‹ Annales archéologiquesChapitre 8 sur 184 · CROIX PRIMITIVES · texte numérisé non relu

CROIX PRIMITIVES

La croix est, par excellence, le signe du Christ et le signe du chrétien. Ce fut de ce signe sacré que saint Jean, dans ses visions de. l'Apocalypse, vit

marquer le front des élus ; l'usage de le former par le mouvement de la main est de tradition apostolique; TÉglise s'en sert et s'en servit, dès l'origine, dans l'accomplissement de tous ses rites, et les premiers chrétiens, dès lors, en usèrent dans toutes les circonstances de la vie \ Ils le formaient, suivant la variété des circonstances, sur leur front, sur leur bouche, sur leur poitrine et sur les objets extérieurs, principalement sur leurs aliments. Il ne faut pas s étonner cependant qu'ils n'aient inscrit la croix qu'avec infiniment de réserve sur les monuments figurés, car il y a une grande différence entre un geste fugitif qu'on ne fait ouvertement qu'à propos, et un signe à demeure livré sans interprétation aux regards de tous ceux qui, le voyant, auraient pu l'entendre dans le sens odieux ou dérisoire que les païens lui attribuaient par rapport aux chrétiens. Il est donc rare de trouver la croix, mémo lorsqu'elle est réduite à un simple signe, représentée sans dissimulation de formes avant Constantin; mais tout entre-croisement de lignes devait d'autant mieux suffire pour la rappeler aux chrétiens, que telle était la manière dont ils la formaient usuellement par le mouvement de la main. Celui que nous faisons aujourd'hui dans le même but en la portant successivement de la tète à la poitrine, puis aux deux épaules, n'ayant été probablement usité que plus tard, une ancre et sa traverse*, et surtout la lettre X, remplissaient parfaitement le but qu'on se proposait. Si l'ancre avait l'avantage d'associer ensemble la foi et l'espérance du chrétien, le X avait celui d'être en même temps la première lettre du nom du Christ dans la langue grecque, et on l'accouplait volontiers avec un I pour signifier les deux noms réunis de Jésus-Christ '. On représentait encore souvent la croix sous la forme que nous donnons, fig. 2 de notre planche.

La conversion de Constantin eut pour effet, non-seulement de lever les entraves qui pesaient sur le christianisme; mais encore, par les circonstances de la vision miraculeuse qui la provoqua, elle était faite pour mettre la croix particulièrement en honneur, a In hoc signo vinces. » Voilà donc la croix tirée de son ignominie aux yeux du monde et proclamée publiquement un signe de victoire. Constantin voulut que l'image en fût substituée à celle de l'aigle en tète de ses armées. Cependant, soit habitude, soit crainte de présenter cet emblème sacré sous la figure trop directe du gibet, qui servait encore au supplice des esclaves, la croix doublement représentée sur le labarum par l'entre-

4. De Rossi, « de Tiluiis Carthaginiensibus. » Spicil. Solemn. t. IV. — Martigny, « Dictionnaire des antiquités chrétiennes i, p. 188.

2. Voir fig. 4 de notre planche représentant plusieurs exemples de croix. L'ancre que nou» donnons est tirée de la uRoma solterranea» de M. de Rossi, t. II, pi. xlvii, fig. 23.

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