‹ Annales archéologiquesChapitre 55 sur 184 · Hozzoni, p. 79, fig. B · texte numérisé non relu

Hozzoni, p. 79, fig. B

2. Nous rappelons ici la formule du titre de la croix donnée par les quatre Évangélistes : saint Mathieu, « Hic est Jésus rex Judœorum » (XXVIÏ, 37) ; saint Marc, « Rex Judœorum » (XV,26) ; saint Luc, a Hic est rex Judœorum » (XXIII, 38) ; saint Jean, « Jésus Nazarenus rex Judœorum » (XÎX, 49); saint Jean seul a donné la forme rigoureusement exacte, conformément à la portion du titre encore conservée à Rome, à Sainte-Groix-de-Jérusalem. (Voir les « Annales », t. xxiv.)

au-dessus de la lêle du Christ, bien réellement à la place du titre et au sommet de la croix, sur une couverture d'évangéliaire publiée par Giulini, et à une assez grande distance du soleil et de la lune, on ne peut refuser quelque vraisemblance à l'interprétation de M. Tabbé Martigny, appliquant principalement ces sigles à Notre-Seigneur, pour dire qu'il est la vraie lumière*, comparativement à celle des astres qui s'obscurcirent au moment de sa mort.

Nous ferons remarquer que dans les crucifix primitifs on a mis une véritable persistance à terminer la tablette, servant de titre à la croix, par deux appendices en queue d'aronde : on les observe sur la croix et sur Tun des reliquaires de Monza, sur notre croix-reliquaire du musée du Vatican, dans la mosaïque de Jean VII, la peinture du cimetière de Saint-Jules, comme dans la miniature de Charles-le-Chauve. Nous ne pouvons dire, toutefois, si on y attachait une signification ou si les artistes ne faisaient que suivre en cela une routine aveugle.

De l'importance accordée au titre et de sa transformation est née la croix à double traverse, dite croix du Saint-Sépulcre, croix de Lorraine, croix archiépiscopale, mais nous ne faisons encore que la mentionner, n'en connaissant pas d'exemple qui ne soit postérieur au ix* siècle, auquel se termine pour nous la période d'origine.

Couronnes. — On peut admettre comme vraisemblable, selon Topinion de Gretzer, que Notre-Seigneur conserva sur la croix la couronne d'épines, ou plutôt que cette couronne ayant été momentanément enlevée de sa tête pendant les apprêts du supplice, elle y fut replacée quand il eut pris pleine possession de l'instrument du salut. Les intentions dérisoires de ses bourreaux, d'accord avec l'inscription qui faisait consister dans sa royauté le motif de sa condamnation, s'accordaient surtout avec les intentions divines, et, vraiment roi dans les souffrances et la mort même, il était dans l'ordre de sa situation qu'il portât des attributs capables de le faire souffrir, et cependant de nature à proclamer la réalité de son titre souverain.

Les chrétiens primitifs, néanmoins, et encore après ceux des hautes époques, dans la disposition où ils étaient de dissimuler tout ce qui pouvait, dans le sacrifice du Calvaire, avoir conservé une signification de douleur et

4. Martigny, a Dict. d'ant. chrét j», p. 493. — Burgati, a Memorie di S Gelso », p. 244, fig- 1* — Giulini, a Memorie di Milano », p. 440, III. (Cette couverture d'évangéliaire nous semble sentir le xi« siècle.) — Borgia, « De cruce vaticana », p. 433. — Lady Eastlake, « History of our lord », t. II, p. 328.

d'ignominie, ne pouvaient se résoudre à le représenter selon sa cruelle réalité*. Sur le sarcophage publié dans les « Annales archéologiques * »>, la couronne dont les soldats ceignent la tête du Fils de Dieu est une couronne de fleurs : ils le font avec respect et il la reçoit avec dignité. Il semble y avoir une certaine corrélation entre cette couronne ainsi transformée et l'autre couronne tout à fait triomphale qui, au centre du même monument et des monuments analogues, surmonte la croix et renferme le monogramme sacré. Ailleurs, la main divine suspend elle-même une couronne sur la tête du Sauveur; le crucifix de Lothaire et la miniature de Charles-le-Chauve en offrent des exemples.

A l'époque des premiers crucifix, le nimbe crucifère était en plein usage, et le plus souvent il leur a été attribué, tel sur la croix de Monza et sur la croix-reliquaire du Vatican. 11 arrive aussi qu'on se contente du nimbe simple, comme sur les reliquaires de Monza. Sur le crucifix de Lothaire, le nimbe manque comme s'il eut été une redondance avec la couronne suspendue. On observe cependant la réunion de ces deux insignes dans la miniature de Charles-le-Chauve, ce qui exclut à cet égard l'existence d'une règle invariable. Le nimbe, couronne de lumière, insigne de la sainteté, la couronne de fleur ou de feuillage, insigne de victoire, la couronne d'or gemmée, rayonnante ou à fleurons, insigne de la royauté, peuvent parfaitement être réunies sur la même tête; mais, dans l'antiquité chrétienne, il y a bien plus de tendances à confondre leurs significations, et l'on réunit peu les deux premières. Quant à la troisième, nous ne l'avons pas vue encore employée ; le « Santo Volto » de Lucques, le crucifix de Sirolo la portent ; toutefois nous croyons qu'elle leur a été ajoutée postérieurement.

Sur la croix de sir R. Curzon, la couronne royale s'associe à la longue robe ', à la pose la plus archaïque, au nimbe crucifère, comme partie intégrante du monument; mais il s'agit d'un monument qui, fait sous l'inspiration des crucifix primitifs, ne paraît pas être d'époque primitive luimême.

Position des pieds. — En règle générale, tous les crucifix des temps les plus anciens ont les pieds séparés, et, par conséquent, ils sont attachés à la

4. La gravure de Mozzoni, cependant, (p. 79 fig. 6} reproduite de celle de Frisi « Memorie délia chiesa Monzese •, Milano, 1774, in 4^ indique la présence de la couronne d'épines sur la tète du Christ de Tun des reliquaires de Monza. Cette exception nous inspire des doutes sur la parfaite exactitude de la gravure.

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