‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 63 sur 82 · AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

AU MOYEN AGE

Peintres. — La série des peintres n'est pas très-nombreuse. Les travaux étaient assez ordinairement confiés chaque année au même peintre. C'est ainsi que d'abord on trouve, dans le compte de 1488 : « à Jeu an de Molisson six livres tournois, potff quatre tournelles et quatre escussons qu'il a paincts aux armes du roy et de la ville, qui ont esté mises aux quatre grans tourches, appelés estendarts, qui ont esté pourtées à l'entour du corps N.-S., en faisant la procession de la feste Dieu, ainsi qu'il a esté toujours par cy devant faict, et pour la painture de douze bouloyses à fleurs de lis, qui ont esté baillées à douze sergens, pour faire mectre en ordre le peuple en faisant ladite procession de la feste Dieu ».

En 1495, JouFFROY de Torfouee reçoit « viii 1. xv s. pour quatre grandes tournelles faites de painctures et ystoires » .

En 1497 Jean de Molisson était mort, et son fils, sans doute, Jacquelin de Molisson, lui succéda dans la confiance des échevins. On le voit, cette même année, recevoir « xxi s. , pour avoir peinct les armes du roi et de la ville, sur ung panonceau de fer, enchâssé de fer, qui est sur le puits de la croix de pierre » . Il touche « V sols pour avoir faict le patron de gectons à compter, qui ont esté faicts pour la chambre de la ville, lequel patron a été apporté à Paris ». Le même Jacquelin de Molisson partage les travaux de la ville avec Jouffroy, appelé ici de Troffon. Celui-ci est payé de « six livres tournois pour avoir painct et doré les annes de France avecque les deux anges qui tiennent les dictes armes, tant d'or fin que d*azur, que aussi le champ qui est à l'entour desdictes armes; lesquelles armes sont au portail d'Yèvre du costé du bourg St-Privé».

4. Voyez plus haut, p. 258, le commencement du travail dont ce deuxième article est la fin.

Dans ces documents s'offre la preuve multipliée que les artistes étaient à la fois artisans; en voici encore une. Jacquelin , qui a peint un panonceau d'un puits de la ville, a fait aussi le dessin des jetons destinés aux auditeurs des comptes. En 1499, il fait un «patron de voirine où est une nativité de Notre- Seigneur, queM" Jehan Fradet, naguières eschevin de ladicte ville, a faict faire pour mectre en la maison de ville ; pour ce, xx s. » Dans cet article, son nom de Molisson est écrit comme je crois qu'il doit l'être, Moislusson. En 1504, on lui donne « quatre livres, pour avoir faict quatre verrières aux armes et devises de honorables hommes Jehan Lalemant i'aisné, maistre Gilles Pain, naguières maires de ladicte ville, et aussi de maistre Hémery Gentils et Estienne de Cambray, échevins d'icelle ville, pour asseoir en la salle de l'ostel de ville » . C'était ^en effet un usage consacré de mettre aux verrières de la ville les armes des maires et échevins, et les artistes peintres et verriers, employés à cet ouvrage, figurent souvent dans les registres des receveurs.

En 1505, JacqueUn meurt; il est remplacé par Jacques Mbignan, dit d'Auvergne. — Guillaume Dallida, employé à la cathédrale, est aussi occupé par la ville. Celui-ci est en même temps verrinier; en 1512, il reçoit «l s., pour avoir rabillé les verrières de la salle de l'ostel de ville ». Les puits publics étaient très-multipliés dans la ville, et souvent ornés avec recherche. En 1525, Jacques Meignan reçoit « xvi 1. pour la peincture de deux enchâsses du puits, l'ung près des Carmes, l'autre près St-Jehan-des-Champs ; lesquelles enchâsses il a peinctes tant de escussons, fleurs de lys, barreaulx, feuilliages d'or et d'azur, et aultres painctures; tant aux armes du roy, de Madame (Marguerite de Navarre, duchesse de Berri) , que de la ville. Lesdites painctures faictes à huille».

Dans la seconde moitié du xvr siècle, on trouve Jehan Arnault, Jehan de Brielle, peintres. Celui-ci reçoit « x livres pour avoir faict une carte et portraict de la ville de Bourges, pour mettre au livre de feu mons' de Lessay » . C'est une vue de Bourges qui décore l'ouvrage de Jehan Chaumeau, le plus ancien historien du Berri. Jean de Briel « pourtraict aussi le portail de la porte de St-Sulpice, ravelin et abbaye du dict Saint^Sulpice » .

En 1571 , Jehan Bagier peint une histoire de la passion et des Sibylles, pour 30 livres.

Après eux vient Pierre Lefebure ou Lefebvre, dont la famille fournit longtemps les peintres de messieurs de la ville. Son fils, Nicolas Lefebvre , lui succède.

En 1599, parait Pierre Boucher, maître peintre, le père de Jean, que le Berri considère comme le plus éminent des peintres qu'il ait produits.

A cette époque, les peintures occasionnées par la Fête-Dieu en sont déjà venues à coûter xx écus.

Jehan Bouchier figure souvent. Je ne mets pas ici son nom comme une découverte; mais je veux seulement faire connaître quelques travaux de lui, restés inconnus et détruits. — Les maires et échevins, sans renoncer à l'ancien usage de faire mettre leurs armes aux fenêtres de la ville, firent faire un catalogue de leurs noms, où on peignait leurs armoiries. En 1598, pour la première fois, Jean Boucher travaille à ce livre; en 1599, on lui commande des peintures qu'il exécute pour les préparatifs de l'entrée du roi, qui ne vint pas. En 1605, il peint de nombreuses figures allégoriques sur les arcs de triomphe dressés pour la venue attendue, mais en vain, du roi Henri IV. En 1623, Pierre Lefebvre peint en azur « la voulte du portail de Bourbonnoux, parsemée d'estoiles, pour xxi livres». En 1622, Jean Boucher fait encore des dessins et projets de peinture « pour l'entrée qui avoit été advisée en assemblée de ville estre faicte à sa majesté en cette ville au mois de décembre 1622. » Pour la troisième fois les travaux de ce genre furent inutiles.

En 1628, CHiiRLES Beisault peint dans le livre des élections les écussons des derniers élus.

Claude Bourgeois, Pinardeau, Pierre Tassin, sont les derniers de cette liste, arrêtée à l'avènement de Louis XIV.

Verriers. — Ces artistes étaient nombreux à une époque où les vitraux de couleur étaient d'un usage si général. Presque tous ceux qui figurent dans les comptes de la ville ont fourni des panneaux de verre aux armes des princes, des maires, des échevins. Le premier est Guillaume Labbe, en l/i95. En 1501, Lambert Antoine parait : il reçoit en 1505 c lxx s. pour ung panneau de verre, auquel est paint le miracle de sainct Antoine de Padoue. »

En 1507, Jehan Joing. — En 1510, « à Nicolas Rondet, verrinier, demeurant en la ville, cxv s. , pour avoir faict ung panneau de verrière à ystoires et riches couleurs, pour meetre en la salle de l'ostel de ville à l'une des fenestres d'icelle, regardant sur la court».

En 1551, encore une preuve que l'artiste était à la fois un artisan. Jeban Lesguyer, le peintre des beaux vitraux de quelques chapelles de la cathédrale, « faict de neuf neuf-vingt-unze pieds de vistres pour les escoUes de loix ; il rabille et faict servir les vieilles victres qui y estoient auparavant , et icelles toutes remet en plomb neuf. ». C'est bien là du métier, rhabiller de vieilles vitres dans une école I

Jacques Meigneau , dit d'Auvergne , que nous avons vu paraître comme peintre, nettoie toutes les vitres des grandes écoles (1550). Vers le premier

quart du xvii* siècle, ce n'est déjà plus à Bourges qu'on fait faire les armoiries sur verre pour l'Hôtel de Ville, mais à Paris, par Pinaigrier. On paie au eélèbre artiste six livres pour chaque écusson timbré; toutefois, Jehan Harsan en fait encore, en 1623, pour trois livres douze sous la pièce, et il ne paraît pas qu'il fût de Paris.

Orfèvres. — La série en est assez nombreuse. En 1487, Chr. Paulb , demeurant à Bourges, travaille cent marcs d'argent , qui ont été donnés au nom de la ville à madame Anne de Bourbon.

En 1491, la ville achète à Jehan Chopillon, orfèvre étranger et passant, un reliquaire d'or et d'argent.

En 1506, à l'entrée de Louis Xll, on emploie André Baucîhet, Regnauld- LB-LiGiER, Pierre Beghebien, Regnauld Carrelier.

Cousin et maître Antoine Florentin travaillent à la médaille.

En 1512, « à André Belenfant, orfèvre, demeurant à Bourges, six sols tournois pour avoir faict une pille et ung trousseau, en laquelle pille a troys moutons couronnés; et au dict trousseau ung Bituris coronné et taillé, avec une fleur de lis au-dessoubs dudit Bituris ». — Même année. « Pour avoir faict ung marteau , une pille et ung trousseau aux armes de la ville , pour marquer les draps». — En 1520, « Andrj6 de Galles, orfèvre, fait un poinçon pour marquer les pots d'estaing de la ville ».

En 1532, Jehan Villatte, Jehan Legier, Anthoine-le-Messber , tous orfèvres de la ville, préparent les présents, « fornys de rubis et de perles destinées à la reine, à M. le dauphin et à M. le légat ».

En 1548, Jehan Margion. — En 1563, Estienne Rimbault. — En 1565, on paie à Jacques Augier, maître orfèvre et tailleur de la monnaie, t ung scel et ung cachet d'argent aux armoiries de la ville».

En 1578, « au sieur de Hért, maître graveur général, pour la délivrance des trousseaux et piles, 60 livres pour escus douzains, francs, quarts et demiquarts, et aussi liards à trois coings de chaque ».

En 1606, t à Rogier Rongey, maître orfèvre, 16 livres, pour avoir faict deux carreaux pour les jetons aux armes du roy et de la ville, que Ton marquoit au molin ».

En 1629, le corps de ville fait faire la représentation en argent de la ville de Bourges, pour Toffrir à Notre-Dame de Liesse, en accomplissement d*un vœu. Claude Bourgeois, peintre, avait fait le dessin. Pierre Gcburdoux, orfèvre, fit exécuter cet objet par Nicolas Loir , orfèvre de Paris. Il en coûta 1809 livres pour 51 marcs 2 onces d'argent, un piédestal et un étui. Antoine Gpargault, architecte et sculpteur, avait aussi fourni des dessins. La première

des médailles, donnée par le maire au seigneur de Chateauneuf, fut gravée par Charpentier, orfèvre; payé 100 livres.

Imagiers. — En 1489, « à Pierre-le-Meslb, ymagier, la somme de 4 escus d'or, à luy donnés, pour ung ymage de Notre-Dame et ung angelot, qui a esté mis au portail de Sainct- Privé. » — En 1499, Gdillaume l'Ymaigeur. Pour l'entrée de Louis XII, les patrons des dons d'orfèvrerie sont faits par Paul l'Ymaigeur, Jehan (de Paris) et Nicolas.^ — Petit-Jean, ymageur, en 1521. — Paul reçoit « 8 livres, pour avoir parachevé de faire les moules des médalles que l'on vouloit faire pour donner à la royne. Madame et madame la duchesse. »

En 1601, t 24 livres, 15 sols, à Jehan Lafrimpe, pour avoir faict à poinct une Notre-Dame, mise au portai Sainct-Privé. » En 1609, au même, « 40 livres tournois, pour avoir faict et façonné en pierre, au mois de mai, l'image et représentation de saint Austrégésile, archevesque de Bourges, en sa forme archépiscopalle; et icelluy peinct et posé sur ung pied d'estal, pour le haulsep sous la bahe et niche, qui est au portai de Bourbonnoux, du cousté du pont-levis,» où autrefoys y avoit eu pareil ymage, auparavant les troubles de ce royaulme,. et ce après que le dict ymage a esté bénit audict mois de mai par monseigneur le révérendissime archevesque dans sa chapelle, en l'église cathédrale, à l'yssue de la messe. »

Musicien. — 1502. Matstre Louis, l'organiste*

Brodeurs. — Robin, en 1521. — En 1524, Pierre Chenu, Robert Tixier. — A Guillaume Bremault, « 20 livres, pour avoir fourni deux grandes bannières pour les trompettes. » — En 1550, Jehan de Brielles. — Pierre dr BaiELLES brode les robes de ville en 1560. — En 1569, Jehan Ragdsr, brodeur. — En 1577, Jehan Chagnon. — En 1595, Edmb Ragier.

Fondeurs. — En 1522, Laurent Millard ; en 1595, Jean Buret. Tous deux fondeurs.

Tels sont, ou à peu près, les principaux noms que m'ont fait connaître lesregistres des coniptes de la ville de Bourges; les registres de la cathédrale sont également riches en. ce genre. Partout où sont des archives» il y a sans doute de curieuses découvertes à faire , de précieux détails à< connaître, une justice à rendre à des artistes oubliés.

Bon DE GIRARDOT, Correspondant dn Condlé historique des arts et meiiDiiieDts.

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