VIRGINITAS
Î5 et 29. Deux prophètes avec des rouleaux sans inscriptions. Le premier est sans aucune attribution ; le second, coiffé d'un bonnet à rebord festonné, les cheveux flottants au vent, porte la main à sa bouche. Que ce soit David ou un autre prophète, il n'est guère douteux qu'il ne faille y voir l'expression de ce verset du psaume XXXVIII, « ori meo posui custodiam », très-applicable à coup sur à la Tempérance.
Au-dessus des vertus, les huit faces des pilastres entre les colonnes torses sont occupées chacune par un ange en buste : nous les désignerons par les numéros correspondants des vertus.
Aux N°* 10, 12, 18, 20 sont des anges adorateurs tournés vers la Madone; ils n'ont rien de particulier que le bandeau triangulaire au front qu'Orcagna donne à tous ses anges : c'est une tradition grecque que l'on retrouve dans les peintures de Cimabuë, de Giotto et dans presque toutes les anciennes peintures de l'Italie. Aux n**" 26 et 28, sur la face postérieure du Tabernacle, sont deux anges de face, vêtus de cuirasses, portant un bouclier de la main gauche et, de la droite, une masse d'armes cannelée : ils pourraient faire partie du chœur des Puissances, mais aux n''* 2 et 4 de la même face, deux anges vêtus de robes portent chacun une corne d'abondance et une gerbe d'épis. Or ces derniers attributs ne pouvant s'appliquer à aucun des neuf chœurs des anges, que faut-il voir dans ces quatre dernières figures? Une personnification de la guerre et de la paix. Nous laissons la supposition pour ce qu'elle vaut.
Nous voici arrivés aux douze apôtres qui, par groupes de trois, couronnent chacun des quatre piliers du Tabernacle. Notre embarras est grand pour les désigner, quoique cela paraisse facile au premier aspect. A la vérité aucun n'a d'attribut, ce qui n'est pas étonnant en 1359, mais chacun d'eux tient un livre ou un volumen déroulé sur lequel est écrit l'article du symbole dont il est l'auteur ; cela suffirait parfaitement si l'on était certain de l'apôtre auquel est donné l'article, malheureusement il n'en est pas ainsi.
Guillaume Durand, le plus connu, mais non le seul des liturgistes de la fm du xiii'' siècle qui ait traité cette question , nous dit qu*il était de tradition dans TEglise qu'avant de se séparer, chaque apôtre avait apporté son article à un symbole commun. Il fait Ténumération des douze apôtres avec l'attribution à chacun d'eux de l'article dont on le croyait l'auteur. En eflet, une foule de monuments peints et sculptés, du xiii'' au xvi' siècle, consacrent cette tradition, et l'Iconographie chrétienne n'est pas plus muette que les textes. Douze apôtres, douze articles : voilà la règle. Mais dans l'application de cette règle, l'ordre est loin d'être constant. La nomenclature du Canon de la Messe qui aurait dû faire loi, ne la fait pas du tout, ni pour les artistes ni pour l'évêque de Mende *. Saint Pierre est toujours le premier avec le ce credo in unum Deum », saint Mathias toujours le dernier avec le « vitam seternam ». André, Jacques et Jean, qui suivent saint Pierre, sont ordinairement bien placés, quand on n'introduit pas saint Paul, ce qui arrive quelquefois. Thaddée, l'avant-dernier, chez les Latins du moins, a sa place à peu près juste. Pour les six autres c'est un vrai désordre, on dirait que l'inattention ou la dévotion particulière ont présidé au classement.
Il nous est donc impossible de prendre les articles du Symbole comme des attributs certains pour chacun de nos apôtres. A défaut des attributs matériels qu'on a commencé à employer au xiv"" siècle, mais qui nous manquent, à défaut de noms inscrits sous les figures, quelle n'est pas notre incertitude ! Cette incertitude augmente à l'inspection de la place qu'occupent nos statues: elles sont sans ordre, et l'on ne peut, en les comparant à la suite si logique des bas-reliefs de l'étage inférieur, s'empêcher de croire qu'Orcagna, employé à d'autres travaux importants, son œuvre finie pour ce qui était de l'exécution des statues, a confié la pose des dernières assises à quelque élève inattentif ou inintelligent. Cela n'est pas arrivé à l'étage inférieur parce qu'il était nécessairement présent aux premières assises de son œuvre, et parce que la disposition des sujets rendait presque impossible un déplacement. Nous pensons donc que les statues des apôtres, terminées dans l'atelier sans aucune
4 . Probablement Guillaume Durand a donné sa liste, qui n^est pas celle du Canon de la Messe, d*après quelques monuments qu'il avait sous les yeux. Souvent ce grand législateur nous parait un copiste. Parmi les monuments nous en trouvons, le Baptistère de Sienne entre autres, qui suivent exactement le Canon; mais d'autres, tel que le Baptistère de Parme, à la vérité peint par des Grecs, en sont bien loin : ils bouleversent complètement Tordre, y introduisant même des évangélistes, Biarc et Luc, qui n'ont pas été apôtres, et très-souvent saint Paul qui, quoique apôtre, ne fait point partie des douze. Y a-t-il plus d'ordre en Italie qu'en France ou en Allemagne? La question mériterait un travail spécial. Dans lous les cas, nous regrettons vivement qu'Or-san-Michele, si bien raisonné pour tout le reste, ne nous apporte à ce sujet aucune lumière.
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comme la Tempérance aux choses les plus difficiles, c'est-à-dire aux passions et concupiscences, mais à ce qui est moins difficile; en tout et en tous elle est requise : « Modestia vestra nota sit omnibus», dit saint Paul*. Quand il est question de choses violentes, cette vertu n'est point applicable ; ainsi, d'un vin fort et violent, on dit seulement qu'il a besoin d'être tempéré.
On distingue encore la Studiosité qui appartient à la Modestie. Cette vertu règle l'amour désordonné de l'étude, quand cet amour a son principe dans l'orgueil : « Scientiainflat ». L'appétit des connaissances n'a pas toujours le bien pour objet; par exemple, quand il assouvit l'orgueil, ou quand l'étude a un but illicite , ou quand on abandonne une étude nécessaire pour en suivre une moins utile et qui n'a pas Dieu pour fin dernière.
L'Humilité est une vertu qui affermit l'esprit et l'empêche de s'élever d'une manière déréglée. Celte vertu, que les païens ne connaissaient pas et que Cicéron nomme « Modestia», est l'opposé de l'Orgueil et renferme la Modestie dont nous venons de parler ; mais cette dernière ne règle que les actes extérieurs, tandis que l'Humilité règle tous les actes de l'esprit. Elle suppose un louable abaissement, mais tout intérieur, et en évite les signes extérieurs. La Magnanimité qui, de même que la Magnificence dont on a parlé à l'article de la Force, est l'excitation aux grandes choses, est très -compatible avec l'Humilité; elle l'implique même, car une double vertu nous est nécessaire pour régler l'appétit du bien, difficile à atteindre : l'une qui réprime la tendance déréglée de l'esprit, c'est l'Humilité ; l'autre qui l'affermisse contre le découragement et l'excite aux grandes choses en proportionnant les moyens au but, c'est la Magnanimité, de « magnus animus ». Toutes deux relèvent de la Tempérance et ont le même objet, quoiqu'elles diffèrent dans le mode.
Le propre de l'Humilité est de se bien connaître et de ne pas s'élever au-dessus de soi; de plus, dans les choses extérieures, d'apprécier ses avantages à leur juste valeur et de ne s'en point exalter. Par l'Humilité, nous nous soumettons d'abord à Dieu, puis aux hommes à cause de Dieu et des dons qu'il a mis en eux.
L'Humilité détruit dans l'homme le principal obstacle qui s'oppose à son salut, l'Orgueil, qui est l'estime déréglée que l'on fait de soi-même, ce que nos pères avaient si bien nommé l'outrecuidance. Elle détache aussi des honneurs du monde. C'est donc une très-excellente vertu, inférieure, néanmoins, à celles qui conduisent directement à Dieu, tandis que le vice opposé, l'Orgueil, est le plus grave de tous les péchés et leur source, parce qu'il