Mélanges d'archéologie », t. IV
VAR ED DIDBON A f/.JIia
EN IVQLRE A L EOUEE DE S' DREOOIRE. ROME VI' SIECLE
de ses cartons le dessin qu'il en avait préparé pour le faire graver à leur profit*.
Les deux larrons. — La croix est le signe du salut pour les uns, elle met le sceau à la réprobation des autres; parmi les circonstances du drame accompli sur le Calvaire, il n'en était pas de plus propre à exprimer cette double pensée que le rôle des deux larrons, aussi les a-t-on représentés sur les quatre fioles de Monza à droite et à gauche de la croix et du Sauveur en personne qui la surmonte ou en tient la place, l'un dirigeant ses regards vers lui, l'autre tourné dans le sens contraire avec une aiïectation manifeste.
On les retrouve dans la miniature du manuscrit syriaque, les dispositions du bon larron y sont nettement indiquées par l'inclinaison de la tête, l'attitude du mauvais est celle de l'insensibilité.
Le porte-lance et le porte-épongb. — Les larrons ne se revoient plus dans aucun de nos crucifiements primitifs; on comprend, en eflet, qu'il n'y ait pas de place pour eux sur les crucifix proprement dits, mais ils auraient pu en trouver une sur les reliquaires de Monza et dans la mosaïque de Jean VII, par exemple, où on leur a préféré les figures du porte-lance et du porteéponge qui leur sont associées dans la miniature du manuscrit syriaque. Cette préférence n'est pas purement accidentelle, car elle se maintiendra pendant la période suivante, et les deux larrons ne reprendront dans l'iconographie chrétienne que longtemps après le rôle qui leur a été donné par l'histoire.
Quelle en est la raison? Une facilité d'agencement dans la situation qu'on donnait au porte-lance et au porte-éponge sous les bras de la croix a bien pu y contribuer; mais la persistance du fait ne se concevrait guère s'il n'avait pris racine dans la région des idées ; la présence du porte-lance rappelle le
4. Si cette crosse avait servi à saint Grégoire-le-<jrand, il faudrait que ce fûl avant d'être pape, car il ne paraît pas que les papes se soient jamais servis de crosse, leur bâton épiscopal étant la férule, sorte de croix. Cependant le P. Arthur Martin a fait observer qu'il a (rouvé dans un manuscrit du xiii* siècle, appartenant au duc d'Âremberg, saint Léon et saint Grégoire chacun avec une crosse ( « Mélanges d'arch. »; t. IV, p. 469); mais il n'y voit qu'un effet de l'ignorance de l'enlumineur*. D'un autre côté, on ne concevrait guère que, simple abbé de son monastère, saint Grégoire se fût servi d'un insigne d'autant de prix \
Aucune des crosses publiées par le P. Martin et représentant l'agneau, la croix et le dragon ne parait remonter plus haut que le xi* siècle. Il n'est pas hors de vraisemblance, comme le fait remarquer l'auteur, que sur certaines crosses pastorales la représentation du serpent, procédant de Id verge d'Aaron changée en serpent, ait précédé celle de la lutte entre la croix et le serpent.
* Les papes ae portent-ils pas la crosse dans certaines circonstances, ainsi quand ils consacrent des éydqaes?
^ Notre honorable et savant collaborateur nous permettra de ne pas être de son avis : une crosse en ivoire comme celle que nous publions est la crosse la plus simple et la moins riche qu'on puisse trouver; elle ne peut être comparée, sous ce rapport, aux crosses éouillées et couvertes de pierreries, vraiment épiscopales, que le Moyen-Age nous a léguées en si grand nombre; on peut donc l'accepter pour un simple b&ton abbatial de la famille des « taus ».
(iVofes <U Al. E. Didron.)
ANNALES ARCHl':OLOG10UES.
mystère du côté ouvert, mystère d'amour et de grâce, à l'expression duquel se rattache le calice ; nous n'avons encore vu celui-ci que sous les pieds du Sauveur, mais nous le retrouverons dans les mains de l'Église, pour recueillir le sang même que la lance de Longin vient de faire jaillir. Dans la miniature syriaque, on a eu soin de le représenter au moment même où cette lame pénètre dans le côté du Sauveur; sur l'ivoire de Cividale, elle est prête à l'atteindre.
Quant au porte-éponge, la symétrie et le besoin de donner un pendant au porte-lance a dii être d'un grand poids pour en faire adopter la représentation. Mais, dès qu'elle a été mise en usage, on a dû lui appliquer une signification corrélative; il n'était pas difficile de lui en trouver une : vous abreuvez le Sauveur de vinaigre, il vous donne son sang et une eau vivifiante.
Nous ne sommes pas en mesure d'apprécier la valeur de la tradition d'après laquelle celui qui offrit du vinaigre à Notre-Seigneur ayant été un Juif, les deux soldats auraient reçu une signification analogue à celle de l'Eglise et de la Synagogue, mais les écrivains ecclésiastiques étant à peu près unanimes, selon l'observation du P. Cahier*, à considérer le soldai qui perça le côté de Notre-Seigneur comme représentant les nations qui devaient proclamer sa divinité et accepter les fruits de son sacrifice, tandis qu'il fut abreuvé d'opprobres et méconnu jusqu'au bout par la masse des descendants d'Abraham, il est très-probable que le second soldat ne fut pas aussi habituellement opposé au premier dans la scène du Crucifiement, sans provoquer quelquefois l'idée d'un contraste, que ce contraste soit entré ou non dans Tintention des artistes. Déjà nous avons cru en apercevoir des traces entre les deux soldats placés au-dessous de la croix, sur les sarcophages. Quoique se rapportant directement à des faits différents, ils expriment, en effet, un fond d'idées qui n'est pas sans analogie avec le rôle rempli maintenant par le porte-lance et le porte-éponge.
D'un autre côté, il ne nous paraît nullement que l'intention de soutenir le contraste ait été poursuivi d'une manière constante et absolue. Dans la miniature syriaque on peut remarquer que le porte-lance, désigné par le nom fort connu de l.ongin, sur lequel nous reviendrons, est seul vêtu d'un costume militaire dont le porte-éponge se distingue par une longue robe; mais sur le reliquaire de Monza et l'ivoire de Cividale ces deux personnages sont absolument identiques d'attitude et de costume, et tel est le plus ordinaire, surtout dans les monuments primitifs. Ce qu'il y a de certain, c'est que le premier se présente toujours par lui-même comme offrant une idée positive de bien,