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va combattre pour sa dame. Seulement, comme il ne peut entrer dans Tenceinte sacrée avec tout son attirail militaire, il a laissé à la porte son destrier, qui est tout prêt pour la lice et dont les nombreux « branlants * » résonneront bientôt dans la joute; puis il a ôté son heaume, parce qu'un chevalierne peut pénétrer dans une église, la tête couverte de cette partie de son armure*. G*est alors qu'il y a substitué le chapel aux couleurs de sa dame, chapel qu'Isabeau a tressé ou fait tresser pour lui.
(( Le heaume était au xiv* siècle comme la personnification de l'idée a chevalerie » ; c'est cette pièce d'armure qui surmonte le blason des barons, c'est elle qu'on donnait en prix aux tenants des tournois. Bien que ce soit l'écuyer du prince qui présente le heaume à la Vierge, on peut considérer que c'est le roi lui-même qui fait hommage de sa chevalerie & la protectrice des preux. Ajoutons que les deux écuyers portent des costumes aux couleurs d'Isabeau, bleu et blanc.
« Si nous continuons notre examen, nous voyons, sans surprise, que la scène supérieure représente un mariage : le mariage mystique de sainte Catherine avec l'enfant Jésus.
(( C'était assez l'usage à cette époque et plus tard encore', de voiler un événement contemporain sous l'aspect d'une scène religieuse.
« Sainte Catherine de Sienne venait de mourir (1380). Ses révélations extatiques l'avaient mise en grand honneur et remuaient fortement les imaginations du temps. Son mariage mystique avec Jésus éveillait volontiers la sympathie des âmes tendres, et il n'y aurait rien d'étonnant à ce que la jeune Isabelle eût choisi ce sujet pour rappeler son union avec Charles, qu'elle représente plus bas avec la livrée des amants.
« Dans notre bijou, Jésus est vêtu, comme sainte Catherine, d'une robe d'émail rouge purpurin (pourpre de Cassius) ; saint Jean-Baptiste, Tami de Jésus, assiste à la scène du mariage, en même temps que saint Jean Tévan-
« derrière lui, a un homme qui lieut un cheval d'une de ses mains, et de l'autre tient un glaive, c et a un escu à son col. »
4 . a Branlants. — « Luy et son destrier tout couverts de branlans d'argent esmaillés. » (Ant. • de la Salle. Gloss. de M. de La Borde.)
2. « Voir le 4«' mémoire de la Curne de Sainte-Palaye dans les mémoires de rAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.
3. « Le Père Cahier cite à l'article a anneau » Teiemple de Jeanne de Valois, fille de Louis XI, qui, mariée à Louis, duc d'Orléans, et répudiée par lui lors de son élévation au trône, fut représentée, comme Catherine de Sienne, recevant de Tenfant Jésus l'anneau des âançailles. Jeanne de Valois est censée exprimer par là, ajoute le Père Cahier, « que l'époux céleste a remff placé pour elle le prince qui l'avait éconduite ». .
LE RÔSSEL D'OR D'ALTŒTTING. 407
géliste, l'ami de la Vierge. Leur vêtement est blanc, il est garni d'un orfroi d'or comme tous les autres; car c'est un point que je dois établir pour ceux qui n'ont pas vu la chromolithographie, même la cotte d'armes de Charles est garnie dans le bas «d'un orfroi d'or, qu'on pourrait prendre, d'après la gravure des « Annales », pour une bordure colorée, par exemple celle des ducs d'Anjou; ce qui modifierait gravement la représentation.
(c Saint Jean l'évangéliste, outre le vase traditionnel, tient à la main une fleur blanche, peut-être une rose semblable à celles qui ornent le berceau sous lequel s'abrite le groupe divin. La rose est partout à la fin du %i\^ siècle et au comiDencement du xv* : Les « Ymagiers » mettent un rinceau de rosier fleuri dans la main droite de la Vierge ; c'est là le point de départ, puisé sans doute dans le symbolisme floral de la Vierge ' , préconisé dès les premiers âges du christianisme; la rose était ainsi devenue, par suite du choix qu'on en avait fait parmi les autres fleurs, le symbole de la sagesse ' et la fleur d'élection. En même temps, l'usage d'envoyer des roses d'or aux souverains entretenait, en haut lieu, le culte du rosier : aussi voyons-nous Charles VII accoster le blason royal de deux branches de rosier fleuri, sur ces belles médailles si françaises appelées « Désirés ». (Conf. le beau travail de M. Vallet de Viriville, sur ces médailles, dans n l'Annuaire de la Société (f de Numismatique », année 1867.)
(( J'aurais encore, si ce n'était pas abuser de l'attention de vos lecteurs, quelque chose à dire au sujet du heaume de Charles ; le cimier est surtout celui d'un fils de France : les ducs d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et d'Orléans portaient tous pour cimier, & cette époque, une grande fleur de lis avec quelques variantes : par exemple, celui du duc de Bourgogne était un lis à quatre pétales retombants. Les sceaux de ces grands feudataires en fournissent de nombreux exemples, tandis qu'on a peu d'occasions de rencontrer dans les monuments du temps le cimier du heaume du roi de France, qui, du reste, devait réellement être le même que celui des enfants de France.
4 . a Voir un exemple remarquable de ce symbolisme, inspiré par ce passage des légendaires : « Nazareth interpretatur flos; undè Bemardas : quod flos nasci voluit de flore in flore et floris « tempore ». (<t Leg. Aurea » de annunciatione dominica), dans une planche in-extenso des « Vitraux peints de la cathédrale du Mans; » in-folio; Paris, Didron, 4864, calquée sur un vitrail du xui* siècle de cette cathédrale. La Sainte- Vierge, tenant un bouquet de fleurs à chaque main, est assise entre deux vases, d'où sortent aussi des fleurs.
3. « Gonf. une marque d'imprimeur du xvi* siècle, dans laquelle on voit un cœur, au centre duquel s'épanouit une rose émanée d'un rosier qui croit à côté. A l'entour, on lit : « In corde prudentis requiescit sapientia >. ( <r Le Moyen-Age et la Renaissance. » Marques d'imprimeurs, pi. 6.)
m ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
n Mais il est un accessoire qui caractérise sufiisamment ici le heaume du roi : c'est la couronne royale composée de fleurs de lis, alternant avec des trèfles; on retrouve dans cette couronne les mêmes trèfles qui brochent en or sur les habits bleus des écuyers.
<( Le trèfle était une plante très-héraldique, si je puis dire; c'est lui qui forme les fleurons des couronnes des grands feudataires, enfants de France, les ducs d'Anjou, de Berry, etc., etc., qui portant, tous, les lis brochés sur leurs habits, n'avaient pas le droit de le placer dans leurs couronnes. Le trèfle répondait d'ailleurs aux idées mystiques du temps. Le nombre constant de ses pétales rappelait les trois membres essentiels de la fleur de lis, la distribution même de ces fleurs réduites à trois dans l'écu de France, en l'honneur de la Sainte-Trinité, et enfin la forme triangulaire de cet écu *.
« Il résulte de l'examen peut-être minutieux, mais nécessaire de notre bijou, que le personnage représenté est bien celui qu'accusent les inventaires du temps, que c'est Charles VI, jeune chevalier et fiancé d'Isabeau, que celle-ci a fait représenter, et qu'il n'est pas invraisemblable que ce bijou ait été confectionné, soit à l'occasion de son mariage avec Charles, soit lors de son couronnement, et lorsque celle-ci, toute à son jeune époux, pouvait trouver une certaine satisfaction d'amour-propre à mettre en relief ses mérites chevaleresques.
<( Ce bijou sera resté entre ses mains, pendant les années de démence de l'infortuné monarque, et une circonstance inconnue, et qu'il serait superflu de rechercher, l'aura fait mettre au jour en 1404, comme l'indique l'inventaire cité par M. Labarte*. Faisons remarquer qu'en cette année, l'amant était bien loin du cœur de l'épouse, et surtout qu'il n'aurait plus eu de droit au chapel des jeunes chevaliers. Charles VI avait alors trente-six ans et dixneuf années de ménage, traversées par de bien rudes épreuves.
« On sait qu'il était d'usage, à certaines époques mémorables, que les grands seigneurs se fissent réciproquement des cadeaux somptueux, en objets d'orfèvrerie.