‹ Annales archéologiquesChapitre 169 sur 184 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

M. Jules Renouvier a signalé dans le bulletin du « Comité des Arts», (t. II, pages Ji et 12) , Tinfluence de la maison d'Anjou et du style français sur les monuments gothiques de Naples. Cette influence est évidente, en effet; mais elle n'est pas aussi grande et aussi heureuse que je l'aurais supposé. Charles d'Anjou, frère de saint Louis et Parisien après tout, n'a point pris h Paris ses- modèles et ses artistes, et en cela il n'a pas fait preuve de goût ni de connaissances artistiques. Ce conquérant farouche ne voyait dans les églises que leur utilité religieuse. En constatant sa prise de possession des belles provinces napolitaines par des fondations pieuses, il ne songeait pas à 'rivaliser avec les merveilles que le nord de la France doit à son illustre famille. Il s'est donc contenté des architectes qu'il avait sous la main et qui apparte-

Les « Annales archéologiques » ont donné différentes parties de Timportant travail de fea M. Félix de Yerneiih sur Tart ogival, sous les titres de : « Le Style ogival en Italie » ; — c le Premier des Monuments gothiques », — et a le Style ogival en Angleterre et en Normandie. > — Le premier de ces chapitres n'avait pas été enlièremenl publié. Nous sommes heureux de pouvoir en donner aujourd'hui le complément, grâce à l'obligeante communication que nous eo fait M. le baron Jules de Yerneiih.

{Xole de ¥. Edouard Didron.)

naient naturellement à l'Italie ou aux provinces françaises assujetties à sa domination immédiate. L'histoire ne nomme aucun de ces artistes. A en juger par leurs œuvres, je pense qu'ils n'étaient pas originaires de l'Anjou, dont ils n'ont jamais imité le style semi-byzantin aux voûtes surhaussées en coupole. C'est à la Provence ou au Languedoc qu'ils appartenaient, sans doute; c'est le style ogival du midi de la France dont ils ont reproduit les types,

La fameuse abbaye de Santa-Chiara (1310), malgré son état de dégradation dissimulé sous une décoration moderne des plus riches, est aujourd'hui le monument angevin qui montre le mieux la direction prise par le style ogival de Naples. L'architecte auquel on attribue Santa-Chiara, Masaccio, portait un nom italien ou habillé à l'italienne comme celui de Jacques de Lapo, mais son architecture est française à beaucoup d'égards. On n'y voit qu'une seule nef très-large, sans transept, dont les voûtes étaient butées par des contre-forts massifs et très-saillants offrant dans l'intervalle, à l'étage inférieur, des chapelles, et, à l'étage supérieur, des tribunes. Chaque travée, en carré très-allongé, avait des fenêtres & un seul meneau, hautes et éti'oites. Le dessin du tympan de ces fenêtres était passable et assez conforme aux modèles français. La maigreur des sculptures, la finesse des fenestrages et des moulures se rapportaient surtout avec exactitude au style français de la fin du xm*" siècle et différaient des types italiens du même temps.

Cette description concise fait voir que l'architecte de Santa-Chiara avait peut-être reproduit un type de la France méridionale, celui dont la cathédrale d'Alby offre la plus haute expression et qui se montre dans beaucoup d'autres édifices du xiii'' et du xiv"" siècles.

Malheureusement le sol napolitain n'est pas fait pour les monuments gothiques : il est trop sujet aux tremblements de terre. Malgré la solidité inhérente aux églises du même genre que Santa-Chiara, les murs se sont crevassés, et les voûtes, secouées à diverses reprises, ont bientôt menacé ruine et sont enfin tombées. Qu'aurail-ce été pour une vraie cathédrale gothique avec ses piles isolées, son échafaudage d'arcs-boutants et son équilibre compliqué si facile à déranger?

Aussi quand on a fait à Naples des églises gothiques à trois nefs , telles que celles de San-Genaro et de San-Domenico, n'a-t-on pas cherché à les voûter comme à Santa-Croce de Florence ; on s'est contenté de plafonds interrompus par quelques arcs-doubleaux. Lorsqu'on a adopté un système complet de voûtes et qu'on est parvenu à les faire durer jusqu'à nous, comme dans cette église de l'Incoronata (1352) illustrée par les fresques de Giotto, c'est que l'édifice était conçu dans les plus modestes proportions avec xxvi. 51

une seule nef, et plus bas, plus près de terre qu'une église romane. D'ailleurs on n*y a pas employé les tirants en fer, ce qui est encore une ressemblance avec le style français et une différence avec le style italien.

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