‹ Annales archéologiquesChapitre 177 sur 184 · Voir le « Magasin pilturesque», année 4855, p · texte numérisé non relu

Voir le « Magasin pilturesque», année 4855, p

de la Vierge. Il paraît qu'on a trouvé, à un endroit non spécifié de ce curieux monument, la signature de son auteur; cette inscription serait ainsi conçue :

DOMINIG AGAVALA ME FEGIT.

Une des choses les plus étranges que Ton puisse voir et qui prouve bien l'exagération, parfois insensée, dans laquelle tombait l'art du xvi* siècle, est une sorte de tableau ouvrant déposé, depuis plusieurs années, au Musée de Cluny. On ne le montre pas au public pour des raisons qui seront facilement appréciées par nos lecteurs. C'est un coffre en bois, se tenant debout dans le sens de sa hauteur, et ressemblant assez à un petit théâtre, analogue à ceux qui font le bonheur des enfants aux Champs-Elysées de Paris. La partie inférieure de ce coffre long et étroit est recouverte d'un panneau fixe, décoré de peintures figurant les instruments de la Passion. La partie supérieure présente au spectateur un autre panneau, mobile celui-ci, où est peint le voile de sainte Véronique, timbré de la face de Notre-Seigneur. Au-dessus, en couronnement, est un écu armorié. Par un jeu assez compliqué de cordes, de poulies, de poids, de soufflet et d'engrenages qu'il serait trop long d'expliquer, une personne, placée derrière cette espèce de théâtre, peut, en lâchant une corde, faire glisser dans ses rainures le panneau mobile qui tombe avec la vitesse de l'éclair. En même temps apparaît une figure de diable grande comme nature, vue à mi-corps, qui se penche en avant et semble vouloir se jeter sur le spectateur. Ce monstre a les mains enchaînées et les agite ; il tire la langue, et, de sa bouche démesurément ouverte, sortent à la fois des cris épouvantables et un jet de salive. Puis, si l'on tire la corde, cette horrible vision disparaît et le panneau reprend brusquement sa position habituelle. Cette scène est à ce point effroyable que, en y assistant, beaucoup de gens tombent en défaillance et que les hommes les plus résolus reculent, même s'ils ont été prévenus à l'avance*.

4. Le fameux président de Brosses a vu ce monument singulier, lors de son voyage en Italie, effectué de 4739 à 4740. Il faisait partie de la collection du chanoine Settala, à Milan. Voici ce qu'en dit le spirituel, mais si léger magistrat bourguignon : «. ... Une armoire de laquelle tout d'un coup il sort une effroyable figure de démon qui se met à rire, à tirer la langue et à cracher au nez des assistants, le tout avec un énorme bruit de chaînes de fer et de rouages, fort propre à causer une grande épouvante aux femmes, à qui souvent on la fait voir. » — Voyez « Lettres familières écrites d'Italie en 4739 et 4740 » par Charles de Brosses. Lettre à M. de Blancey, datée de Milan, 46 juillet.*

Cette œuvre, exécutée en Italie au xvi* siècle, est roitee dans son pays d'origine jusqu'en ces dernières années. Elle â été apportée en France par des voyageurs parisiens qui l'ont vendue au Musée de Cluny, dont le directeur, M. Du Sommerard, m'a donné, avec une extrême obligeance, tous les renseignements qui précèdent.

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