‹ Annales archéologiquesChapitre 92 sur 184 · a Mélanges d'arch. », t. II. p · texte numérisé non relu

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et quand son compagnon y participe, étant considéré aussi comme un soldat converti, il le doit à leur association.

Robe tirée au sort. — Nous n'avons plus à signaler, parmi nos représentations primitives de la scène du Crucifiement, qu'un seul trait emprunté à l'histoire, le partage des vêtements, ou plutôt le tirage au sort de la tunique indivisible : nous croyons, en effet, que c'est uniquement à cette dernière circonstance que doit s'arrêter la pensée, quand on examine soit la miniature du manuscrit syriaque, soit celui des reliquaires de Monza, où l'on voit, audessous de la croix, deux petits personnages assis en présence d'un objet mal dessiné, placé au milieu, et qui est très-probablement le vêtement mystérieux du Sauveur. S'il en est ainsi, la reproduction de cette même circonstance, sur deux monuments aussi dissemblables, ne doit pas être purement fortuite, et sans autre intention que celle d'un simple narrateur.

En raison de la manière dont les faits, alors, étaient généralement choisis, groupés, compris surtout, il n'y a guère lieu d'en douter : la pensée de l'Église naissante et de son unité dont l'indivisibilité de la robe est la figure, n'a pas été étrangère au choix des artistes*.

Saint Pierre. — La notion de l'Eglise déborde sous toutes les formes dans les représentations du divin sacrifice, où elle a pris naissance. Nous avons eu

1. Ces observations nous mènent à risquer une conjecture, relativement aux deux personnages qui, dans le groupe représenté sur une colonne du ciborium, à Saint-Marc de Venise, que M. E. Didron publie ici d'après son propre dessin, sont debout au pied de la croix; ces deux personnages se présentent comme une énigme, vêtus Tun et l'autre d'une tunique courte; ils ne peuvent être la Sainte-Vierge et saint Jean; ils ne portent ni lance ni éponge; leur costume, cependant, invite à les prendre pour des soldats. Fidèle à notre méthode, nous cherchons des termes de comparaison dans d'autres monuments plutôt que de demander, sans intermédiaire, des éclaircissements à l'histoire ; or, des soldats sont au pied de la croix dans les anciens sarcophages; le porte-lance et le porte-éponge, sur des monuments d'époque subséquente sont représentés comme des soldats; enfin nous voyons des soldats tirer au sort la tunique sacrée. Bien que ces différentes figures de soldats se rapportent à des faits divers, ils ont pour trait commun d'exprimer des pensées qui viennent se fondre dans la notion de l'Église, son unité, la vocation des Gentils. L'opposition de la vocation des Gentils et des Juifs n'a pas toujours été prise en mauvaise part pour ceux-ci. L'Église est une, que ses enfants viennent de la Gentiliié ou de la Synagogue. Il pourrait bien y avoir lieu de distinguer à cet égard dans l'art chrétien, selon les époques des cycles différents.

D'un autre côté, les deux personnages en question semblent porter à la main une draperie. Cette draperie ne serait-elle pas elle-même la robe sans coulure, qui serait représentée non plus au moment où elle est tirée au sort, mais comme une espèce de trophée, dans un ordre de pensées dont nous ne connaîtrions qu'imparfaitement la portée, mais qui aurait quelque chose d'emprunté à la signification de toutes les représentations de soldats qui se sont successivement associées à la croix.

Soit dit, en attendant une explication meilleure : nous ne nions pas qu'elle pût se trouver

occasion, dans une étude antérieure*, d'établir que l'art chrétien primitif avait volontiers représenté l'Église par saint Pierre, son chef visible. L'association de saint Paul à saint Pierre donne de la force à la pensée, sert à exclure toute idée trop personnelle; la pensée se développe par la réunion des douze apôtres, comme elle se concentre quand leur chef apparaît seul.

Il est fort à remarquer que saint Pierre se voit sur l'une des fioles de Monza, comme participant à la scène du Calvaire, en regard d'un autre apôtre que Mozzoni donne pour saint Jean, mais que les règles de l'analogie nous autorisent à prendre bien plutôt pour saint Paul*.

Saint Pierre vient là, comme le fera plus tard la figure allégorique de l'Église, pour recueillir les fruits du divin sacrifice et saint Paul pour les proclamer.

C'est aussi le lieu de rappeler le rôle prépondérant que joue le chef de l'Église au sommet des croix émaillées de Velletri et du musée chrétien au Vatican', où il est représenté avec le type imberbe de l'immortelle jeunesse et la tonsure, bénissant ou portant la croix sur sa poitrine.

Sainte Hélène. — Au lieu de saint Paul qui, dans la partie inférieure de la croix conservée au musée du Vatican, correspond à saint Pierre placé au sommet, on voit sainte Hélène sur la croix de Velletri. La mère de Constantin est elle-même très-bien à sa place sur un objet d'art destiné à contenir des parcelles du bois sacré découvert par ses soins. On la retrouvera de même dans des monuments de période secondaire avec son fils, comme nous l'avons dit, sur la plaque d'ivoire sculptée de Cortone, sur les croix de Lucques et de Murano, aussi publiées par Gori, sur l'étui de la vraie croix à Paris, etc.; sur la croix de Lucques elle occupe même le centre de la croix à l'entre-croisement des branches.

Les deux figures de l'empereur Justin et de l'impératrice, sa femme, n'ont pas des droits d'une nature aussi haute à occuper, sur la croix donnée par eux à la basilique du Vatican, aux deux extrémités des bras, les places mêmes que nous avons vues devenir propres à la Sainte- Vierge et à saint Jean.

uniquement dans les circonstances propres à l'exécution du monument si elles étaient connues suffisamment, et l'utilité de notre conjecture sera d'avoir servi à grouper les observations que nous y avons rapportées. Ce bas-relief est d'ailleurs remarquable par la substitution de l'agneau figuratif au Christ figuré, maintenu à une époque relativement trôs-lardive.

1. a Aperçu iconographique sur saint Pierre et saint Paul. » t Annales arch. »; t. XXIII.

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