‹ Annales archéologiquesChapitre 41 sur 184 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

9i ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

pensée, celle d'une défense supérieure à l'attaque, par la Circonspection et la Précaution.

Orcagna ayant déjà exprinié, dans la tête de sa Vertu, trois des qualités de la Prudence : la mémoire du passé, l'intelligence du présent et la prévoyance de l'avenir, a voulu, nous n'en doutons pas, dans sa lutte avec le rusé serpent, figurer la victoire par la Circonspection et par la Précaution, qualités dont l'une, « circumspiciens », voit nettement les objets rapprochés, et l'autre, « cautio », prend tous les moyens pour les éviter. Il ne lui restait donc, pour compléter les huit parties de la Prudence enseignées par saint Thomas, qu'à représenter la Docilité et l'Habileté : nous les trouvons en effet de chaque côlé de la Vertu principale.

L'acquisition de la connaissance qui a lieu par une discipline régulière, dans les opérations de l'esprit, s'appelle Docilité. Quand cette acquisition se fait par une invention rapide, c'est ce qu'on nomme Habileté ou « eustochie ». La Docilité nous vient de la nature comme aptitude, mais son perfectionnement s'acquiert par l'application assidue de l'esprit aux leçons des anciens, en ne les négligeant point par paresse et en ne les méprisant point par orgueil. On va voir si ces prescriptions de saint Thomas sont bien interprétées.

2. La Docilité. — Elle tient un cartel où est inscrit docilitas. C'est une femme déjà âgée mais vigoureuse encore, le cou et les cheveux cachés sous une guimpe. Sur sa tête est un capuchon festonné, de lourde étoffe. Quoique femme, c'est une espèce de moine professeur, ou d'ancien de la cité, enseignant. Sa robe de bure forme des plis horizontaux sous les seins. Elle démontre en comptant sur ses doigts avec une attention soutenue. On ne saurait mieux figurer l'application aux leçons des anciens,

ft. L'Habileté, ou bien encore la Sagacité, car c'est aussi la traduction du mot SOLERTI A inscrit sur son cartel , est représentée par une jeune femme aux cheveux ondulants relevés sur les tempes, au cou nu et dégagé, au petit manteau léger relevé sur le bras pour que rien ne gêne ses mouvements. L'index levé, elle se le pose sur la bouche en l'accompagnant d'un regard plein de finesse : elle ne parle qu'à bon escient.

Le mot « solertia » qui répond au grec « eustochie », de eu et (rroxa^oftai, bien deviner, frapper juste, signifie l'aptitude à découvrir rapidement les moyens d'action. De même que la Docilité fait partie de la Prudence, parce que l'homme docile est disposé à recevoir des autres une règle sûre pour ses actions, de même l'Habileté en fait partie, puisque l'homme habile est celui qui trouve par lui-même cette règle de conduite. Voie d'enseignement, voie d'invention, deux chemins pour arriver à la vérité.

Nous pensons qu'à Florence, république conimerçante pleine de mouvement intellectuel, cette figure de l'Habileté ne devait pas déplaire et Orcagna n'était pas homme à la négliger. Au surplus, ces fiers républicains ne se dispensaient pas de vertus plus solides, car, à la Loggia de' Lanzi, le Forum de Florence, à deux pas d'Or-san-Michele, Orcagna a sculpté les trois vertus théologales, accompagnées de la Justice, de la Force et de la Tempérance : c'étaient là de beaux exemples de vertus publiques.

La Raison, ou faculté de bien raisonner, d'aller du connu à l'inconnu, autrement dit la recherche de la vérité, est la seule des huit qualités de la Prudence qui n'ait pas été figurée par Orcagna. Mais elle peut se confondre avec l'Intellect qui est la puissance de saisir la vérité. Dans ce grand nombre de personnifications, c'était peut-être celle qu'il convenait le mieux de sacrifier aux autres. Nonobstant, la série est, on peut le dire, complète.

i et 5. Deux patriarches ^ accompagnent la Prudence. Tous les deux sont sans inscription. Le premier, dont la figure est assez semblable à celle de saint Joseph, que nous trouverons au n"" J3,a son manteau agrafé de face et, de l'index, montre le tableau de l'Assomption. Le second porte une barbe immense, tient un volume, et lève la main gauche vers l'image miraculeuse d'Ugolino. Nous nous arrêterons peu sur toutes ces figures de prophètes, muettes pour la plupart, et offrant conséquemment un très-mince intérêt.

A. DE SURIGNY.

4 . En nous servant de ce mot a patriarche » , nous voulons qu'il soit également appliqué aux prophètes, et indubitablement i! doit se trouver quelques-uns de ces derniers parmi les figures qui sont sans nom. Dans Tabsence d'inscriptions ou d'attributs qui paissent établir une certitude, le mot le plus vague nous a semblé le meilleur.

(La fin à la livraison prochaine.)

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