‹ Annales archéologiquesChapitre 47 sur 184 · SAINTE GENEVIÈVE ET L'ÉGLISE DE NANTERRE · texte numérisé non relu

SAINTE GENEVIÈVE ET L'ÉGLISE DE NANTERRE

« Monsieur le directeur,

« M. Anthyme Saint-Paul, membre de la « Société française d'archéologie »>, a commencé, dans le « Bulletin monumental » , une série d'articles sur le style des églises des environs de Paris. Cette entreprise est excellente et d'autant plus digne d'éloges, que, comme il le dit lui-même, les églises rurales qui enveloppent la capitale semblent généralement peu connues : on s'en occupe à peine , elles font peu de bruit dans les recueils spéciaux et on est tenté de se demander pourquoi.

(( Et moi aussi, pendant les mois que je passe à Paris tous les ans, je fais quelques promenades dans les environs, visitant les églises au point de vue de l'archéologue et du chrétien , quand elles ne m'éloignent point trop de chez moi : c'est au sujet d'un pèlerinage que j'ai fait à l'une d'elles, en 1868, à l'église de Nanterre, que je vous demande la permission de vous adresser mes impressions. Mes observations seront d'une autre nature que celles de M. Anthyme Saint-Paul; mais elles auront leur point de vue et leur à-propos, puisque l'église de Nanterre est l'objet d'une analyse de la part de mon savant collègue de la « Société française d'archéologie ».

tt l'ai trouvé l'église de Nanterre ce qu'elle est en définitive, un vieil édifice du Moyen-Age, en bon état quant à sa conservation apparente, et aussi bien entretenu que possible; du reste composé de parties de diverses époques. Cela dit, je dois ajouter que mes regards ont été tristement saisis en voyant un aussi pauvre édifice à Nanterre , au berceau même de l'illustre Geneviève, de la grande patronne de Paris, de celle dont la naissance se confond avec la fondation de la monarchie française , de la vierge qui fut à toutes les époques la sauvegarde des Parisiens ; pour qui la plus profonde vénération fut professée pendant de longs siècles par tous les ordres

de l'Etat et dont le culte vivra dans les habitudes pieuses des Parisiens, tant que leur cité verra une pierre debout et quelques habitants réunis.

« Dans cette église de Nanterre, pas un monument de quelque valeur rappelant les gloires du lieu : pas une statue, pas une peinture des temps anciens. Je ne saurais, du reste, retrouver dans mes souvenirs si je n'y aurais point vu quelque représentation plus ou moins moderne de sainte Geneviève, nous donnant cette vierge, non comme on la figurait au xiii* siècle, voilée et un cierge à la main, mais bien sous les traits d'une bergère filant sa quenouille et quelques moutons à ses pieds. Disons ici que cette tradition, qui se perpétue sans pitié à notre époque, est impossible à retrouver dans les temps les plus rapprochés de la sainte, et que c'est, paraît-il, dans un poëme écrit en 1512 que le caractère de bergère est donné à la patronne de Paris pour la première fois.

« Il faut convenir que les manifestations extérieures du culte de sainte Geneviève ne sont pas toujours heureuses au siècle où nous vivons. A la vérité, Saint-Étienne-du-Mont, cette noble église, possède une chapelle décorée avec goût, d'après les dessins, je crois, du R. P. Arthur Martin, de regrettable mémoire : cette chapelle, dont la restauration est due à M. l'abbé de Borie, alors curé de Saint-Étienne , et aujourd'hui de Saint-Philippe-du- Roule, renferme le cercueil de pierre qui reçut le corps de la sainte jusqu'au jour où il en fut retiré pour être déposé dans la châsse d'argent que la fureur de 93 a fait disparaître. Mais que dire de la basilique de Sainte-Geneviève, de ce temple si froid et si nu, victime de tant de vicissitudes et condamné encore aujourd'hui à étaler sur sa façade ce fronton qui aurait dû depuis longtemps disparaître avec le nom de Panthéon dont on avait affublé l'édifice de Soufllot?

« Quoi qu'il en soit, revenant à mon point de départ, je me demande comment il se fait qu'à la porte de Paris, Nanterre ne possède pas, sur le sol qui vit naître sainte Geneviève, une église, une chapelle, un monument qui rappelle d'une manière convenable ces grands et vénérables souvenirs. Je me demande s'il ne serait point possible d'arriver en assez peu d'années avec le sou des Parisiens, avec ce sou semblable à celui de la « Propagation de la foi », à construire au moins un édicule en style gothique ou roman pour consacrer la mémoire de tous les faits qui se rattachent au nom de l'illustre Geneviève.

« J'ai pensé, monsieur le directeur, que vous consentiriez à publier ma lettre dans vos « Annales archéologiques », et je me suis dit que l'ordre de pensées qu'elle développe n'aurait point paru inopportun à votre oncle,

MËLÂN6ES.

i'éminent fondateur de ce recueil, dont je m'applaudirai toujours d'avoir écouté les leçons et avidement étudié les doctrines. . (c Je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les plus affectueux et les plus distingués. »

Page 1