Suarez, in 3* et art. 111, secl. III
t. Bom., IX, S8.
que tout ce corps fût uni dans le rite essentiel du culte de Dieu. Or ces signes sont d*autant plus parfaits qu'ils confèrent ou signifient une sainteté plus parfaite ^ Voilà ce qui nous explique Tincomparable puissance des sacrements qui sont des liens de grâce et de charité ; comme des canaux et des veines où le sang précieux, le sang de Jésus-Christ qui donne la vie parfaite, coule pour unir, arroser, vivifier, sanctifier le grand corps de son Église, dont il est à la fois te chef immortel et le cœur puissant. Mais le signe ordinaire, signe de convention ou signe naturel, n'est qu'une indication et ne possède d'autre vertu que d'éveiller à travers les sens une idée dans l'âme, une émotion dans le cœur, par un rapport plus ou moins nécessaire de ce qu'il est avec ce qu'il représente. Le sacrement est un signe plus haut, plus puissant et plus efficace : il a été déterminé par Notre-Seîgneur Jésus-Christ lui-même, qui l'a comme revêlu de sa double nature et lui a communiqué ses opérations théaudriques : le sacrement est signe démonstratif et, tout à la fois, opérateur. Supposons donc comme certain que les sacrements de la loi nouvelle confèrent et signifient notre vraie et intérieure sanctification, parce que ces sacrements signifient ce qu'ils opèrent, comme les conciles de Florence et de Trente l'enseignent. Or cette sanctification est ainsi expliquée par saint Thomas et les autres théologiens; à savoir, que ces sacrements non-seulement signifient la sainteté formelle qui est reçue en nous, mais encore le Christ qui est la source même de cette sanctification \
Voilà donc le sacrement qui signifie le Christ, qui l'exprime et le contient. Le sacrement est dès lors comme une incarnation nouvelle, multiple, impérissable; ou plutôt, il perpétue et nous incorpore les mérites mômes de l'Incarnation. « Cujus imago hsec? » C'est la monnaie d'or, l'étalon divin qui porte gravée la figure du Prince, nous vient de lui, retourne à lui, pour être le lien du commerce de la société, pour acquitter l'impôt de la justice et de l'amour. Il représente au vif, et dans son essence, le prix même de notre Rédemption, « empti enim estis pretio magno ». Voilà ce qu'exprimaient si bien les grands docteurs du Moyen-Age, en leur langage si métaphysique et si nu, entre autres le maître des Sentences et Hugues de Saint-Victor. Forme visible de la grâce invisible dont elle est cause, « visibilis forma, invisibilis gratiae, cujus causa existât. »
Enfin, pour achever de donner du sacrement une notion bien exacte et bien sûre, pour mieux comprendre le sens et la portée des représentations plastiques et figurées de ces signes sacrés, donnons les définitions les plus com-