‹ Annales archéologiquesChapitre 171 sur 184 · San-Francesco de Bologne · texte numérisé non relu

San-Francesco de Bologne

architecture; jamais du moins nos architectes français ne se sont permis cet expédient; ils en connaissaient relTicacité, car ils Tont employé aussi, par exemple à Reims, mais d'une manière provisoire, en attendant que les retombées des voûtes des bas côtés fussent chargées perpendiculairement par la haute œuvre de la nef. Ils trouvaient avec raison que ces barres de fer, coupant le vaisseau intérieur dans tous les sens, interrompaient la perspective de la manière la plus disgracieuse, qu'elles enlevaient toute idée de hardiesse et donnaient aux monuments Tair de constructions qui tombent en ruine et que Ton étaye tant bien que mal. Ils tenaient de semblables expédients pour indignes d'une bonne architecture. Tel n'est pas l'avis de nos académiciens, si sévères pour les monuments ogivaux de France, et si indulgents pour ceux d'Italie. Je ne sais s'ils voient toutes ces ogives embrochées, mais ils n'en parlent jamais et omettent les barres de fer dans leurs dessins. Elles existent cependant, non-seulement à la cathédrale de Florence, mais dans tous les monuments gothiques de l'Italie, excepté ceux où les traditions étrangères se montrent avec le plus d'empire, comme Saint-François-d' Assise et, à Florence même, Santa-Maria-Novella. On en était venu à enrayer les arcs des voûtes par goût, ou, si l'on veut, sans nécessité. A Or-San-Michele, où les nefs sont étroites et où les murs extérieurs sont chargés verticalement d'un poids énorme, il est évident pour tout le monde qu'on pourrait scier sans inconvénient tous les entraits de l'église basse.

Les murs extérieurs de la nef de Florence ont à peine des contre-forts, mais ils sont eux-mêmes très-épais et très-massifs. Il n'y a qu'une petite fenêtre à deux jours pour chaque travée, ce qui rend l'intérieur de l'église extrêmement obscur. Je n'en connais pas d'aussi sombre dans nos cathédrales du Nord et parmi celles qui ont conservé leurs vitraux. Il est vrai que la cathédrale de Florence a aussi des vitraux très-complets et très-montés en couleur. Il aurait mieux valu ne faire que des grisailles ou même se servir de verres blancs, en raison des peintures murales qui devaient, du moins je le suppose, faire la principale décoration de l'intérieur du dôme. N'est-ce pas en vue de ce système complet de peintures que les colonnettes de l'intérieur ont été remplacées par des pilastres, et que toutes les surfaces courbes ont été évitées avec soin, même pour les piliers? Ne semble-t-il pas qu'Amolfe a pressenti la venue de Giotto? Toujours est-il qu'il n'a guère pu songer à laisser nus tant de murs pleins, tant de surfaces lisses. Mais on n'a pas même commencé cet immense travail de peinture, et l'effet intérieur de la cathédrale en souffre beaucoup, car il est des plus médiocres.

L'effet extérieur est splendide au contraire. La coupole, haute de plus de

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100 mètres, est d'un riche dessin et d'une silhouette admirable, domine la ville et embellit tous ses aspects. Il est impossible aussi de ne pas être frappé de la magnificence de ces revêtements de marbre qui couvrent tout le dehors de l'édifice. — Je n'aime pas en principe ce système de décoration, emprunté par Arnolfe de Lapo à la façade de San-Miniato et au baptistère; je préfère beaucoup les monuments bâtis en marbre comme Pise, Sienne et Milan, à ceux qui sont simplement plaqués. Je trouve, avec tant d'autres voyageurs, que ces panneaux de couleur variée produisent un papillotage, un morcellement d'effet répréhensibles, mais il faut reconnaître qu'à un certain degré d'éloignement des carrières de matériaux précieux, le système des placages peut être le plus convenable; il semblait d'autant plus naturel à Florence, que déjà la façade de San-Miniato et, je le pense, celle du baptistère étaient ainsi décorées. — Il faut ajouter que, ce principe admis, il a été mis en œuvre avec une rare perfection dans la cathédrale d'Arnolfe et dans le clocher de Giotto. Les placages ainsi que les sculptures d'ornementation et de sujets qui s'y trouvent mêlées sont d'un goût excellent et ne laissent rien à désirer, même sous le rapport de la solidité, car je n'ai pas compris pourquoi on se croyait obligé d'y coudre çà et là quelques pièces neuves.

Il me reste à faire la part de l'illustre Brunelleschi dans la cathédrale de Florence , et sans doute la plupart de mes lecteurs s'attendaient à la trouver plus forte. Mais si l'on consulte les peintures du xiv* siècle, qui montrent le dôme à un certain degré d'avancement ou le figurent achevé selon le projet, il est évident que le rôle de Brunelleschi après Arnolfe de Lapo, comme celui de Michel-Ange après Bramante, a consisté surtout à résoudre les didicultés d'exécution, qui étaient considérables, à la vérité. Pour le plan à terre du dôme, pour les trois absides dont il est flanqué, pour la décoration même de cette moitié de monument, Brunelleschi n'a eu rien à modifier puisque Arnolfe, avant de mourir, avait fondé les grands arcs de la coupole. Brunelleschi, en fait d'innovation, s'est donc borné à inventer le double parement et la voûte extérieure de la coupole, puis à l'exhausser sur un tambour perpendiculaire haut de vingt pieds et percé de grands œils-debœuf, enfin à élever au-dessus des quatre piliers quatre petits dômes qui servent de contre-forts à la coupole, là où Arnolfe mettait ses fenêtres primitives.

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