Ciampini, a Vet. mon., » t. II, pi. xiv
ment, que l'auteur range dans la catégorie des croix stationales ou processionnelles, nous semblerait sentir une époque antérieure au xii'' siècle bien plutôt que postérieure. L'inscription du titre jc xc répétée sur les deux faces suffirait seule pour légitimer cette opinion. De ces deux faces nous ne saurions dire laquelle est la principale S tant se balance la valeur des figures qui les décorent : d'un côté le Christ crucifié , entouré des animaux évangéliques qui rappelleront bientôt notre attention ; de l'autre la croix triomphante accompagnée au sommet d'une figure de Christ aussi triomphant ; dans les deux branches la sainte Vierge et saint Jean les bras levés pour rendre témoignage ; dans le bas, enfin, la figure de l'ange qui nous occupe. On remarquera que sur l'une et l'autre face, la croix sur laquelle repose le Christ d'un côté, la croix triomphante de l'autre, sont distinctes de la croix processionnelle proprement dite, dans le champ de laquelle elles sont inscrites ; l'ange mis ainsi en corrélation avec la figure du Christ triomphant est certainement ou saint Michel ou l'ange de la RésuiTection, ou pour mieux dire probablement saint Michel considéré soit comme le chef de la milice céleste, soit comme l'ange de l'Église, soit comme l'ange de la Résurrection, si ce n'est comme réunissant toutes ces qualités.
La position qu'il occupe au bas de la croix est précisément celle qui est attribuée sur d'autres monuments à la résurrection d'Adam, ou, en des situations correspondantes, à d'autres résurrections. Mais ce qui rehausse surtout sa signification , c'est que nous le trouvons ailleurs, avons-nous dit, élevé au sommet de la croix à la place même de Notre- Seigneur, et comme le remplaçant, tandis que la sainte Vierge et saint Jean demeurent aux extrémités des branches latérales de la même croix. Nous n'en connaissons pas d'exemples avant le xiii* siècle, mais nous ne croyons pas que ce soit une innovation de cette époque. Nous reconnaîtrions plutôt dans ce trait iconographique les traces d'un esprit plus ancien, et nous nous souviendrions de la croix- reliquaire émaillée du musée du Vatican (viii* siècle), où saint Pierre étant au sommet de la croix, avec saint Paul au-dessous sur une face, saint Michel se trouve à la place correspondante de l'autre, avec saint Gabriel pour correspondre à
4. Nous reconnaissons avoir donné mal à propos (4'« livraison de ce volume des « Annales », note de la page S3) le nom de revers à la face de la croix de Justin II qui porte rinscriplion. L*autre face était pour nous la plus importante à notre point de vue tout iconographique ; mais la face où Ton voit la relique de la vraie croix est certainement, nous le reconnaissons en ce moment avec M. Tabbé Barbier de Montault (4* livraison des a Annales », page 27 j), la faco principale, non-seulement au point de vue de son article, mais à considérer la destination du monument.
saint Paul. En parlant de cette croix (même volume, p. 228), nous avons fait ressortir l'analogie qui existe entre le rôle de saint Pierre et celui de saint Michel. La seule différence iconographique qu'il y ait, quant à saint Michel, entre la croix que nous rappelons et celle dont nous parlons, c'e^t que sur celle-ci saint Michel apparaît sur la face principale, et qu'il n'est plus accompagné de saint Gabriel , la place que celui-ci aurait pu prendre audessous de la croix étant occupée par Adam sortant du tombeau.
Le musée d'antiquités chrétiennes du Vatican possède deux croix stationales du xiii' siècle, en cuivre repoussé, où l'ange occupe un médaillon supérieur au sommet de la croix, dans les conditions qui viennent d'être décrites. Une de ces croix, au moins, sera, dans une livraison postérieure, mise sous les yeux de nos lecteurs. Nous ferons ressortir alors ce qui les distingue de certaines autres croix, comme celle d'Oisy, publiée dans la a Revue de l'Art chrétien » en 1858, oii un ange apparaît dans une position analogue, mais non dans le même rôle, car il porte la couronne d'épines et il est accompagné de deux autres anges chargés de même de quelques-uns des instruments de la Passion.
Nous dirons aussi, dès à présent, que l'ange placé au sommet de nos deux croix, la sainte Vierge et saint Jean en occupant les branches, ne peut se confondre avec l'ange de saint Mathieu que l'on voit au revers de ces mêmes croix, mais, au contraire, dans le médaillon inférieur, les trois autres médaillons étant occupés par les emblèmes de saint Jean, de saint Marc et de saint Luc , et que la valeur exceptionnelle qu'on lui accorde est rendue plus sensible par l'intervention de quelques autres anges , ceux-ci destinés à représenter en général la milice céleste, semés, en outre, sur le champ de la croix, où leurs figures sont de moindre dimension et gravées au lieu d'être mises en relief.
ÉvANGÉLiSTES. — Lcs auimaux évangéliques , bien compris, tiennent tous de la nature des anges; ils en prennent, en effet, l'aspect sur la tablette d'ivoire de la Bibliothèque impériale * , où ils sont suspendus comme venant du ciel pour inspirer les quatre évangélistes, représentés eux-mêmes en personne au-dessus des branches de la croix, dans la région où régnent le soleil et la lune couronnés, étant chargés d'annoncer au monde, figuré dans la partie inférieure du tableau , le mystère qui va le régénérer.
Heureuse au point de vue de la pensée, cette disposition est d'ailleurs d'un effet assez lourd, et l'on conçoit que par ce motif elle n'ait pas été facilement
4 « Mél. d'arch. », t. II, pi. v.
reproduite : on aurait pu éviter cet inconvénient en se contentant de maintenir dans ces régions célestes seulement les emblèmes évangéliques. Sur d'autres plaques d'ivoire destinées, comme celles-ci, à couvrir des livres, et le plus souvent les saints Evangiles eux-mêmes, on a tenu également à représenter les évangélistes ou leurs symboles parmi les accessoires du Crucifiement , mais alors on les a plutôt distribués aux quatre angles de la tablette comme dans l'ivoire de Sainte-Marie-aux-Lis , à Cologne*. Dans celui de Cividale (xu* siècle)*, le lion et le bœuf étant seuls ainsi posés dans les angles inférieurs, l'ange et l'aigle sont suspendus près du sommet de la croix, où, si ce n'était la maladresse d'exécution , on dirait qu'ils paraissent eux-mêmes se confondre avec les deux anges dont ils sont voisins.
Dans les Crucifiements qui tendent à prendre une teinte historique plus que symbolique, les évangélistes n'ont pas lieu de se produire : si, hors de ces circonstances, on ne les rencontre pas aussi souvent que le comporteraient leurs intimes rapports avec les idées dominantes dans ces compositions , n'est-ce pas pure question d'agencement? Sur les croix qui ont un revers, leur place continuera d'y être toute tracée; mais il se passa, ce nous semble, un espace de temps pendant lequel les croix pectorales, reliquaires ou encolpium devenant moins communes et les croix stationales n'étant pas encore très-usitées, ces croix à revers devinrent rares. La première croix stationale qui nous apparaisse, dans la limite de nos recherches, est celle que Ciampini nous a fait connaître', et oii les quatre emblèmes évangéliques sont rangés autour du crucifix, l'aigle au sommet; mais en même temps nous avons fait observer que cette face n'avait pas plus de droit que la face opposée à se faire considérer comme la face principale, et d'ailleurs nous trouvons dans cet agencement la preuve de l'opinion avancée par nous précédemment , à savoir que c'était la place acquise par la sainte Vierge et saint Jean à l'extrémité des bras de la croix, qui faisait rejeter les évangélistes au revers.
En descendant au xiii** siècle, nous observons les évangélistes sur la face
delà croix de Clairmarais* , mais c'est à cette condition que cette croix ayant doubles branches , la sainte Vierge et saint Jean ayant leur place ordinaire dans celles qui correspondent au crucifix, deux des évangélistes ont pu