‹ Annales archéologiquesChapitre 37 sur 184 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

nacle d'Or-san-Michele : à la couronne divine qui porte l'inscription spes, il a ajouté de plus tout l'aspect humain d'une Espérance de ce monde.

15. L'Espérance d'Orcagna a le visage et l'ensemble d'une très-jeune fille. Ses cheveux longs, relevés en boucles sur les tempes, retombent sur ses épaules. Elle est coiffée d'une fleur dans son bouton *. Tout est fleuri du côté de l'Espérance, le bouton sur la tête de cette vertu, la verge fleurie dans la main de Joseph, et le lis que l'ange Gabriel porte en faisant son message. Elle-même est vêtue d'une robe à manches étroites, large d'en bas, enveloppant les pieds et retenue à la taille par deux ceintures *. Espérance chaste s'il en fût. Assise presque de profil, les deux mains en avant, elle aspire à une couronne placée au-dessus d'elle, dont le cercle porte trois fleurons en feuilles de trèfle, avec l'inscription spes et dont le centre conique se termine par un bouton comme celle de la Foi. Cette couronne toute céleste a, comme celle de la même vertu à la Loggia de' Lanzi, et comme beaucoup d'autres en Italie, la forme d'une tiare. L'Espérance d'Orsan-Michele, fort belle de tout point, manque cependant d'un attribut qu'on ne refuse guère à cette vertu : elle n'a point d'ailes. Orcagna en ayant donné à toutes ses vertus à la Loggia de' Lanzi, de même qu'André de Pise à son Espérance du Baptistère, on ne comprend pas cette regrettable omission que rien ne motive au Tabernacle. L'Espérance est, de toutes les vertus, celle qui mérite le mieux des ailes pour voler au ciel, et cette figure si belle et si simple y eût trouvé une expression de plus. L'antiquité elle-même ne les lui avait pas refusées, comme on peut le voir dans les nombreuses médailles et sculptures qu'elle nous a laissées.

Cette fois, nous avons reproché à Orcagna une omission; mais, en général, il est suffisant, quoique sobre, dans l'emploi de ses attributs : on n'en sera pas surpris, car la simplicité est le caractère du génie. Il choisit ordinaire-

4 . En dessinant cette figure dont la coiffure est un peu fruste, nous avons très-attentivement examiné Tobjet qu'elle porte sur la tète. Ce n'est point une flamme, comme Ta cru Lasinio le graveur, mais bien un bourgeon prêt à s'ouvrir. Nous nous sommes donc permis de l'accentuer légèrement dans le dessin, mais sans rien changer à sa forme.

2. Cette robe à deux ceintures « stola», atunica succincta», comme on en trouve tant dans l'antiquité, qui eh avait fait la robe de la chasteté, celle des graves matrones et de Diane, la vierge chasseresse, me semble préférable à la robe lâche qu'Ândrea Ugolini a sculptée aux portes de bronze du Baptistère : voyez-en la gravure au tome XX des a Annales». Cette figure est bien belle, mais il me semble que le Pisan s'est laissé un peu trop séduire par la beauté des plis que lui permettait l'ampleur de l'étoffe. A l'Arena de Padoue, Giotto, un des maîtres d'Orcagna par l'inspiration, et qu'on rencontre toujours là où est le beau, a également donné deux ceintures à sa figure de la Foi. Orcagna, au Tabernacle, n'a donné la robe lâche qu'à la Charité, qui, dans ce vêtement de nourrice, représente bien le côté humain de l'amour envers le prochain.

ment rattribut le meilleur, celui qui est nécessaire et ne va pas plus loin, comme un homme qui a horreur de la redondance des épithètes. Qu'il y a loin de cette simplicité au style métaphysique du xvi* siècle dont le vol. XX des « Annales » nous donne un curieux exemple aux vertus d'Aristote.

16. L'Annonciation. — Dans leurs représentations, les artistes latins du Moyen-Age ne recouraient ordinairement à la Légende que pour combler les lacunes de l'Evangile. Au récit de l'Annonciation, l'Evangile est complet. Nous n'avons donc pour décrire ce mystère qu'à citer le texte de saint Luc: « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David nommé Joseph, et cette vierge s'appelait Marie. — L'ange étant entré auprès d'elle lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes « bénie parmi les femmes. » — Celle-ci l'ayant entendu se troubla à ces paroles, et elle pensait quelle pouvait être cette salutation — et l'ange lui dit : « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. — Voici « que vous concevrez dans votre sein, et enfanterez un fils à qui vous donci nerez le nom de Jésus » Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-

« t-il, car je ne connais point d'homme? »> — L'ange lui répondit : a Le Saint- « Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous ombragera, et le « Saint qui naîtra de vous s'appellera Fils de Dieu. » Alors Marie dit : « Voici « la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. »

Dans notre bas-relief, tout est strictement conforme à ce texte. On n'y

trouve aucune déviation pour suivre la trace des Évangiles apocryphes, pas

même ce qui s'est vu si fréquemment chez les Latins, le geste des mains

^tendues avec lequel, dans la plupart de nos anciennes peintures, la Vierge

^Cguiesce aux paroles de l'ange ^ Ici, elle est assise sur son siège à estrade et

C/'^Jse les mains sur sa poitrine en s'inclinant humblement et disant : « Je

^ - Voici ce passage de l'Évangile de la Nativité. Marie troublée, non pas de l'apparition de

Vange du Seigneur dont elle avait déjà reçu plusieurs fois la visite, oc Lumen cœleste insuetum

^^^ tiabebat j>, mais de ses paroles extraordinaires : a Sed in solo ejus sermone turbata, cogitare

ccepit qualis ista salutalio tam insolita esse posset», lui demande comment elle pourra, sans

TompPç son vœu de virginité, être mère de Dieu : « Virgo paries, virgo nutries », lui répond

^^nge. «r Spiritus enim sanclus superveniet in te et virtus altissimi obumbrabit tibi contra

omnes ardores libidinis, ideoque quod nascetur ex te solum erit sanctum quia solum sine peccalo

^^^ceptum et natum vocabitur filius Dei. Tune Maria, manibus expansis et oculis ad cœlum

>^^aUs, dixit : Ecce ancilla Domini (neque enim dominas nomine digna sum] fiât mihi secundum

verbum tuum ».

I^ans toutes les peintures et émaux byzantins qui représentent soit l'Annonciation, soit le Cruciûement, la Vierge est figurée debout, les mains étendues et les yeux levés au ciel. Un grand nombre de nos anciennes peintures latines, sur bois, sur verre ou sur parchemin, offrent la même

suis la servante du Seigneur. » Sa robe k manches étroites s'aperçoit seulement aux mains et au cou, le reste du corps, de la tête aux pieds, étant enveloppé dans un ample manteau. Sur ses genoux est un livre ouvert oii je crois lire : « Ecce ancilla Dfli ». A côté de la Vierge sont plusieurs livres fermés. C'est la femme pieuse, ce n'est plus la travailleuse des vieilles peintures byzantines, qui ouvre la laine de pourpre pour le voile du Temple. Devant Marie est l'ange Gabriel à genoux, les pieds chaussés comme un messager, les cheveux longs flottant au vent de la course, le petit diadème triangulaire au front, les ailes très-sufiisantes, mais moins longues qu'en France (en Italie on coupe les ailes, dit feu M. Didron), enveloppé dans son manteau et tenant de la main gauche, non pas le sceptre de la puissance angélique, mais le lis de la pureté. 11 montre de la droite, en faisant le gesle de la parole, la colombe divine qui vole vers Marie. « Spiritus sanctus super veniet in te. »

22. Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. — « Et elle enfanta son fils premier né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche parce qu'il n'y avait pas de place dans l'hôtellerie. Or, dans le même endroit (Bethléem), il y avait des bergers veillant à la garde de leur troupeau, et voici que l'ange du Seigneur se présenta à eux et leur dit : Aujourd'hui, vous est né un Sauveur. Voici comment vous le reconnaîtrez ; vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

Orcagna n'a pas suivi de point en point le récit de saint Luc. Uenfant n'est point emmaillotté, mais il est nu jusqu'à la ceinture. 11 est couché dans une crèche, mais cette crèche est faite comme un vrai lit et, au lieu de langes, il n'a pour vêtement qu'une couverture que sa mère ramène sur son épaule. Le lit est placé devant la caverne traditionnelle avec le bœuf et l'àne *. Au-dessus de la caverne, un ange en action de voler indique à un berger encapuchonné l'enfant couché et dormant : « Invenietis infantem. » Devant la crèche, Marie, assise par terre, entièrement enveloppée dans son manteau qui lui sert de voile, se penche vers son fils et le recouvre, comme

particularité. Quant aux émaux de Limoges, on aurait de la peine à citer un exemple où il n'en soit pas ainsi. Au surplus, au point de vue de Tart, nous préférons beaucoup cet acquiescement donné à la parole d'en haut, debout, les mains ouvertes et les yeux élevés, à celui que les trop timides et pieux artistes de la fin du Moyen-Ape et de nos jours donnent à Thumble et un peu vulaaire Marie.

1. « Bos et asinus adorabant eum », comme Pavait prophétisé Isaïe en disant : « Cognovit bos possessorem suum et asinus praîsepe Domini sui »; — le bœuf a reconnu son maître et l'âne la crèche de son Seigneur. — Cette tradition a été admise de toute antiquité dans l'Église. î\ existe encore

on vient de le dire. Joseph, également assis par terre auprès de la crèche, dort, la tête appuyée sur sa main droite *.

Ici reparaît la trace des légendes : la caverne et Tétable sont parfaitement distinguées, ce que n'a pas indiqué saint Luc dans son court récit, et il est le seul des quatre évangélistes qui ait raconté avec quelques détails la Nativité de Jésus-Christ, saint Mathieu n'en ayant dit que deux mots.

Les pères grecs, et aussi saint Jérôme, saint Justin, Origène et bien d'autres auteurs ecclésiastiques ont parlé d'une caverne obscure près du sépulcre de Rachel, où Marie mit son Fils au monde et dont elle ne sortit que le troisième jour pour mettre l'enfant dans la crèche. L'Evangile de la Nativité a un texte assez long sur ce sujet. En voici un extrait : — Marie et Joseph sont en route pour Jérusalem, conduits par un ange; arrivés près de Bethléem « cum haec dixisset, jussit angélus stare jumentum, quia tempus advenerat pariendi et praecepit descendere de animali Mariam, et ingredi in speluncam subterraneam, in qua lux non fuit unquam, sed semper tenebrae fuerunt. Ad ingressum vero Marias cœpit tota spelunca splendorem

habere; et nec in die nec in nocte lux ibi divina defuit, quamdiu ibi

Maria fuit; et ibi peperit masculum, quem circumdederunt angeli nascentem

et natnm adoraverunt dicenles : Gloria in excelsis Deo tertio autem die

nativitatis Domini egressa est beata Maria de spelunca et ingressa est stabulum, et posuit puerum in prsesepio, et bos et asinus adorabanteum..»

La légende, ainsi que la tradition dont elle est le reflet, n'est pas fautive, car cette grotte existe encore, parfaitement distincte du lieu où fut placée la crèche, dans l'église actuelle de Bethléem. Presque au milieu de cette église, sous le chœur, est une crypte dans laquelle se voit le lieu de la Nativité de Notre-Seigneur à gauche, et la crèche située à droite un peu plus bas. Voyez dans l'excellent ouvrage de M. le comte de Vogué sur les églises de la Terre- Sainte, le plan de l'église de Bethléem, l'emplacement de la grotte et de la crèche, et toutes les explications du savant auteur sur ce sujet.

La Charité. — Saint Thomas la définit ainsi : «une vertu divine qui atteint Dieu en nous unissant à lui. C'est un don gratuit qui nous est fait en raison de notre correspondance à la grâce. »> Et il ajoute : la « Charité primordiale, substantielle qui est Dieu, nous donne la Charité accidentelle qui est l'amour

à Rome trois sarcophages des premiers siècles du christianisme, où l'on voit le bœuf et l'âne deviint la crèche.

1. Saint Joseph est le plus souvent représenté dormant auprès de la crèche ou à quelque dislance. Est-ce pour rappeler le songe dans lequel il fut rassuré sur la vertu de Marie, ou Tautro songe qui l'avertit de fuir la persécution d'Hérode ? Nous pencherions pour le premier.

du prochain. C'est la plus excellente des vertus, parce qu'elle tend à. Dieu pour se reposer en lui, et non pour qu'il nous vienne de lui un bien quelconque. Le précepte de l'amour est un commandement général et tous les autres se rapportent à celui-là comme à leur fin. Il n'est pas plus permis de scinder la Charité qui est une, que la Foi qui est une aussi. La diversité des objets matériels qu'elle embrasse ne saurait détruire son unité formelle; conséquemment, l'amour du prochain ne se distingue pas, comme vertu chrétienne, de l'amour envers Dieu. »

Une figure peinte ou sculptée de la Charité devra donc, autant que possible, réunir ces deux caractères : amour de Dieu, amour du Prochain. Plusieurs artistes se sont eflbrcés de résoudre ce problème et y ont réussi; mais ce sont les plus anciens qui ont eu ce bonheur. Depuis la Renaissance, par suite de leur ignorance dans les choses de la théologie, la plupart ont échoué en ne considérant qu'un des côtés de la Charité, en la dédoublant pour ainsi dire. Je n'en veux pour preuve que ces tableaux d'Andréa del Sarto qu'on trouve partout, qui peuplent nos musées et que les livrets ont la naïveté d'intituler la Charité. Ce n'est pas là certainement la Chai'ité chrétienne, c'est une simple femme d'une forte santé et allaitant plusieurs enfants, fonction qu'elle pourrait partager avec les animaux. Ce qu'on appelle Charité romaine, celle d'une fille allaitant son père, n'a aucun rapport avec cette vertu; c'est de la piété filiale et rien de plus. Autre est la Charité ailée et nimbée de l'émail Soltikoff qui tient le pain et le vin. Celle-ci est chrétienne, car, avec la nourriture du corps, on trouve là les Espèces eucharistiques. Chrétienne aussi est la Charité d'Ugolino, à Santa-Maria-del-Fiore, qui tient un cœur enflammé, comme celle du même artiste au Baptistère. On peut en dire autant de celle du tombeau de Sixte IV à Saint-Pierre de Rome, de celle du petit ivoire d'Hawkins, faible de dessin, mais excellente de pensée, et surtout de la magnifique Charité de Giotto, àPadoue («Annales», v. XX) ; elle ne tient point d'enfants, mais elle n'en est pas moins complète et aussi belle d'intention que grandement dessinée : le cœur offert à Dieu, les fruits donnés aux hommes, l'argent sous les pieds, la tête nimbée et brûlant de trois flammes ; on ne peut rien désirer de plus satisfaisant. Dans ces trois flammes je ne verrais pas seulement, avec d'Hancarville, la croix, emblème du Sauveur; mais encore, selon toute probabilité, la réunion des trois vertus théologales, et j'en trouverais l'explication dans cette proposition de saint Thomas d'Aquin : « La Charité est une vertu réelle et spéciale sans doute, mais il n'y a pas de vertu sans elle; elle est ainsi la mère de toutes les vertus et leur résumé. » Celui qui a peint cette Charité de Padoue

n'était pas seulement un grand artiste, mais encore un grand penseur.

23. L.i Charité du Tabernacle» sans s'élever aussi haut que celle de Giotto, est cependant très-complète. Elle est assise de face, le dos appuyé et ne comptant pas les heures. Cette admirable figure, pleine de puissance et de bonté, a le regard fixe ; elle penche sur l'épaule gauche sa tête parée d'une abondante chevelure et couronnée d'un cercle à fleurons fleurdelisés sur lequel est écrit : Caritas. De ce cercle s'échappe, en le remplissant, une large gerbe de flammes. Il serait difiicile de trouver une plus belle tête. La robe de la Charité, sans ceinture et fendue sur les seins comme celle des nourrices, est ample et l'enveloppe sans gêner ses mouvements. Du côté gauche elle laisse passer une de ses mamelles, à laquelle puise largement un enfant déjà grand et qui n'a pas l'air d'être son fils, posé debout sur le genou de la Vertu. Cette mère volontaire aide l'enfant à presser son sein ; on voit qu'elle ne mesure pas le lait. De sa main gauche élevée elle tient un cœur dévoré de flammes.

A l'amour maternel, qui est le plus grand dans l'ordre naturel, cette Charité, on le voit, joint l'amour universel, l'amour divin, qui embrase la tête et le cœur, les pensées et les affections. En tout elle est bien digne d'être la mère des sept œuvres de miséricorde. De même que l'Espérance, elle n'a point d'ailes ; mais, pour s'élever, la flamme n'en a pas besoin.

24. Adoration des Mages. — Saint Matthieu est le seul des quatre évangélistes qui parle de l'Adoration des Mages. Avec lui, le prot-évangile de saint Jacques la place avant la Circoncision ; l'Apocryphe de la Nativité la met après. Le récit dans tous est à peu près le même :

« Des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem, demandant où était le roi des Juifs. Hérode, troublé, s'enquit auprès des prêtres où devait naître le Christ. Ils lui dirent : « A Bethléem. » Hérode dit aux Mages : « Allez et quand vous tt l'aurez trouvé, vous me le ferez savoir. » Les Mages partirent, et voici que l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait. Elle s'arrêta sur le lieu où était l'Enfant et, se prosternant, ils l'adorèrent ; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui ofl'rirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe. »

Orcagna a réduit la scène h la stricte description de l'Evangile : les trois Mages, la mère et l'enfant, l'étoile et la maison. La maison c'est une tente, un pavillon dont les rideaux sont relevés de chaque côté sur des crochets. L'étoile c'est l'image d'un ange, ou de l'Enfant Jésus en buste dans un nimbe aux rayons sans nombre, arrêtée au-dessus de la tente ^ Marie est

1. L'Évaogile de TEnfance dit, en parlant des Mages, qu'il leur apparut un ange sous la forme

8i ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

assise sur un trône à marchepied avec bras et dossier triangulaire, supporté par des colonnes torses : un vrai siège épiscopal du xiii* siècle. Elle est vêtue d'une robe à manches étroites, amples du bas et cachant ses pieds. Son manteau-voile lui enveloppe la tête et les épaules. Elle incline la tête d'un mouvement plein de grâce et tient sur ses genoux son divin Fils, vêtu d'un petit manteau. Un des trois Mages, le plus âgé, baise le pied nu de Jésus, qui lui pose la main droite sur le front et tient de la gauche un petit phylactère k toit conique où est l'or. La couronne du Mage se compose de cinq fleurons et est posée à terre. Comme le second roi placé au-dessus de lui, il a de grands cheveux, la barbe fournie et un ample manteau. Le second Mage a gardé sa couronne qui est fermée et tient à la main la boite à encens ; de la main droite il montre l'étoile au dernier des Mages. Celui-ci, le plus jeune, imberbe et couronné d'un simple cercle fleuronné, est vêtu d'un haut-de-chausses collant\ d'une tunique courte et d'un manteau florentin à capuchon boutonné par devant et tailladé sur les bras ; il porte la même boîte que les deux autres.

30. Présentation de Jésus-Ciirist. — Quarante jours après sa naissance, selon les Apocryphes, et huit jours après le temps voulu pour les relevailles, selon saint Luc, ce qui revient au même, Jésus fut porté au Temple, « ad tabernaculum testimonii » * pour y être circoncis et recevoir le nom de Jésus. Il y a deux actions dans l'Evangile, celle de la Circoncision et celle du vieillard Siméon qui reçoit Jésus dans ses bras. Orcagna n'ayant en vue que la vie de la Vierge a du négliger la première, dont il n'a pris que le Temple et l'autel, ainsi que les deux colombes, préparatif du sacrifice.

Le Temple est circulaire et à coupole sur nervures. Au centre, un autel

d'une éloile pour leur sprvir de guide. Des légendes apocrypiies, aujourd'hui perdues, dit le savant Danois Munl«r (Thil. év. ap.), racontent que Tctoile avait la forme d'un petit enfant, ayant audessus de lui l'apparence d'une croix. Le nimbe de la figure sculptée dans notre bas-relief n'étant point crucifère, nous n'hésiterions pas à ne voir là que l'ange conducteur des Mages si, à Tépoque d'Orcagna, le nimbe crucifère eût été toujours employé pour les Personnes divines; mais comme il n'en est rien, et vu l'époque, il y a encore doute; en tout cas, c'est l'un ou l'autre.

4. Dans les sarcophages chrétiens, dans les peintures des Catacombes, dans les peintures grecques et dans les plus anciennes représentations latines de l'Adoration des Mages, notamment à Sainte-Marie-Majeure, les Mages portent constamment les pantalons collants que les Anciens appelaient « Anaxyrides », et avec lesquels les sculpteurs grecs et romains représentaient les Persnns et les Orientaux en général. Ici, le costume florentin se trouve être tout à fait archéologique.

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