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374 ANNALfciS AHCHÉOLOGlQUES.
Vierge et de saint Jean, foulant aux pieds, & Freiberg, l*unft un serpent, l'autre un animal monstrueux; à Wescbelbourg, la première, une femme couronnée, le second, un homme mitre. Admettant avec M. Forster^ que ces deux figures représentent Babylone, la cité du mal, et le sacerdoce judaïque devenu Tennemi du christianisme , on reconnaîtra que le serpent et Tanimal monstrueux de Freiberg expriment à peu près les mêmes idées. Sous les pieds de Marie, c*est en général toute puissance mauvaise, sous la figure de Tantique serpent, qui est domptée, mais plus spécialement Tidolàtrie païenne, par opposition à la Synagogue représentée sous les pieds de saint Jean, soit comme un être difforme, soit sous les traits de l'un de ces prêtres qui se rendirent coupables d'un si grand endurcissement.
Ces ennemis domptés reviennent donc au cycle lui-même si fécond de l'Église et de la Synagogue, faisant toucher du doigt la corrélation que nous avons tout d*abord annoncée entre ces figures allégoriques et les personnages bien réels de la Mère de Dieu et du disciple bien-^mé.
Nous serions amené, par une transition naturelle, à parler maintenant de ces figures allégoriques que nous considérons comme un trait caractéristique plus spécialement propre à la période qui nous occupe ; mais nous devons dire auparavant ce qu'il en fut, pendant cette période, du porte-lance et du porte -éponge, qui sont loin d'être demeurés étrangers au même couis d'idées.
Nous aurions, si nous suivions un ordre purement chronologique, à étudier encore auparavant les compositions où la sainte Vierge prend, dès le xii' siècle, un sentiment plus accentué de douleur dans le sens des affections naturelles, destinées à se développer pendant les périodes suivantes, c* est-à-dire d*abord en des scènes de la Descente de croix plutôt qu'en celles du Crucifiement, mais de telle sorte que ces deux sujets sont quelquefois liés entre eux : nous ne le ferons pas, jugeant préférable de donner plus de suite, quand nous l'aborderons, à cette phase de l'iconographie chrétienne, que nous pourrions appeler le cycle des douleurs de Marie.
PoRTB-LANCE ET PORTE- ÉPONGE. — Nonobstant l'importance capitale accordée aux rôles de la sainte Vierge et de saint Jean dans la scène du Crucifiement, ceux du porte-lance et du porte-éponge , lorsqu'ils y participent, demandent toujours qu'ils soient les plus rapprochés de la croix. Les figures de l'Église et de la Synagogue vont venir, il est vrai, leur disputer cette place; mais alors on ne trouvera guère d'autre moyen de tout accorder que de superposer
i. Forster, « Mon. de la sculpt. en Allem. », t. I, p. ti.
en deux étages ces deux ordres de figures; c'est ainsi que, sur les ivoires de la Bibliothèque impériale, et du plâtre de M. Carrand*, le porte-Jance et le porte-éponge sont placés au-dessous de l'Eglise et de la Synagogue, par conséquent hors d'état d'atteindre le côté et la bouche du Sauveur, et d'accomplir les actes que leur présence doit rappeler. L'auteur de l'ivoire de Bamberg* a cependant trouvé un autre moyen d'arranger la chose : il a placé le portelance derrière l'Église, mais à portée cependant d'atteindre le côté du Sauveur, qu'il vient de percer dans le moment même, à tel point que l'Église recueille dans son calice le sang qui jaillit de la blessure; quant au porte-éponge, aucun motif ne l'a empêché de se placer en première ligne, de l'autre côté, en avant de saint Jean, la Synagogue ne figurant pas dans cette composition, ou n'y figurant que dans une situation plus éloignée.
Les ivoires publiés par le P. Cahier rendent palpables, par leur réunion, la corrélation établie entre les figures de l'Église et celle de Longin ou du porte-lance. Nous avons dit que celui-ci faisait pressentir l'Église avant qu'elle ne fût figurée; nous ajouterons que celle-ci supplée le porte-lance quand il vient à manquer. Tandis que sur les trois de ces ivoires que nous venons de rappeler ils se montrent simultanément, il semblerait, sur l'ivoire de Tongres', que l'Eglise est armée comme d'un trophée de la lance acérée que Longin vient de lui laisser; et sur l'ivoire du roi de Bavière*, que Longin n'enfonce si vivement alors même cette lance dans le côté du Sauveur que pour mieux faire penser à l'Église , qui trouverait aussitôt après à remplir son rôle en recueillant le sang et l'eau qui vont jaillir de la blessure.
Il ne serait pas exact de dire que les figures du porte-éponge et de la Synagogue doivent se correspondre dans la même mesure ; ces figures n'étant qu'accessoires par rapport aux précédentes et motivées par un besoin de symétrie autant que pour le développement des idées foncièrement propres à celles-ci , il est facile de concevoir que la signification en ait été moins assurée et qu'elle ait varié dans les limites qui peuvent offrir la matière, soit d'une sorte de parité, soit d'un contraste, parité quelquefois entre les soldats, contraste toujours entre l'Église et la Synagogue.
Qu'il y ait eu des tendances pour établir entre le porte-éponge et le portelance cette sorte de parité, nous en avons vu des preuves; nous allons en avoir de nouvelles, nous en verrons aussi de l'état de contraste et d'opposi-