‹ Annales archéologiques (volume 5)Chapitre 69 sur 82 · RESTAURATION DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

RESTAURATION DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS

pu former un curieux musée. Il a semblé préférable de les débiter et d'en employer une partie à la construction de magasins dépendant de Téglise.

Intérieur de l'église. — Le fatal système, suivi avec une opiniâtre persévérance dans la restauration des parties extérieures, s'est développé avec plus d'excès encore dans l'ornementation intérieure. Mais, avant de passer aux détails, nous avons à examiner un moment l'ensemble. N'oublions pas de rappeler, et ceci a bien son importance, que le sol tout entier de la nef et de la croisée a été exhaussé d'environ deux mètres. On donne pour raison de ce grave changement la nécessité d'assainir le monument ; le moyen ne nous semble guère ingénieux. II est facile de comprendre ce qu'une pareille opération a dû faire perdre en élégance aux proportions des voûtes, dont le défaut saillant est aujourd'hui le manque d'harmonie entre la largeur et l'élévation. Toutes les, bases des colonnes ont été refaites en conséquence à environ six pieds au-dessus des anciennes, qu'on n'a certainement pas pris la peine de copier et qiii, à coup sûjr, offraient un tout autre aspect. La sagacité des antiquaires à venir pourra s'exercer sur ces colonnes, auxquelles ils découvriront deux étages de socles et de bases superposés. C'est l'exhaussement du sol intérieur qui a rendu nécessaire la construction d'un perron en avant de la façade. Afin de regagner ce qu'on enlevait de hauteur aux portes enterrées par le pied, on a diminué l'épaisseur des plates-bandes des linteaux et profané ainsi toute l'architecture. C'est incroyable, mais ce n'est malheureusement que trop vrai.

Les portes ajustées dans les croisillons, avec colonnes, tympans et statues de plâtre, n'appartiennent à aucun style connu. Le tympan sculpté est toujours ^ 1 réservé pour la décoration extérieure d'une porte ; ou a voulu ici le faire entrer ^ au dedans de l'édifice. La décoration de ces tympans internes n'a pas mieux réussi que l'invention. Au midi, on voit un Christ de plâtre, lequel, au liçi^ de faire tenir sa couronne d'épines et ses clous par les anges à qui cette fonction est d'ordinaire dévolue, prend la peine de les porter lui-même, ce qui l'empêche de pouvoir bénir le peuple. Au nord, une gloire de plâtre doré environne une trèsr-ancienne vierge en bois qui provient de Saint-Martin-des-Champs, et qu'on a badigeonnée à tel point qu'il n'y a plus moyen de voir de quelle matière elle est faite. Enfin on a embarrassé le collatéral du chevet de six grosses colonnes modernes en marbre noir, sans se douter que l'emploi du marbre, dans les monuments du moyen âge, est un caractère archéologique ^e haute importance, et que dès lors on doit s'abstenir d'en faire arbitrairement usage dans une restauration bien conduite.

Adhésions et encouragements. — Un prêtre du diocèse de Besançon nous écrit : « Ici, dans notre Franche-Comté, le mouvement archéologique est sensible. Nous avons à Besançon, notamment, deux architectes qui étudient en conscience ce qui nous reste de monuments du moyen âge, et qui préparent, dit-on, les plans de diverses églises dans le genre du xiii* siècle. Quelques prêtres aussi s'occupent d'archéologie; mais, si vous me le permettez, je renverrai les détails à une autre fois. J'ai d'ailleurs de graves plaintes à vous envoyer contre les auteurs de plusieurs actes récents de vandalisme et contre certains projets de restauration dont on menace nos plus remarquables et nos plus chers monuments. »

— Si nos honorables correspondants veulent bien nous faire connaître tout ce qu'ils savent en fait de zèle ou de mépris pour les monuments historiques et l'art du moyen âge , nous pourrons propager le premier et affaiblir plus facilement le second. Nous avons besoin d'un concours soutenu dans cette importante mission. Du reste, on nous promet de l'appui de tout côté, et, entre autres lettres, la suivante, qu'un ecclésiastique distingué nous écrit de Tarare (Rhône), en est une preuve manifeste. — «En souscrivant aux «Annales ar- « chéologiques », je ne puis me refuser au plaisir de vous exprimer la joie que j'éprouVe de cette publication. Tous les amis de l'art, tous les hommes qui comprennent le respect dû aux monuments du passé , doivent éprouver une vive sympathie pour l'œuvre que vous fondez. Notre époque impose à chacun la nécessité de savoir l'histoire de son pays et de révéler par la voie de la presse ce que la nature et l'art offrent de plus précieux dans chaque localité. Journellement de curieuses investigations nous donnent des résultats précieux ; mais on sentait le besoin d'une tribune qui fût ouverte à nos débats et d'un conseil composé de juges éclairés qui condamnassent avec la même sévérité les créations ou les restaurations inhabiles qui confondent les styles et les époques. Car Dieu sait les dégradations, les anachronismes, les badigeonnages qui se com-

mettent tous les jours. Vos « Annales • ont paru ; la pensée qui vous les a dictées a été accueillie avec transport, et votre voix sera entendue dans nos provinces. Croyez, Monsieur, que le clergé vous suivra ; car, mieux que personne, il sait comprendre combien les résultats des découvertes scientifiques servent toujours à la gloire de la religion. S'appliquer à ces études dans un but louable, c'est, à ses yeux, s'acquitter encore d'un sublime ministère. Pour moi, je serai fier d'être votre disciple. J'ai, pour nos vieux monuments religieux, ce culte qui s'accorde si bien avec le culte des autels. Ma province (le Forez) m'a toujours inspiré un amour enthousiaste, et j'ai voulu faire acte de piété filiale en consacrant mes veilles et mes loisirs à mon pays et en rassemblant ses annales éparses. Les touristes, les paysagistes ont peu exploité le Forez ; ce n'est peut^ être pas un malheur. Car je suis persuadé, Monsieur, que vous aimez à distinguer les annalistes consciencieux, qui veulent avant tout la vérité et les faits, des feuilletonistes et des chercheurs de légendes à tout prix. »

Nous ignorons ce que la France pourra devenir sous le rapport scientifique , mais nous croyons fermement que notre clergé est appelé aux plus hautes destinées; nous affirmons qu'il remontera prochainement sur le trône de la science, d'où il n'est descendu que pour aller en exil ou à l'échafaud.

LETTRE DE MONSEIGNEUR l'ÉVÊQUE DE LANGRES.

Le 3 octobre 1844, Mgr Parisis, évêque de Langres, nous a fait l'honneur de nous adresser la lettre suivante. Ce n'est pas pour nous-même ni notre propre satisfaction, mais en vue du but ambitionné par les « Annales » , que nous donnons cette lettre si sympathique ; on voudra donc bien comprendre, nous l'espérons, l'esprit qui nous porte à publier ces lignes du généreux prélat.

« Monsieur,

« J'ai reçu le dessin colorié du vitrail de la Vierge composé par M. H. Gérente ; mon intention est de le faire mettre sous verre afin de le montrer aux prêtres et même aux séculiers qui portent quelque intérêt à la restauration de l'art chrétien. Je vous suis donc doublement reconnaissant de votre envoi , et par le plaisir qu'il m'a fait et par l'utilité publique qui pourra en résulter.

« Depuis longtemps j'éprouvais le désir de vous envoyer mon tribut de félicitations pour le zèle que vous déployez en faveur d'une cause sainte abandonnée depuis trois siècles, et qui semblait définitivement perdue. Rien n'est plus capable de faire sentir l'infirmité humiliante de l'esprit humain que ces aberrations générales dans lesquelles sont entraînées tout entières des nations civilisées. Quand on pense que, dans le siècle le plus éclairé qui ait paru dans

le monde, le ptas grand génie écrivait sans hésiter que fart gothique était de mauvais goût : tout cela passait pour une chose irrévocablement jugée ! Grâces soient rendues à Dieu^ qui enfin dissipe ces préventions fatales, et à vous,.Monsieur, qui contribuez à venger cet art sublime.

• Permettez que je vous félicite en particulier de votre article sur la « Musique c du moyen âge ». Bien qu'il soit seulement une introduction aux articles que MMl Danjou, Fanart- et de Coussemaker vous ont promis, ce travail est plein de justesse, d'intérêt et d'aperçus lumineux. Malheureusement vous serez longtemps, aussi bien que vos savants amis, avant d'être compris du grand nombre ; mais vous aurez, devant Dieu et devant les hommes, le mérite d'avoir ouvert la voie de régénération dans laquelle plus tard les catholiques marcheront certainement en foule. Il faut tout reconstruire dans notre pauvre société, le fond et la forme. Nous, prêtres, nous travaillons surtout au fond dans le ministère des âmes ; vous. Messieurs, travaillez à restaurer les formes du culte catholique. Or, ces formes tiennent intimement au fond, et vous êtes dès lors nos utiles et précieux auxiliaires.

« Courage donc. Ne vous laissez pas intimider par l'indifférence qui vous entoure. Tant que l'amour de soi dominera chez les hommes, l'amour du beau s'y fera peu sentir. Mais Dieu permet qu'on se dégoûte de cet égoïsme honteux et délétère , et voilà pourquoi j'espère que vous serez de jour en jour mieux compris et plus goûté. Quoi qu'il en soit, soyez sûr que dès aujourd'hui l'Église catholique vous regarde et vous loue.

« Agréez en particulier, Monsieur, l'assurance de mes plus sincères félicitations.

« f P. A. , évêque de Langres. »

Mouvement archiéologique en France. — En nous envoyant la souscription de Mgr de Simonis , évêque de Soissons , le directeur de l'institution de Saint-Médard (près Soissons), correspondant des comités historiques, auteur savant de publications archéologiques déjà nombreuses et qui augmentent chaque année, M. l'abbé Poquet , nous écrit : « Mgr l'évêque de Soissons apprécie, comme tous ses collègues dans l'épiscopat, les services immenses que le mouvement archéologique a rendus aux monuments religieux de la France. Il y a déjà plusieurs années qu'il a fait dresser un inventaire ecclésiastique qui peut être consulté au besoin. Dans ses statuts diocésains, publiés en 1857, Voici ce qu'on lit au titre x, n" 149 :

« Nous engageons les curés et desservants à avoir chacun un registre de «{Jaroisse dans lequel on enregistrera, en forme d'annales, avec leurs dates

NOUVEliLES. JH5

i^ respectives, tous les actes ou événements qui seront de nature à intérç^ser «régiiseet Tadministration pastorale, tant pour le spirituel que pour le tecQ* « porel. On y fera d'abord un exposé préliminaire de l'état présent de la, pa- «roisse, et on marquera l'époque, soit antique soit récente, de la construction «ou des réparations importantes de l'église ; ce qu'elle doit au zèle et à la piété «des fidèles; l'époque de son érection en cure ou succursale; celle de l'érec- «tion, de la restauration de ses divers autels, de ses confréries, des pratiques « de dévotion qui y sont établies, des indulgences qui l'ont (enrichie ; les actes « soit du souverain-pontife , soit de nous ou de nos prédécesseurs qui les ont « autorisées , lesquels actes seront, autant que possible, insérés au long ; les «changements de pasteurs; l'époque des missions, retraites, jubilés...; l'état «des reliques ou des châsses; le détail des revenus de l'église; les usages par- «ticuliersà l'église pour l'ordre des offices, des catéchismes, des premières «communions; toutes les pratiques, en un mot, par lesquelles la foi et la piété « s'entretiennent et s'accroissent dans une paroisse ; enfin tout ce qui sera jugé « assez important pour ne devoir pas être ignoré par les curés futurs. Chaque « curé fera ensuite , avec leurs dates respectives, les additions que le temps et « les circonstances amèneront. » — « On sent de quel secours et de quelle utilité sera un tel recueil, et pour les pasteurs et pour l'archéologie nationale. Si un livre pareil existait dans toutes les communes de France, l'histoire de notre pays serait presque faite ; il ne resterait plus qu'à entreprendre le dépouillement de ces nombreuses archives paroissiales, écrites pour la plupart par des hommes de goût, amis et gardiens-nés de nos gloires artistiques et monumentales. Ainsi donc, vous le voyez, Mgr de Soissons a beaucoup fait pour son diocèse; il ne s'arrêtera pas, et l'inventaire adressé à ses curés vous donnera une nouvelle preuve de sa sollicitude épiscopale. Je compte vous l'envoyer prochainement. »

— Les prélats de France ne se cpntentent pas de recommander la conservation et l'étude des monuments; ils conservent de leurs propres mains, ils étudient de leurs propres yeux. Le « Bulletin archéologique » , publié par le Comité historique des arts et monuments , contient les études savantes de Mgr l'évêque de Meaux sur les monuments historiques de tout le départenoent de Seîne-etrMftme; de là à. conserver et réparer ces édifices, la cooséquence était forcée, et nous avons lu sans étoiuiement, dans les journaux du mois »de .septembre^ la. nouvelle qui suit : « Mgr l'évêque de Meaux a éerit à M. le préfet . deSeîne^et^Marne qu'il ne pouvait accepter pour lui rallocationde 2,900 firancSi * votée*par le conseil général dans la session de 18A&. Cette somme sera «ntiè-

Vie ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

rement employée par le prélat à la réparation de l'église de Voulton, l'une des plus pauvres et en même temps l'une des plus intéressantes églises du diocèse. »

— Quand des prélats donnent de pareils exemples, il est tout simple qu'on lise dans les journaux des nouvelles semblables à la suivante : « Au milieu des occupations du ministère et sans autres ressources que celles de son dévouement, le curé d'Écoche (Loire) a su concevoir et élever une église gothique qui étonne par la beauté de ses formes et de ses proportions. Comme au moyen âge, le compas et le ciseau se sont unis dans cette construction ; la plupart des sculptures sont le fruit des délassements et des veilles du laborieux pasteur. Le sous-préfet de Roanne a voulu visiter cette église; il a donné des avis et des encouragements. »

— Une église s'achève à Bon-Secours, près Rouen, en style gothique du xiir siècle. M. Barthélémy, l'architecte, correspondant du Comité historique des arts et monuments, en a déjà terminé le sanctuaire, le chœur et une grande partie de la nef. On élève en ce moment-ci le portail. Ce portail est percé de trois entrées, qui seront décorées de sculptures aux tympans et à la voussure principale. Au tympan de la porte centrale, en bas, on verra une foule de malheureux, accablés d'infirmités corporelles et morales, venant implorer une statue de la sainte Vierge, qui sera placée sur un petit autel : c'est une digne inscription pour une église dédiée à Marie, et qui porte le nom de Bon-Secours. Le haut de ce tympan est réservé à Marie tenant l'enfant Jésus, qu'encenseront deux anges agenouillés. Les cordons de la voussure seront peuplés des neuf chœurs des anges, des douze apôtres et des quatorze principaux prophètes. Au tympan de la porte gauche sera placée sainte Anne enseignant à lire à la jeune Vierge ; au tympan de la porte droite, Marie honorée par l'enfant Jésus et saint Joseph. Toutes ces sculptures ont été confiées à M. Jean Duseigneur, qui a fait ses preuves en statuaire chrétienne, et qui les exécute en style du xiif siècle, comme est traitée l'église entière.

— Quand les prêtres ne peuvent pas, comme celui de Bon Secours (près de Rouen), comme celui d'Écoche, comme bien d'autres dont nous donnerons prochainement une liste complète, élever des églises entières, ils s'attachent du moins à recueillir et conserver des fragments précieux. Ainsi M. l'abbé Cordier, curé de Notre-Dame, à Pontoise, archéologue instruit et possesseur d'une collection très-intéressante, vient de faire rétablir dans son église le tombeau de saint Gautier, premier abbé de Saint-Martin , près Pontoise, moirt

en 1099, Tannée même où les croisés s'emparèrent de Constantinople. On assure que le tombeau nouvellement réédifiè est le même qui fut élevé à Gautier, en 1146, par Guillaume de la Roche de Mello, son quatrième successeur. Nous ne le connaissons encore que par une lithographie peu exacte, d'après laquelle nous avions pensé qu'il devait appartenir aux premières années du xiir siècle. Saint Louis a prié plusieurs fois devant ce monument. Le tombeau de saint Gautier se compose d'un grand sarcophage en pierre orné de plusieurs ligures de moines, et surmonté d'une statue couchée qu'on dit fort remarquable ; il a été conservé intact par la famille qui acheta les bâtiments de l'abbaye de Saint-Martin à l'époque de la révolution. Cette propriété ayant été revendue tout récemment, on a eu le bon esprit d'excepter de la vente le tombeau du saint et de l'offrir au curé de Notre-Dame, qui a déjà recueilli une crosse en bois attribuée à saint Gautier. Ce saint a été, dit-on, le dernier personnage canonisé par une église particulière sans l'intervention directe de la cour de Rome.

— A Paris, comme dans les départements, c'est une grande ardeur pour la réhabilitation dès monuments. Un jour, nous aurons à raconter en détail tout le dévouement et toute la science que M. de Merson, curé de Saint-Germainl'Auxerrois, a dépensés dans son importante église. Aujourd'hui, contentonsnous de signaler ce que M. Faudet, curé de Saint-Étienne-du-Mont, vient de faire exécuter dans la chapelle des âmes du purgatoire à cette curieuse paroisse. M. Faudet, qui a publié une « Notice historique » sur les églises, abbayes et couvents qui existaient autrefois sur le territoire formant aujourd'hui celui de la paroisse Saint-Étienne, a voulu compléter son travail en faisant réparer la chapelle des âmes du purgatoire. A l'aide de ses savantes recherches, il a réuni et fait inscrire dans cette chapelle les noms des personnes marquantes qui ont été enterrées dans ces églises, abbayes et couvents. On y retrouve ceux de saint Prudence, de Clovis, de sainte Geneviève, de sainte Clotilde, de saint Céran ; ceux de Descartes, Thognet, Pascal, Perrault, Racine, Santeul, Tournefort. On saura certainement gré de ce souvenir historique au prêtre zélé qui dirige cette paroisse. On regrette que le peintre sur verre n'ait pas mieux servi les intentions de M. le curé, et qu'il ait exécuté une verrière d'un goût suspect.

— Nous devons noter la nouvelle suivante : « Le 9 octobre, jour de Saint- Denis, a été consacrée la chapelle qui vient de s'élever rue Notre-Dame-des- Champs, dans la communauté et aux frais des sœurs de Bon-Secours. Cette chapelle est construite dans le style ogival. On y retrouve un peu le cachet de

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celte architecture chrétienne, dont nous nous sommes malheureusement tant éloignés dans toutes les constructions modernes. Il serait bien à désirer que M. le ministre des cultes et M. le préfet de la Seine visitassent la chapelle de la rue Notre-Dame-des-Champs ; ils se convaincraient facilement qu'il est possible de bâtir de nos jours des églises où Ton pourrait reproduire le style inspiré par la foi et la piété de nos pères. »

— Un jeune artiste de Troyes, M. Vincent Larcher, exécute des vitraux, qui sont des copies minutieuses et vraiment remarquables des vitraux anciens. Ce jeune homme, après une longue suite d'essais infructueux, est arrivé à un remarquable degré de perfection. 11 a obtenu de la translucidité sans transparence, une grande chaleur de tons et une solidité inaltérable dans les couleurs. Deux grands panneaux, que M. le curé de Saint-Urbain de Troyes, correspondant du Comité des arts et monuments, nous a envoyés, reproduisent, à s'y tromper, un vitrail du xiii* siècle et un vitrail du xvii% placés tous deux dans la cathédrale de Troyes. Nous attendons quelques documents promis sur le procédé de M. Vincent Larcher, et sur les travaux déjà exécutés par le jeune verrier dans les églises de Troyes et des environs, pour entretenir nos lecteurs des résultats obtenus.

— Un autre artiste de Troyes, M. Léon Moynet, un tout jeune homme, vient d'exécuter en terre cuite, peinte et dorée, un immense retable dans le style gothique pour l'église du Magny-Fouchard, près de Vandeuvre (Aube). Ce retable est rempli de figures en ronde-bosse d'un mérite réel, et d'une solidité égale à la pierre; il a coulé un prix d'une modicité presque fabuleuse, et nous attendons également des renseignements sur la dimension et la matière de ce retable, sur le nombre et le sujet des figures, sur le style et le genre de la décoration, sur le prix auquel il est revenu, pour en donner une connaissance exacte et peut-être en conseiller l'emploi, si les résultats sont réellement aussi importants qu'on vient de nous l'affirmer.

— Le mouvement archéologique , on le voit de reste , se propage de tous les côtés : il n'y a pas de jour où nous n'apprenions que, sur un point quelconque de la France, se construit un monument ogival, s'exécutent de grands travaux de sculpture en style du moyen âge, se place une verrière qui rappelle les admirables fenêtres du xiir siècle, se peint une muraille à fresque en style gothique ou roman. Le mouvement est déjà tel, que les individus ont peine à le suivre et que les demandes dépassent la production : les bras commencent à manquer. Ainsi, sur l'avis de ses amis et pour suffire aux travaux qu'on lui

commande, M. Henri Gérente fonde en ce moment un atelier de peinture pour fournir des cartons à vitraux aux manufactures et des motifs archéologiques de décoration aux peintres, aux sculpteurs, aux ébénistes, aux orfèvres, aux fabricants d'étoffes, etc. M. Gérente aurait besoin, et il en cherche partout, de jeunes gens qui puissent d'abord comprendre ses leçons ou ses conseils, pour l'aider ensuite dans ses nombreux travaux. Nous serions heureux si les quelques lignes qui précèdent pouvaient susciter dans quatre ou cinq jeunes gens le désir d'embrasser une carrière où il y a des services à rendre, et de la réputation à gagner avec un peu de bien-être. Nous fondons une école, mais il nous faut des écoliers; nous avons un champ immense, et qui demande de jeunes et de nombreux ouvriers.

Mouvement archéologique a l'étranger. — Les curieuses lignes qui sui-^ vent, et qui réjouiront nos lecteurs, sont extraites du « Commerce » , numéro du 7 août dernier : « Le fanatisme religieux fait de jour en jour des progrès plus alarmants en Allemagne. Cette terre classique de la philosophie semble renier l'incrédulité de ses dernières années. Après Hegel, après sa jeune école, après Strauss et Feuerbach, une sorte de réaction se fait sentir dans toutes les communions chrétiennes ; parmi elles, c'est à qui se signalera davantage par les emportements de son zèle. L'exemple vient de haut. Le roi de Prusse actuel est un admirateur enthousiaste de tout ce qui s'est fait ou dit au moyen âge, et il suffit qu'une opinion ait quelque chose de gothique dans son allure pour trouver grâce aux yeux du souverain... 11 voulut avoir un ordre religieux qui eût un grand air, et surtout un air moyen âge : on trouva aisément à satisfaire le monarque, en déterrant l'ordre du Cygne, qui présente tous les caractères désirables de gothicité. » — Le « Commerce », qui fait cette sortie singuhère contre le roi de Prusse et le moyen âge, aurait pu ajouter que c'est au même souverain qu'est dû l'achèvement de la cathédrale de Cologne, la réparation du château (burg charmant) de Stolzenfels, sur le Rhin, et la construction de plusieurs églises en style gothique à Berlin. Il aurait pu encore ajouter ce qui suit, et qu'on nous écrit des bords du Rhin ;

— Le roi de Prusse, sur la proposition de la commission permanente qu'il a nommée dernièrement pour veiller à la conservation des monuments historiques de ses États, vient d'ordonner que le vieux palais, résidence des anciens électeurs de Trêves, à Thal-Ehrenbreitstein (province rhénane), qui sert actuellement de magasin de vivres pour les troupes, et qui se trouve dans un délabrement extrême, sera réparé, et rétabli dans son état primitif. C'est là un grand service rendu aux arts ; car cet édifice est non-seulement un des plus

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remarquables monuments d'architecture gothique qui existent en Allemagne, mais il renferme un nombre prodigieux de sculptures sur bois des plus grands maîtres allemands, tels que Jérôme Resch, Albert Durer, Holbein, Altonfer, lesquelles seront ainsi sauvées d'une destruction complète, et conservées pour rétude et pour l'histoire de l'art.

— On répare aussi en ce moment le magnifique palais des anciens électeurs de Trêves à Coblentz, qui est dans le goût moderne. Les travaux sont déjà terminés au rez-de-chaussée de cet édifice.

— Cette commission , nommée par le roi de Prusse et analogue au Comité historique des arts et monuments de Paris, siège à Berlin; elle s'étend de là, en ramifications secondaires, en comités spéciaux, dans toutes les villes importantes de la Prusse. La Hesse rhénane possède également à Mayence une commission archéologique dont un savant docteur, M. Émèle, est le président. Cette commission s'est déjà mise en rapport avec notre Comité historique des arts et monuments, et elle en a reçu nos diverses publications. Le mouvement se propage avec une rapidité vraiment remarquable.

— Nous avons déjà signalé l'activité archéologique déployée par nos amis en Angleterre ; mais la nouvelle suivante a une portée considérable que nos lecteurs apprécieront.

Parmi les motions annoncées d'avance pour la session prochaine du parle*ment britannique, M. Hume doit demander une commission chargée de rechercher par voie d'enquête si l'Académie Royale, qui est à Londres ce que l'Académie des Beaux-Arts est à Paris, a été plus utile que nuisible aux progrès des beaux-arts. Que dirait à Paris l'Académie des Beaux-Ai^ts d'une motion si impertinente ? M. Vyse, un des patrons les plus zélés de l'art moderne , doit aussi réclamer du parlement de nouvelles galeries pour y recueillir des tableaux et des statues, ainsi qu'une commission permanente pour veiller à la conservation des monuments nationaux. Ainsi, pour favoriser l'art futur , l'art dans l'avenir, on abolirait l'Académie Royale de Londres, et, dans l'intérêt des monuments anciens , on nommerait une commission officielle et pennanente pour étudier et conserver ce que l'art du passé a laissé en Angleterre. Ce sont là deux projets , le premier surtout, dont la réalisation rendrait d'immenses services à nos voisins. Quant au second, quant à la commission des anciens monuments, elle existe, non officielle, il est vrai, mais très^active assurément, dans l'Association d'archéologie qui se compose, en ce moment, de onze cents membres, et il n'y a pas encore un an qu'elle est fondée.

NOUVELLES. Wl

— Le 28 août dernier, a été consacrée solennellement en Angleterre, à Nottingham, une église nouvelle, bâtie en style gothique par M. Pugin, architecte anglais, correspondant de notre Comité historique des arts et monuments. Cette église est sur une échelle plus large et d'une ornementation plus splendide qu'aucune de celles qui ont été construites en Angleterre depuis la réforme. La dédicace s'en est faite avec un éclat inaccoutumé. A l'issue de la cérémonie, et à la fin d'un repas auquel présidait le comte de Shrewsbury, Mgr Wiseman, le prélat consécrateur, prit la parole. Après l'éloge de M. Pugin, qui a déjà tracé le plan et dirigé les travaux de trente-quatre église nouvelles, érigées durant ces dernières années dans les principales villes de l'Angleterre, le prélat ajouta : « Si Dieu conserve la vie à cet illustre artiste, qui a fait revivre dans nos temples l'ancienne et majestueuse architecture gothique, j'espère voir un jour l'Angleterre couverte d'édifices construits sous sa direction, d'après l'ancien modèle. Nous avons vingt autres églises, construites en divers lieux et par d'autres architectes, ce qui fait un total de cinquante-quatre églises érigées durant ces six dernières années, et qui rivalisent, par leur élégante architecture, avec les plus beaux édifices publics qu'on voit dans nos plus grandes cités. L'église consacrée aujourd'hui est la plus grande de celles érigées jusqu'ici dans le royaume; et, lorsque l'église Saint-Georges, à présent en construction à Londres, sera finie, elle sera, après celle de Saint-Paul, la plus grande et la plus belle qui existe dans cette cité. Il est vraiment étonnant que de si grandes choses aient pu être accomplies dans un si court espace de temps. »

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