MENSONGER DE CETTE VIE
« Décrivez un petit cercle; faites au dedans un homme âgé, à la barbe
4. Ce livre, traduit pour la première fois en français, est accompagné de notes nombreuses qui en font un « manuel d'iconographie grecque et latine » tout ensemble. Il sort des presses de TJmprimerie royale et forme un volume in-S*" de plus de 500 pages.
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arrondie , en habits royaux et la couronne sur la tête , assis sur un siège , les mains étendues de chaque côté, et portant la mêrae chose que le Monde ', qui est figuré au-dessous des apôtres, à la Pentecôte. Autour de ce cercle, écrivez ces mots : « Le monde insensé , trompeur et séducteur •.
«Hors du premier cercle, faites-en un autre plus grand; entre ces deux cercles, inscrivez quatre demi-cerclés disposés en croix. Au milieu d'eux, représentez les quatre saisons de Tannée: le printemps, Tété, l'automne et l'hiver. — En haut, le printemps, de cette manière : un homme assis au milieu des fleurs et des prés verdoyants ; il porte sur sa tête une couronne de fleurs , ei tient entre les mains une harpe qu'il fait résonner ^. — Du côté droit, représentez l'été, de cette manière : un homme, avec un chapeau, tient une faux et moissonne un champ. — Au bas , représentez ainsi l'automne : un homme gaule un arbre, et fait tomber à terre des fruits et des feuilles. — Du côté gauche, représentez ainsi l'hiver : un homme assis, portant une pelisse et un capuchon, se chauffe à un feu allumé devant lui.
« Hors de ce second cercle, décrivez-en un autre encore plus grand. Tout autour, faites douze cases, et, au dedans, les douze signes des douze mois. Faites bien attention de placer chaque signe auprès des saisons qui y répondent. Ainsi donc vous mettrez, auprès du printemps, le bélier, le taureau, les gémeaux ; auprès de l'été, le cancer, le lion, la vierge ; auprès de l'automne, la balance, le scorpion, le sagittaire; auprès de l'hiver, le capricorne, le verseau et les poissons.
« Disposez donc ces signes suivant leur ordre, tout autour du cercle, et ayez soin d'écrire au-dessus de chacun son nom, et aussi les noms des mois, de la manière suivante. Au-dessus du bélier, écrivez mars; au-dessus du taureau, avril; au-dessus des gémeaux, mai; au-dessus du cancer, juin; au-dessus du lion, juillet ; au-dessus de la vierge, août ; au-dessus de la balance, septembre ; au-dessus du scorpion, octobre ;- au-dessus du sagitaire, novembre ; au-dessus du capricorne, décembre ; au-dessus du verseau, janvier ; au-dessus des poissons, février.
4 . Chez les Grecs, au centre du fer à cheval décrit par la table du Cénacle, à laquelle sont assis les apôtres qui veut recevoir le Saint-Rsprit, on voit le Monde, sous la figure d'un homme couronné et qui tient douze rouleaux dans son giron. Ces rouleaux désignent la prédication de rËvangile en douze langues différentes; chaque apôtre va faire sa mission dans la langue spéciale que le Saint" Esprit lui révèle. Dans le « Guide de la Peinture », c'est le Monde qui est au centre de la roue; à Sophadès, c'est le Temps: mais ici, comme à Sophadès, Tidée est la même, et d'ailleurs, en Théssalie, le Monde plane sur la scène entière et trône au sommet de la roue.
5. Chez nous, où on est moins musicien, on voit rarement un instrument de musique à la main d'une « saison » quelconque.
i:W ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
a En dehors du troisième et plus grand cercle, faites les sept âges de rhomine de la manière suivante :
« En bas, du côté droit, faites un petit enfant qui monte; écrivez devant lui, sur le cercle : Enfant de sept ans. — Au-desssus de cet enfant, faites-en un autre plus grand, et écrivez : Enfant de quatorze ans. — Plus haut encore, faites un jeune homme avec des moustaches, et écrivez : Adolescent de vingt et un ans.
« En haut, sur le sommet de la roue, faites un autre homme, avec la barbe naissante, assis sur un trône, les pieds sur un coussin, les mains étendues de chaque côté, tenant dans la droite un sceptre, et dans la gauche un sac rempli d'argent; il porte des vêtements royaux et une couronne sur la tête. Au-dessous de lui, sur la roue, écrivez ; Jedne homme de vingt-huit ans.
«Au-dessous de lui, du côté gauche, faites un autre homme, la barbe en pointe , étendu la tête en bas et regardant en haut ; écrivez : Homme de quarante-huit ans. — Au-dessous de lui, faites un autre homme à cheveux gris, couché à la renverse, et écrivez: Homme mûr, de cinquante -six ans. — Au-dessous de lui, faites un homme à barbe blanche, chauve, la tête en bas et les mains pendantes, et écrivez : Vieillard de soixante-quinze ans.
— Et, au-dessous de ce vieillard, faites un tombeau, dans lequel est un grand dragon ayant dans la gueule un homme à la renverse et dont on ne voit plus que la moitié. Près de là, dans un tombeau, est la Mort, armée d'une grande faux ; elle l'enfonce dans le cou du vieillard, qu'elle s'efforce de tirer en bas.
« En dehors du cercle, écrivez les inscriptions suivantes, près de la bouche des personnages. — Près du petit enfant : t Quand donc, étant monté, arrive- « rai-je en haut? • — Près de l'enfant : « O temps, hâte-toi de tourner, afin que «j'arrive promptement au sommet.» — Près de Tadolescent :« Voici, je suis « arrivé au point de m' asseoir bientôt sur le trône. » — Sur le jeune homme : « Qui est-ce qui est roi comme moi? Qui est au-dessus de moi? » — Auprès de «l'homme mûr, écrivez: Malheureux que je suis! O temps, comme tu m'as « trompé ! » — Auprès du vieillard : « Hélas ! hélas ! ô mort, qui peut t' éviter? »
— Auprès du tombeau, ces paroles : « L'enfer tout dévorant et la mort. » — Auprès de celui qui est dévoré par le dragon : « Hélas! qui me sauvera de « l'enfer tout dévorant? » — Faites, du côté droit et du côté gauche de la roue, deux anges ayant chacun au-dessus de leur tête la moitié des saisons, et tournant la roue avec des cordes. Au-dessus de l'ange qui est à droite, écrivez : « le Jour » ; au-dessus de celui de gauche : « la Nuit » . Tout en haut de la roue, écrivez cette épigraphe : « la vie insensiîe du monde trompeur » •
Le tombeau, qu'on voit sous la rose de Beauvais et où va s'abîmer le vieil-
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lard arrivé au terme de la vie, trouve ici sa complète explication. Désormais tout est parfaitement clair dans cette sculpture dont il a fallu aller chercher, pour ainsi dire, le sens véritable en Grèce. Quant à la demi-roue d'Amiens, qui fait le sujet de notre gravure, nous devons y revenir encore quelques instants.
k droite du personnage assis sur le point culminant, c'est-à-dire à la bonne place, huit individus, jeunes et sans barbe, montent vers le sommet, k gauche, à la place fâcheuse, huit individus, âgés et barbus, descendent et sont renversés vers la base. Ceux de droite sont joyeux, les yeux en l'air et pleins d'espérance. Ceux de gauche sont tristes, faisant des contorsions et s' efforçant de se retenir pour ne pas tomber ; mais ils sont sur la pente, emportés par le temps, par le cours de la vie contre lesquels rien ne prévaut. Ces huit personnages de gauche se ressemblent beaucoup trop entre eux, comme ceux de droite; ils n'accusent pas assez les variétés notables, bien senties, nécessaires même pour caractériser les différents âges de la vie. Le t Guide de la Peinture » montre plus d'intelligence que les sculpteurs d'Amiens et même de Beauvais. Au sommet, arrivé enfin, paisible, fixe de contentement, assis sur un trône, la couronne royale en tête, se voit un jeune homme à peine barbu ; tandis qu'avant lui on est imberbe, et qu'après lui on porte une barbe touffue : c'est le roi de la vie, c'est le Temps dans toute sa force. A droite, en face de lui et le regardant avec^affection, est accroupi un chien aux oreilles pendantes et satisfaites. On ne voit de chien qu'à ce roi, qu'à cet homme arrivé au sommet de la vie et qui paraît, en conséquence, parfaitement heureux. Ni ceux qui n'ont pas encore atteint le but, ni ceux qui l'ont dépassé déjà n'ont auprès d'eux un pareil compagnon. Le chien est le symbole de la fidélité; par la place qu'il occupe ici, ne voudrait-il pas signifier que les amis, les fidèles, ne vous restent attachés que quand vous êtes pleinement heureux ; mais qu'ils vous quittent au moindre nuage et qu'ils vous laissent seul quand vous n'avez que de vagues espérances encore ou que des vsouvenirs qui s'effacent déjà? Ce chien traduirait donc à sa façon le fameux distique d'Ovide : « Tant que vous serez heureux, vous compterez de nombreux amis; mais, que le temps se couvre de nuages, vous serez seul '. •
Nous donnons cette explication, et nous pensons que cette archivolte d'Amiens représente à la fois le cercle de la vie humaine et la roue de la fortune ou du bonheur. Cette pensée serait profonde ; car ces deux cercles , distincts en apparence, sont concentriques en réalité : ils composent à eux deux le cycle total de la vie humaine. Le bonheur suprême dans l'existence, si l'on est