‹ Annales archéologiquesChapitre 138 sur 184 · LA SOCIÉTÉ D'ARUNDEL · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ D'ARUNDEL

cheur, peut-être, mais il ne faut pas se plaindre; à distance, on se fait Tillusion que les originaux dureront davantage.

« Si Masaccio est trop frais, en revanche Ghirlandajo est bien sombre. Toutefois, il faut convenir que son copiste ne pouvait guère faire autrement. 11 me souvient que je montai sur Téchafaud de M. Mariannecci, lorsqu'il dessinait à Santa-Maria-Novella la fresque de Zacharie. Malgré la distance rapprochée, c'est avec peine que j'en pus distinguer les détails; mais les excellents yeux de M. Mariannecci se tiraient merveilleusement de cette obscurité, el lui permettaient de conserver le grand goût de dessin, aussi bien que la fermeté de contours de ce peintre. Généralement, M. Mariannecci reproduit son modèle avec exactitude, et, à ce sujet, je me permettrai, en sa faveur, de prier les directeurs de la Société d'Arundel de veiller à ce que, dans l'exécution sur pierre, on respecte plus scrupuleusement cette copie.

« Parler de la Poésie de Raphaël dans les chambres de la signature, c'est donner le signal des applaudissements. Tout le monde courra donc à la planche qui la représente et l'on sera satisfait. Mais, après le premier moment de jouissance, les difficiles, ceux qui ont le culte de Raphaël, regretteront le visage un peu trop joli de la Poésie, qui contraste avec la fermeté de ses mains et de ses pieds parfaitement rendus et conformes à ceux de Raphaël. Ce grand peintre n'avait garde de donner à la Poésie un joli visage. Il l'a mieux faite, c'est-à-dire belle, virile et sérieuse.

a Hemling et Van Eyck ont fourni le modèle de chromolithographies qui ont été l'objet de toute la sollicitude des directeurs d'Arundel. On a, cela n'est pas douteux, visé au chef-d'œuvre et l'on n'a pas épargné la dépense. Tout ce que la lithochromie peut offrir de ressources a été employé. Les teintes sont nombreuses et superposées avec un soin tout particulier; on a cherché des effets de transparence, le modelé a été travaillé consciencieusement. Le but a-t-il été atteint? Je ne le pense pas. Il y a là, sans doute, de grandes difficultés vaincues, mais on s'est heurté contre l'impossible dont je parlais tout à l'heure. Pour aspirer à la force particulière du coloris de ces deux grands maîtres, il a fallu multiplier les brillants, les tons vifs qui entrelardent les demi-teintes, les jaunes ardents qui se mêlent à tout. En même temps, pour maintenir l'harmonie, il a fallu charger beaucoup le modelé de la planche au crayon. Il en est résulté, à travers cet éclat factice et contre nature, une lourdeur générale : cela est manifeste, surtout dans le triomphe de l'Agneau, où les seconds plans avancent sur les premiers. Ce manque de légèreté se fait sentir d'une façon plus sensible dans le trait et le modelé des figures que Ton a été obligé de faire sur une pierre grainée, sous peine, si

on les eût faites à la pointe, de leur ôter toute leur valeur. En un mot, pour avoir cherché ce qu'on ne pouvait atteindre, on a manqué ce qui est le triomphe de Van Eyck et de l'école flamande, la finesse et la lumière. On sent bien que je ne fais ici qu'une observation générale, et que je ne puis entrer dans des détails techniques qui allongeraient indéfiniment ces réflexions déjà trop longues.

(c Un seul mot encore, pour épuiser toutes mes sévérités, sur le ton jaune qui recouvre d'une teinte uniforme les deux copies d'Andréa del Sarto. Ce n'est point le ton caractéristique de ce peintre si frais et si lumineux. Tout au plus trouverait-on ce jaune dans quelque tableau dont l'huile et le vernis auraient jauni. Cet accident serait tout à fait indépendant de la peinture, eU dans tous les cas, ne se retrouverait jamais dans ses fresques. A l'époque de la Restauration et de Louis-Philippe, nous avions en France une école de peintres qui faisaient la joie de nos ateliers. Ils se croyaient sérieusement coloristes quand ils avaient revêtu leur tableau d'un jaune ardent qu'ils appelaient un ton chaud. On eût dit des tableaux passés au four. Ces braves gens ne songeaient pas que si la chevelure d'Apollon, le Dieu de la lumière, est d'or, ses rayons éclairent chaque objet de la couleur qui lui est propre.

« Nous supplions les directeurs de la Société d'Arundel de vouloir bien peser nos observations, et, s'ils leur trouvent quelque justesse, de diriger leurs efforts dans ce sens, avec cette intelligence et cette ténacité qui distinguent la nation anglaise. Il y a là une leçon à nous donner & tous.

c( Je finirai en souhaitant à la Société d'Arundel surcroît de ce qu'elle a et de ce qu'elle mérite : honneur et bonheur.

« Agréez, etc.

« K. DE SURIGNY,

f Membre de U Société d'Arundel. ■

LA mosaïque du DOME

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