‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 67 sur 82 · RESTAURATION DE LÉGLISE DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

RESTAURATION DE LÉGLISE DE SAINT-DENIS

dallions semblables; elle en a reçu une collection complète. Puis, pour mettre en harmonie le neuf et le vieux, on a exécuté le ravalement de toute la façade, qui est aujourd'hui beaucoup plus fraîche et plus neuve que le portique de la Madeleine. Aussi, dans je ne sais plus quelle brochure qui m'est tombée sous la main, on lisait ceci : « Les blanches tours qu'on aperçoit à l'horizon sont les clochers de l'AWTiQtE abbaye de Saint-Denis. »

Il est permis de demander maintenant si, de l'ancienne façade, il serait resté réellement quelque chose d'intact : au milieu des additions inopportunes et des raccommodages maladroits, nous ne pourrions désigner comme digne aujourd'hui d'une confiance entière qu'un certain nombre de chapiteaux placés aux portes ou sous les ogives des arcatures supérieures. Nous reconnaîtrons même, sans nous faire prier, qu'on a eu cette fois le bon goût de ne pas soumettre à l'opération désastreuse du grattage les riches chapiteaux des trois portes. La plupart des restaurations ont été exécutées en belle et bonne pierre; cependant le mastic et la terre cuite jouent bien encore, çà et là, un rôle d'une certainiB importance. Au lieu d'enjployer tant d'argent à charger cette façade d'ornements qui en ont détruit pour jamais le caractère mâle et sévère, pourquoi ne pas s'être occupé, par exemple, de relever à la grande porte le pilier du trumeau dont l'absence produit le vide le plus choquant? On travaille en ce moment même à recouvrir de panneaux en fonte les vantaux de cette porte revêtue autrefois de bronze ; il y a tout lieu de craindre que ce ne soit une triste et mesquine restitution.

Dm inficriptions, composées par Suger et gravées par son ordre sur le métal des portes, avaient été dernièrement reproduites sur les archivoltes des voussures où elles n'offraient plus aucun sens raisonnable ; une commission, nommée pour l'examen de toutes les inscriptions de Saint^Denis, les a judicieusesnent fait effacer. Mais elle en a respecté à tort, suivant nous, deux autres inscrites dans des baies, au-dessus de la porte centrale. L'une faite par Suger, pour constater la date de la reconstruction de l'église, méritait d'être rétablie; raai« elle n'aurait pas dû l'être à cette place. Quant à l'autre, on la dit de la façon des poètes latins de l'Institut. Un bon élève de troisième aurait à coup sûr nueux réuBsi. 11 y est dit que Napoléon : repaaat res oadine cinctas; pam ^n ajoute qu'il est lui-même démoli : goncipit ipse r(;ina. U y a encore d'autres choses non nnoins plaisantes et qu'on peut aller lire, écrites qu'elles sont en grandes lettres d'or*

lie flanc mécidîonal de l'édifioe se trouve en majeure partie masqué par les bâlimento de la znaîfioo royale, l'ancienne abbaye reconstruite par Robert de Cotte, l'un des architectes restaurateurs du xviir siècle. On en voit cependant

km ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

assez, pour remarquer une lourde sacristie moderne accolée à une chapelle gothique qu^elle défigure, puis une grande chapelle qui forme le chœur d'hiver des chanoines, et qui est extérieurement aussi nue que Notre-Dame-de-Lorette ou Saint-Pierre du Gros-Caillou.

Au côté du nord, on a refait tout le parement des chapelles qui avaient été construites au xiv' siècle. Ce travail a été exécuté avec un certain soin ; mais ce qui existe là aujourd'hui reproduit ce qu'on a supprimé, comme un calque reproduit un tableau. La sécheresse et la raideur ont remplacé la grâce et le naturel. La substitution de terrasses dallées aux anciens combles en charpente est venue aussi changer complètement la physionomie de cette partie de l'édifice. Les contre-forts se trouvent ainsi déchaussés jusqu'à leur base, et produisent à l'œil l'effet d'un homme ivre, qui vacille en cherchant un point d'appui qui lui manque. Un système de terrasses développé, comme on l'a fait à Saint- Denis, répugne à l'architecture gothique du nord; s'il en existe quelques exemples, ce sont de rares exceptions.

Nous avons dit qu'on rencontrait ici, à chaque pas, des inconséquences qui trahissent, de la part de leurs auteurs, un état continuel d'incertitude et d'anxiété. Ainsi, tandis que d'une part on a fait une dépense très-considérable pour mettre sur les voûtes des collatéraux des dalles à la place des combles, on demande d'un autre côté plus de cent mille écus pour élever au-dessus de la maîtresse voûte un comble pyramidal en fer. Aimez-vous la ligne horizontale, voici des terrasses; préférez-vous la ligne ascendante, on va vous faire un comble gigantesque. 11 est bien à craindre qu'en fin de compte personne ne soit satisfait.

Tous les journaux ont annoncé que l'église royale de Saint-Denis n'aurait rien à envier à la cathédrale de Chartres : telle était la volonté de notre savant et magnifique Conseil des bâtiments civils. En conséquence, le 19 d'août dernier a été mise en adjudication la couverture de combles en cuivre pour Saint- Denis, et la construction de ces combles en fonte, absolument comme ceux de Notre-Dame de Chartres. C'est à MM. Leturc et Roussel que cette adjudication a été faite, moyennant un rabais de 6 francs 50 centimes pour cent sur les prix estimatifs des devis de l'architecte. Ces prix étaient : pour la serrurerie en fonte, 214,921 fr. 95 cent. ; pour la couverture en cuivre, 94,531 fr. 50 cent.; pour la peinture, 3159 fr. 56 cent. C'est un total de 300,000 fr., à peu près, qui va être consacré à cette opération, en conséquence de laquelle Saint-Denis aura une toiture comme Notre-Dame de Chartres, une toiture en fonte et en cuivre, qui narguera les forêts et les lames de plomb dont sont faites les toitures gothiques.

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