‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 68 sur 82 · RESTAURATION DE L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS. W · texte numérisé non relu

RESTAURATION DE L'ÉGLISE DE SAINT-DENIS. W

Oa est toujours enchanté, même dans un monument de style ogival, de faire parade des progrès de la science moderne et de se moquer de la barbarie du moyen âge. Mais un de nos amis, un témoin oculaire, qui arrive de Chartres et qui est chargé par les ministères de l'intérieur et des cultes de travaux considérables dans des monuments du moyen âge, nous écrit :

« Voici ce qui se passe à Chartres; je l'ai vu. Le fameux comble en cuivre laisse parfaitement tomber les eaux pluviales sur les voûtes ; si bien qu'en désespoir de cause, les « restaurateurs » de la cathédrale de Chartres n'ont rien trouvé de mieux que de mastiquer, boucher et peindre à l'huile (trois couches) l'extrados des voûtes, et de ménager, dans les reins de ces voûtes, des cuvettes en plomb, destinées à recevoir les eaux infiltrées. De temps en temps on va, avec des cuillères à pot, vider les cuvettes lorsqu'elles sont pleines. Cela m'a semblé miraculeux. Il tombe, à chaque averse, une trentaine de seaux d'eau sur les voûtes ; c'est un inconvénient, mais les petites cuvettes sont là pour parer au mal. 11 est vrai qu'une inscription en fonte de fer sur un écusson de forme Louis XVI II vient d'être placée dans le comble. Cette inscription donne les noms et titres de tous ceux qui ont concouru directement ou indirectenient à la réédification de ce comble bien supérieur, comme on le prétend, à l'autre qui n'avait jamais laissé passer une goutte d'eau. •

Ce que notre spirituel correspondant a vu, nous l'avons senti nous-même ; car, il y a dix-huit mois, forcé de rester dans le comble de la cathédrale de Chartres pendant la pluie, nous avons été mouillé à peu près comme on l'est dans une forêt sur la fin d'un grand orage. Les 300,000 francs qu'on va donner à Saint-Denis auront donc pour résultat de faire arriver l'eau dans l'église et de détremper les peintures voyantes que l'architecte vient d'y faire exécuter. Il est vrai qu'on pourra, à la première goutte de pluie, faire monter dans le comble une trentaine de gardiens, de bedeaux, de suisses et d'enfants de chœur, armés chacun d'une cuillère à pot, à soupe ou à café, pour vider, à mesure qu'elles se rempliront, les cuvettes qu'on pratiquera dans les reins de la voûte. Puis, on fera couler en fonte un écusson de forme nouvelle sur lequel, après les hachures et les couleurs dont M. l'architecte aime si sincèrement l'emploi double et peu archéologique, on gravera le nom et la qualification de tous ceux qui ont conseillé, encouragé, dirigé, exécuté la restauration, c'est-à-dire le massacre de Saint-Denis.

A l'angle que fait la ligne des chapelles avec la partie antérieure de l'église,

deux statues, la Madeleine agenouillée et le Christ debout, étaient restées dans

leurs niches, échappant ainsi à la proscription générale. On les a enlevées

de leur poste, qu'elles avaient si bien gardé, pour les rapiécer avec du plâtre et

les retniser ensuite dans l'église. Ces figures étaient cependant nécessaires pour fei^aler que les chapelles, dont elles ornaient le mur extérieur, avaient saîiite *Madelehie pour patronne.

Le portail du croisillon septentrional, renommé pour la richesse de son ornementation, a été remanié de fond en comble, et, comme toujours, par des ouvriers qui remettaient des jambes, des bras, des corps entiers, sans se douter Seulement de la signification des sculptures à réparer. Tous ces racommodagfes inspirent une telle méfiance, que nous devons regarderies bas-reliefs et les statues qui les ont subis comme absolument perdus pour la science archéoio- ' gîque. Six figures, sculptées au xir siècle et revêtues des insignes de la royauté, se dï*essent dans les ébrasures de la porte. Ce sont, sans nul doute, des n»s ancêtres du Christ; David est assez facile à reconnaître à son support, qui représente un centaure tenant une harpe. On ne les a pas 'moins transrfbvmés en monarques capétiens, et, sur les banderoles que leurs mains déroulent, on a gravé, en lettres de la fin du xiv* siècle, les noms de Hugues Capet et deses cinq successeurs immédiats. Le chef habile, mais peu lettré et surtout médiocrement musicien de la troisième dynastie, a pour emblème, sous ses pieds, la harpe du psalmiste. Ce qu'il y a de plus ridicule, c'est que ces statues ont été moulées toutes les six pour le musée « historique » de Versailles, où elles'passent définitivement pour les portraits fidèles de Hugues Capet, Robert, Henri P% "Philippe I", Loais VI et Louis VIL

La grande rose, qui s'ouvre dans le haut de la façade septentrion»le,j a été

refaite entièrement, ainsi que celle du midi. Nous nous sommes assuré, lorsque

les débris* de ces roses étaient encore dans le chantier, que les sculpteurs char-

'gés de rétabhr les nervures en ont amaigri toutes les moulures. Les roses nou-

Vdîfes ne sont ainsi que le squelette décharné des anciennes ou leur copie fort

f mal nourrie. — Presque au pied de là porte du nord, on a détruit une fenêtre

I de chapelle, en accolant à l'église un vestiaire de chantres qui a toute l'<appa-

1 "rénce d*un de ces établissements qu'on cherche à rendre inodores.

L'abside a été traitée comme les collatéraux de la nef. Tous les toits des Voûtes inférieures ont disparu pour faire place à un dallage, et les contre-forts ont été reliés les uns aux autres par des barres de fer qui ne ressemblent pas mat à ces longues perches sur lesquelles les blanchisseuses étalent leur linge au travers des rues.

Chacun a pu voir, pendant plusieurs années, derrière l'abside, un immense monceau de pierres arrachées de l'église, par suite des travaux de restauration ; les colonnettes, les chapiteaux, les frises, tes gargouilles, \es troBieaux* *de fenêtres et de roses y étaient entassés pêle-mêle. De tous ces: débris, on turait

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