les pinceaux dont on se sert pour gouacher. Nous avons réussi en combinant et complétant l'une par l'autre ces deux méthodes, que nous venons d'indiquer.

Notre province de Picardie est illustre entre les autres contrées de la France par ses familles historiques. Lorsqu'on visite ses belles églises et ses vieilles demeures seigneuriales, l'imagination se plaît à les repeupler de nobles chevaliers, couverts d'armes éclatantes. Les pages et les valets reparaissent revêtus de divers costumes; ils remplissent l'office de tenants ou de supports, et apportent les écus en proclamant les devises et les cris de guerre.

A Poix, à Moreuil, à Pont-de-Remi, les Créquy étalent sur champ d'or leur créquier rutilant de gueules, supporté par deux sauvages, emblèmes de la force. Sur le cimier s'élèvent deux cignes affrontés, portant un anneau dans leur bec, symbole de la concorde et de la pureté d'intention qui doivent éclater parmi les défenseurs de la patrie. On croit encore entendre retentir ce cri de guerre : a CRiÉQur, CRÉQuy, le uault baron, nul ne s'y frotte! Les Mailly, les Hénencourt, les Mouchy, les Maillocs, les Mametz élèvent leurs Maillets, pour signifier qu'ils ont broyé les ennemis de la patrie avec leurs masses d'armes, comme Charles-Martel écrasa les Sarrasins avec le terrible marteau dont il tire son surnom. Ils semblent encore jeter à ceux qu'ils combattent ce rauque défi : hogne qui vonra! Les léopards de Rouhault-Gamaches paraissent mettre en fuite les léopards de l'Angleterre. Les couleurs de Rambures ne peuvent souffrir longtemps celles des ennemis sur les tours du beau château qui domine encore les plaines fertiles du Vimeu. Les d'Estourmel montrent leur écu de gueules à la croix crételée d'argent, en mémoire du reliquaire contenant un morceau de la vraie croix, donné par Godefroi de Bouillon à Raimbault Creton d'Estourmel, qui, le premier, escalada les murs de

Jérusalem et monta sur leur crête. Avec la relique était la devise : veillant

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