a Revue de l'Art chrétien
3. Sur la croix de Monza, on lit : lAE G TG COV, lAOV H MP ÇOV ; sur la croix que nous publions
On ne peut aller trop loin en disant que la présence des deux saints assistants à la croix signifie tout ce que Ton peut tirer de la méditation de ces paroles : Marie donnée pour mère au chrétien, à tous les chrétiens, Marie acceptant cette mission, naissance nouvelle, adoption, naissance de l'Église.
Avec de semblables pensées dans leur force primitive, il n'y avait que peu de place pour l'expression de la douleur; sur la croix et les reliquaires de Monza, dans la peinture du cimetière de Saint-Jules, sur l'encolpium émaillé du musée du Vatican, la Sainte-Vierge et saint Jean lèvent les mains pour accepter ou pour proclamer; sur la croix de Velletri ils ne témoignent tout au moins d'aucun sentiment contraire. Quelques autres monuments attribuent à saint Jean, mais à saint Jean seul, le geste de la douleur qui consiste dans l'application de la main contre la joue; l'encolpium en cuivre repoussé du musée du Vatican, publié dans la livraison précédente des « Annales archéologiques», paraît en offrir un exemple, le diptyque de Rambona ne laisse aucune incertitude à cet égard ; mais, en môme temps, malgré la grossièreté du travail, il n'est aucun autre monument qui ait plus résolument rendu le geste et l'attitude de la Sainte-Vierge acceptant son rôle de femme par excellence, et proclamant l'œuvre accomplie par son divin Fils. La nature gémit, représentée par le soleil et la lune; le disciple gémit, la noble femme a maîtrisé sa douleur : on peut dire maîtrisé, car sa main gauche semble s'être approchée de sa joue pour dire que chez elle aussi la nature aurait réclamé ses droits, si elle ne l'avait vaincue. Le nom de femme : MVLIER EN «Femme, voilà! » qui lui est donné dans l'inscription comme celui de disciple donné à saint Jean, DISSIPVLE ECCE « Disciple, voilà! » n'ont point été écrits sans intention, probablement, par le moine dont la main malhabile s'exerçait, on le voit, au service d'une grande âme. Voilà la nouvelle Eve qui enfante, voilà le disciple, le nouvel homme qui est formé, il tient le livre de la loi nouvelle; nul enfantement plus laborieux, mais il n'en est pas de plus
et celle de Borgia : lAE VC COV, lAOV H MHTHR COV, c'est-à-dire également l^t o uoi; oau, î^ou ti (4.Trnip oou. Sur Fun des reliquaires de Monza, on lit en tête ces paroles aussi écrites en grec : « Mon père, je remets mon âme entre vos mains » ; puis au-dessous, à droite, H MITHP CV, « Votre mère », et, à droite, VOVC, caractères qui paraissent avoir été défigurés et transposés pour dire : p uio; aou n Votre fils ». Sur l'autre reliquaire on lit, à droite : ^E VOVC COV, et à gauche UOV HBIHTH COV. C'est-à-dire que sur le premier de ces petits monuments l'inscription placée près de chacun des personnages, « Votre mère » près de la Sainte- Vierge, « Votre fils » près de saint Jean, sert à les désigner, tandis que généralement les inscriptions plus complètes sont placées du côté de ceux auxquels les paroles sont adressées : « Voici votre fils » près de la Sainte-Vierge, « Voici votre mère » près de saint Jean.
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glorieux et de plus fécond... Du pied de la croix, en effet, germent les feuiWes abondantes d'un jeune palmier, et la louve, allaitant les deux jumeaux de ses puissantes mamelles, est là pour dire que Rome et le monde soumis à son empire vont être chrétiens.
Quand Tespace le comporte, la Sainte-Vierge et saint Jean ont leur place naturellement marquée sous les branches de la croix; l'espace s'étend-il portionnellement, ils peuvent être écartés davantage pour faire place, nous le dirons, à d'autres personnages ; mais s'agit-il de décorer isolémen t croix, alors il n'est pas d'autre place propre à les recevoir que Textréraî ses bras, et c'est bien là, en effet, qu'on les voit apparaître, soit en j>î^ci, comme sur la croix de Monza et les croix en cuivre repoussé du musée c^Ini^é^ tien au Vatican, et de Saint-Alexis d'après Borgia, ou en buste, renfe dans des médaillons, comme sur les croix émaillées de Velletri et du musée du Vatican, et encore sur celle en cuivre repoussé de Veroli.
En réalité, la Sainte- Vierge et saint Jean n*étaient pas les seuls de la de Notre-Seigneur au pied de la croix, les saintes femmes s'y trouvaient eux. Il n'y a cependant, parmi nos Crucifiements primitifs, que la minî du manuscrit syriaque où elles soient représentées. Le caractère histo imprimé exceptionnellement à la composition par cette circonstance ^^ d'autant plus marqué que plusieurs de ces saintes femmes font le S^^ de la douleur, tandis que la Sainte- Vierge, bien reconnaissable au oî^^ qu'elle porte seule avec son divin Fils, n'exprime aucun sentiment bien o^-*"^ térisé.
Il est dans l'ordre, d'ailleurs, que cette composition soit ainsi conçue sant partie d'une série de miniatures qui comprend d'autres compositiori toriques .
La composition de la mosaïque de Jean VII se trouvait, il est vrai, même cas; néanmoins elle n'a pas reçu autant de développement, observation amène à maturité une pensée qui, insensiblement, avait ger pris racine en nous. L'esprit de l'art chrétien alors n'excluait aucun dé^^^ ^ ^,
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pement pris dans les faits historiques pour quelque composition que mais il se contentait plus volontiers des circonstances propres à les concS fortement selon la signification qu'il leur accordait.
L'Homme et la Femme. — Dans une autre publication* nous avons émis la pensée qu'en saint Jean au pied de la croix, on avait voulu repr ter une forme du nouvel Adam, mis en regard de la nouvelle Eve.
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4. « Revue de l'Art chrétien », 1866 a Étude sur une croix pastorale du musée du Vatî^>^
« Le nouvel Adam, » disions-nous, « c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ « lui-môme; mais ce qu'il est d'une manière absolue, le chrétien le devient à « titre de participation et nul doute que saint Jean accosté à la croix ne soit le « type en général du chrétien fidèle. »
Sur quatre des fioles de Monza on observe soit au pied de la croix, soit aux pieds de Notre-Seigneur lui-même étendant les bras en croix, deux petites figures, un homme et une femme agenouillés. Ces deux figures ont la plus grande analogie avec celles que l'on rencontre également sur un certain nombre de sarcophages aux pieds du Sauveur, au moment où il fait à saint Pierre le don du volume déployé. Nous avons précédemment considéré qu'elles représentaient comme un abrégé du peuple fidèle recueillant aux pieds du Sauveur les fruits de la Rédemption \ pensée qui n'exclut pas absolument l'opinion émise par quelques interprètes de ces anciens monuments, lorsqu'ils ont proposé d'y voir l'effigie des personnes à l'ensevelissement desquelles ils avaient été destinés; il n'est pas de chrétien pour lequel et la place et le rôle ne puissent, en efiet, paraître très-convenables. Mais si on avait voulu restreindre l'objet de ces figures à une signification tout individuelle, on devrait reconnaître son erreur en les retrouvant dans des conditions qui ne peuvent plus s'y prêter.
On est fondé au contraire, assez sérieusement, à y voir le premier homme et la première femme obtenant leur grâce et, par extension, l'homme et la femme devenus chrétiens, l'humanité régénérée, les considérant alors comme la première forme donnée dans la langue de l'art à la pensée qui a fait ensuite représenter au pied de la croix, soit la tête de mort rappelant timidement le nom de Calvaire, soit Adam y reprenant décidément la vie, figures qu'on ne rencontre pas parmi les accessoires des plus anciens crucifix, soit d'une manière plus générale la résurrection des morts. Nous le disons, il est bien entendu, en embrassant ces différentes idées sous un point de vue assez large pour rencontrer ce qu'elles ont de commun.
On peut de même, sans se contredire, présenter successivement la Sainte- Vierge et saint Jean comme rappelant, à certains égards, des pensées corrélatives au premier homme et à la première femme et admettre au pied de la croix une représentation plus directe d'Adam et Eve. Ces deux couples de figures pourraient s'associer comme deux membres de phrase concourant à l'éclaircissement d'une même idée : les fruits du divin sacrifice réalisés dans l'homme nouveau, c'est-à-dire dans le chrétien.
4. « Revue de Tart chrétien », 1857. a Le Christ triomphant et le don de Dieu. » xxvi. 30
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Evidemment, d'ailleurs, toutes les idées qui peuvent s'attacher à ces représentations et qui, effectivement, sont entrées dans Tintention de leurs auteurs, ne se sont pas fixées toutes à la fois dans l'esprit du même artiste. Il faut tenir compte du va-et-vient de la pensée, mais il faut aussi saisir ce qui en fait le fond dans une période donnée, pour avoir le sens des évolutions dont elle est Tobjet. Si cette observation est utile lorsqu'il s'agit des corrélations qui peuvent exister entre Eve et Marie, nous verrons qu'elles sont d'une application bien plus nécessaire lorsque nous aurons à faire remarquer les rapports qui se sont établis entre l'image de la Mère de Dieu et la figure de l'Eglise.
Le serpent. — Au souvenir de la chute d'Adam et de sa réparation, tient plus manifestement la figure du serpent que l'on voit aux pieds des croix de Lothaire et de la miniature de Charles-le-Chauve, car c'est bien par la croix que le tentateur, l'antique ennemi, a été définitivement vaincu, CRVX EST VITA MIHI, MORS INIMICE TIBI, « la croix est ma vie, à toi ennemi elle est la mort. »
La victoire qu'il a subie ne sera cependant pas la dernière, Dieu ayant voulu s'en ménager de nouvelles pour lui et les siens tant que durera ce monde, et toujours elles seront obtenues par la croix. Aussi, croyons-nous, avec le P. Cahier, que ce n'est pas sans intention que le serpent placé au bas du crucifix de Lothaire est armé de deux cornes, pour dire qu'il lui reste encore assez de force pour continuer de combattre.
La lutte entre le serpent et la croix est devenue l'un des cycles de l'art chrétien exploité principalement pour l'ornement d'un grand nombre de crosses sculptées ^ Il est de ces monuments où il n'y a de représentés que la croix et le serpent ou le dragon, le dragon n'étant que le serpent avec des attributs d'orgueil et de force; il y en a aussi où l'agneau divin prend lui-même part au combat en élevant la croix comme un étendard, contre lequel l'ennemi déploie sa rage impuissante. Le point de contact entre ces représentations et le crucifix devient alors plus sensible, et nous aurions été autorisé à les faire figurer parmi les monuments où l'association de l'agneau et de la croix prélude à la pleine impatronisation du crucifix, s'il était vrai que la crosse en ivoire conservée dans le monastère de Saint-Grégoire sur le mont Cœlio, à Rome, ait réellement appartenu au grand pape de ce nom. Quoiqu'il en soit de son degré d'antiquité, cette crosse est un spécimen des plus anciens et des plus remarquables du genre: il est propre à éclairer la question qui nous occupe, et les abonnés des «Annales » sauront gré à M. E. Didron d'avoir tiré