‹ Annales archéologiquesChapitre 161 sur 184 · Ciampini, « Vet. mon. », t. II, pi. xiv · texte numérisé non relu

Ciampini, « Vet. mon. », t. II, pi. xiv

4 ff Ann. arch. », I. XV, p. 5.

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en trouver une dans les croisillons supérieurs correspondant au Christ triomphant, et les deux autres alors se casent tout nalurellement au sommet et dans la partie la plus inférieure de la croix, tout en laissant place même à la figure d'Adam , dans un espace intermédiaire.

La sainte Vierge et saint Jean. — La sainte Vierge et saint Jean soni demeurés en possession du rôle prééminent qu'ils avaient occupé près de la croix ou sur la croix, dès l'époque des premiers crucifix; si d'autres figures, comme le porte-lance et le porte-éponge, l'Eglise et la Synagogue leur disputent la place la plus rapprochée du Sauveur, ils reconquièrent leur supériorité iconographique par le grand nombre de monuments où leurs figures sont maintenues préférablement à aucunes autres.

La sainte Vierge conserve une attitude ferme dans sa douleur toujours contenue et souvent maîtrisée jusqu'à Théroïsme; saint Jean continue le plus ordinairement de rapprocher la main de ses yeux, mais de telle sorte que, les sentant pleins de larmes, il se contienne cependant contre les défaillances de la nature et fasse songer à sa mission apostolique prête à commencer : celle-ci est rappelée par le livre dont il se sépare rarement : MARIA EN FILIVS TVVS APOSTOLE ECE {sic) MATER TVA ; ces paroles sont répétées en ces termes et avec des caractères épigraphiques qui annoncent le xi* siècle sur la couverture d'évangéliaire de Milan, publiée par Giulini; cependant, ce monument est un de ceux, autant qu'on peut en juger par la gravure qui nous le fait connaître, où la sainte Vierge prend exceptionnellement, au même degré que saint Jean, une physionomie de douleur marquée : l'artiste ayant voulu, ce semble, répandre plutôt sur la figure des soldats qui portent la lance et l'éponge une sérénité en rapport avec la pensée de renouvellement annoncée par ces mots du titre : lvx mvndi.

Sur un bel ivoire du xii* siècle, conservé dans le trésor de la cathédrale de Narbonne, qui paraîtra dans une livraison subséquente, nous lisons de même, en regard de ces paroles-: MVLIER ECCE FILIVS TVVS, celles-ci : APL (pour apostole) ECCE MATER TVA, et là, Marie lève bien sans incertitude les mains pour ofTrirson divin Fils, tandis que saint Jean appuie les siennes contre sa tête. On a découvert, il y a peu d'années, dans une crypte oubliée et enfouie sous l'église de Saint-Clément à RomeS des peintures à peu près contemporaines de la couverture d'évangéliaire de Milan, parmi lesquelles le Crucifiement que

4. Dans ces fouilles on a découvert trois murs qui remonlent aux trois époques des rois, de hi république et de Tempire; le premier est probablement une partie de Tenceinte de Servius Tullius, le troisième est présumé appartenir à la maison de saint Clément. I.es peintures reposent sur des pilastres en maçonnerie qui enveloppent de plus anciennes colonnes. ( a La Dasi-

nous publions nous a frappé par son grand caractère : la sainte Vierge et saint Jean y lèvent, par un mouvement simultané, la première les deux mains, pour offrir à Dieu la sainte victime, le second seulement la main droite pour montrer aux hommes la source et la voie décisives du salut, son autre main portant un volumen pour rappeler qu'il est apôtre. De la part de Marie, les mains levées haut portent vers la première de ces pensées ; soulevées plus modérément, elles laissent l'esprit s'arrêter plutôt à la seconde ; ou bien, elles expriment seulement sa participation résignée au sacrifice de son Fils. Quelquefois il arrive que l'expression de la Mère de Dieu et celle de l'apôtre bienaimé, en présence du grand mystère accompli sous leurs yeux, deviennent méditatives : au total, en dehors des motifs propres à certaines compositions dont nous parlerons bientôt, nous n'avons guère compté, avant le xiii* siècle, qu'un Crucifiement sur huit où la douleur dans Marie prenne, quoique sans abattement, le pas sur tout autre sentiment. Quant à saint Jean, la proportion nous a paru au contraire s'élever aux deux tiers : sur un ivoire de Bamberg, du XI® siècle, différant de celui des «Mélanges d'archéologie », la douleur chez lui va jusqu'à lui faire cacher la tête dans les mains *.

La sainte Vierge et saint Jean sont presque invariablement, comme par le passé, placés symétriquement de chaque côté de la croix, et ils y sont seuls, sans les saintes femmes; nous n'avons noté d'exceptions comme les montrant à la suite l'un de l'autre, que l'ivoire de la Bibliothèque impériale*, et, comme leur adjoignant les saintes femmes, que l'ivoire de Bamberg', où elles pleurent derrière la sainte Vierge au nombre de quatre; les petits bas-reliefs ruthéniens du trésor pontifical, donnés par Rocca comme sculptés sur un fragment de la vraie croix, où Marie de Cléophasest à la suite de la sainte Vierge et Marie-Madeleine à la suite de saint Jean ; le Crucifiement de la Pala d'Oro, à Venise, où une sainte femme, accompagnée d'un autre personnage placé

lique de Saint-Clémenl », par le P. Mallooly, br. in-8, Rome, 1866.) Ddns le fragment que noas en donnons, on voit, à côté du CruciGement, la Descente aux limbes et les saintes femmes au tombeau; le miracle de Cana se reconnaît au-dessous, au mot ARGHiTRICLINUS écrit verticalement ; le sujet correspondant devait ôlre analogue, c'est-à-dire qu'un autre fait évangélique (la multiplication des pains, par exemple ) y était probablement employé lui-même selon l'usage primitif comme exprimant les bienfaits de la Rédemption: corollaires du sacriGce de la croix et de la Résurrection. On remarquera, dans la Descente aux limbes, où la délivrance d'Adam et Eve rappelle celle de l'humanité entière, que Notre-Seigneur est dans une auréole. Sur la croix, nonseulement ses bras ne Qéchissent pas, mais il se soulève sur eux. La sainte Vierge a les pieds nus; est-ce inadvertance, ou parce qu'elle remplit en quelque sorte l'ofiice de sacrificateur? 4. Porster, « Mon. de sculp. d'Allem. », t. I, p. 44.

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