Œuvres de Rutebeuf, par A. Jubinal, 1. 1, p. 440 et
a Le premier bas-relief donc, èi la gauche du portail , peint l'arrivée des écoliers à Paris. L*un d'eux, les éperons aux pieds, s'avance vers ses maîtres qui Taccueillent d'un geste bienveillant et protecteur. D'un côté sont les chevaux qu'un valet tient par la bride, de l'autre et parmi les spectateurs, une jeune femme menant son enfant par la main. Peut-être, ainsi que la suite pourrait le faire supposer, cette « belle musarde » est-elle attirée là par un tout autre sentiment que celui de la curiosité.
« Dans le second quatre-feuilles, nous sommes au milieu des écoles, en pleine rue du Fouarre, par exemple. A gauche, un écolier, le capuchon baissé et les yeux fixés sur son livre, étudie avec ardeur. Un de ses compagnons, plus jeune, se penche vers lui comme pour le consulter. Tous les autres sont distraits de leurs études par une folle femme aux riches vêtements et à la gracieuse cambrure. Deux d'entre eux lui font cortège et paraissent plaisanter avec elle. Un autre, les mains jointes, lui exprime sa passion sans vergogne. Un quatrième personnage va laisser son livre et se lever; il l'arrête du bras et lui parle amoureusement. Le sculpteur a ainsi exprimé les désordres des écoliers et a mis en opposition ceux qui restaient fidèles à leurs devoirs et ceux qui s'en laissaient détourner par des femmes. A mesure que j'avancerai dans ma description, ce contraste deviendra plus évident.
«Au troisième médaillon, certains ornements d'architecture indiquent l'intérieur d'une salle affectée à la justice ecclésiastique. Un personnage, qui participe du professeur et du prêtre, parle avec des gestes de menace aux écoliers
rassemblés et leur fait prêter sur TEvangile un serment solennel. Devant sa chaire le saint livre est ouvert sur un pupitre et deux des écoliers y appuient en même temps la main, pour indiquer que le serment est exigé de tous les assistants. Je pense que l'on fait ici jurer aux étudiants de renoncer aux liaisons dont on a peint les mauvais effets dans le. bas-relief précédent. Je ne suppose pas que le même serment soit demandé aux concubines des clercs de l'université: ce serait par trop invraisemblable. Cependant il y a dans l'assistance une jeune femme qui prend un écolier par le bras et qui, peut-être, vient le tenter de nouveau. Dans tous les cas, ce serment singulier n'est pas parfaitement efficace, car quelques-uns de ceux qui l'ont prêté se laissent aussitôt entraîner dans les désordres qu'ils avaient juré d'éviter. Nous allons voir la punition de leur effronterie.
« Un pilori occupe le centre du quatrième médaillon. Un personnage dont la
tête est nue, et qui n'a pour tout vêtement que la longue chemise des suppliciés,
y est attaché. Je dois convenir que cette chemise descend assez bas pour
ressembler à une robe et que les pectoraux sont accusés sous le tissu presque
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aussi énergiquement que pourrait Tétre, à cette chaste époque, la gorge d'une jeune fille. M. du Sommerard, qui a publié nos huit bas-reliers sans essayer de les expliquer tous, croyait qu'il s'agissait en effet d'une fille-femme. Mais il n'était pas raisonnable, ce me semble, de ménager à ce point l'amour-propre des principaux auteurs du délit, de ceux dont la moralité importait seule au clergé de Notre-Dame et auxquels on voulait faire une durable leçon ; d'ailleurs le patient n'est nullement coiffé comme une femme, et ses cheveux, au contraire, sont coupés comme ceux d'un homme. C'est donc bien un écolier qui est ainsi attaché au pilori. Au-dessous se trouvent un officier de justice et un soldat, le greffier et le gendarme du temps. Le premier tient en main une baguette, insigne de sa dignité ; l'autre s'appuie sur le pommeau de son épée. Sur les côtés se presse la foule toujours avide des spectacles de ce genre. Pendant que l'un des coupables reçoit sa punition « en eschiele », comme on disait alors, sa complice la reçoit aussi, mais en famille : par la fenêtre de sa maison, on la voit frappée à grands coups de bâton. Pour plus de clarté, un écriteau attaché sur la poitrine de l'écolier porte ces lettres, parfaitement conservées et parfaitement lisibles, depuis qu'elles ne sont, plus voilées par une poussière séculaire :
« Pour faus serment*. » Joinville nous apprend qu'en ce temps-là on mettait réellement au pilori pour un délit assez analogue, au moins de nom. Un orfèvre de Cézaire, coupable de « vilains serremens », fut mis, par ordre de saint Louis, « en l'eschiele en braie et en chemise, les boyaux et la fressure d'un porc entour le col et si grand foison que elles lui avenoient jusqu'au nez* ».
« Le faux serment est pour nous celui que l'on prête sur une allégation fausse. Ici, l'écolier est mis au pilori pour avoir promis par serment une chose, ainsi que nous l'avons vu précédemment, et pour avoir manqué à sa promesse solennelle, pour avoir « faussé » son serment. Le serment préventif n'est guère de mode aujourd'hui et n'a plus de sanction ; mais cela ne prouve en aucune façon qu'il n'en fût pas différemment au Moyen-Age. Toujours
1. « Pourquoi un seul mot sur trois est-il en toutes lettres et encadré par deux points bien visibles? C'est évidemment à cause de l'extrême exiguïté de l'écriteau. On remarquera, du reste, que c'est le plus essentiel pour le sens. »