‹ Annales archéologiquesChapitre 140 sur 184 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

« Et in circuitu sedis sedilia viginti quatuor ; et super thronos vîginli quatuor seniores sedenles, circumamicti vestimentis albis, et in capilibus eorum coronae aurese

« Et in medio sedis, et in circuitu sedis, quatuor animalia, plena

oculis ante et rétro.

« Et animal primum simile leoni, et secundum animal simile vitulo, et tertium animal habens faciem quasi hominis, et quartum animal simile aquilae volanti.

« Et quatuor animalia, singula eorum habebant alas senas.

(( Et cum darent illa animalia gloriam, et honorem, et benedictionem

sedenti super thronum, viventi in saecula saeculorum,

« Procidebant viginti quatuor seniores ante sedentem in throno, et adorabant viventem in sdBCula saeculorum, et mittebant coronas suas ante thronum, dicentes :

c( Dignus es, Domine, Deus noster, accipere gloriam et honorem et virtutem; quia tu creasti omnia, et propter voluntatem tuam erant, et creata sunt.

« Et vîdi in dextera sedentis supra thronum librum scriptum întus et foris; signatum sigillis septem. » (Apocalyps., IV, 2-H ; V, 1.)

Aucun sujet ne pouvait être mieux approprié au couronnement de l'édifice que cette vision de Tapûtre saint Jean. Plus on remonte haut dans le cours des siècles , plus le symbolisme se manifeste clair, précis et intelligible pour tous, parce qu'il puise ses inspirations dans l'Écriture sainte et les traditions des Pères, sans aucun mélange d'arbitraire et de fantaisie. L'idée mère de la composition est même si fortement conçue et si heureusement traduite, qu' Alcuin , le docte ami et le sage conseiller de Charlemagne, a du tracer les grandes lignes de cette œuvre imposante . Imitée de Saint-Vital de Ravenne , la chapelle palatine est bâtie sur plan octogone. Or le nombre huit est le symbole ordinaire du repos çt de la béatitude céleste. Après avoir mis en regard ou superposé les donilées de l'Ancien et du Nouveau Testament, qui se complètent mutuellement , on ne pouvait mieux clore l'ensemble des scènes évangéliques que par l'image grandiose empruntée à 1' « Apocalypse » , où Dieu est figuré roi des siècles. En effet, la voûte du dôme s'arrondissait comme le ciel et achevait la série des faits bibliques. Aussi, quand Frédéric Barberousse dota l'église carlovinglenne de la splendide couronne de lumière, qui en est encore aujourd'hui un des plus beaux joyaux, continuant le développement de la même idée, il fit descendre des hauteurs du ciel constellé l'image de la Jérusalem céleste avec son cortège de patriarches^ de prophètes

LA mosaïque du DOME, A AIX-LA-CHAPELLE. 295

et d'apôlres, pour donner à la terre une idée des splendeurs qui seront un jour son partage et sa récompense.

a Cœlica Jérusalem signatur imagine tali,

Visio pacis, certâ quietis spos ibi nobis.

nie Johannes, gratia Christi^ praeco salutis,

Quam Patriarchae, quamque Prophetas, denique virtus

Lucis apostolicae fundavit dogmate vitœ,

Urbem siderea labentem vidit ab aelhra,

Auro ridentem mundo gemmisque nitentem.

Qua nos in patria precibus pia, siste, Maria)

Caesar calholicus Romanorum Fredericus,

Cum specid numerum cogens attendere clerum,

Âd templi normam sua sumunt munera formam,

Istius octogonae donum regale coronae

Rex pius ipse piœ vovit solvitque Mariae. »

Dans la gravure de Giampini, la calotte de la coupole, qui forme la zone supérieure, est délimitée par une ligne courbe. Elle figure le ciel-empyrée , qui se déploie au-dessus de la tête de Dieu et verse autour de lui ses rayons. Deux rubans de lumière s'arrondissent au sommet de la coupole. Du plus large partent des rayons droits qui, sur le dessin, sont au nombre de quatre et paraissent se limiter à l'entourage de Dieu, sans se répéter sur les autres côtés de l'octogone : « E tholi centre, luminis in morem erumpunt radii, qui se circum Chrisli caput diiïundunt. »

Ciampini ne dît pas de quelle couleur est ce ciel, que tout me fait présumer ou bleuâtre ou de couleur nuageuse, avec une irradiation blanche, produite par des émaux de cette couleur ou des cristaux, plutôt qu'avec des émaux argentés, dont l'emploi ne me paraît pas ici démontré.

Le ciel, sous la forme de deux cercles concentriques qui lancent des rayons, se voit dans un manuscrit du x* siècle que possède la bibliothèque impériale de Paris (suppl., n** 6ftl), et dont M. Labarte, dans son a Histoire des arts industriels >i (Âlbum, tome II, planche XC), a reproduit une des miniatures. Les deux bandeaux se touchent, ce qui n'existe pas à la mosaïque d'Aix. L'un et l'autre sont de couleur brune, comme le vêtement des Carmes et lancent des rayons épais, côtoyés d'un filet blanc et alternant ensemble, ainsi que les cases d'un échiquier.

Les mêmes rayons sont versés par la main de Dieu, sous la forme de minces filets blancs, dans le manuscrit de Tan 850, qui a appartenu k Saint-Martin de Tours et qui, publié une première fois à Nuremberg en iSOl, l'a été depuis à Paris dans le bel ouvrage intitulé : « Les arts somptuaires. »

Dans la mosaïque carlovingienne les deux cercles lumineux ne se touchent pas, et les rayons qui en émergent vont atteindre les bords de la courbe qui circonscrit la calotte.

Ces rayons étroits et allongés, qui vont toujours en s'écartant, encadrent chacun, d'après la version de Ciampini, un ange nimbé, en longue tunique ceinte à la taille, et dont les cheveux bouclés retombent sur les épaules. Les ailes de ces anges sont levées, comme pour voler, et ils s'aident de leurs pieds pour marcher en sens opposé. La gravure ne permet pas de décider s'ils sont chaussés ou non, mais la tradition du Moyen-Age les veut pieds nus ou tout au plus sandales. Tous les deux ont un livre fermé d'une main, pendant que l'autre main, pour le premier, montre le Christ et, pour le second, est appuyée sur le genou. Ils sont de petite proportion et placés à peu près à la hauteur des épaules de Dieu : « Adstant singuli utrinque angeli apertum volumen exhibentes et régis sui humeros alacres slipantes. »

Plusieurs difiicultés doivent être signalées ici. D'abord le prévôt A Beeck ne parle pas d'anges : il est donc possible qu'il n'y en ait pas eu. Puis les caractères iconographiques, tels qu'ils résultent de l'ensemble des mosaïques, surtout de celles du ix* siècle, ne sont pas ceux attribués aux anges. Ainsi les anges ont les ailes baissées, dans la chapelle de Saint-Zénon, à Sainte- Praxède et à Sainte-Marie -in-Domnica, à Rome, parce qu'ils n'ont pas de mission à remplir et qu'ils sont là seulement pour exprimer la cour céleste. La marche, qui suppose un commandement donné et un ordre que l'on remplit, ne leur convient pas mieux que le livre, qui appartient en propre aux évangélistes. Je ne pourrais pas citer d'autre exemple d'anges ayant les mains occupées. 11 est assez plaisant de constater que, d'après le texte de Ciampini, le livre qu'ils portent est « ouvert », tandis que la gravure le montre « fermé », et, selon toute probabilité, c'est la gravure qui a raison.

Puisque l'occasion se présente, qu'il me soit permis de dire toute ma pensée sur Ciampini. Il est coutumier de semblables distractions. Que l'on

étudie seulement sa mosaïque de Capoue, et l'on verra qu'il note entre les mains du Père éternel un sceptre terminé par une croix, contrairement à la gravure, et qu'il nomme sainte Agnès un personnage que le dessin qualifie sainte Agathe. Des erreurs analogues fourmillent par centaines dans cet ouvrage mal fait, que la librairie ancienne s'obstine encore à coter à des prix très-élevés, sans doute à cause de sa rareté. Qu'on se persuade donc bien, une fois pour toutes, que son texte ne vaut pas mieux que ses dessins. C'est plutôt la faute de son époque, qui n'entendait rien aux choses du Moyen-Age, que la sienne à lui, qui ne manquait ni de bonne volonté ni de sagacité. Mais je ne puis m'expliquer que si souvent encore il soit cité comme autorité, quand toutes ses assertions sont si contestables, et surtout qu'il ait pu fournir la substance des brochures et articles publiés par MM. Parker, Crosnier, Marti gn y et Barbet de Jouy sur les mosaïques de Rome et de Ravenne.

Un tel engouement et de telles sympathies font reculer nos études de deux siècles.

Si les deux personnages ailés qu'a décrits et fait graver Ciampini ne sont pas des anges, quel nom leur donnerons-nous et quel rôle conviendra-t-il de leur assigner? J'incline très-fortement à en faire des évangélistes. Comme eux, ils ont des ailes qui volent, des pieds qui marchent et un livre qui enseigne. De plus, non-seulement le sujet exige leur présence, mais encore le prévôt A Beeck affirme qu'ils entourent le trône de Dieu; même il les qualifie d'animaux et les dispose selon l'ordre hiérarchique que le Moyen-Age a consacré. Et comme il regarde de bas en haut et lit de gauche à droite, il place d'abord le lion et le veau sur une même ligne, puis l'homme et l'aigle sur une autre. Ce qui en iconographie peut se traduire ainsi, relativement & Dieu qui occupe le centre :

nOMME AIGLE

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