‹ Annales archéologiquesChapitre 176 sur 184 · Rois, tele est la fourme fourmée · texte numérisé non relu

Rois, tele est la fourme fourmée

« De Tescu, qu'elle est trianglée « Et par celi disposement « Test-il la Trinité notée, d

(« Le dit des Alliés », par Geoffroy de Paris.) t. « L'idée d'étrennes mentionnée dans cet inventaire n'est pas indifférente; tous les inventaires de cette époque* sont remplis de dons, d'objets d'orfèvrerie religieuse, faits par des femmes à leur mari, au titre « estraines ». On trouve aussi un grand nombre de dons du même genre faits aux grands seigneurs par leurs fomiliers.

LE RÔSSEL D*OR D'ALTOETTING. 409

« Lors du mariage d'Isabelle, fille de Charles VI, celui-ci offrit au duc de « Bourgogne une image de Jésus-Christ au tombeau, qui valait 8,000 écus « d'or (8,800 livres qui, multipliées parle facteur 30*, donnent 26/i,000 francs au moins de notre monnaie) « et une autre de la Passion qui valait « 12,000 francs » (francs d'or valant une livre, soit 12,000 francs, qui donnent de môme 360,000 francs), « toutes deux en or massif, enrichies de « pierreries; et un tapis de damas de 3,000 écus d'or, sur lequel ces joyaux « devaient être placés. » (« Chronique du Religieux de Saint-Denys », II" vol. ch. XX, p. 417. Traduction de M. Bellaguet.)

« Nous avons cité ces exemples, parce qu'on est quelquefois tenté de penser que la main-d'œuvre était beaucoup moins chère à la fin du xiv* siècle que de nos jours. Voici la preuve que ces somptueux bijoux constituaient, même à cette époque, d'exorbitantes prodigalités, contre lesquelles la détresse des peuples avait le droit de protester.

« Agréez, etc.

E. HUCHER. n

4. a L'emploi du facteur 30 est justifié par la comparaison du prix des denrées communes du temps, avec celui des mêmes objets à notre époque.

« Ainsi l'on trouve une très-bonne base d'appréciation dans un registre de recettes et dépenses de ia collégiale de Saint-Pierre de la cour du Mans, pour l'année 4445. (Âne. coll. E. Hucber, maintenant à la bibliothèque du Mans.) On y lit à la dépense :

« Ung cent d'œufs. — 2 sols 3 deniers manczais (ou 4 sois 6 deniers tournois).

« Quatre boisseaux de beau froment. — 6 sols 3 deniers manczais (ou 42 sols 6 deniers tournois). »

« Feu M. le président Hiver est arrivé à un résultat à peu près pareil, dans la supputation de la valeur actuelle des bijoux du duc Jean de Berry, mort en 4446. L^inventaire des bijoux trouvés à Paris et à Bourges s'élève à 44,987 liv. 45 sols. M. le président Hiver a trouvé, d'après les bases adoptées par lui dans un précédent travail : 1,259,658 fr.; soit le facteur 38 appliqué au chiffre précité. Nous aurions obtenu, d'après notre calcul, 4,349,622 fr. 50. Et cependant notre facteur 30 suppose que le cent d'œufs ne coûte pas aujourd'hui plus de 6 fr. 75, et que le prix de quatre boisseaux de bon froment n'excède pas 48 fr. 75, soit 4 fr. 68 pour l'un, ce qui est modéré. Disons toutefois que, lorsqu'on emprunte sa base d'appréciation à la valeur comparée du boisseau de blé, on s^expose à quelque erreur, puisque la capacité du boisseau variait beaucoup. Nous avons eu en vue ici le double décalitre, qui est une moyenne entre le grand et le petit boisseau ancien. (Gonf. « Notice , d'après le Msc. de la bibl. Sainte-Geneviève, des joyaux d'église trouvés à Bourges et à Paris, après le décès du duc Jean », par M. le président Hiver. » )

Le génie des artistes chrétiens, au Moyen-Age, était éminemment poétique; mais parfois, surtout à partir du xv** siècle, le symbolisme dont il était comme imprégné s'exaltait assez pour dévier légèrement de la voie qu'une saine piété lui traçait. Aussi ces hommes, restés nos maîtres sous bien des rapports, que la foi inspirait et qui consacraient leur talent à glorifier Dieu, la Vierge et les saints, ne reculaient-ils devant aucune hardiesse pour traduire leur pensée et ne craignaient-ils pas d'exécuter des œuvres quelque peu bizarres, mais susceptibles de produire une impression déterminée sur la foule qui était en communauté d'idées avec eux. Je citerai, à titre d'exemples de cette tendance très-caractérisée aux approches de la Renaissance, ces représentations de la Vierge Marie dont le sein ouvert laisse voir Jésus enfant au milieu d'une gloire, et ces « Visitations », où, sur le ventre des deux cousines enceintes, le peintre audacieux a figuré le Précurseur tressaillant et s'inclinant sous la bénédiction que lui donne l'Enfant-Dieu. Sainte Elisabeth salue la Mère du Christ qui vient la visiter; en même temps, saint Jean-Baptiste, à peine conçu, s'écrie, à la vue du Rédempteur : « Voici l'Agneau de Dieu * ! »

4 . Ces représentations étranges ne sont pas très-rares ; elles sont particulièrement nombreuses dans les miniatures des manuscrits, car il semble que, par pudeur, les artistes n*ai maienl pas les étaler au grand jour dans les édifices dont l'accès était ouvert à tout le monde. Ils préféraient, sans doute, donner un libre cours à leur imagination surexcitée dans des livres destinés à être feuilletés par quelques privilégiés seulement. Toutefois, feu M. Didron atné cite, dans son « Histoire de Dieu » (page 263] un vitrail du xvp siècle de Téglise de Jouy (Marne), où, sur le ventre de la Vierge, on voit l'Enfant- Jésus nu et debout, les mains jointes, la tète ornée du nimbe crucifère et le corps entouré d^une gloire rayonnante. Le fondateur des «r Annales archéologiques» parle encore d'une Visitation composée exactement ainsi que je l'indique plus haut, qui est peinte sur deux volets en bois appartenant, en 4836, à un architecte de Lyon, M. PoUet, et, aujourd'hui, au Musée de cette ville. Ce tableau est du xv* siècle.

Il faut remarquer que ces sujets appartiennent à la dernière période du Moyen-Age et à la Renaissance, c'est-à-dire à la décadence de l'art chrétien.

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De pareilles singularités peuvent sembler inconvenantes; cependant une belle et grande pensée, pleine d'une poésie élevée, présida toujours à leur création, et cette pensée fut idéalisée dans sa traduction, autant que cela était possible, en ne blessant jamais la décence d'une manière sérieuse.

Ces figures, isolées ou composant une scène, sont la conséquence d'un usage beaucoup plus ancien et dont l'origine remonte aux premiers temps du christianisme. En cela comme en d'autres choses, le Moyen-Age de la décadence exagéra, par un raffinement qui avait pour but d'exciter l'intérêt, le système des images ouvrantes. SMnspirant des combinaisons ingénieuses en vertu desquelles des figures, sculptées en ronde bosse, s'ouvraient de manière à se développer en triptyque, pour montrer à l'intérieur des scènes en rapport d'intention avec le personnage qui leur servait d'étui, les artistes des xv* et xvi* siècles n'hésitèrent pas à transporter sur des images peintes le même procédé. L'ouverture du corps devint artificielle, au lieu d'être matérielle; l'idée était la même avec des moyens différents ; mais la hardiesse était plus grande de montrer ainsi à la fois le dehors et le dedans, sans le moindre mystère.

Les images ouvrantes ou à volets furent d'abord de simples feuilles d'ivoire sculptées et reliées ensemble à l'aide de charnières; elles sont connues sous les noms de diptyques, de triptyques et de tétraptyques. Puis elles se compliquèrent davantage, de façon à produire ces petits meubles charmants et souvent très-précieux, véritables boites à surprises de toutes dimensions, de toutes formes et de toutes matières, et qui devinrent communs dans les églises et les habitations. On en fit des reliquaires, de petits oratoires portatifs en bois, en ivoire ou en métal ^ Un des plus anciens exemples connus de ces monuments compliqués est un autel domestique, qui faisait partie de la collection Debruge- Duménil , et qui semblait un ouvrage des premières années du xi* siècle. En voici la description, tirée du catalogue de ce fameux cabinet :

« N** 1476. — Autel domestique à volets, en bois peint, avec appliques en ivoire. Cet autel, étant fermé par ses volets, présente l'aspect d'un clocher carré élevé sur une base en talus, et terminé par une toiture pyramidale obtuse à quatre pans.

(( La face principale et les deux faces latérales de l'édifice sont décorées d'arcades simulées qui renferment des figures de saints, des figures d'anges et les symboles des quatre évangélistes, sculptés en bas-reliefs; la face posté-

4. M. Yiollet-Leduc donne des renseignements nombreux et fort curieux sur ces images-meubles, dans le tome l^' de son « Dictionnaire du Mobilier. » (Voyez au mot « image ».)

rieure est occupée par un losange , au centre duquel le Christ est assis sur l'arc-en-ciel. Des figures d'anges remplissent les tympans du losange.

a Les volets brisés, en se déployant, laissent à découvert le devant et les deux côtes du monument; les grands arcs restent attachés à la toiture, fixée sur le fond. Cet ensemble forme une espèce de dais au-dessus de la statue de la Vierge tenant l'Enfant-Jésus, qui est placée au centre.

« Le groupe de la Vierge et du Christ est accompagné de sculptures en bas-relief appliquées à l'intérieur des volets. Ouvrage des premières années du xr siècle. — H., ÛO cent.; L., 15.

« Cette pièce faisait partie de la collection de M. le comte de Renesse- Briedbach. Le catalogue indique qu'elle provenait de la Chartreuse de Coblentz. »

Les reliquaires à compartiments mystérieux furent très-nombreux pendant tout le Moyen-Age; mais le xv* siècle produisit des pièces véritablement singulières en ce genre. La plus curieuse qui soit venue à ma connaissance est une sorte de vase en bois, à pied, d'origine espagnole, dit-on, et dont le « Magasin pittoresque » a publié un fort joli dessin ^ Cette boite à reliques est admirablement sculptée; je ne sais ce qu'elle est devenue, mais elle appartenait, vers 18/i&, à un riche collectionneur allemand, M. Bullock. Elle est formée de deux coupes superposées. Le pied est divisé en six compartiments alternés d'ornementation flamboyante et de sujets représentant la Passion de Jésus- Christ. Le couvercle de la première coupe est décoré de la même façon; la suite de la Passion y est figurée. Enfin la coupe supérieure, beaucoup plus petite que l'autre, est surmontée du pélican symbolique et s'ouvre en quatre parties ressemblant aux quatre pétales d'une fleur. Ces divisions, en retombant, laissent voir dans leur cavité des sujets de la vie de la sainte Vierge : l'Annonciation, la Nativité, Tadoration des Bergers et celle des Mages. Au milieu est une statuette de la Vierge assise et tenant l'Enfantlésus. Des épines et des clous sont enfoncés dans le sol, autour de la figurine, et semblent en faire jaillir du sang, si l'on peut interpréter ainsi plusieurs petits points ronds semés çà et là. L'artiste a peut-être voulu mettre sous les yeux de la mère de Jésus les instruments du supplice de son Fils? Le rédacteur anonyme de l'article publié sur ce sujet dans le « Magasin pittoresque » dit, avec grande apparence de raison, que ces épines et ces clous, étant au nombre de sept, sont vraisemblablement une allusion à ces mots du Cantique des cantiques : « Sicut lilium inter spinas » , et rappelleraient les sept douleurs

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