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u et soixante-quatre perles; et au dessoubz de la Noslre-Dame a sainct « Georges d'un coslé et sainte Elisabeth d'autre; et au costé dextre, le Roy «( et de l'autre costé la Reyne vestus de leurs arnnes, et ont chacun une cou- « ronne en la teste garnie de perles et petites esmeraudes ; et a deux angeloz, « c'est assavoir celui du costé dextre qui présente l'escu du roy et celui du « costé sénestre l'escu de la reine; et ou nnilieu a un reliquaire que deux « angeloz tiennent garny de quatre ballaiz et huit perles, et sont les choses u dessus d. tout or et sicnt sur un entablement d'argent doré garny de fleurs « de lys tout autour enlevées (en relief) et est porté de six tigres qui ont en (( leurs cols coliers de la devise du Roy; et poise la dite image d'or et tout le « d. entablement cinquante-trois marcz et quatre onces. »
Ainsi les sculptures en or émaillé se faisaient encore usuellement dans les premières années du xv* siècle. Charles VI a constamment habité Paris; aucune autre ville n'avait une réputation égale à celle de la capitale pour les travaux d'orfèvrerie artistique et il n'est pas à croire, comme je le répète, que le roi, au milieu des agitations où il a vécu, ait fait exécuter ailleurs que sous ses yeux des pièces qui exigeaient une quantité d'or et d'argent considérable. Plusieurs des orfèvres de Charles V devaient exister encore au commencement du xv^ siècle; Hannequin Duvivier, qui avait fait les belles pièces d'orfèvrerie offertes par ce prince à l'empereur Charles IV lorsqu'il vint à Paris en 1378, était devenu orfèvre et valet de chambre de Charles VI; il Tétait encore en 1386 et 1387 (Compte de Brunel, trésorier et argentier du roy, du l*' janvier 1386 au 30 juin 1387. Archives de l'empire, KK 18, ¥' 55), et plus tard, peut-être. En IftOl, époque très-rapprochée de celle où fut fait le Rôssel d'or, Herman Roussel avait aussi le titre d'orfèvre et valet de chambre du roi (Comptes des receveurs du duc d'Orléans, publiés par M. de Laborde, <( les Ducs de Bourgogne », t. III, p. 176 et 198). Jean Mainfroy, de Paris, était dans les premières années du xV" siècle orfèvre et valet de chambre du duc de Bourgogne (Comptes des receveurs des finances du duc, publiés par M. de Laborde, « les Ducs de Bourgogne », t. P% p. 18, 39 et passim). Enfin, Hance Croist, également orfèvre à Paris, était en 1404 orfèvre et valet de chambre du duc d'Orléans, frère du roi (Comptes des finances du duc d'Orléans, publiés par M. de Laborde, « les Ducs de Bourgogne », tome III, pages 77, 158 et 215).
Il ne peut être douteux que ce ne soit à leur habileté et à la supériorité de leur talent que les orfèvres que je viens de nommer ont dû la clientèle du roi et des princes français et leur titre à la cour; on peut donc supposer avec quelque raison que c'est à l'un d'eux que l'on doit la belle pièce d'orfèvrerie d'Altœtting.
r,E RÔSSEL D'OR D'ALTŒTTING.
Le Louvre conserve dans le musée des Souverains une belle pièce de la fin du XIV* siècle ou du commencement du xv* (n° 78 du Catalogue) bien moins importante que le Rôssel d'or, mais qui est traitée de la même façon. C'est un reliquaire d'argent doré de 0'"/i.5 de hauteur, enrichi de rubis, de saphirs et de perles orientales. Il offre l'aspect d'une sorte de portique décoré de niches qui renferment dix figurines d'or émaillées de blanc, de rouge et de vert. Henri III, qui possédait ce bijou, en avait fait don à la chapelle de l'ordre du Saint-Esprit. J'en ai publié une reproduction en chromolithographie, d'après une photographie, dans l'Album de mon « Histoire des Arts industriels au « Moyen-Age et à l'époque de la Renaissance ».
La dernière question qui resterait à examiner serait celle de savoir dans quelles circonstances le Rôssel d'or a été transporté en Bavière. M. le docteur Sighart et M. le baron d'Arétin sont d'accord sur ce point que c'est le duc Louis, frère de la reine Isabeau, qui l'aurait rapporté de France avec d'autres bijoux d'une grande valeur. M. d'Arétin ajoute que la reine, ayant contracté envers son frère une dette considérable, s'était décidée, pour s'acquitter, à lui donner en payement plusieurs objets précieux de la couronne de France. On ajoute qu'il existe dans les archives de la Bavière une lettre écrite par le roi Charles VI à son beau-frère Louis, par laquelle il reconnaît lui devoir une somme de 12,000 florins d'or. Les archéologues allemands auraient bien dû fournir la copie de cette curieuse lettre. Au surplus, la signature du pauvre roi aliéné ne prouverait pas encore la légitimité de la dette, car la reine pouvait bien lui faire signer tout ce qu'elle voulait durant les longs jours où la raison l'abandonnait. Pour moi, et jusqu'à plus ample informé, je crois que le duc de Bavière s'est payé par ses mains et sans contrôle. Voici, en effet, ce que l'histoire nous apprend de l'intervention du duc de Bavière dans les malheureuses affaires de France au commencement du x\* siècle. Il était auprès de la reine, sa sœur, lorsqu'on 1405, Isabeau et le duc d'Orléans, qui, par leurs désordres, avaient soulevé l'indignation universelle, se crurent obligés de quitter Paris pour se retirer précipitamment à Melun. La reine avait chargé son frère de lui amener le dauphin Louis, enfant de neuf ans, avec ses frères et les enfants du duc de Bourgogne dont elle voulait se faire des otages. Mais le duc, qui marchait sur Paris avec huit cents lances, ayant appris, en arrivant à Louvres, le départ des jeunes princes, s'élança en avant, suivi des mieux montés de ses cavaliers, et, ayant rejoint le duc de Bavière à Juvisi, il le contraignit de lâcher sa proie, ramena le dauphin au Louvre et s'y installa lui-même auprès du roi. Après la réconciliation du duc de Bourgogne avec la reine et le duc d'Orléans (octobre 1405), Louis de Bavière
A^NALES AHCHÉOLOGIQUES.
resta auprès de sa sœur. Huit ans après, le 20 mai 1413, lorsque les Cabochiens, dirigés par le chirurgien Jean de Troies, étaient maîtres de Paris, il fut arrêté et enfermé dans la grosse tour du Louvre. Les excès des bouchers amenèrent bientôt une réaction, et la bourgeoisie, suivie de la masse de la population, contraignit le duc de Bourgogne, allié des Cabochiens, de faire la paix avec les princes d'Orléans. Le ft août, les Cabochiens furent forcés de se disperser et 1e dauphin, duc de Guyenne, alla tirer de la grosse tour du Louvre son oncle de Bavière et son cousin le duc de Bar. 11 donna au premier le commandement de la Bastille-Saint-Antoine et au second celui du Louvre.
On comprend l'irritation que le duc Louis dut ressentir de son emprisonnement et le désir qu'il éprouva de quitter un pays aussi agité que la France, mais il ne négligea pas de s'indemniser de ce qu'il y avait souffert. A l'abri d'un coup de main derrière les remparts de la Bastille, dont il était gouverneur, il a pu, qu'il fût ou non créancier du roi, amasser là, à l'aide de la reine, sa sœur, les plus précieux bijoux de la couronne de France, jusqu'au moment où les circonstances lui permettraient de partir pour la Bavière. Le docteur Sighart avoue qu'effrayé des soulèvements populaires de i&i3, il se hâta de revenir en Allemagne en emportant quantité de chefs-d'œuvre de l'art français. Ce fait avéré justifie les mauvais bruits qui couraient alors sur Isabeau, qu'on accusait d'envoyer en Bavière des mulets chargés d'or.
Jules LABARTE.
ICONOGRAPHIE