‹ Annales celeste du dix-septieme siecleChapitre 4 sur 120 · ANNALES CÉLESTES · texte numérisé non relu

ANNALES CÉLESTES

Ivépler l’observa à Prague avec les instruments de Tycho. L’horloge marquoit les minutes et les secondes, et les temps qu’elle marquoit ont été corrigés sur les médiations du Soleil et des étoiles, observées la veille et la nuit précédente. Ces temps corrigés occupent la première colonne de la Table suivante. Képler recevoit dans une chambre noire l’image du Soleil transmise par une ouverture circulaire, dont le diamètre étoit de iG parties et demie, le diamètre de l’image comprenant I lo de ces mêmes parties. Ainsi le demi diamètre amplifié du Soleil contenoit 55 parties, et chaque doigt étoit de 9^ parties. Ce sont les doigts de l’image ainsi conclus, qui sont marqués dans la seconde colonne.

La 3® comprend les angles formés par le vertical et la ligne qui joignoit les centres du Soleil et de la Lune : ces angles sont donc les complémens des inclinaisons de la ligne des cornes de l’éclipse sur ce même vertical. A a’’23'3o" l’angle étoit de 90^*, les cornes étoient verticales : l’angle jus(}ue-là avoit été compté depuis le nadir; passé cette heure il est compté depuis le zénith. A 3''o'o" l’angle est presque nul; l’inclinaison est encore occidentale, comme elle l’avoit été jusqu’alors; les cornes sont presque horizontales : passé ce terme, l’angle s’onvre du coté de l’orient. ‘

A ces colonnes Képler en fait succéder d’autres qui lui sont nécessaires pour tirer de ses observations des conséquences utiles. Elles renferment, [)our chaque moment des observations, le point culminant de l’écliptique, le nonagésime, sa distance au zénith, la distance du Soleil au nonagésime, l’angle du vertical avec l’écliptique, et enfin l’angle entre l’écliptique et le cercle qui passe par les centres des deux astres. Ce dernier angle est la somme ou la différence de l’angle précédent, et de celui qui a été observé entre le vertical et la ligne ou le cercle qui joint les centres.

Les doigts marqués dans la seconde colonne ne sont pas ceux du Soleil, mais ceux de l’image; or le diamètre de l’image excède celui du Soleil de la grandeur de l’ouverture. Le diamètre de l’image s’est trouvé de i ro parties; ôtez en 16^ parties, diamètre de l’ouverture, il restera 93^ parties pour diamètre du Soleil. Ces 93^ parties reviennent à 3i'; car Képler ne donnoit pas plus d’étendue au diamètre du Soleil périgée. D’un autre côté Képler avoit découpé une image de la Lune, à laquelle il avoit donné 37 parties de rayon; cette image ne couvroit pas

2 ANNALES CÉLESTES DU DIX-SEI'TIÈ.ME SlÉCl.E. — 1601.

tout-à-lail la partie éclipsée du Soleil vers le milieu de l’éclipse; Képler suppose* donc (|u’il auroit l'allu donnera cette image 87^ parties de rayon ou 70 jearties de diamètre; ajoutez diamètre de rouverlure, on aura 91 parties, ou 3o';v poui' le vrai diamètre de la Lune, celui du Soleil supposé de 3i'. IMaintenant ajoutez T 10 parties, diamètre de l’image du Soleil, et 70 pai'ties, diamètre de celle de la Lune, la moitié de la somme sera 92^. De celte moitié otez le nombre de doigts éclipsés, mar(jués dans la seconde colonne, après avoir cependant réduit ces doigts en parties de l’image, en raison de 9^ |)arties pour cluujue doigt. Dites ensuite : Comtne 93^ parties, diamètre vrai du Soleil en parties de l’image, sont à 3i', môme diamètre en parties de degré; ainsi le reste que nous venons de trouver, et ([ui n’est autre chose que la distance des centres en parties de l’image, est à la même distance en parties de degré. Les distances des centres ainsi calculées par Ivépler occiq)enl la Zj® colonne.

L’angle (jue la ligue qui joint les centres (bnne avec l’écliptique étant connu, ainsi que la distance des centres, il est facile d’en conclure les dilTérences apparentes de longitude et de latitude entre les centres; la 5® et la 6*^ colonne contiennent ces dilïérences. Dans la o*", le signe -+- dénote que le centre de la Lune est plus boréal, et le signe — qu’il est plus austral que celui du Soleil. Ce même centre de la Lune précède ou est plus occidental que celui du Soleil, si dans la ('é' colonne la différence est alfectée du signe — ; il le suit, ou est plus oriental, si la dilléi'ence est précédée du signe -h. Dans les autres colonnes, ces signes ont leur signification ordinaire de plus ou de moins (^'); le signe : signifiera ici environ.

Jmrsque dans une môme colonne deux nombres dilférens répondent à une même heure, le supérieur est celui que l’observation donne directement, l’inlerieur celui que Képler croit (ju’il laudroit substituer : mais quand ces deux nombres sont liés par un crochet, Képler croit que le véritable et légitime nombre est intermédiaire entre les deux nombres ainsi liés.

Temps

Distance

des

des

des

vrais.

Doigts éclipsés.

Inclinaison.

centres.

latitudes.

longitudes.

Coinmencemeiil

vij

viU

Mit .

l| l*as encore )

\ll

CO

( '} Ils la conservenl inêmo dans les cl 6'' colonnes, lorsqu'ils sont places après les nombres de ces deux colonnes. ,

ANNALES CÉLESTES DU DIX-SEPTIEME SIÈCLE. — 1601. ;î

A la dcrnièfe observation le bord supérieur du Soleil étoit caché derrière uu luiage, et l’inférieur dendère une montagne.

Képler conclut que la conjonction apparenteaen lieu à 2''ni',quc la plusgrande phase de l’éclipse a précédé de peu la conjonction, que cette plus grande phase avoit excédé 8 doigts de l’image du Soleil, et (jue par conséquent elle avoil été dans la réalité de plus de 9 doigts et demi. Képler. Optic. pag. ,d3o et sec/.

.le suis entré dans quelque détail sur cette observation, tant pour faire connoître la marche de Képler, que parce que son observation est peut-être la meilleure de toutes celles que nous donnerons d’ici à quelques années : il s’en faut cependant de beaucoup qu’elle soit parfaite. Képler a supposé le diamètre du Soleil de 3r', il étoit de 32'38". Les nombres de la colonne ne sont exacts qu’à quelques secondes près : j’en ai calculé plusieurs, et j’ai trouvé à la 2*" observation pour 27'38", à la 3", 2V3i" pour 2.4'33", à la (j*^. G' 29" pour G'22",

à la 1 1*^, i2'3o" pour i2'2G", etc. On voit aussi (jue les doigts observés ne suivent pas tout-à-fait la progression que celle des temps sembleroit exiger. Mais il faut observer que Képler n’avoit ni pour l’observation, ni |»our le calcul, les secours que nous avons maintenant.

— Christian Severini, connu sous le nom de l>ongomontan, nom dérivé de celui d’un village de Dancmarck où il étoit né, observa, ou plutôt vit cette éclij)se à l’horizon, 18 milles au-delà de Drontbeim en Norvège, par G4 degrés 4 de latitude, à une heure après midi. Il rapporte que des pêcheurs près de Bergen en Norvège, par la latitude de Go^ degrés, virent l’éclipse centrale, le bord du Soleil dépassant de toutes parts celui de la Luuc d’environ un doigt et demi. Longomontan attribue la largeur de cet anneau à la densité de l’atmosphère à Bergen. Aslron. Danica, jmg. 291 ('). On poLirroit en donner une raison plus naturelle : tout objet éclatant paroit à la vue simple plus étendu (ju’il ne l’est réellement.

— A Goés en Zélande, Philippe Lansberg observa la plus grande phase ;i C; les bords septentrionaux coincidoient ( peut-être à ^ de minute près); et le bord méridional du Soleil excédoit de G| minutes à très-peu près celui de la Lune. I^ansberg conclut (|ue le diamètre du Soleil périgée est de 3G', ou au moins de 3,5'j8", celui de la Lune étant alors, selon lui, de 3o'. Ohservalionum Thesanrus. pag. 88. — Uranomeir. pag. 3o, [\‘x (- ). On ne peut, dit Martin Hortensius, aussi grand admirateur de Lansberg qu’advei'saire fanatique de ïycbo, on ne peut révoquer en doute l’exactitude de cette observation; elle fut faite, lorsque des nuages légers permettoieut de fixer le Soleil; et l’instrument dont se servoit Lansberg étoit un rayon astronomique, qui ne pouvoit éti'e suspect, vu la petitesse de l’arc, et l’extrême exactitude de robservateur. Res/mns. ad Kepleri addiliuncidam etc. pag. et Prcvfat. in comment. Lansberg. fol. A2. iter. Cette observation a paru embarrasser quelques astronomes, Bartholin entre autres, Apolog. Tychonis, fol.L. llorrokses, dit plus communément Horroxe, tranche la difficulté; il récuse l’observation, Opéra posi/i. pag. 85; il fait voir, page 147 et suie, les contradictions et réfute les parallogismes de Lansberg et d’IIortensius. Le Soleil, il est vrai.

(') C'est toujours l'édition d'Anisterdani de iGjo, in-fol., que nous citons. CM Lansber^ii opéra onuiia. Middelbui’iji, i663, in-fol.

étoit alors ])érigée et la Lune très-voisine de son apogée : mais Gassendi, torn. I, pag. 692 ('), après avoir rapporté l’observation de Lansberg, remaiajne que le disque du Soleil ne peut jamais excéder celui de la Lune que de (ou plutôt 3'}). Lausberg ne se sera pas assez délié de l’irradiation des rayons du Soleil vu à l’œil nu; et Képler aura donné dans l’excès contraire, eu se persuadant que le diamètre de la Lune étoit à celui du Soleil comme 3o^ a 3i.

— Corneille Gbiradello, Bolonnois, dans des Considérations sur l’ éclipse qui dexoit arriver le '5i mai , dit que celle du a'i décembre iGoi eut(-).

— Enfin le P. Sebeiner, Hos. Ursin. pag. 4i5, dit qu’à Villa-rcal en Espagne (n’est-ce pas plutôt en Portugal?), on vit quelques étoiles.

Autres observations du Soleil.

On trouve dans llistor.' cœl. Tychon. pag. 890 et seq. beaucoup de bauteurs méridiennes du Soleil, observées à Prague par ïycbo, depuis le 4 mars jusqu’au 1 1 octobre. Dans Astronorn. refoini. de Riccioli, /. I, p. 21, on en trouve quelques autres, observées soit à Prague, soit à Benatky, cbàteau situé 5 milles germaniques au nord-est de Prague. De ces bauteurs Tycho concluoit la déclinaison du Soleil, et de cette déclinaison sa longitude. Ces conclusions ne pouvoient être bien exactes, 'l'ycbo n’ayant pas des notions assez nettes sur la réfraction et la parallaxe des astres. La réfraction du Soleil ne s’étendoit, suivant lui, (|uc jusqu’à 45'*, et sa parallaxe borizontale étoit de 3'. Le 19 mars, il trouva à Prague :

Hauteur méridienue apparente du Soleil 39‘'3o' o"

Pour corriger l’elfet de la parallaxe -1-2 20

Pour corriger celui de la rélVactiou — 10

Hauteur méridienne vraie 39 32 10

Hauteur de ré(|uateur 39 55 3o

Déclinaison du Soleil o 23 20 A.

Donc lieu du Soleil X 29 1 3o

Mais si nous n’ajoutons que 8" pour la parallaxe, et si nous retranchons G9" pour la réfraction,

La déclinaison sera o‘*2G'3i"

Et le lieu du Soleil )( 28 53 3i.

Suivant les Tables de Mayer, le 19 mars 1601, à midi vrai, méridien de Prague, le Soleil étoit en )( 28‘*5G'3"4-

On en observa le commencement à Pékin à i3''i4'i2"; la fin à i4'’42'3G"; grandeur 4 doigts. Souciet, Observations chinoises, tom. 111, p. 870.

(') Gassendi opéra ornnia, Lugduni, iC85, G vol. in-fol.

(-) La phrase est ainsi inachevée dans l’imprimé original (G. II.).

Elle fut observée à Prague par Képler : les heures marquées par l’horloge de Tycho furent corrigées sur des hauteurs d’étoiles.

Temps apparent. Phases.

5 23 commencement à i5‘* environ du nadir vers l’est.

5 23 l’éclipse est certainement commencée.

G 8 la ligne des cornes est horizontale; plus de la

moitié de la Lune est éclipsée.

G 53;^ l’éclipse est environ à son milieu.

7 54^ la ligne des cornes est verticale.

8 34 ^ tin à 70^* du zénith de la Lune vers l’ouest.

La durée a donc été de 3'' 12', et le milieu de l’éclipse à G'*59'. Kepl. Opi. pag. 371, 372. Personne, dit Képler, ne put déterminer avec assurance la grandeur de cette éclipse; Amhrosius Rhodius, à Wirtemberg, l’estima de 10 doigts. Ibid. p. 349.

De l’observation de Képler, Phocylides Holwarda conclut que le diamètre de l’ombre étoit de 4G'3o". Manuduct . in Astron. pag. i48.

— A Franekère en Frise, Adrien Métius observa

Le commencement à 4'‘4-3

La fin à 8'' 18'.

Le milieu, conclu avec la plus grande précision possible de plusieurs observations intermédiaires, à G'‘3o'. Met. de usa globi terres Iris, p. 9 ('); et Prim. Mobile, l. 5, cap. 4, p. 244 (-).

— Lansberg, à Goés, observa à G'‘ 1 2' la plus grande phase de l’éclipse de plus de 10 doigts, dans la partie australe de la Lune.

A 12'’ 2', hauteur méridienne de la Lune, prise avec un quart-de-cercle de cuivre et d’un grand rayon, Gi‘*25L Lansb. Uranorn. p. 4; et Thesaur., pag. 72, 8G.

— Godefroi Wendelin observa à Digne

Le commencement à 4''4o'.

La lin à 7''42' ou bien certainement avant 7'‘45L

Donc milieu à G'’ 11' ou 12'. liicciol. Almag. noc. t. 1, seii parte I, p. A'jü-, et Geogr. reform. l. 8, cap. 17, d’après Wendel. in Eclips. lanar. pag. Go ('^).

— A Pékin, l’éclipse ne fut estimée que de 8 doigts. Souciet, t. 111, p. 870.

Ces observations d’éclipses, faites à la vue simple, ne peuvent être d’une grande précision, vu la difficulté de distinguer la pénombre de la véritable ombre, estime (|ue chacun faisoit proportionnellement rà la portée de sa vue. Mais quand un même

(') Édition d’Amsterdam, 8°; iGaO.

(^) Édition d’Amsterdam, 4“; i63i.

G) Je n’ai pu trouver cet Ouvrage de Wendelin: je ne le citerai que d’après Riccioli.

(i ANNALES CÉLESTES DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE. — 1601.

astronome ohservoit le commencement et la fin d’iine éclipse, on poiivoit présumer ([ue, comme il déterminoit avec les mêmes yeux les deux jiliases, le milieu d(' l’éclipse étoit passablement déterminé : eette exactitude n’alloit eependant pour l’ordinaire qu’à quelques minutes près.

Observations des planètes.

Les observations de l’ycbo sont détaillées dans Ilisl. cœl. Tychon. pag. 894 et suiv. Nous ne rapporterons ici que les conséquences (jue Tycbo en tire pour déterminer le lieu des planètes.

Le () avril, longitude de Saturne au méridien . . . 8‘‘35'|

latitude 2 f IL

Le K) avril, longitude conclue de Saturne nu

latib.l. 1!

fel étoit le lieu de Satuime vers 1

Le 20 avril, apparemment vers la même heure.

longitude de Saturne 7^*35' /|3"

latitude 2 43 i5 B.

La déclinaison, conclue de la bauteur méridienne, est marquée ii‘'3o'22"; il faut lire i i‘L3i'22", comme dans le manuscrit.

Le 26 avril, vers 12'’, longitude de Saturne 7‘‘ 5'3G" 1%

latitude 2 4'-^ 10 B.

Le 28 avi-il, à 12'’, longitude de Saturne G 38 34

latitude 2 42 i3 B.

A la même heure, le lieu moyen du Soleil étoit. . . G''32' \" b* (')

Distance de Saturne àl’opposite du Soleil G 33

Mouvement diurne de Saturne 4 4o

Mouvement diurne moyen du Soleil 59 8

Mouvement diurne de Saturne au Soleil moyen. . . 1 3 38

Donc op[)osition de Saturne au lieu moyen du Soleil, le 28 avril à i4''343 tem|)s apparent, ou à i4''24'4 temps vrai, en 7HL’38'2i".

Le i^"' mai, peu avant r2'', longitude de Saturne. . G'*43'37" 1%

latitude 2 42 o B.

Le iG juillet, vers9''4o', longitude de Saturne. . 3 5o 43 119.

latitude 2 20 1 5 B.

(') (i degrés 5i minules '29 secondes, suivant les Tables de .Maver. Dans l'imprimé, on met le Soleil dans la Vierge, au lieu du Taureau.

ANNALES CÉLESTES DU UIX-SEPTIÈAIE SIECLE. — 1601. Tvcho a déterminé les lieux suivans de Jupiter :

Mois et jours.

Heures.

Longitude.

Latit. bor.

.Janvier 5 .

É'évrier 28 .

12 ein.

Mars 3 .

8 env.

Avril 4 .

Mai 28 .

.Juillet i3.

De l’observation du 4 mars.

Tyclio conclut que Jupiter a été en

opposition

le lieu moyen du Soleil le 28 mars à 22'' 5i' en

Lieux de

^énus déler minés

par Tycho.

Mois

Etoiles

et

au

jours.

Heures.

Longitude.

Latitude.

méridien.

h ni

s cl , „

Sirius

Mars i3 . . .

Brocyon

Mai 14...

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