‹ Annales de l'école française des beaux-artsChapitre 2 sur 6 · XIJ · texte numérisé non relu

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plus mauvais peintre que le jury d'examen ait repoussé est meilleur juge, voit mieux, lit mieux dans une page ^ est plus dans le secret de l'art que l'homme du monde le plus spirituel et le plus instruit , si cet homme n'a jamais touché un pinceau.

Ces vérités nous semhlent incontestables ; les rappeler, c'est faire comprendre tous nos désavantages dans la rédaction d'un texte uniquement consacré à un examen qui semble étranger aux études ordinaires d'un homme de lettres. Mais les lumières dont nous sommes entourés , et le soin que nous mettrons à ne publier notre opinion qu'après avoir recueilli les avis des artistes et des connaisseurs les plus éclairés , nous donnent une confiance que nous n'aurions pas trouvée en nous-mêmes, et nous acceptons , avec quelque espoir de succès , cette sorte de devoir impérieusement commandé à tout continuateur , de faire mieux que son devancier pour faire aussi bien .

Malgré son haut mérite , l'ouvrage de M. Landon est loin d'être sans défauts (et quel ouvrage en est exempt! ) ; on lui a reproché avec raison , comme nous l'avons déjà fait remarquer dans notre premier prospectus , d'avoir quelquefois désigné au crayon des dessinateurs des tableaux trop peu dignes des honneurs de la gravure, et, dans le compte qu'il rendait des productions de nos artistes , de manquer trop souvent de critique , et de ne donner en quelque sorte que le tracé de leurs ouvrages. Plus ces reproches nous ont paru fondés , plus nous avons dû mettre de soin à les éviter ; nous nous livrerons donc ,

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autant qu'il nous sera possible de le faire dans le cadre étroit de nos notices , à cet examen réfléchi , à ces réflexions motivées , à ces avertissemens doux et bienveillans qui prouvent qu'en indiquant les défauts d'un ouvrage , on a bien senti ses beautés.

Souvent nos obligations seront plus pénibles à remplir. Et qu'il nous soit permis ici d'envier ces belles années oii les saines études étaient encore dans toute leur force, où, sans compter même les chefs-d'œuvre, M. Landon n'avait que l'embarras du choix au milieu d'une foule d'ouvrages estimables qui tous attestaient plus ou moins la splendeur de l'art ; jours de gloire où naissaient les conceptions immortelles des David , des Girodet, des Gros, des Gérard, des Prudhon! Sans doute de grands talens fleurissent encore ; nous possédons les Gros, les Gérard, les Hersent, et de jeunes renommées s'élèvent avec honneur à côté de ces illustres noms. Quelle école ne s'honorerait d'avoir nourri un Abel de Pujol , un Horace Vernet, un Picot, un Langlois, un Drolling , un Heim , un Gosse , un Cogniet , un Delaroche et quelques autres encore qui marchent sur leur ligne? Mais , derniers débris d'une époque glorieuse, ces artistes soutiendront-ils l'art en décadence ? Nous n'osons l'espérer. De toutes parts de funestes principes ont envahi l'école , et ces principes ont été applaudis des maîtres ; le style est dédaigné pour le genre , et l'on retrouve celui-ci jusque dans les grandes pages historiques. On veut faire du romantisme en peinture comme en littérature , comme si la peinture pouvait marcher avec des abstrac-

lions et des hpeuprh ! Nulle admiration exclusive ; nous^ adorons les beautés des Shakespeare , des Goethe et des Schiller, et nous sommes loin d'être les partisans du genre purement académique , et des secs et roides imitateurs de David. Mais loin de nous et les obscurantistes littéraires, gonflés de mots et vides de sens et de raison ; loin de nous les partisans du genre sale et barbouillé , qui ne se donnent la peine ni de dessiner ni de peindre : ne pouvant suivre l'art dans son âge viril , ils veulent le rappeler à son enfance. Le mot nature est toujours dans leur bouche ; mais comment la voyent-ils? noire , terne, outrée , sans grâces , sans air, sans formes. Leurs ouvrages servent de contrepoison à leur système ; et remarquez que les éloges de leurs admirateurs les plus exclusifs ne s'adressent jamais qu'aux parties que l'art peut avouer : sans s'en douter, ils sont académiques. Ce torse est beau , ce mouvement est vrai Qui

vous dit le contraire ? nous l'avons remarqué aussi ; mais pourquoi tout le tableau n'est-il pas ainsi? Impuissance.

Nous venons d'exprimer toute notre pensée avec notre franchise accoutumée ; et cette pensée , nous osons le dire , est celle de tous les gens sages et éclairés.

Cependant, nous ferons remarquer que nos craintes s'attachent surtout à l'avenir ; le présent , nous aimons à le redire encore , offre des richesses dont il serait injuste et absurde de ne pas sentir tout le prix.

On observera aussi que la pauvreté de l'exposition en grandes compositions historiques a sa cause et son excuse

dans les travaux commandés pour le Musée Charles X- C'est aux tableaux qui vont orner cette admirable galerie que nos premiers peintres ont dû cette année consacrer leurs talens ; et il était aisé de croire qu'une exposition où manqueraient, comme peintres du grand genre historique , les noms de Gros, d'Horace Vernet , de Blonde] , d'Allaux , de Meynier, d'Ingres , de Picot , de Drolling , de Mauzaisse , de Thomas, de Dejuinne, etc. , etc., serait moins brillante que les expositions précédentes.

Nous avons donné au Musée Charles X le titre d'admirable; il le mérite. Nous l'avons parcouru, grâce à l'obligeance pleine d'amabilité d'un homme aussi recommandable par son esprit que par le poste distingué qu'il occupe dans la direction des beaux-arts , et dont la modestie se refuse au témoignage public de notre reconnaissance.

Nous ne voulons point anticiper sur le compte que nous aurons à rendre de ce magnifique travail , qui honore également et les artistes qui l'ont exécuté et les administrateurs qui l'ont commandé et dirigé : c'est vraiment une époque dans l'histoire des arts. Nous consacrerons un volume spécial à la description détaillée du Musée Charles X ; l'ouverture de ces belles salles sera réellement une seconde exposition.

Dans les regrets ou les craintes que nous avons exprimés sur la décadence de l'école, nous n'avons pas compris la sculpture. Elle occupe toujours ce haut rang où l'ont élevée et soutenue les Chaudet , les Cartellier , les Espercieux, les Bridan , les Ramey père , les Cortot,

les David , les Ramey fils, les Petitot, les Pradier , etc. Dans le compte que nous aurons à rendre des diverses productions de nos sculpteurs, nous emploierons bien plus souvent i' éloge que la critique.

Quant à l'architecture, dont les productions imprinient au siècle qui les voit naître un cachet plus durable que celui des autres arts , il nous sera facile de prouver qu'elle est dans un état satisfaisant de prospérité. La Bourse, les églises de la Madeleine, de Notre-Damede-Lorette , du Temple et du Gros-Caillou; les monumens expiatoires de la rue d'Anjou et de la rue de Richelieu; les arcs de triomphe du Carrousel, etc., etc., sont là pour en rendre témoignage , ainsi qu'une foule de constructions civiles oii nos jeunes artistes ont fait preuve de science et de goût.

Si quelques artistes se sont écartés de la bonne route en voulant rajeunir la mode des formes gothiques , espérons que leur exemple ne trouvera que peu d'imitateurs , et que l'épidémie ne gagnera pas les écoles. Du moins, tous nos efforts tendront à l'empêcher , et , par de beaux exemples , nous chercherons constamment à ramener l'art à ses grands principes.

Nous avons dû faire précéder nos notices de ce court exposé de nos principes. Etrangers à toute coterie , l'amitié même ne pourra nous faire trahir la vérité ; l'amour seul des arts nous inspire. On pourra récuser quelquefois notre opinion , mais jamais notre bonne foi.

Planche i , 2 , 3. — Le Roi dislr Huant des récompenses aux artisies à la fin de l'exposition de 1824 , tableau , par M. Heim.

(Hauteur, 6 pieds o pouces et demi; largeur, g pieds 4 pouces et demi.)

Nous ne pouv-ions mieux commencer notre revue du Salon de cette année que par un tableau qui consacre le souvenir d'une époque glorieuse pour nos artistes.

Ces récompenses accordées à de longs travaux ; ces faveurs soudainement obtenues par les œuvres du génie ; ces encouragemens distribues, pour la plupart avec justice, aux jeunes talens de noire école; la majesté du trône unie à celle des beaux-arts; Timposant assemblage des premiers artistes de France , couronnés sur le lieu même de leurs triomphes, aux applaudissemens de leurs rivaux; tout ce luxe de renommée qui pare une si noble scène; enfin, toutes ces circonstances, où Ton retrouve du moins quelques débris de notre gloire , devaient sans doute revivre sur la toile , et nul artiste ne méritait mieux que M. Heim d'en retracer la mémoire, l'émoin et acteur lui-même dans cette cérémonie, il a peint ce qu'il a vu; c'est un illustre guerrier qui fait le récit d'une victoire dont il partagea les lauriers.

A la fin de l'exposition de 182.J , M. Heim fut décoré de la plus honorable récompense. Ce souvenir a dignement inspiré ses pinceaux; en nous rappelant une journée glorieuse, il s'est acquis un nouveau titre de gloire.

Comme peintre d'histoire , M. Heim jouit depuis

long-lems d'une réputation aussi brillante que méritée. Nous ne connaissions de lui aucun morceau de genre : celui qui nous occupe en ce moment nous prouve de nouveau que lorsqu'un bon peintre d'histoire entreprend un tableau de genre, il le traite avec une supériorité désespérante pour les artistes qui n'ont voué leurs pinceaux qu'à des compositions de cette nature. Il est de fait qu'un peintre ne se range dans cette classe inférieure , dès son entrée dans la carrière , que par besoin d'argent , par paresse , ou parce qu'il se sent incapable d'aborder un tableau de style De ces trois motifs , le dernier est celui qui se présente le plus fréquemment ; et quant aux deux premiers , besoin d'argent et paresse , ils sont plus que suffisans pour arrêter l'essor d'une haute pensée , cl pour étouffer cet amour du travail indispensable à une science qui exige de longues et pénibles études. Le vulgaire ne cherche qu'un résultat qui lui plaise , et n'entend rien à toutes ces dénominations ; il place sur la même ligne et le peintre d'histoire et le peintre de genre ; pour lui leur renommée est la même : mais le connaisseur met entre eux une immense distance.

Certes, si tous les tableaux de genre étaient traités comme celui de M. Heim, ils prendraient une toute autre importance , et il faudrait leur assigner un rang bien plus distingué. Ce n'est plus là un dessin de pratique ; ce ne sont plus là une couleur et des effets de convention ; là , point d'à peu près ni de manière. On voit que cet ouvrage est celui d'un de nos meilleurs peintres d'histoire.

Le tableau de M. Heim est une vaste galerie de portraits qui sont presque tous d'une ressemblance frap-

pante. A rinlérêt général qu'inspire la scène se joint celui qui s'attache à chaque personnage en particulier.

L'auteur a choisi le moment où M. Carlellier, membre de l'Institut , et l'un des chefs de l'école de sculpture , reçoit des mains du Roi le cordon de Saint-Michel. Ce choix est plein de goût et de convenance. M. Cartellier est, après le Roi, le principal personnage du tableau de M. Heim. Malgré sa haute réputation , M. Cartellier compte sans doute parmi ses confrères des illustrations rivales de la sienne ; mais cette place, qu'on eût pu contester au mérite seul, on l'accorde sans peine au respect que commande un long âge.

Voici comment M. Heim a composé son tableau. Le lieu de la scène est le grand salon du Musée , décoré des compositions les plus remarquables de l'exposition de iSz/f.. Au centre du tableau , sur un plan reculé , mais bien en vue du spectateur , est le Roi , donnant le cordon de Saint-Michel à M. Cartellier , derrière lequel est placé M. Carie A'eruet, qui vient de recevoir le sien. Près de S. M. sont M. le vicomte de La Rochefoucauld , tenant la liste des artistes qu'il a désignés aux récompepses royales , et M. le comte de Forbin , qui porte les diverses marques d'honneur que le Roi distribue de sa main. Derrière M. de Forbin , on voit M. de Cailleux, secrétaire général du Musée.

Sur le premier plan, et à droite du spectateur, sont M. (ïros , M. Bosio , M. Horace Vernet , M. Regnault , qu'entourent ses élèves , M. et madame Hersent, M. Richomme, habile graveur, et M. Blondel. Un plan plus loin, on aperçoit M. Ramey père, M. Galle , l'un de nos plus célèbres graveurs en médailles , J\L Mauzaisse ,

M. Picot, M. le comte Turpin de Crissé, madame de Mirbel , et l'indispensable mademoiselle Delphine Gay.

A gauche , au premier plan , sont placés M. Ingres *, à qui le Musée Charles X devra l'un de ses plus beaux prnemens ; MM. Lethiers, Quatremère de Quincy , Bidaut , Desnoyers , Cortot , à qui l'on doit le Narcisse et la Pandore^ David, l'auteur de labelle statue dugrand Condé, Tardieu, Raggi, Garnier, Redouté, Wattelet, Schnetz, Dejuinne, Petitot, Bra, Bouton et Daguerre, noms justement célèbres que les éloges du public, ainsi que l'amitié, se plaisent à réunir; Vandael , rival de Van- Spaendonck , Debay , madame Haudebourg , qui depuis long-tems a marqué sa place parmi nos meilleurs peintres de genre, et enfin l'auteur de ce tableau, M. Heim, qui se cache modestement derrière ses confrères.

Aux deux derniers plans, et derrière le Roi, est un grand nombre de membres de l'Institut et d'artistes distingués dans tous les genres, entre autres MM. Huyot, Meynier, Thévenin, Vaudoyer, Lesueur, Lebas, Abel dePujol, Pradier, Delorme, Couder, Guenepin, etc», etc.

A droite, et près de la porte de la grande galerie, sont MM. Percier et Fontaine, et M. le baron Gérard, premier peintre du Roi. Pourquoi M. Gérard a-t-il été placé là?

* L'ouverture du PJusée Charles X devant avoir lieu dans les premiers jours de décembre, la direction des beaux— arts a demandé à M. Ingres son Apothéose d'Homère ^ quoique ce tableau ne soit pas encore terminé : il ne pourra l'être que dans quelques mois. Tous ceux qui ont vu cet ouvrage, l'un des plus importans qu'ait produits M. Ingres, en font les plus grands éloges sous le rapport de la composition et du dessin : c'est sous ce rap-' port seul que nous devrons le juger.

Il est à croire que dans un si grand jour, le premier peintre du Roi se tint près de Sa Majesté. Nous avions d'abord accusé M. Heim de ce léger oubli des convenances ; mais nous avons su depuis qu'il ne fallait s'en prendre qu'à la modestie de M. Gérard. Ce maître aurait pu, tout aussi bien, s'exiler du tableau de M. Heim; l'œil du public l'y aurait d'autant mieux chercbé : Prœfulgebant Cassîus aique Brutus , eo ipso qubd effigies eorum non visehantur.

Le tableau de M. Heim est composé avec le plus rare talent. Une ligne harmonieuse lie ensemble les diverses parties de ce bel ouvrage, qui, sous le rappoi't de l'ordonnance surtout, ne laisse rien à désirer. Les détails, traités avec le plus grand soin , ne nuisent point à l'ensemble. Dans ce morceau , sur lequel M. Heim a longtems médité sans doute , et qui semble n'avoir été qu'un jeu pour lui, on retrouve la main libre et sûre, la correction et le grand goût de dessin, la couleur large et franche, les beaux partis, le style enfin d'un artiste nourri des vrais principes de l'art, et qui, toujours fidèle aux leçons des grands maîtres , dans un tableau de genre comme dans un tableau àliisioire , a profondément étudié la nature.

Outre ce morceau, M. Heim a exposé cette année deux tableaux de style dont nous parlerons dans une, des livraisons suivantes. Il a , de plus , enrichi le Musée Charles X d'un plafond dont on fait le plus grand éloge»

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Planche 4-« — Le Baptême de Clovis , tableau , par M. Abel de Pujol.

(Hauteur, ii pieds 9 pouces ; largeur, lypieJs.)

Qu'après sa victoire de Tolbiac, Clovis ait été ou non baptisé, la veille de Noël, dans l'église de Sainte- Marie , par saint P\emy, évêque de Reims; que ce terrible chrétien ait voulu à son tour convertir ses soldats , et qu'il en ait forcé trois mille à recevoir après lui le baptême ; qu'un moine de Joïenval lui ait présenté , à cette cérémonie, l'étendard et l'écu fleurdelisés; qu'un ange ou le Saint-Esprit en personne ait apporté dans une fiole, qu'on a nommée depuis Sainte-Ampoule^ l'huile nécessaire à l'onction royale; ce sont là de ces faits , ou de ces fables historiques , recueillies avec le plus grand soin dans le moyen-âge, rapportés et profondément discutés par les écrivains de cette époque, dont on s'occupe assez peu de nos jours et dont s'inquiète encore bien moins un peintre. 11 lui suffit d'y voir le sujet d'un beau tableau ; c'est là , pour lui , la vérité historique ; et comme l'art ne supporte que difficilement les étroites chaînes des faits positifs , il n'a presque toujours consacré que des mensonges.

• Le Baptême de CloiHs devait inspirer un artiste tel que M. Abel de Pujol ; dans ce tableau, il s'est montré digne de sa réputation.

Aux pieds de saint Remy , qu'entourent quelques évêques et quelques prêtres de différens grades, est

Clovis à moitié dépouillé de ses vêtemens , el recevant l'eau du baptême. Dans ces tems reculés , le baptême se faisait par immersion ; mais M. Abel de Pujol a pensé avec raison que le vainqueur de Tolbiac, plongé jusqu'à mi-corps dans le bassin ouvert au pied de l'autel , se composerait fort mal avec les autres personnages , et qu'il pouvait sur ce point manquer à la vérité historique ; il s'est donc contenté de placer dans le bassin un des pieds seulement de Clovis, tandis que saint Remy répand sur son front Teau sacrée. Ce mezzo termint nous semble parfaitement senti. Sur la gauche du tableau est Clotilde , à genoux, et rendant grâces à Dieu de la conversion de son époux. Près d'elle sont les deux sœurs du monarque , Alboflède et Lantiide, toutes prêtes à abjurer , l'une les erreurs du paganisme , et l'autre l'hérésie d'Arius. Sur un plan plus reculé est le moine de Joïenval , tenant l'étendard que Dieu lui-même lui a ordonné de remettre à Clovis; devant lui un jeune novice porte l'écu chargé des armes qui désormais seront celles du monarque et de ses successeurs. Diverses figures se lient à ses groupes principaux. On voit sur les derniers plans la foule du peuple et des guerriers, et, dans le haut du tableau, le pigeon divin apportant la Sainte- ylmpoulc à l'évêque de Reims.

Telle est cette composition, dont la noble et belle ordonnance mérite d'abord tous nos éloges. Rien de confus , rien d'embarrassé ; l'œil se promène avec facilité parmi tous ces groupes qui sont liés entre eux avec beaucoup d'art. Nous aurions désiré seulement que le moine de Joïenval, auquel l'a-îteur n'a pas , selon nous , donné assez d'importance, eût pris la place de cet évêque qui

porle sur un coussin la couronne de Clovîs ; ce qui ferait supposer que le fier SicamLre a consenti à la recevoir de la main des prêtres , prétention sacerdotale hors de toute vraisemblance. Il nous semble que le moine de Joïenval, fier de sa mission céleste, tout plein encore de l'esprit prophétique , et portant dans ses mains le bouclier et l'étendard français, se serait dessiné plus noblement derrière Clovis. Cette figure aurait beaucoup gagné à ce changement ; le bâton et la flamme de l'étendard auraient été disposés autrement; l'un n'aurait pas coupé en deux le visage du moine, et l'autre ne se serait pas mêlée au nuage sur lequel descend le Saint-Esprit ; il règne là une discordance de tons qui nuit à la pure et sage harmonie du tableau ; s'il en était encore tems nous engagerions M. Abel à la corriger.

La figure de Clovis et celle de saint Remy sont fort belles. Nous regrettons de ne pouvoir détailler nos éloges. Dessin fier et correct, poses bien senties , draperies parfaitement ajustées, couleur chaude et vraie, vigueur de pinceau, tout s'y trouve réuni; les têtes ne laissent rien à désirer; celle de Clovis doit surtout attirer l'attention; il était impossible d'exprimer avec moins d'efforts, et cependant avec plus de profondeur et d'énergie, la farouche résignation du fier Sicambre.

Clolilde , Alboflède et Lantilde sont charmantes ; M. Abel a déployé dans ces trois figures toute la grâce de son pinceau. Dans Alboflède et dans Lantilde, une heureuse ressemblance indique bien deux sœurs; quelques personnes l'ont critiquée; nous la trouvons pleine d'esprit et de goût. Les mains , les têtes des deux sœurs sont d'un modelé et d'une finesse de coloris délicieux.

On ne peut voir une plus jolie femme que Clolilde; mais ces traits si doux et si gracieux conviennent-ils bien au caractère que lui donne l'histoire? M. Abel, qui nous a prouvé plus d'une fois qu'il se pénètre à fond des sujets qu'il veut traiter , et qu'il étudie avec soin le caractère des divers personnages qui figurent dans ses compositions, aurait dû se souvenir que loin d'être douce et sensible , sainte Clotilde était la plus impérieuse, la plus hautaine et la plus vindicative des femmes ; on peut en croire sur ce point les moines qui ont écrit son histoire et qui Font canonisée. Le mode de vengeance qu'elle crut devoir adopter contre son oncle Gondebaud , roi de Bourgogne, qui l'avait , il est vrai , dépouillée de ses états , après avoir assassiné son père, suffirait de nos jours pour lui fermer tous les calendriers. En fuyant son oncle , elle lui laissa pour adieux l'incendie de tous les villages de la frontière qu'elle venait de franchir.

Nous pourrions encore peut-être soumettre quelques autres observations critiques à M. Abel. Mais nous devons suivre le conseil d'Horace : Uhi plura nitent^ paucis non offendar maculis ; on brillent tant de beautés, nous ne voulons pas relever quelques défauts.

Le Baptême de Clovis est destiné pour la cathédrale de Reims. C'est avec le plus vif regret que nous verrons la capitale privée de cette belle composition, où l'on retrouve tout entier l'auteur du Saint-Etienne martyr^ et de la Vierge au tombeau *.

* Depuis l'exécution de notre gravure , M. Abel a fait à son tableau quelques changemens heureux. La main droite de Clovis tient maintenant le sceptre. Le diacre, placé sur un plan plus éloigné , entre Clovis et saint Rémi ; ne porte plus de cierge.

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Planche 5. — Saint Etienne portant des secours à une pauvre famille ^ par M. Léon Coguiet; tableau commandé par M. le préfet du département de la Seine.

( Hauteur , 9 pieds 2 pouces ; largeur , 7 pieds 2 pouces. )

Sur un lit de paille, dans un réduit obscur où tout annonce la misère, mais où règne cependant une sorte d'ordre et de propreté qui révèlent les soins d'une femme , est étendu un pauvre vieillard dont Tâge et la maladie ont altéré les traits. Un bouclier , une lance , une épée , attachés au dessus de sa têtej, indiquent en ce vieillard un ancien soldat. Auprès de lui est sa fille ; elle va lui soulever la tête pour Taider à prendre un breuvage ; elle s'arrête à l'aspect de saint Etienne , qui vient offrir au vieux guerrier des alimens contenus dans une corbeille que porte un des deux jeunes lévites qui l'accompagnent. Elle jette sur ce bienfaiteur inattendu un regard reconnaissant, et le vieillard lui-même, à sa vue, s'efforce , mais en vain , de se mettre sur son séant.

L'ensemble et la plupart des détails de ce tableau sont dignes des plus grands éloges. C'est, sans contredit, un des plus beaux de l'exposition. Nous devions déjà à M. Cogniet des compositions très-remarquables, et son épisofde d'un Massacre des Innocens ^ son Marius à Carihuge , l'avaient placé au nombre de nos jeunes peintres les plus distingués : son Saint-Etienne consolide toutes les espérances qu'il avait, données , et l'on n'a plus qu'à désirer de lui voir suivre d'un pas ferme la route bril-

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lante qu'il s'est tracée. Vrai de couleur, de mouvement et d'expression , le tableau de M. Cogniet oflfre partout un faire - maître. Le Saint-Etienne et les deux enfans sont délicieusement posés et peints ; les têtes et les mains surtout sont d'une beauté remarquable. Rien à désirer pour les accessoires, les étoffes, les ajustemens. Peut-être aurions-nous demandé un peu plus de style dans le torse renversé du vieillard, et un peu plus de noblesse dans ses traits et dans leur expression : nous n'y reconnaissons pas assez le vieux guerrier.

M. Cogniet, outre ce tableau, qui nous fait accuser le laconisme forcé de nos notices , a exposé cinq ou six tableaux de chevalet , dont l'un , la Scène militaire , campagne de Moscou , est un petit chef-d'œuvre. Nous l'avions déjà admiré à l'exposition des Grecs. La Scène militaire .^ guerre (t Espagne } les Brigands prosternés devant une madone., moins neufs d'effet que la Scène militaire de la campagne de Moscou., offrent, comme ce tableau, des beautés du premier ordre, et auraient suffi seuls pour assurer à M. Cogniet un rang distingué dans l'exposition de celte année.

Planche 6. — L'Apothéose de sainte Geneviève^ par M. Lancrenon , tableau commandé par M. le préfet de la Seine.

(Hauteur, 9 pieds; largeur, 7 pieds. )

M. Lancrenon a exposé en iBa^j!//» fleuoe Scamandre dont le gouvernement a fait Tacqulsltion, et qui mérite à beaucoup d'égards les honneurs du Luxembourg. On avait reproché à ce tableau d'être d'un effet plus brillant que vrai ; on y avait remarqué un peu de manière , et surtout un ton violacé dont on avait peine à se rendre compte ; mais la composition avait paru pleine de grâce et de charmes , et plusieurs parties du dessin avaient obtenu des éloges mérités. Les mêmes éloges et les mêmes critiques peuvent s'adresser en partie à la Sainte-Genenève. Rien à dire sous le rapport de la composition ; elle n'offre rien de neuf; mais elle est ce qu'elle doit être. Nous n'aimons pas, cependant, le mouvement du jeune chérubin placé derrière la vierge de Nanterre : il étend les deux mains vers une partie du corps de la sainte que sans doute les anges , pas plus que les mortels , n'ont eu le droit de toucher. Au surplus, le secours qu'il apporte, ainsi que les autres chérubins, à l'ascension de la patronne de Paris , est sans doute nécessaire ; car , sans eux , je défierais bien à ce corps , d'une opacité toute terrestre , de s'élever vers les cieux. Je ne reconnais pas non plus l'humble et simple villageoise tlans cette figure imposante qu'entourent de nobles draperies ; sans la

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houlette que porte un chérubin , j'aurais nommé Clotilde , Tépouse de Clovis. Nous n'aimons pas qu'un accessoire seul nous fasse reconnaître une figure. Il y a , dans le dessin de celte composition, plusieurs parties remarquables ; elle est bien assemblée , bien entendue ; les têtes , celles des anges surtout , méritent des éloges : le chérubin qui porte la houlette et le chapeau de paille est fort joli ; mais, sous le rapport de la couleur surtout , ce tableau laisse beaucoup à désirer : froideur et crudité , tels sont les reproches que nous croyons pouvoir lui adresser sans crainte d'être démenti.

Nous désirons sincèrement que les tableaux faits par M. Lancrenon pour le Musée Charles X ne nous offrent que des sujets d'éloges.

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Planche 7. — Un Grec arhorant son éiendiird sur les murs de Saloue^ le jour de Pâques de Vannée 1821 , tableau , par M. Dupré.

(Hauteur, 8 pieds ; largeur, 5 pieds 3 pouces. )

M. Dupré, qui s'est fait une honorable réputation comme dessinateur, a depuis long-tems consacré ses crayons aux intrépides enfans de la Grèce régénérée. La collection de dessins quMl publie en ce moment sur les costumes , les mœurs , les usages des Hellènes modernes , et sur diverses scènes de leur guerre d'indépendance , mérite tous les éloges que les amis des arts et des nobles entreprises se sont empressés de lui offrir. M. Dupré est allé sur les lieux mêmes recueillir les documens nécessaires, et la plupart des figures héroïques qu'il offre à nos regards sont des portraits. Cette seule circonstance indique en M. Dupré la pensée d'un artiste véritable autant que les sentimens d'un cœur généreux; mais la vérité, qui toujours nous inspire, ne nous permet pas d'offrir à son tableau le même tribut d'éloges qu'à ses dessins. Et d'abord , nous regrettons qu'après de si longues méditations sur un sujet tout Imprégné des plus touchans , des plus nobles et des plus terribles souvenirs, M. Dupré ne nous ait offert qu'une scène si rétrécie , qu'un épisode si peu capital des glorieux combats des Hellènes ; c'est plutôt un portrait qu'un tableau. Nicolackl Milropolos , que l'auteur a peint d'après nature , est sans doute un brave et bon soldat ;

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mais, au milieu de tanl de noms que des exploits bien plus împortans ont promis à Fimmortalité, le sien n'était pas assez illustre pour mériter d'inspirer la première page historique de M. Dupré.

Le trait joint à cette notice suffit pour faire Lien comprendre la composition de ce tableau. Elle ne nous semble pas heureuse. Cette grande figure, roide de formes et de dessin, académiquemenl posée , occupant juste ie milieu du tableau , n'est pas d'un effet heureux. La tête , qui d'ailleurs doit être d'une grande ressemblance, ne manque ni de vérité ni d'énergie , mais elle a peu de noblesse, et les chairs sont privées de transparence. Ce drapeau grec , symétriquement arrondi autour de la figure principale , déplaît à tous ceux qui veulent avant tout la vérité, et qui repoussent avec dédain tous ces arrangemens de convention. La figure du jeune Grec mourant est noble et belle ; mais , dans ce tableau , l'art des contrastes nous semble être trop oublié. Pourquoi M. Dupré ne nous a-t-il pas montré les traits de ce Turc que Mitropolos foule aux pieds , et qui , dans la position que lui a donnée l'auteur, a les deux bras placés et contournés de manière à ce qu'il soit à peu près impossible de s'en rendre compte ? Pourquoi aussi cette prodigalité de bleu d'un effet si peu agréable ? Voilà bien des critiques : nous souhaitons vivement que M. Dupré n'y voie que l'intérêt que nous inspire son talent , si remarquable à tant d'autres égards.

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Planche 8. — Les sept Chefs devant Thèbes , tableau , par madame Mongez.

(Hauteur, lo pieds; largeur, i3 pieds.)

Il n'y a cette année à l'exposition qu'un seul tableau qui rappelle le haut style introduit dans l'école par l'illustre David, et ce tableau est d'une femme; mais cette femme est madame Mongez , la digne et fidèle élève de son maître.

Long-tems avant que ce tableau parût, nous en avions entendu parler avec les plus grands éloges. Nous l'avons vu ; nous y avons remarqué , en effet , des beautés de premier ordre, mais il nous semble que les éloges ne peuvent être accordés sans d'importantes restrictions.

Les six chefs qui se sont réunis à Polynice , Adraste , Tydée, le devin Amphiaraiis, Capanée , Hippomedon et Parthénopée, sont arrivés devant Thèbes ; à la vue de cette ville, ils immolent un taureau noir, et jurent de punir Etéocle.

Ce sujet était fort beau, et devait inspirer une page non moins imposante que terrible. L'effet général était donné par ces vers superbes que Boileau a traduits d'Eschyle :

Sur un bouclier noir sept chefs impitoyables Epouvantent les dieux de sermens effroyables. Près d'un taureau mourant qu'ils viennent d'égorger , Tous, la main dans le sang, jurent de se venger. Ils en jurent la Peur , le dieu Mars et Bellonne.

Le pinceau de David lui-même n'eût pas été trop puissant pour l'exécution d'un tel sujet ; il ne faut donc pas trop sévèrement reprocher à madame Mongez de ne l'avoir pas traité avec toute la vigueur convenable.

La composition de ce tableau est sagement et trop sagement pensée. On lui adressera le même reproche qu'on a fait souvent à l'école de Davii? , et quelquefois à tort, d'offrir des poses plus théâtrales que naturelles. Certes, nous comprenons fort bien qu'un tableau d'un si haut stvle, qijc des héros dont la sainte antiquité a fait pour nous presque des demi-dieux, exigent un grandiose qui s'accommoderait mal de l'imitation exacte des mouvemens de notre nature vulgaire; mais ce grandiose, dont Vauteuv des Sabines 3. peut-être emporté avec lui le secret dans la tombe , ne s'accommode pas mieux des poses académiques. Les deux figures qui occupent le devant du tableau méritent d'être critiquées sous ce rapport; celle de Polynice, surtout, ne remplit nullement fidée que nous nous en étions formée. Dans ce visage blanc et rose, dans ces traits sans courroux, dans ce beau corps qui pèse avec grâce sur deux jambes non moins belles , mais qui se contentent de le soutenir, et qui ne l'enlèvent pas; dans ce bras droit si paisible dont la main s'arrondit pour étendre le javelot vers la victime, nous ne reconnaissons pas cet impétueux Polyuice qu'une rage ambitieuse dévore, et que les Euménides ont voué au fratricide. Séparez-le des autres figures, ôtez les accessoires, et vous croirez voir un jeune guerrier prêtant serment sur l'autel de la patrie. Ce défaut d'expression se fait également sentir dans les autres personnages ; on

peut assurer qu'en jurant de venger Polynice , ils ne viennent pas

D'épouvanter les dieux de sermens effroyables.

Disons encore que le taureau noir qui occupe le centre du tableau offre une masse confuse dont il est assez difficile de deviner le dessin.

Mais c'est surtout sous le rapport de la couleur que pèche le tableau de madame Mongez ; elle est monotone et froide. Ce tableau manque d'air et de plans. A ne considérer que le ton , toutes les figures sont sur la même ligne. Elles sont toutes uniformément éclairées , uniformément peintes ; chez tous ces guerriers les carnations sont presque les mêmes : l'âge n'y apporte aucune différence. L'effet général est manqué; l'effet, cette partie si puissante de l'art , qu'elle ramène le connaisseur luimême, en dépit qu'il en ait, devant un tableau dont il fera d'ailleurs peu de cas. Ce défaut du tableau des sept Chefs tient, nous croyons le savoir, à un système de David. J'aime à me battre au grand jour ^ disait une fois devant nous cet illustre maître. Ce parti de peindre en pleine lumière offre bien plus de difficultés au peintre , et David seul a pu les vaincre presque toujours ; mais convenons que ses admirables beautés sont quelquefois obtenues aux dépens de l'effet général , et que , dans ses pages immortelles , les plans sont trop souvent mal sentis.

Quoi qu'il en soit, le tableau àessept Chefs offre assez de parties remarquables pour être placé au nombre des plus estimables productions de madame Mongez. Nous ne savons pas s'il ajoutera beaucoup à la réputation de

celte dame, mais il ferait certainement celle d'un jeune peintre. Il y a, dans le dessin surtout, des beautés d'un ordre tel qu'elles soutiendraient la comparaison avec plusieurs productions de David, et qu'on serait tenté d'attribuer à son pinceau , si l'on ne savait pas que ce n'est que depuis trois ans seulement que madame Mongez a conçu et exécuté son tableau. Un tel éloge rachète toutes nos critiques.

Nous avons dépassé pour madame Mongez les bornes ordinaires de nos notices ; le nom de cette femme célèbre, et l'importance du travail qu'elle a soumis, cette année au public , méritaient celte exception.

2Jj

Planche g. — Le Retour au village^ tableau, par M, Destouches.

( Hauteur , 3 pieds; largeur, 3 pieds 8 pouces.)

« Une jeune paysanne, enlevée de la maison pater- » nelle, y revient conduite par le repentir; son père » ordonne qu'elle reprenne les habits du village , et » jette au feu les riches vêlemens qui attestent sa w faute. »

Cette explication, que nous enapruntons au livret du Salon , fait bien comprendre le sujet qu'a traité M. Destouches , et nous n'avons pas besoin d'entrer dans plus de détails. Cette composition est tout-à-fait dans la manière de Greuze; elle n'égale ni sa chaleur d'expression , ni sa vérité de détails, ni sa touche sûre et hardie ; Greuze eût donné des traits moins communs à ce père irrité ; il eût donné une expression mieux sentie à cette vieille grand'mère, qui bénit le ciel du retour de son enfant chéri sans plus se souvenir de sa faute; il eût peint celte figure avec moins de négligence , mais il ne lui eût pas donné un mouvement plu§ naturel II n'eût pas mieux composé le groupe de la jeune paysanne repentante, et de l'aimable et charmante fille qui la console , et dont le visage plein de fraîcheur et de santé, fait, avec le teint pâle et les traits un peu fatigués de sa sœur , un contraste si naturel et si piquant. 11 eût applaudi au mouvement si vrai de celte jeune fille qui , placée derrière le fauteuil du père , témoigne d'un geste tout son regret de voir

brûler tant de belles choses; peut-être en secret excuset-elle un peu la faute de sa sœur. En indiquant les hautes qualités de Greuze, nous avons fait sentir celles qui nous paraissent manquer encore à M. Destouches : mais son petit tableau moral n'en est pas moins une composition pleine d'esprit et de grâce.

Son jeune Turc qui reçoit un bouquet cV une Odalisque ^ est loin , selon nous, d'être de la même force que le Retour au village. La grâce et l'esprit ont encore inspiré cette composition ; la têle du jeune Turc et celle de l'odalisque sont jolies ; mais la touche est molle, et la couleur manque de chaleur et de vérité. Ce Turc n'est pas un enfant de l'Asie ; c'est un blanc et élégant Parisien qui s'est affublé d'un costume musulman.

Planche lo. — Saint Sébastien , par M. Lordon, tableau commandé par le ministre de la maison du Roi.

{ Hauteur , i3 pieds ; largeur , g pieds. )

»f Des chrétiens descendent le corps de saint Séhas- » tien dans les catacombes pour lui donner la sépul- » ture. »

Tel est le sujet du tableau exposé cette année par M. Lordon. Les sujets de sainteté sont en général fort ingrats à traiter ; celui-ci n'était pas de ce nombre. Il offrait au génie une composition et des effets neufs. L'aspect imposant de ces catacombes , berceau de la religion chrétienne ; ce petit troupeau de fidèles , bravant, avec toute la simplicité de la foi, la fureur du paganisme pour dérober à ses outrages les restes mortels d'un saint martyr; leur recueillement pieux, leur religieuse douleur à l'aspect de ce corps sacré tout couvert de plaies encore sanglantes; ces vieillards courbant leurs cheveux blancs dans la poussière; ces jeunes néophytes, enviant en secret la gloire de ce trépas divin; ces femmes, ces enfans , faibles, mais énergiques soldats du Christ ; quelques flambeaux éclairant la pompe simple et mystérieuse de cette fête des tombeaux , tout dans un tel sujet devait inspirer le peintre ; toute la poésie du christianisme s'y trouvait. M. Lordon , dans ce tableau , s'est montré ce qu'il est depuis long-tems , peintre habile , mais penseur peu profond. Ou chercherait vainement dans sa composition une pensée poétique. Au mi-

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lieu de ces croix, de ces encensoirs, de ce luxe de larges et riches draperies, où trouver quelques traces de la pauvreté de la primitive église P De quelle étoffe est donc le brillant manteau du vieillard qui porte l'encensoir ? Les évêques, dans ces tems si différens des nôtres, donnaient dans leurs vêtemens comme dans leur conduite l'exemple de la simplicité évangélique. Dans ces tons frais, dans ces carnations soutenues , comment reconnaître ces premiers fidèles , presque toujours renfermés dans la nuit des catacombes, affaiblis par le jeûne et la prière, amaigris par les souffrances?

La couleur et le dessin ne nous ont pas paru non plus irréprochables. La couleur, à ce qu'il nous semble, manque de transparence ; le torse de saint Sébastien nous paraît un peu trop long ; nous croyons enfin que la tête de la femme agenouillée à droite du tableau , n'est pas d'un heureux choix, qu'elle est sans noblesse; mais nous n'osons insister sur quelques-unes de ces critiques , lorsque nous songeons à l'énorme distance qui sépare ce tableau de l'œil du spectateur.

Malgré les remarques im peu sévères que nous nous sommes permises , le tableau de M. Lordon mérite beaucoup d'estime. L'enfant qui porte la croix , la femme qui tient dans ses mains les flèches arrachées aux plaies du martyr, la figure de saint Sébastien , au défaut près que nous avons indiqué , plusieurs tètes bien peintes et bien dessinées , le bon choix des draperies, la sage ordonnance du tableau , indiquent assez un habile maître.

Planche ii. — Saint François^ par M. Gaillot, tableau commandé par M. le préfet de la Seine.

( Hnufeiir, lo piefls 2 ponces ; largeur , g pieds 6 potircs. )

Ce tableau , commandé par M. le préfet de la Seine , est destiné à une église, à celle de la rue d'Orléans , au Marais , sans doute. Si le peintre avait pu choisir son sujet , bien certainement il n'aurait pas pris celui-ci. « Le pape Innocent III , nous dit le livret, averti par » un songe de ce que serait un jour saint François , » l'admet en sa présence, ainsi que ses disciples, et >» approuve les règles et les constitutions de l'ordre dont » il était le fondateur. » Rien de plus froid et de moins heureux qu'un tel sujet : M. Gaillot en a tiré tout le parti possible. Sa composition est riche et bien ordonnée. Ce peuple , ces gardes , groupés au haut de l'escalier de la galerie du fond , sont tout-à-fait à la manière des grands peintres d'Italie; peut-être sonl-iisun peu trop massés; on désirerait que les groupes se détachassent dadavantage. Dans cette partie surtout , le pinceau de M. (iailiot est large , facile et harmonieux ; il sent bien la couleur , et sa touche est hardie. On pourrait désirer, cependant, que les personnages qui occupent le devant du tableau fussent moins sur le même plan. L'uniformité de ces vétemens bruns de saint François €t de ses disciples était une difficulté à vaincre ; en faisant plus de sacrifices , M. Gaillot l'aurait surmontée. Plusieurs têtes de vieillards sont fort belles. (2elle de

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saint François est peut-être faite d'après quelque ancien tableau : sans cela , nous reprocherions à Tauteur d'avoir donné des traits trop peu noLles à la figure principale. Le pape manque aussi de noblesse ; il est trop court et ne ressort pas assez au milieu des personnages et des accessoires qui l'entourent ; il y a surtout à ses côtés un seigneur laïque qui l'écrase tout-à-fait. Nous n'aimons pas cette figure, et nous aurions désiré que le peintre indiquât mieux quel est celui qu'elle représente. Au résumé , la compositon de M, Gaillot fait honneur à son talent , et nous ne doutons pas qu'il ne s'élève bien plus haut avec un sujet plus heureux.

Nous ne dirons pas autant de bien de son Assomption. La couleur en est peu harmonieuse ; la figure de la vierge est lourde , et il règne au dessous d'elle un tel tapage d'anges , d'archanges , de chérubins , de trônes , de dominations, de couleurs, de nuages, qu'au premier aspect on croirait plutôt voir les anges déchus s'échappant de leurs abîmes , ou les morts se rassemblant aux sons éclatans de la trompette divine, que l'armée céleste escortant la mère du sauveur et chantaHtses louanges. Ce tableau a été commandé par le ministère de la maison du Roi.

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Planche 12. — La Peinture^ bas-relief en marbre, par M. Laitié.

( Hauteur, 5 pieds 6 pouces ; largeur , 4 pieds 8 pouces. )

Quelques ouvrages plus marquans pouvaient réclan» ei notre premier article sur la sculpture ; mais les quatre bas-reliefs dont nous allons parler , ont dû, par l'importance de leur destination et par la place qu'ils occupent , frapper d'abord nos yeux.

La direction des beaux-arts avait commandé quatre bas-reliefs en marbre , pour la décoration du grand escalier du Musée royal : la Peinture., par M. Laitié ; la Sculpture., par M. Guersant; Xa. Gravure ., par M. Guillois ; et V Architecture ., par M. Caillouete. Ces quatre figures ne sont pas sans mérite; mais on trouvera qu'elles laissent trop à désirer si l'on pense qu'elles doivent concourir à l'ornement du plus digne temple qui ait jamais été élevé aux beaux-arts ; si l'on pense surtout que, placées dans l'escalier du Musée royal , elles seront exposées sans cesse aux regards. Ce magnifique escalier pouvait se ipasser de toute décoration nouvelle , ou bien il fallait trouver autre chose que ces quatre bas-reliefs carrés , que ces quatre figures assises , forcément monotones et de pose et d'intention, étouffant dans des cadres de bois et plaquées contre la muraille ; nous n'avons pas reconnu là le goût qui inspire ordinairement, dans les travaux qu'il commande , M. le directeur du Musée. Waurait-il pas ét^ possible de mettre à la place de ces

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bas-reliefs quatre statues auxquelles on aurait creusé des niches ?

Nous avons pris le trait de la composition de M. Laitié , parce qu'elle nous a paru la moins défectueuse. Sans doute , on pourrait y désirer plus de noblesse , plus de style , un dessin plus ferme , une tête moins insignifiante ; mais plusieurs parties sont exécutées avec beaucoup de talent, et les draperies sont fort belles. Nous ne dirons rien des autres bas-reliefs, qui , d'ailleurs , offrent aussi , comme exécution , des parties fort estimables. Si l'aspect de ces compositions est lourd et mesquin , il faut moins en accuser les artistes , que le cadre qui leur a été tracé.

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Planche i3. — Les Adîeiix de Girodet à son atelier^ tableau, par M. Menjaud.

( Hauteur, .i pieds 2 pouces ; largeur, i pied 7 pouces.)

Depuis long-teins M. Menjaud s'est fait un nom dans la peinture de genre , ou plutôt dans celle qu'on appelle de moyen style. Son pinceau spirituel et délicat se refuse aux scènes populaires et grivoises , et semble s'attacher spécialement à retracer les faits galans de la chevalerie française , les actes de courage ou de vertu de quelques hommes célèbres , et , en général , les sujets historiques où l'on peut exprimer tour à tour des sentimens pathétiques j nobles et gracieux.

C'est dans les morceaux d'une petite proportion que brille le talent de cet artiste estimable. Parmi les tableaux qu'il a exposés aux différens Salons, les connaisseurs se rappellent encore avec plaisir ceux à' Henri IV chez Michaud ^ de Fénelon délivrant des prisonniers , de la Mort de Vahhé Edgeworth , de Raphaël présenté ii la duchesse d' Urhin , et surtout celui du Tasse couronné.

Le tableau des Adieux de Girodet à son atelier était tout-à-fait dans les convenances de son talent , et il était impossible de choisir un sujet plus noble à la fois et plus touchant. La simple et courte notice du livret du Salon fait bien comprendre de quel intérêt puissant devait s'animer une telle scène, dignement représentée. «( Au mo- « ment de subir l'opération qui précéda sa mort de quel- » ques jours, Girodet, soutenu par les personnes qui le

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=^9 » soignaient, fut obligé de monter dans son atelier. Aprèa n y être resté quelques instans, il se dispose à en sortir, j» Frappé d'un triste pressentiment, il dit adieu à ses ou- » vrages et à son atelier qu'il ne doit plus revoir. «

Nous avions lu ces lignes avant de voir le tableau de M. Menjaud ; elles nous avaient fait espérer une composition dramatique : notre espoir a été trompé. Et cependant, quel sujet pouvait mieux parler au cœur et à l'imagination du peintre ! C'est un grand artiste , c'est Girodet , à ses derniers momens , contemplant , avec un mélange de regrets et de fierté, ces chefs-d'œuvre qui lui

assurent l'immortalité. Il veut ressaisir ses pinceaux

ils échappent à ses doigts défaillans ; déjà tout est mort en lui , excepté cette flamme du génie qui , comme un flambeau prêt à s'éteindre , anime ses yeux d'un plus vif éclat. Autour de lui des parens , des amis en larmes ; à ses pieds quelques élèves , l'un relevant avec respect les pinceaux de son maître , l'autre couvrant sa palette de baisers et de pleurs ; tous s'inclinant sous cette main savante qui guida leurs crayons, et qui , pour la dernière fois, leur montre, dans les chefs-d'œuvre qu'elle a créés, des consolations et des exemples ! C'était peut-être ainsi qu'il eût fallu sentir ce sujet : rien de tout cela dans le tableau de M. Menjaud. Dans une chambre bien propre, et qui ressemble plutôt au petit salon d'étude de quelque honnête amateur qu'à l'atelier d'un grand peintre , près d'une toile qu'on ne voit que par derrière, est un homme assez laid , sans expression , sans physionomie , couvert d'une redingote noisette , en pantalon , en pantouflles, et qui a moins l'air de toucher au terme fatal que d'être pressé pour un moment par quelque ridicule douleur ;

cet homme s'appuie sut une servante encore iemie, assez jolie, et portant sur sa tête un mouchoir coquettement arrangé ; à la fraîcheur Je son teint , à la propreté de ses vêtemens , on est bien sûr qu'elle n'a point passe de nuit

auprès de son maître Cet homme est Girodet ; celte

chambre est l'atelier de Girodet ; ce tableau retourne le dernier chef-d'œuvre de Girodet; et, cette servante, le seul appui, le seul guide que Girodet ait pu trouver à ses derniers rnomens... Une telle composition est-elle bien de M. Menjaud:'

Sous le rapport de l'exécution même , son tableau laisse beaucoup à désirer. On y reconnaît toujours une main exercée, et plusieurs parties accessoires sont aussi bien senties que bien rendues ; mais les défauts qu'on a souvent reprochés à l'auteur s'y montrent en plus grand nombre ; jamais son coloris n'a été moins vrai, jamais sa touche n'a tant manqué de naïveté et d'abandon.

Sous le n" 716, M. Menjaud a exposé un autre tableau de chevalet ; il représente François 1*^ au moment où il vient de tuer, au milieu des dames de sa cour, un sanglier qui avait pénétré jusqu'aux portes du château de Fontainebleau. M. Menjaud a été mieux inspiré par l'intrépide et brillant monarque que par le grand peintre. Dans ce tableau , comme dans le précédent , on pourrai t demander un pinceau plus franc , des carnations moin 5 monotones, plus de correction et surtout plus de ressort dans le dessin ; mais il est agréablement composé , et plusieurs détails , rendus avec autant d'élégance que de goût, rappellent le bon tems de M. Menjaud.

Le tableau de François l" tuant un sanglier a été commandé par le ministère de la maison du Roi.

Planche i4- — Thétis plongeant Achille , son fils , dans le Styx, tableau, par M. Trézel.

( Hauteur , 2 pieds 6 pouces ; largeur , 3 pieds. )

Si l'on ne jugeait du tableau de M. Trézel que par le trait dû à l'habile dessinateur qui dirige les gravures de nos Annales , on en prendrait une idée fort avantageuse. Ainsi rendu, ainsi présenté, l'ensemble de la composition paraît aussi noble que gracieux. Pourquoi , dans le tableau, ne fait-elle plus le même effet? Il faut en accuser le pinceau; il manque de chaleur et de nerf. M. Trézel , élève , et, a beaucoup d'égards , élève trèsdistingué de Prud'hon , oublie trop souvent qu'une touche mâle et hardie peut seule , dans un tableau , répandre le mouvement et la vie, A force de chercher le fini minutieux de chaque détail , il tombe dans la manière ; à quelques pas le fini disparaît , et le manque de ressort se fait sentir. L'expression des têtes est insignifiante , celles des nymphes , surtout , qui ne sont point assez jolies : on voudrait aussi dans les draperies moins de papillotage et plus de légèreté. Ces imperfections sont rachetées par des détails bien rendus , et le dessin , sans être très-correct, a de la grâce.

Sous le n° 996, M. Trézel a exposé un autre tableau qui représente Christiern II , roi de Danemarck, que ses vices et ses cruautés firent surnommer le Néron du Nord, au moment oh le chef de la justice du Jutland lui porte, au milieu de sa cour, l'acte de sa déposition. Ce tableau,

qui se fait remarquer , ainsi que l'autre , par un assez bon goût de composition, offre avec celui-ci une égale balance de qualités et de défauts; il a plus de mouvement et d'expression , mais moins de noblesse et de correction dans le dessin ; plus de franchise et moins de monotonie dans la couleur, mais moins d'harmonie dans le ton général , et plus de dureté dans les demi-teintes.

Salon de 1S2

Planche i5 et i6. — La Mort de César ^ tableau , par M. Court.

( Hauteur, i3 pieds 8 pouces ; largeur , i6 pieds 6 pouces. )

C'est la première fois, nous le croyons, du moins, que M. Court expose au Salon. Il était difficile de s'y présenter avec des titres plus éclatans. Le premier pas de M. Court dans la carrière est un pas de géant.

Le sujet choisi par ce jeune artiste eût offert, même au maître le plus consommé dans la pratique de son art, des difficultés immenses ; il en a vaincu une partie avec le plus rare talent. Ce tableau a des défauts , sans doute ; mais ses beautés sont déjà de Tordre le plus élevé ; et c'est par les beautés seules qu'il faudrait juger un tel ouvrage , si l'intérêt de Tart n'exigeait un examen critique; car les fautes que commet un grand talent ont leur contagion : elles font souvent école.

A ne considérer que l'ordonnance matérielle^ le tableau de M. Court est à l'abri de tout reproche. 11 se recommande d'abord par une belle masse de composition et par l'aspect le plus imposant. Sur la tribune aux harangues, qu'entourent le peuple, les amis, les partisans , les soldats de César, est Antoine , d'une main montrant à la foule les blessures du dictateur, et de l'autre, sa robe ensanglantée. A gauche, au premier plan, on voit Brutus, Cassius et Cimber. Irrité du perfide discours d'Antoine, Cassius jette sur lui un regard menaçant, et tire son glaive ; il va s'élancer vers la tribune ; Brutus et

Cimber l'arrêtent. Autour de ces personnages principans: se groupe une immense quantité de figures pFus ou moins importantes, qui toutes se lient parfaitement aux deux épisodes du tableau. A rcxceplion d'une faute grave , dont nous parlerons tout-à-lheure , le caractère du sujet est parfaitement senti. Que ce sont bien là des Romains! quelle noblesse, quelle heureuse simplicité d'attitudes! quelle vérité dans tous ces mouvemens! que ce dessin des nus est large et coulant! les belles têtes! les belles draperies ! que cet homme qui se courbe pour ramasser une pierre , à droite au premier plan , est fièrement dessiné! et cette femme placée au pied de la tribune, et son enfant aux traits si pleins d'énergie et d'intelirgence, et la tête de cet autre enfant assis sur les épaules de son père, et ce vieillard dont une main cache à moitié la figure , et le torse de celui qui de la main droite désigne à son fils les meurtriers de César; et ce fils , et le groupe qui entoure le corps du dictateur!... L'espace nous manque pour louer dignement toutes ces parties où la correction des formes se trouve réunie à l'excellence du style.

3Iais dans ce bel ouvrage trois figures laissent à désirer , selon nous ; et ces trois figures sont justement celles des trois conjmés. Elles sont lourdement ajustées. Les têtes de Cassius et de Cimber manquent de noblesse ; celle de i3rutus fait peine à voir; le neveu de Marcus Caton , le gendre de Caton d'Utique, même à le supposer criminel, ne doit pas avoir l'air d'un malfaiteur.

On a critiqué unanimement l'entente générale du coloris de cette vaste composition. Chaque groupe pris en particulier offre des parties peintes avec largeur et fermeté, d'une couleur franche, d'une louche mâle. Mais

il faut avouer que , vues d^ensemble , les carnations sont monotones , que les mêmes tons froids reviennent souvent, que le gris domine. M. Court a trop oublié que la nature n'offre jamais à nos yeux un tableau dont tous les plans soient d'un coloris égal ; elle procède par nuances , par transitions , elle ordonne des repos ; en elle rien d'amoncelé, rien d'entassé, rien de confus. C'est cette ordonnance naitirellc qui fait ce qu'on appelle en peinture la vérité; sans harmonie, c'est-à-dire, sans le concours de toutes les parties à l'effet général , un tableau manque le but principal que l'art se propose.

Nous avons maintenant à adresser à l'auteur un reproche plus grave.

Afin, probablement, de rendre son action plus complète , M. Court a introduit dans sa composition Brutus et Cassius. Leur présence au Forum , au moment où Antoine harangue le peuple et lui montre le cadavre de César , est une inconvenance. Ni l'histoire , ni Voltaire n'ont autorisé M. Court à la commettre. Il fallait absolument éloigner ces deux héros de la liberté d'une scène où la tyrannie triomphe , d'une scène si avilissante pour le peuple romain; ou, s'ils devaient y paraître , il fallait qu'ils y jouassent un rôle digne d'eux. Quoi! les nobles vengeurs de la plus sainte des causes fuyant devant l'horreur publique comme d'infâmes assassins ! Que , loin de la présence de Brutus , un

peuple avili , dans l'espoir de participer à l'héritage de César , accueille avec transport le cri de vengeance d'un suppôt de la tyrannie, nous y consentons; mais ce peuple, pour lequel Brutus a tout fait , en faveur duquel il s'est armé, pour la cause duquel il doit combattre et

mourir dans les champs de Philippes , devant lui doit baisser les yeux.

Non , César ne peut être représenté dans un même tableau avec Brutus , que pour tomber sous le poignard du digne descendant de l'ennemi des Tarquins, Ces deux grandes figures ne peuvent lutter ensemble dans une même composition. L'une , c'est la liberté , l'autre , la tyrannie : qui des deux devra s'abaisser devant l'autre;'

Dans une Scène du Déluge, du même auteur, c'est une idée sublime que ces deux mains qui cherchent à se saisir sans pouvoir y parvenir. Une telle idée fait un tableau. Le dessin est encore la partie la plus remarquable de cette composition ; on regrette que les traits de la figure principale n'aient pas été mieux choisis.

M. Court a exposé aussi quelques tableaux de chevalet. Celui d'une jeune Fille haisant la main a un capucin , est d'un ton chaud et vigoureux; il prouve que l'auteuif pourra , quand il le voudra bien , arriver à la couleur.

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Planche 17. — Saint Hyacinthe y invoquant la Vierge, ressuscite un jeune homme qui s'était noyé, tableau , par M. Heim.

(Hauteur, 17 pieds; largeur, 12 pieds. )

Cet ouvrage , comme presque tous ceux de M. Heim , se distingue d'abord par une sage el belle ordonnance. Dans une chapelle que la piété des fidèles s'est plu à décorer des plus riches ornemens, aux pieds d'une statue de la Vierge, qu'éclaire à moitié une lampe suspendue à la voûte, est un jeune homme qu'on vient de retirer des eaux. Déjà , grâce à la fervente prière que le saint adresse à la mère du Sauveur, il commence à renaître. Le luxe de ceux qui l'entourent indique en lui une haute naissance. Son père , sa vieille mère , sa jeune et charmante épouse , à l'aspect du miracle qui leur rend un fils et un époux , laissent diversement éclater leurs transports. Du côté de l'autel, sur un plan plus reculé, des moines en prières adorent, sans en paraître surpris, ce nouveau témoignage de la puissante intercession de leur prieur auprès du souverain juge.

Ce tableau est d'un aspect imposant. Les caractères y sont largenïent indiqués. On y remarque un excellent style de dessin et de composition; et l'expression et le mouvement méritent, en général, beaucoup d'éloges; nous devons cependant soumettre à l'auteur quelques critiques de détail. Nous n'aimons pas la pose de la mère du jeune homme; elle soulève le voile qui couvre

le visage de son fils avec une sorte d'apprêt et de coquetterie qui ne conviennent nullement ni à son âge , ni au sentiment qui doit Fanimer. Il nous semble que les jambes du jeune homme, surtout la jambe droite, sont un peu trop longues pour le torse ; la tête de saint Hyacinthe, quoique énergique et vraie, est peut-être d'un caractère un peu commun ; enfin nous relèverons un défaut qu'on a souvent reproché à M. Heim , et sur lequel nous nous permettrons d'appeler de nouveau son attention : il a un peu trop outré l'éclat de ses lumières et le noir de ses ombres; il en résulte, pour l'effet général , un peu de discordance et de dureté. A la dernière exposition nous avons adressé la même critique à un autre tableau du même auteur , le Massacre des juifs ^ composition si remarquable d'ailleurs à tant d'égards !

Dans le tableau de Saint Hyacinthe^ une foule de beautés du premier ordre rachètent les fautes que nous avons remarquées. Un artisle , lors même que cet artiste ne serait pas M. Heim, qui aurait dessiné et peint tout le côté de l'autel, les religieux qui sont au dernier plan , la chapelle et les accessoires , la jeune fille qui lève les bras au ciel, la tête de l'enfant placé derrière le brancard sur lequel est étendu le jeune homme, et surtout la délicieuse figure Je la femme à genoux, un tel artiste, disons-nous, pourrait sans peine et sans crainte accepter quelques critiques , car il devrait être certain d'avoir beaucoup fait pour sa gloire.

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Planche i8. — César, tableau, par M. Couder.

(Hauteur, 2 pieds 6 pouces ; largeur, 3 pieds. )

Dans ce tableau , qui méritait peut-être d'elre traité avec plus d'importance, mais dont l'acquéreur * a sans doute déterminé les dimensions , M. Couder nous offre la scène qui a précédé la terrible tragédie que le pinceau de M. Court a retracée avec tant d'énergie.

M. Couder a choisi, pour sujet de son tableau, le moment où César , le jour des ides de mars , franchit le seuil de sa demeure pour se rendre au sénat. « Cœsar sa- » crifiant aux dieux, il se trouva une hostie (une victime) » immolée qui n'avoit point de cueur, qui estait chose

n étrange et monstrueuse en nature Il y eut un devin

» qui luy prédit et l'advertit long-temps devant , qu'il se n donnast bien de garde du jour des ides de mars , pource j) qu'il seroit en grand danger de sa personne. Ce jour » étant venu , il sortit de sa maison pour aller au sénat , » et , saluant le devin , luy dit en riant : « Les ides de w mars sont venues , » et que le devin luy respondit tout M bas : « Elles sont venues voirement, Cœsar, mais elles

w ne sont point passées » Calpurnia (sa femme) pria

» Cœsar qu'il ne sortist point pour ce jour-là dehors, » s'il estoit possible , et qu'il remeist l'assemblée du sé-

» nat à un autre jour Cela le meit en quelque souspe-

» çon et quelque deffiance , pource que jamais aupara-

* M. Boursault.

» vant il n'avoit apperceu en Calpurnia aucune supers-

» tition de femme Mais quand il veit qu après avoir

» fait immoler plusieurs hosties les unes après les autres , » les devins luy respondoyent tousjours que les signes et '> présages ne luy en promettoyent rien de bon , il réso-

» lut de rompre l'assemblée Mais sur ces enlre-

» faittes arriva Decimus Brulus , surnommé Albinus , » auquel Cœsar se fiait tant, que par testament il l'avait >} institué son second héritier, et néantmoins estait de la

» conjuration Il se mocqua des devins, tenta Csesar,

» le pi'it par la main , et le mena dehors. » ( Pluïarque , Vie de J. César , trad. de J. Amyot.)

On a remarqué avant nous (et c'est pour la première et dernière fois que nous ferons cette observation, jusqu'à ce que M. Couder nous offre l'agréable occasion d'en faire une toute contraire ) , on a remarqué que depuis le Lccite d'Ephrdim et la Mort du Masaccio^ l'auteur de ces deux belles compositions n'avait rien produit qui pût seulement en approcher ; non pas qu'on ne retrouve toujours dans les ouvrages de M. Couder des parties de talent fort estimables ; mais on y cherche vainement ce grand caractère , cette touche large et ferme , cette grâce et celte noblesse de dessin , ce pinceau magistral qu'on avait remarqués dans les deux beaux ouvrages que nous avons cités , et qui firent une si vive sensation au Salon de 1817. Les incorrections mêmes de ces deux ouvrages étaient d'un tout autre ordre que celles des nouvelles productions de leur auteur.

La composition du tableau de César n'est pas sans mérite , mais elle est froide. Ce tableau manque d'air; il est impossible de tourner autour des prêtres et des devins

qui sont à gauche au fond. Nous regrettons d^ autant plus que l'exécution de ces figures ait été négligée, que nous avons remarqué, dans le coin obscur où elles sont reléguées , une fort belle idée dont M. Couder n'a tiré qu'un faible parti. Nous voulons parler de ce jeune homme dont la tête seule apparaît au milieu de la fumée du sacrifice , et qui , coiffé du bonnet troyen , du bonnet de la liberté, semble être la république elle-même menaçant César.

La tête de César ressemble assez aux portraits de ce héros que le marbre et l'airain nous ont conservés, mais elle aurait pu avoir plus de noblesse. La figure de Calpurnie est généralement bien : la draperie qui l'entoure est jetée avec beaucoup de goût ; mais le mouvement de sa tête nous semble trop forcé.

Voilà bien des critiques. M. Couder nous a donné le . droit d'être sévère à son égard : nous croirions l'offenser par notre indulgence. Notre rigueur le conserve encore au rang qu'il avait autrefois mérité ; il aura beau faire , nous n'oublierons pas le Salon de 1817.

M. Couder a exposé quelques autres tableaux dont nous parlerons plus tard.

Planche 19. — Manlius QipitoUnus se précipitant du haut de la roche Tarpéiennc , tableau, par M. Dubois.

(Hauîeiii-, 10 pietls 4 pouces ; largeur , 8 piecl^ 6 pouces. )

Le nom ùe M. Dubois se signale au Salon de celte année par trois compositions importantes, qui toutes trois , maigre leurs défauts , offrent assez de beautés pour justifier en partie les espérances que ce jeune artiste a données. Deux de ces ouvrages lui ont été commandés ; nous nous proposons d'en parler dans un autre article; le troisième est celui qui nous occupe en ce moment.

M. Dubois a pris le sujet de son tableau dans le récit qui termine la tragédie de Lafosse.

L'histoire a fait un profond et dangereux conspirateur de ce Manlius, qui avait mérité le surnom de CapitoUnus en sauvant sa patrie : son crime est loin d'être prouvé. Mais, quoi qu'il en soit de notre opinion à cet égard, si la raison veut Manlius innocent , la poésie et la peinture le veulent coupable ; il présente à leurs inspirations une figure bien plus imposante.

C'est surtout dans le mouvement et l'expression de ses figures que M. Dubois a déployé un véritable talent. On peut lui reprocher des draperies trop lourdes , trop pesamment agencées; une touche plutôt rude que ferme; des ombres noires et sans transparence; nous croyons que le bras gauche de Servilius est un peu trop long, etc. Ces critiques , et quelques autres encore , peuvent être

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fondées ; mais on avouera avec nous que la tête de JVIanlius et celle de Servilius , quoique le dessin n'en soit peut être pas d'un très-grand caractère , sont d'une expression admirable; qu'elles contrastent ensemble de la manière la plus énergique et la plus touchante. C'est ici que le peintre s'élève bien au-dessus du poète. Quel aspect douloureux et terrible ! De quel mélange d'horreur et de pitié ne sent-on pas son cœur frémir en contemplant ce jeune Servilius, généreuse victime de l'amour et de l'amitié, comme Manlius l'est de la haine! Quel sentiment profond est empreint dans tous ses traits! Déjà la pâleur de la mort couvre son visage; mais qu'on y lit bien sa résignation sublime! Qu'il est bien prêt à confondre son ame avec l'ame de son ami! Sans le regarder (car Blanlius l'accuse encore peut-être d'avoir causé sa ruine) , il

l'attire à lui plutôt qu'il ne l'entraîne déjà la moitié

de son corps est suspendu au-dessus de l'abîme.... Manlius, sans songer à la mort, presse la main de Servilius dans la sienne , et semble le retenir un moment pour lui montrer ce Capitole qu'il a sauvé , et pour maudire une

dernière fois son ingrate patrie

L'artiste qui a conçu ainsi une telle scène n'a plus qu'à achever d'apprendre ce que l'art seul peut enseigner. Qu'il travaille; il a en lui tout ce qu'il faut pour aller au grand il sait penser et sentir.

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Planche 20. — La délivrance de saint Pierre^ tableau, par M. Dubufe.

(Hauteur , y pieds 6 pouces ; largeur , lo pieds. )

« Quelque tems après l'ascension de Jésus - Christ , » Pierre et Jean , qui étaient allés à Jérusalem par ordre » du Sauveur, opérèrent de si éclatantes et de si nombreun ses conversions que la haine des prêtres et des chefs du » peuple éclata contre les apôtres , comme elle avait » éclaté contre leur divin maître. Le sanhédrin, qui » était principalement composé de Sadducéens, résolut w de se saisir de Pierre et de Jean dont la prédication et n les miracles entraînaient le plus de prosélytes. Ces » deux apôtres furent arrêtés et conduits en prison. Mais, a la nuit même qui suivit cet emprisonnement, un ange » vint leur ouvrir les portes de leur cachot, et leur « ordonna de continuer à semer la parole de Dieu. »

Nous ignorons pourquoi , selon ce récit des Actes des Apôtres^ M. Dubufe n'a pas placé saint Jean à côté de saint Pierre, puisqu'ils furent renfermés dans le même cachot, et délivrés ensemble. Peut-être quelque convenance de localité a-t-elle exigé que l'image de saint Pierre fût seule offerte dans ce tableau à la vénération des fidèles.

La composition de M. Dubufe est sage , mais froidement conçue. On cherche pourquoi , dans un cachot assez étroit, l'ange vole auprès de saint Pierre, au lieu de marcher devant lui. Ce vol terre à terre , et cette

figure qui sort de l'épaule droite de saint Pierre , quoiqu'elle soit jolie et modelée avec finesse , ne sont pas d'uu heureux effet. Nous n'aimons pas la figure du soldat endormi à droite au premier plan. Sans la main sur laquelle s'appuie le casque , on chercherait à deviner ce que peut cacher ce vaste manteau. La porte du cachot n'est pas de style; on dirait d'une porte d'appartement peinte en gris clair. En général , l'exécution de ce tableau est froide ; la touche manque de largeur et de fer meté.

Depuis l'ouverture du Salon , M. Dubufe a exposé , sous les n°' i^^g et i46o , deux tableaux de chevalet, le Souvenir et les Regrets. Ces deux tableaux sont fort admirés des dames, qui y trouvent une grande vérité. Quant à nous, nous y avons remarqué une exécution facile; mais ils nous ont paru trop peu étudiés , et d'une couleur plus brillante que vraie.

Planche ai. — Combat d'Hercule et de Murs sur le corps de Cycnus, par M. Guillemot, tableau commande par le ministère de la maison du Roi.

( Hauteur, i5 pieds 4 pouces; largeur , 14 pieds 8 pouces. )

A une époque où les tableaux de genre jouissent auprès des amateurs d'une préférence marquée, à une époque où de bizarres novateurs cherchent à faire sortir la peinture du sentier où l'avaient ramenée David et les maîtres qui furent ses élèves , M. Guillemot est l'un des peintres qui sont restés le plus fidèles aux nobles principes de cette école. Que le succès n'ait pas toujours couronné ses travaux, sa classique persévérance n'en mérite pas moins des éloges.

Les sujets mythologiques sont ceux que cet artiste semble choisir de préférence. Ce sont les plus difficiles à traiter. Outre une étude assidue de l'antique , ils exigent ce sentiment exquis, cet idéal de pensée et d'exécution , cette correction , cette pureté de dessin , cette hauteur de style dont bien peu de peintres ont eu le secret. Sans posséder toutes ces qualités, M. Guillemot a fait souvent preuve d'un talent très-distingué. Sa Mort (F Hippolyte ^ sous le rapport du dessin, est digne des honneurs du Luxembourg. Cet ouvrage nous paraît supérieur au combat de Mars et d'Hercule.

D'abord le sujet de cette dernière composition est à peu près inintelligible sans le livret du Salon. On reconnaît Jupiter et Hercule ; mais comment deviner quels

Tremy, de/.

soiUics deux auJrcs personnages. Cycnus, fiis de Mars et de Pyrène , osa combaltrc contre Hercule ; il fui vaincu et tue. Pourquoi l'auteur ne s'est-il pas conforme à ce récit? Pourquoi Cycnus n'expire-t-il pas aux pieds d'Hercule? La fureur de Mars qui veut venger son fils eût été mieux comprise; l'action des personnages eût eu plus de mouvement, plus de chaleur, plus d'intérêt dramatique. Dans le tableau de M. Guillemot, Cycnus paraît être à peine blessé , et sa pose académique jette du froid sur tout le reste de la composition. La tclc d'Hercule pourrait être plus noble; nous croyons que Tavant-bras droit de Mars est un peu court ; la jambe droite a le même défaut. Toutefois le dessin est la partie remarquable de ce tableau, dont le coloris pourrait avoir plus d'éclat et de vigueur. La figure de Cycnus, sauf le défaut de la pose, est dessinée avec élégance et correction. On reconnaît dans plusieurs autres parties de cet ouvrage le crayon d'un peintre habitué depuis long-tems à traiter des sujets de style.

Les autres tableaux que M. Guillemot a exposés cette année ont été peu goûtés des connaisseurs , et ceux des Amours d' Acis et de Galathée , et de Mars et Vénus surpris par Vulcain, malgré quelques détails où l'on retrouve le talent de l'auteur , nous ont paru mériter, sous le rapport de la composition et même du dessin , les critiques, qu'on en a faites.

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Planche 22. -^ Le Christ en croix , par M. Robert Lefèvre , tableau commandé pour l'église du Mont-Valérien.

( Hauteur , 1 1 pieds 7 pouces ; largeur, 9 pieds 4 pouces.)

« Le Sauveur vient de rendre le dernier soupir. La j» Vierge , soutenue par sainte Marthe , succombe à sa » douleur. Saint Jean , rempli de foi , ne voit dans cette » mort qu'un triomphe, et T accomplissement des mys- » tères de la rédemption. Madeleine , prosternée , emw brasse le bois sacré , et saint Pierre , confus d'avoir » renié son Dieu, exprime son repentir. »>

Telle est l'explication que M. Robert Lefèvre luimême donne de son tableau. Elle est complète , et fait bien connaître toutes les intentions du peintre : nous ne pouvons rien y ajouter.

11 était bien difficile de trouver quelques idées neuves dans un sujet tant de fois traité : M. Robert Lefèvre y est parvenu. Rien de plus heureux que le contraste de la foi pieuse et du mystique transport de saint Jean, et des remords de saint Pierre. Ces deux figures sont bien senties; elles sont surtout posées avec un art plein d'esprit et de convenance. Saint Jean , debout sur le devant du tableau, élève vers son divin maître un front rayonnant d'espoir ; saint Pierre , à genoux derrière la Madeleine , cache son visage dans ses mains.

Tout ce tableau est fait de sentiment ; peut-être doiton regretter que M. Robert Lefèvre n'ait pas donné tout

Sobertîgfèviv.pinx^.

J'rvmif, iM .

JT^Soi/er, néf Zim</on,,rf

le tems nécessaire à l'étude de la figure du Christ ; elle nous a paru un peu grêle. Sous le rapport du coloris et de l'harmonie générale, ce tableau est fort recommandable.

Depuis long-tems la réputation de M. Robert Lefèvre , comme peintre de portraits, est solidement établie. Si son portrait en pied du Roi , et celui de l'archevêque de Bourges , ne peuvent être placés sur la ligne de ses plus beaux ouvrages en ce genre , son talent se retrouve tout entier dans le portrait de madame Lafont , l'épouse de l'aimable et célèbre artiste dont les sons ravissans ont tant de fois enchanté notre oreille.

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Planche 23. — Sainte Geneinèvc apaisant un orage qui tombait sur ses moissons, par M. Grenier, tableau commandé par M. le préfet de la Seine.

( ïïaiitour , lo pieds; largeur, 8 pieds 6 pouces.)

On a vu à rexposltion de 1819 un autre tableau du même auteur , représentant sainte Geneviève ramenant k^ Francs sur leurs remparts. Il fut l'objet d'éloges et de critiques qu'on peut également appliquer au tableau qui fait le sujet de cette notice , et qui doit lui servir de pendant. Le sujet de celui-ci , comme composition historique , offrait moins de ressources que le premier au talent du peintre. Ce qui, dans un poëme, serait l'objet d'une description touchante et gracieuse, parce que le poète pourrait se livrer à tous les développemens nécessaires, ne présente dans un tableau qu'une scène vague que tout l'art du peintre ne peut clairement retracer. En efft't , comment rendre l'intention morale d'une femme à genoux , élevant les mains vers un ciel orageux ? Elle prie ; qui nous dit qu'elle apaise une tempête ? Le livret du Salon , mais non pas le tableau. Ne reprochons* pas trop à M. Grenier de n'avoir point rendu d'une manière plus précise la pensée première de son tableau ; peut-être l'aurait-il fait comprendre mieux, en ajoutant quelques circonstances de plus à sa composition , telles, par exemple, qu'un arc-en-ciel, signe accoutumé de la fin d'un orage; un berger l'aurait montré avec joie à quelques femmes épouv3fntécs. Quoi qu'il en soit , le su-

Salon lie jâ»-

Grenier, pài.v^

Fremy, del .

Jf^Soyer, née Xandart, .k.

|el traité par M. Grenier ( et que sans doute il n'a pas choisi ) n'est pas de ceux que doit retracer le pinceau. Il a mal inspiré l'auteur ; ses figures se ressentent du vague de sa composition; elles n'ont point le caractère du tems ; sainte GeneQÎèoe ^ surtout, n'a point été coTnçue dans un style assez grave, dans ce style qui seul convient à des sujets religieux.

Si nous ne jugeons le tableau de M. Grenier que sous le rapport de la couleur et- du dessin , il est digne de beaucoup d'éloges. Le coloris en est à la fois brillant et solide ; les draperies sont ajustées avec goût ; le paysage est aussi bien peint que bien composé; et si les figures manquent de ce caractère qu'exigeaient et le sujet et l'époque , elles ne manquent du moins ni de vérité ni de grâce ; elles sont généralement peintes avec une finesse très-remarquable.

Un tableau du même auteur, représentant des grenadiers qui escortent des munitions de guerre, est un des plus |oIis tableaux de genre de l'exposition. La touche en est vive et spirituelle. Il dénote en M. Grenier une rare facilité, l'une des premières qualités à\m peinîre, qiiand «lie se joint à la correction.

Planche a^- — I» Un Jeune Chasseur blesse' par un serpent, statue en marbre , par M. Petitot fils. — Ih La Mort d'Euryale et de Nisus , par M. Roman , groupe en marbre commandé par le ministère de la maison du Roi.

(I. Hauteur, 4 P'eds j pouces — II. Hauteur, 5 pieds 4 pouces.)

Si, depuis plusieurs années, la peinture offre quelques signes de décadence contre lesquels s'arment vainement les véritables amis de Tari , la sculpture , ainsi que nous l'avons remarqué dans notre avant-propos , semble acquérir de nouvelles forces et grandir à chaque exposition nouvell*^. Les ouvrages de nos sculpteurs sont en petit nombre ; mais c'est parmi eux peut-être qu'il faut aller chercher les plus fermes soutiens de la gloire de notre école. La foule n'encombre pas la galerie où ils sont exposés, comme les salons de peinture; et cela se conçoit : l'artiste ou le connaisseur consommé peuvent seuls se rendre bien compte des beautés et des défauts d'une statue. Dans ce marbre blanc et froid, on trouve fort peu de ces données qui facilitent la comparaison de l'ouvrage de l'art avec celui de la nature ; ce qu'on a vu, ce qu'on voit, on doit le retrouver dans un tableau; le st:.tuaire a d'autres exigences qui appartiennent plus spécialement à l'art, et que l'oeil du vulgaire est trop inhabile à saisir.

Plusieurs causes ont pu détourner nos jeunes sculpteurs de la tendance de l'école , et les ont protégés contre

les systèmes bizarres qui s'y sont introduits. La sculpture , étant proprement Fart des formes , doit sans cesse consulter la nature. Sans l'étude de la nature, point de formes vraies ; sans formes , point de sculpture. Comme elle n'a , pour l'ordinaire , à s'occuper que d'un seul objet, elle est moins soumise que la peinture aux caprices de la pensée, et ne peut s'égarer comme elle. Les productions de son ciseau, presque toujours consacrées à l'ornement de nos temples, de nos monumens publics , exigent, même dans les sujets les plus gracieux , une noblesse et une gravité de style qui ne s'obtiennent que par un travail assidu, et qui ramènent sans cesse à l'étude des grands modèles. En outre , comme le remarque fort bien Diderot, dans son examen du Salon de lyGS , s'il est permis de prendre le pinceau pour attacher à la toile une idée frivole qu'on peut créer en un instant et effacer d'un souffle, il n'en est pas ainsi du ciseau qui, déposant la pensée de l'artiste sur une matière dure , et d'une éternelle durée, doit faire toujours un choix original et peu commun. La sculpture ne souffre pas davantage une exécution médiocre ; un tableau fait de pratique peut encore plaire; une statue, ainsi exécutée, ne mérite pas un regard.

C'est bien sous la double inspiration de la nature et de l'antique, que M. Petitot fils a conçu son jeune chasseur. Cette figure est charmante ; et si , jugeant de l'avenir par le passé , nous devons croire que les oeuvres de nos sculpteurs pourront seuls transmettre à la postérité les progrès des beaux-arts en France , l'ouvrage de M. Pelitot ne sera pas l'an des moins glorieux témoignages de la prospérité de notre école.

Le sujet du groupe de la mort d'Euryale et de Nisus \}st l'un des plus beaux que la sculpture puisse emprunter à la poésie. M. Roman s'est inspiré de ce passage du touchant épisode de Virgile :

Talia dicta dabat ( Nisus ) / sed viribus cnsis adactus , etc. ,

imité plutôt que traduit par Delille dans ces vers :

Durant ce vain discours, par la lance mortelle Déjà frappé de mort, Euryale chancelle; Il tombe : un sang vermeil rougit ce corps charmant ; Il succombe , et son cou, penché languissarament , Laisse sur son beau sein tomber sa jeune tête : Tel languit un pavot courbé par la tempête ; Tel meurt , avant le tems , sur la terre couché, Un lis que la charrue en passant a touché.

Nisus court

Ainsi l'heureux Nisus donne et trouve la mort :

Percé presque à l'instant de la lance fatale ,

11 se jette mourant sur son cher Euryale,

De son dernier regard cherche encor son ami ,

Meurt, et d'un long sommeil s'endort auprès de lui.

Le groupe de M. Roman , malgré le vrai talent que i'auteur a déployé , ne pouvait pas rendre tout l'effet des admirables vers de Virgile ; car c'est là l'un des avantages de la poésie sur les beaux-arts : elle peut embrasser toutes les circonstances d'une action et les nuancer à son gré, tandis que la peinture ou la sculpture n'en ont qu'une à saisir.

Il nous semble cependant que M. Roman n'a point assez médité sur le beau passage de \ irglle. Il y a dans son groupe un fracas de douleur qui n'existe pas dans les vers du poète. L'expression et la pose de la figure de

Nisus sont un peu outrées; celte figure rappelle trop V Ajax de Dupaty, et, selon nous, ce n était point dans ce sentiment qu'elle aurait dû être composée; le mouvement exagéré de la cuisse et de la jambe droite , quel que soit le point de vue d'où Ton veuille les examiner, est loin de faire un bon effet. La figure d'Euryale est charmante et de pose et de dessin. Ce groupe est d'un aspect imposant ; on remarque un grand caractère dans l'ensemble , et la plupart des détails sont étudiés avec soin.

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Planche 2 5 et a6. — La prise du Trocadéro , par M. Paul Delaroche , tableau commandé par le ministre de la maison du Roi.

( Hauteur, 10 pieds i pouces; largeur , i5 pieds 7 pouces. )

« Dans la nuit du 3o au 3i octobre iSaS, à deux heures et un quart , les colonnes d'attaque formées des compagnies d'élite , de sept bataillons de l'infanterie de la garde et du 34-^ de ligne, s'élançant de la tranchée, franchissent la coupure et escaladent les retranchemens du Trocadéro. »

C'est ainsi que dans le livret du Salon, l'auteur luimême indique son sujet; voyons maintenant comment il l'a traité. *

Au centre du tableau, au pied de la tranchée, est le prince général en chef; il suit de l'œil la marche des troupes. Derrière lui, au premier plan, on remarque le duc de Guiche , le général Dode de la Brunerie, le duc de Liancourt , le général Guilleminot et le général Tirlet. Sur un plan plus reculé , à la droite du tableau, sont plusieurs officiers d'état- major , au nombre desquels est le commandant Des Essarts, aide-de-camp du général Dode de la Brunerie. Toutes ces figures sont remarquables par la vérité de l'expression, le naturel de la pose et Ja vigueur du coloris, surtout celles du prince et du duc de Guiche , dont la ressemblance est frappante.

La tranchée , que franchit au pas de charge une colonne d'infanterie , coupe diagonalement le tableau. A

gauche, au fond, les Français, partagés en deux colonnes d'attaque, ont déjà commencé le combat. La lune, un feu de bivouac qui est censé placé hors le tableau , et le feu des batteries et de la mousqueterle éclairent les diverses parties de cette composition.

Malgré le succès que ce tableau a obtenu à Texposition , il a été Tobjet de criiiques nombreuses. On reproche à Tauteur une perspective linéaire mal observée; la lueur que jette sur les figures principales le feu supposé du bivouac est beaucoup trop vive ; l'effet de la lune est mal senti ; le reflet du feu des batteries dans Peau est incompréhensible; jamais feu de mitraille ou de mousqueterle, placé même au bord de l'eau, et dans la nuit la plus obscure, n'a produit un tel effet. Malgré ces défauts , cet ouvrage ne peut avoir été créé que par un talent d'un ordre très-élevé.

Il faut tenir compte à M. Delaroche des difficultés immenses de son sujet. Et d'abord ( nous ne parlons ici que de la couleur et des effets), il était non-seulement impossible à l'artiste de consulter la nature , mais même, dans la plus grande partie de son tableau, il a dû, presque toujours, être forcé d'interroger d'autres souvenirs que les siens , puisqu'il n'a jamais vu , du moins nous le croyons, ni feu de batterie, ni attaques nocturnes.

Quoi qu'il en soit , ce tableau doit ajouter à la réputation toujours croissante de M. Delaroche. Pour produire une telle page , il fallait avoir bien des ressources dans son talent.

M. Delaroche traite avec un égal succès les morceaux de grande proportion et ceux de chevalet. Chacun des trois

tableaux de genre qu'il a mîs au Salon mériterait un article à pari. Le premier représente /S? /eune Caumontde la Force ^ sauoé par un marqueur du jeu de paume du Verdelet. C'est Taventure de Jacques-Nompar de Caumont, duc de la Force, créé maréchal de France en 1622, qui, lors des massacres de la Saint-Barthélémy, oublié par le poignard des assassins entre son père et son frère égorgés , trouva un sauveur dans un marqueur du jeu de paume du Verdelet qui s'apprêtait à le dépouiller. Ce tableau , d'une exécution très-soignée , d'un sentiment vrai , manque un peu d'air ; il nous semble que le pinceau y a moins de largeur que dans les autres ouvrages de l'auteur ; M. Delaroche a rendu avec un fini précieux des détails qui papillotent à l'œil , et qui nuisent à l'ensemble. La Suite d'un duel est une composition profondément sentie, de l'effet le plus dramatique, mais peut-être d'une exécution un peu lourde. Le sujet de ISIiss Macdunald portant des secours au dernier prétendant après la bataille de Cul loden ^ est traité de main lie maître. Pâle, défait , les cheveux en désordre , succombant sous la fa tigue et le besoin , l'intrépide et malheureux Charles Edouard semble se ranimer à l'aspect de la vierge charmante qui , pour lui sauver la vie , a bravé tous les dangers. Saisis de surprise et d'admiration , les compagnons d'infortune du prétendant croient voir en elle un ange descendu des cieux ; tout , dans cette adorable figure , modestement parée de tant d'attraits , inspire à la fois le respect et l'amour. Ce tableau est un petit chef-d'œuvre de grâce, de vérité, de charme, de sentiment. La couleur locale et le caractère des personnages y sont parfaitement observés; l'exécution esta la hauteur deja pensée.

Cet ouvrage est sans contredit l'un des meilleurs de M. Delaroche, et, de tous les tableaux de chevalet de l'exposition, celui qui, selon nous, approche le plus de la perfection.

Nous allions livrer cet article à l'impression , lorsque nous avons appris que M. Delaroche se proposait d'envoyer au Salon son tableau des Derniers momens d'Elisabeth (t Angleterre, Nous savions que M. Delaroche avait commencé, il y a à peu près deux mois , cet important ouvrage , mais nous ne pensions pas qu'il pût être terminé avant la fin de l'exposition. Il l'est , et dans quelques jours il paraîtra sous les yeux du public. Nous sommes allé voir ce tableau dans l'atelier de l'auteur; il a fait sur nous la plus vive impression; mais , plein d'une juste défiance de nous-même, nous craignons toujours , soit en bien soit en mal , d'écrire sous l'ascendant de nos premières émotions. Un ouvrage tel que le nôtre , honoré des souscriptions des premiers talens en tout genre, veut des examens plus approfondis. Nous attendrons donc, pour rendre compte des Derniers momens d'Elisabeth , qu'un jugement public ait confirmé le nôtre *.

*Nous saisirons cette occasion de justifier, auprès de ceux de nos souscripteurs qui auraient pu s'en plaindre , les divers retards qu'a subis jusqu'à ce jour la publication de nos livraisons. Il ne faut nullement nous en accuser. Jamais exposition n'a éprouvé tant de mutations, d'interruptions, de morcellement. Au moment où nous venons de terminer un article sur un peintre, cet artiste expose un nouvel ouvrage qui exige dans notre article des changemcns , des additions, souvent même une rédaction nouvelle. Tel tableau a été inscrit au livret , et a été gravé par nous, qui ne paraîtra pas au Salon ; tel autre dont on ne parlait

pas apparaît tout à coup , et c'est justement le clief-d'œuvre du peintre. Ainsi la Distribution des récompenses aux artistes de 1824, par IM. Heim , admiiable tableau auquel l'auteur travaille encore , et qui est au dessus de tous les éloges que nous en avons pu faire , a été sur le point de ne point paraître ; et cependant nous nous croyions certains qu'il serait placé au Salon au moment de l'ouverture; ainsi M. Horace Vernet va, dit-on, envoyer un ouvrage bien plus important que tous ceux qu'il a déjà soumis au public, etc. Nous avons éprouvé les mêmes désagrémens pour MM, Delacroix, Fleury , Boisfremonl, Dubuffe, etc., etc. De là , une incertitude continuelle dans la disposition de nos matériaux. Nous espérons que ces contre-tems n'auront plus lieu, et que nos livraisons se suivront dorénavant avec toute la rapidité désirable.

Planche 27. — Mentor surprend Télémaque près cP Eucfuiris ^ et V entraîne loin de celle qu'il aime , tableau , par M. Monvoisin.

(Hauleur, 9 pieds 6 pouces; largeur, 8 pieds 1 pouce.)

C'est au Salon de 1824 que le nom de M. Monvoisin a parupourla première fois. Ce jeune artisteavaitenvoyé de Rome, où il résidait encore en qualité de pensionnaire, son tableau de CalUrhoé ^ brillant témoignage de ses travaux et de ses progrès. Depuis cette époque, M. Monvoisin a redoublé de zèle , et huit tableaux , exposés par lui au Salon de cette année , attestent que tous ses instans ont été consacrés à l'étude. Il a de plus exposé deux portraits.

Nous avons fait graver le tableau de Télémaque , quoique, des diverses compositions de M. Monvoisin , ce ne soit peut-être pas celle que nous aimions le plus. Mais c'est la plus importante après le tableau de saint Gilles^ qui ne peut , selon nous , lui être comparé.

Ce passage du chef-d'œuvre de Fénelon a fourni le sujet qu'a traité M. Monvoisin. « En disant ces paroles, n Mentor le prit par la main et l'entraînait vers le rivage. » Télémaque suivait à peine., regardant toujours derrière » lui. Il considérait Eucharis, qid s'éloignait de lui. Ne » pouvant voir son visage , il regardait ses beaux che- » veux noués , ses habits flottans et sa noble démarche. Il w aurait voulu baiser la trace de ses pas. Lors même qu'il

Salon de 1S2-

ri 27

Jfûm>ûij'{n,jpùui:^

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« la perdit de vue, il prêtait encore Toreille , s'imaginant » entendre sa voix , etc. »

M. Monvoisin a changé , comme on le voit , la disposition de cette scène. Dans son tableau, Eucharis est assise ; Télémaque seul s'éloigne. Nous ne ferons aucune remarque sur ce changement , qui a pu mieux convenir à l'ordonnance de la composition ; mais nous adresserons à l'auteur un reproche qui attaque la composition ellemême. Comment une description si passionnée n'a-t-elle pas mieux animé ses pinceaux? Comment, Fénelon à la main , n'a-t-il produit qu'un tableau dénué de chaleur et de mouvement ? Rien de plus froid que ces trois figures de profil qui, toutes trois, ont le visage tourné en sens contraire. Les traits seuls d'Eucharis expriment assez bien la douleur, au degré qui convient à une jeune fille , à une nymphe , à une immortelle. Mais Télémaque ! Est-ce là ce jeune insensé que dévore une passiou rebelle à tous les conseils de Mentor.'* Il suit son guide sans résistance ; ses bras, ses mains, ses jambes, son corps , sont paisibles; son cou est mollement arrondi, et ses yeux vont chercher à peine , pour la dernière fois , les larmes de son amante. M. Monvoisin ne s'est donc pas souvenu de cet autre passage de l'immortel archevêque ? « Son cœur était comme la mer , qui est le jouet de tous » les vents contraires. Il demeurait souvent étendu et » immobile sur le rivage de la mer; souvent dans le fond » de quelque bois sombre , versant des larmes amères, et » poussant des cris semblables aux rugissemens d'un » lion. Il était devenu maigre; ses yeux étaient pleins M d'un feu dévorant. A le voir pâle , abattu et défiguré , » on aurait cru que ce n'était point Télémaque. Sa

)> beauté, son enjouement, sa noble fierté s'enfuyaient » loin de lui. Il périssait. Tel qu'une fleur qui, étant » épanouie le matin , répand ses doux parfums dans la » campagne , et se flétrit peu à peu vers le soir , ses vives I) couleurs s'effacent, elle languit, elle se dessèche, et n sa belle tête se penche, ne pouvant plus se soutenir ; « ainsi le fils d'Ulysse était aux portes de la mort. »>

Voilà une admirable peinture des effets d'une première passion malheureuse. Tous les traits de ce morceau ne pouvaient, nous le savons, convenir au peintre; c'était au génie à choisir. Chaque art a ses procédés ; mais ils doivent tous parvenir au même but. Dans ce jeune homme bien frais , bien rosé , au front presque paisible , je ne reconnais pas le Télémaque de Fénelon ; c'est celui de M. Monvoisin.

Si, dans ce tableau, nous ne cherchons que l'exécution, nous aurons beaucoup à louer. Cependant on reproche à la figure de Télémaque , et surtout à celle de Mentor , de se découper un peu trop sèchement sur le fond; mais, en général, le coloris est suave et lumineux, le dessin gracieux et correct. L'Eucharis est charmante.

Nous l'avouerons, nous préférons à ce tableau ceux S'une Bergère sonînaise et d'wH jeune Pasteur napalituîn. Ces deux figures, faites toutes de sentiment, sont d'une naïveté délicieuse. Il règne dans ces deux ouvrages un goût du simple et du vrai que M. Monvoisin doit continuer à suivre, et dont il s'est trop écarté dans son tableau de saint Gilles ^ et même dans celui de Rosemonde , quoique ce dernier morceau soit fort joli d'exécution.

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Planche 28. — L'Amour suppliant Vénus de pardonner à Psyché, tableau, par M. Rouget.

(Hauteur, 8 pieds 9 pouces; largeur, 6 pieds 11 pouces.)

Jusqu'à ce jour , le talent de M. Rouget, spécialement consacré aux tableaux d'apparat, s'est occupé de retracer les souvenirs du moyen âge , et les faits les plus imposans de notre histoire. On a trouvé dans tous ses ouvrages une grande entente de composition , un pinceau habile , des caractères vrais , et, avant tout , un bonheur d'exécution dans les détails qui , plus d'une fois , mérita les éloges de David. Cette fois , M. Rouget a voulu essayer ses forces dans un genre où , surtout à l'époque où nous sommes , on a bien peu de rivaux à craindre : le genre gracieux dans le style élevé. Nous aurions désiré que l'auteur eût fait choix d'un sujet moins usé que cette éternelle Psyché , qui , d'ailleurs , rappelle de nos jours trois triomphes éclatans * que M. Rouget , sans doute , n'a pas eu la prétention de vouloir éclipser. On a remarqué avec raison que le pinceau de cet artiste , ordinairement plein de franchise et de liberté, était ici froid et léché ; que la pose de la jambe gauche de l'Amour était contrainte et forcée , que son bras droit était petit

* Psyché enlevée par les Zéphyrs , par Prudhon ; Psyché ■, par M. Gérard ; t Amour et Psyc/té, par M. Picot. David a traité aussi ce dernier sujet avec toute la supériorité de son talent : nous ne citons pas ici son tableau , parce qu'il n'a pas été soumis à l'épreuve d'une exposition publique.

et maigre , que sa tête était trop forte pour le torse ; que celles de Vénus et de Psyché étaient d'un caractère un peu mesquin , que toute cette peinture , enfin , ressemblait trop à de la peinture de convention. Cependant ce tableau plaît malgré ses défauts ; il y a du charme dans l'ensemble de la composition , la figure de Vénus offre plusieurs parties bien étudiées , et celle de Psyché est généralement d'un dessin gracieux et correct. Nous pensons que si M. Rouget veut consacrer à des études sérieuses sur le style un tems que jusqu'ici des travaux d'un autre genre ont presque entièrement absorbé , il peut espérer de véritables succès.

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Planche 29. — Un épisode de là guerre d^ indépendance des Hellènes contre les Turcs, tableau par M. Horace Vernet.

( Hauteur^ i pied 10 pouces; largeur, 18 pouces.)

M. Horace Vernet, jusqu'à ce jour, n'a envoyé au Salon de cette année que des tableaux de chevalet. A l'exception d'un seul, la dernière Chasse de Louis XVI à Fontainebleau , il les a tous réunis sous un même nunaéro (io3i), sans désignation particulière; nous avons dii en donner une à l'ouvrage dont nous rendons compte.

Ces petites compositions ont souffert plus ou moins des travaux imporlans auxquels M, Horace Vernet a consacré tous ses soins pendant le cours de l'année dernière. Elles sont, pour la plupart, inférieures à celles qui les ont précédées ; mais n'attachons pas plus d'importance que l'auteur lui-même à ces légères productions qu'enfante, en se jouant , sa prodigieuse facilité. Celte année , c'est au Musée Charles X, c'est au conseil d'état que M. Horace Vernet appelle ses juges.

Le tableau dont le trait est joint à cette notice représente un jeune Grec foulant à ses pieds un chef musulman , et ordonnant à un esclave ennemi de trancher de ses propres mains la ^ête de son maître. Ce tableau , d'une couleur brillante , offre ce laissez-aller de pinceau , cette manière heurtée que plusieurs de nos peintres ont voulu imiter des Anglais , et que M. Horace Vernet a su embellir. Comme eux il a cherché l'effet

piquant en rassemblant la lumière sur une seule figure , dont le ton contraste fortement avec le reste du tableau. De tels effets ne s'obtiennent presque toujours qu'aux dépens de la vérité. La tête de ce jeune Grec , fort belle d'expression , n'est-elle pas trop décolorée? est-ce là de la cbair?

Nous ferons sur le choix même du sujet une observation que nous soumettons à l'excellent esprit de M. Horace Vernet. Chaud partisan des Hellènes , sans doute, dans ce tableau il n'a voulu qu'honorer leur cause, et cependant l'action de son jeune Grec tend à l'effet contraire : cette action n'est pas d'un soldat , d'un brave ; c'est celle d'un barbare. On ne s'intéresse pas à lui , mais à l'infortuné qu'il va faire froidement égorger. Ce n'est point par de tels assassinats qu'on se montre digne de conquérir la liberté.

Au nombre des autres productions que M. Horace a exposées cette année, il en est trois qui ont plus particulièrement attiré l'attention du public. La première représente un combat entre des paysans français et des Cosaques, dans la campagne de France, en i8i4' On voit, au premier plan , un ancien soldat redevenu laboureur , qui , frappé d'un coup mortel , est près d'expirer entre les bras de sa fille. Cette composition , pleine d'un pathétique vrai et d'une excellente couleur , est une des meilleures que M. Horace Vernet ait jamais faites- Les deux autres rappellent le supplice auquel Mazeppa fut condamné dans sa jeunesse. Dans l'une , on le voit attaché sur le cheval indompté, franchissant les torrens et les précipices devant une bande de loups affamés qui le poursuivent ; l'autre le représente au moment où son

coursier, épuisé de fatigue, tombe au milieu d'un troupeau de chevaux sauvages. Ce dernier tableau offre de belles études de chevaux ; mais ces superbes animaux, par le luxe de leurs robes, et, pour ainsi dire, parla coquetterie de leurs poses, semblent un peu mentir à leur nature sauvage. Dans la première composition , le paysage est d'une admirable couleur. Les loups sont d'une vérité effrayante.

M. Horace Vernet est au nombre de ces artistes à qui d'illustres travaux ont mérité tous les égards de la critique Nous ne dirons rien de sa dernière Chasse de

Louis XVI.

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Planche 3o. — Le Christ au jardin des Olm'ers , tableau par M. Delacroix , commandé par M. le préfet de la Seine.

( Hauteur , g pieds ; largeur , 1 1 pieds a pouces. )

M. Delacroix a paru dans la carrière des beaux-arts au moment qui pouvait lui être le plus favorable. Yingt ans plus tôt ses ouvrages n'auraient causé qu'un étonnement peu flatteur ; ils auraient été peut-être repoussés du public ; peut-être même ceux qui s'en sont déclarés les plus chauds partisans , auraient-ils été , à cette époque , beaucoup plus surpris que charmés; peut-être enfin le jury d'examen ne les aurait-ii pas admis au Salon. Aujourd'hui, tout au contraire , M. Delacroix a des preneurs , des prosélytes, des admirateurs, des copistes ; ses juges lui ont accordé une médaille d'encouragement au Salon de 1824. ; il a fait école ; on le vante, on l'appuie , on lui donne des travaux importans. M. Delacroix fait du romantisme * en peinture; or, le romantisme n'est pas seulement une opinion littéraire ; c'est un

* Nous nous servons là d'un mot qui , au fond , ne signifie rien du tout ; mais , pour rendre plus convenablement notre pensée, il faudrait la développer, ei la développer fort longuement. L'espace nous manque; d'ailleurs, il en est de certains mots comme de ces anciens papiers-monnaies de Russie que le gouvernement mettait en circulation pour quelques besoins du moment, et dont chacun se servait sans pouvoir dire au juste quelle était leur valeur.

7^ parti, un parti qui veut, tout comme un autre, avoir en chaque genre son liéros , son grand poète ^ son grand artiste ; ceux qu'il désigne à la renommée ne se montrent pas toujours assez dignes d'un tel honneur; qu'importe I S"agit-il ici de leur créer une gloire réelle et solide ? nullement. On ne veut qu'opposer un nom à un nom , un homme à un homme , et lutter en tout et à tout prix contre les illustrations d'un parti contraire , comme si la France était partagée en deux nations rivales. Voilà comment on peut expliquer certains succès ; voilà l'histoire de quelques réputations du jour : filles des circonstances et d'une opinion , elles n'auraient pas pris naissance dans ces tems oh , tous les partis n'en formant qu'un , toutes les gloires ressortissaient à la patrie , et rentraient à la masse commune.

La réputation de M. Delacroix ne doit pas être rangée tout-à-fait dans cette catégorie ; elle est méritée à certains égards. Mais cependant elle prouve qu'il n'est rien de tel que de paraître en tems opportun. Jamais un si ardent besoin de nouveautés ne s'est fait sentir dans toutes les classes de la société. Le bizarre , l'extravagant n'épouvantent point trop un public depuis longtems blasé, rassasié, et que tant de charlatans ont intérêt à tromper, même sur ses jouissances. Que deviendraient-ils , en effet , si le goût du beau et du bon n'éprouvait jamais ni modification ni changement ? Qui voudrait de leurs œuvres? D'ailleurs , si les grands principes de morale publique et de vertu privée, loin de varier en France , s'y consolident chaque jour davantage, il n'en est pas de même de nos plaisirs, et, sous ce rapport, nous sommes toujours les Français d'autre-

fois , toujours tout prêts à changer de sensations comûie de modes.

Le premier tableau de M. Delacroix, le Dante et Virgile ircwersant le lac qui entoure la ville infernale de Dite , produisit, en 1822, une sensation profonde. On y trouva un mérite très-réel sous le rapport de l'expression et de la couleur, un pinceau mâle et fier, et surtout un caractère d'étrangelé qui fit excuser de nombreuses incorrections. Mais , depuis ce brillant début, quels fruits de ses travaux nous a présentés M. Delacroix i' Nous ne reviendrons pas sur les critiques dont son tableau du massacre de Scio a été Tobjet : nous demanderons seulement quels progrès a faits cet artiste, depuis son tableau du Dante et Virgile ? Son dessin est-il moins incorrect ? ses compositions sont-elles mieux entendues? son coloris , qui est encore la partie la plus remarquable de son talent, n'offre-t-il pas toujours ce défaut de liaison et d'harmonie, ces crudités et ces discordances qu'on lui a jadis reprochés? D'ailleurs, serons-nous donc condamnés à ne juger jamais M. Delacroix que sur des esquisses ? Dans un espace de cinq ou six ans , cet artiste n'a produit que trois tableaux (en y comprenant le Justinien , et sans compter quelques petits tableaux de chevalet), et ces tableaux, nous le répétons, ne sont que des esquisses plus ou moins avancées. Remarquons encore que ce jeune artiste , qui , selon quelques imprudens prôneurs , devait être l'unique régénérateur de l'école , n'a pas encore osé se fier à ses propres forces , et se montrer à nous dans sa verve native. C'est une chose étrange que, dans les beaux-arts comme dans les belles-lettres , ces hommes qui crient tant à l'o-

dginalité soient les moins originaux et les moins inventifs des écrivains et des peintres , et ne se montrent que les copistes serviles, les uns de Schakespeare , de Schiller, de Goethe , de Walter Scott, et les autres de Paul Véronèse, du Tintoret ou d'Alhert Durer !

M. Delacroix, dans son premier tableau, s'est efforcé d'imiter l'école florentine ; depuis il a voulu s'inspirer de l'école allemande, et le voilà qui s'attache maintenant à l'école anglaise. Tous ces essais peuvent être d'agréables passe-tems pour un maître dont le talent est formé par de saines éludes , et qui , comme les maîtres qu'il s'amuse à copier un moment , a long-tems travaillé sur la nature. Mais ce n'est point ainsi que doit procéder un jeune homme qui comramence , qui comprend bien son art , et qui aspire à une haute et légitime renommée. Où M. Delacroix veut-il aller? pourquoi ces tâtonnemens , ces hésitations ? quel parti prendra-t-il ? n'aurait-il pas été plus simple , sinon plus facile , de ne se faire d'abord que le copiste de la nature ?

Et cependant , s'il le voulait , ce jeune peintre trouverait en lui tout ce qu'il faut pour réussir ! Nous ne sommes si sévères à son égard que parce qu'il trompe nos espérances. La nature, qu'il semble dédaigner, l'a libéralement doté du plus beau sentiment qui fasse adorer la peinture : du sentiment de la couleur. Il y a , sous ce rapport, des parties admirables dans son Jésus au jardin des Olwiers , et surtout dans sa Mort de Sardanapale. La femme qui se penche sur le lit en étendant les bras est charmante ; celle qui est vis-à-vis d'elle , et qu'un esclave va percer de son poignard, mérite à peu près les mêmes éloges. Mais, à côté de ces beautés, que de

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7^ défauts choquans , et , qui pis est , de défauts systématiques! quel dessin que celui de la plupart de ces figures ! que d'efforts perdus pour arriver à l'expression , pour atteindre un faire original , et ne tomber que dans le bizarre ! Donnerons-nous le titre de composition à cet amalgame incompréhensible d'hommes, de femmes, de chiens, de chevaux, de bûches, de vases, d'instrumens de toute espèce , de colonnes énormes , de lit démesuré, jetés pêle-mêle, sans effet, sans perspective , et ne posant sur rien !..... Quant au Jésus au jardin des Olioicrs^ que cette figure est laide! qu'elle est commune! et ces apôtres endormis! Dernièrement un homme du peuple , placé à côté de nous , les prenait pour des pierres, des fragmens de rocher; son camarade lui soutenait que c'étaient des démons qui venaient tenter Notre Seigneur. Et ces trois anges , dont les incorrections , il faut l'avouer , sont rachetées par des détails charmans , comment sont-ils conçus, placés? Est-ce ainsi qu'ils viennent soutenir et fortifier le Rédempteur des hommes? ne dirait-on pas qu'ils ont été copiés sur quelque vignette, quelque gravure anglaise, et placés là tels que l'original les a donnés? Mais pourquoi trois anges ? l'écriture n'en désigne qu'un. Un peintre d'histoire , avons-nous dit dans un de nos précédens articles, doit être fidèle à l'histoire ; à bien plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un fait qui touche à notre croyance religieuse.

M. Delacroix , outre sa Mort de Sardanapale et son Jésus au jardin des Oliviers , a exposé sept ou huit tableaux de chevalet. Il faut pour traiter le genre une vivacité de touche, une sûreté d'exécution que l'auteur est loin de posséder encore. Ces tableaux , à quelques détails près ,

sont d'une grande faiblesse. Nous excepterons cependant la Mort du doge Marino-Faliero , composition neuve et énergique , bien empreinte de la couleur du tems , trop négligée de dessin et d'exécution ; et Milion et ses Filles , tableau dont le coloris est cfaaud et vigoureux.

Planche 3i. — Z^ Tasse au monastère de Saint-Onufre y à Rome, tableau , par M. Fleury.

(Hauteur, 5 pieds 6 pouces ; largeur, 6 pieds { pouces.)

M. Fleury a exposé au Salon de 1824 un tableau représentant des moines arrêtés par des brigands , et forcés de traiter avec eux de leur rançon. Cet excellent ouvrage a commencé sa réputation; elle se consolide et s'accroît au Salon de celte année. Le Tasse au monastère de Saint- Onufre a des beautés d'un ordre plus élevé que celles du tableau des Moines arrêtés par des brigands.

Le choix seul du sujet mérite nos éloges. En effet , quel spectacle noble et touchant que celui de ce grand homme , l'immortel honneur de sa patrie , confiant aux ombres du cloître les derniers jours d'une vie si pleine de gloire et de douleurs , et ne demandant que des prières , lorsque Rome entière lui prépare des chants de triomphe !

Le' premier tableau de M. Fleury nous a prouvé que ce jeune et intéressant artiste possédait déjà , à un degré très-émiiient, la pratique de son art. Si celui-ci, peutêtre, est moins franc , moins brillant d'exécution, on y sent mieux ces qualités précieuses que le travail ne donne point, mais qui, secondées par le travail, portent un artiste au premier rang : le goût, le sentiment et la pensée. Il a composé son tableau en poète. Toutes les convenances du sujet sont parfaitement observées ; le mouvement de ces vieux moines qui s'inclinent devant le

Tasse , devant le Tasse seul , est fort bien senti ; celte figure de Centio est belle , sa pose est pleine de grâce et de dignité ; mais la tête du Tasse!... cet indéfinissable mélange de joie et de mélancolie , ces yeux qu'enflamme un religieux espoir, et qui pourtant semblent avoir gardé Tempreinte d'une aliénation fatale ; ces traits , qu'anime encore le génie , mais sur lesquels la mort a déjà tracé son arrêt; ce regard, ce sourire, cette couleur, cette admirable expression, voilà surtout ce qui fait le plus grand honneur au talent de M. Fleury, Celte tête est une vraie création ; plus on la regarde et plus on se sent ëmu.

Nous reprocherons à l'auteur de ce charmant ouvrage de n'avoir pas su prendre , surtout aux premiers plans , un parti assez large , assez franc ; l'effet en souffre un peu ; quelques détails ne sont pas assez rendus , d'autres sont négligés. Nous ne parlons ici que des figures ; car tout ce qui est accessoire est parfaitement traité. Le fond, qui représente une vue de Rome , est fait de main de maître. La plupart des défauts que nous avons cités disparaîtront très - facilement ; nous engageons M. Fleury à s'occuper de ce léger travail dès que son tableau lui sera rendu , et à pousser ce bel ouvrage au point de perfection qu'il doit atteindre.

Son tableau de la Mort de Talma est un digne et noble hommage rendu à la mémoire du plus beau talent qui , de nos jours, ait illustré la scène tragique. Cet ouvrage est composé avec la plus touchante simplicité. Quelques parens , quelques amis se sont rassemblés autour du lit funèbre où Talma est près de rendre les derniers soupirs. Au nombre de ces personnages on remarque , à

gauche , au premier plan , M. Arnault qui , d'une main , presse la main déjà glacée de son ami, et, de Taulre, semble indiquer que tout espoir doit s'évanouir. Près de M. Arnault est M. de Jouy, dont les regards interrogent ceux du docteur Biet; celui-ci ne lui répond qu'en levant les yeux au ciel. A droite , au second plan , est M. Firmin, sociétaire du Théâtre-Français , dont le caractère est non moins estimé que le talent, talent charmant, plein de vérité et d'énergie, qu'il puise dans son ame, et qu'on apprécie chaque jour davantage : la plus vive douleur est peinte dans ses traits. A quelques pas de lui, M. Gros-Davilllers s'efforce d'entraîner loin d'un spectacle funeste les deux enfaus de Talma. Parmi les autres personnages moins connus, que M. Fleury a dû placer dans sa composition , on distingue la sœur et le neveu de l'illustre mourant. Toutes ces figures joignent au mérite de l'exécution celui de la ressemblance. La tête de Talma est fort belle ; elle a été faite de sentiment : dans ces traits amaigris par la souffrance , dans ces yeux qui déjà sont à moitié couverts des ombres de la mort , le peintre a su conserver la noble expression du modèle. Un demi-jour qui vient du fond , et qui est ménagé avec beaucoup d'art , éclaire harmonieusement les diverses parties de ce tableau, devant lequel la foule se presse tous les jours. Il nous semble que , dans quelques parties de cet ouvrage , comme dans le Tasse à Saînt-Onnfre , M. Fleury a encore montré trop d'hésitation. Quand on possède son talent , il faut avoir plus de confiance en soi-même , et attaquer l'exécution d'un tableau avec une volonté plus franche.

Sous le titre de Mœurs romaines , M. Fleury a exposé

deux autres compositions ; l'une représente un Pénitent noir qui lit à un criminel condamné sa sentence de mort ; Tautre des Pèlerins passant la porte sainte à Saint-Pierre de Rome , tannée du jubilé. Ces deux petits tableaux de chevalet sont fort jolis de couleur; la touche en est vive et spirituelle , et l'effet du second surtout est extrêmement piquant.

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Planche Sa. ■ — Bernardo Sirozzi, peintre et religieux génois , faisant le portrait du général de son ordre , tableau, par M. Granet.

(Hauteur, a pieds 7 pouces ; largeur, 3 pieds 2 pouces. )

Bernardo Strozzl est peu connu en France ; la plus grande partie de ses ouvrages sont des fresques dont il a décoré les principaux palais de Gènes, sa patrie. Il est plus connu en Italie, sous le nom du Capucin ou du Prêtre génois. Après avoir porté pendant plusieurs années le cordon de Saint-François , il quitta le cloître et se fit peintre afin de pouvoir soutenir sa vieille mère et une jeune sœur encore non nubile ; sa mère étant morte et sa sœur mariée, il refusa de retourner chez les capucins de Gênes ; mais on Vy ramena de force, et trois années de prison punirent sa résistance. Il parvint à s'échapper et se réfugia à Venise oh il acheva sa carrière. On admire à Gênes, dans Téglise de Saint-Dominique, son Grand Paradis , et surtout une Notre-Dame , placée dans une salle du Palais-Royal. Incorrect et commun sous le rapport du dessin, le Strozzl doit être placé au premier rang des coloristes.

M. Granet l'a représenté au moment ou il fait le portrait d'un général de son ordre. Ce général est assis dans un grand fauteuil , ayant à sa droite un frère qui lui lit quelques prières , et à sa gauche deux autres moines , dont l'un lui apporte des rafraîchissemens , tandis que l'autre lui présente une serviette. Sur le devant du ta-

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8i bleau, à droite, est Strozzi , la palette et les pinceaux à la main ; quelques capucins le regardent travailler.

Ce tableau, comme tous ceux de M. Granet, se fait remarquer par la vigueur et la justesse de l'effet , par la vérité du ton local. On regrette que la touche en soit moins vive et moins spirituelle que dans ses autres compositions.

Nous avons été moins content encore de son sainl Louis délivrant des prisonniers français ci Damiette. On y reconnaît toujours la touche d^un maître; l'effet en est piquant; mais on pourrait y désirer plus de finesse de ton , un dessin moins négligé ; les deux hommes qui sont à gauche sont incorrectement dessinés, et saint Louis, avec son costume de héros de théâtre , nous semble manquer de ce caractère qu'on aime à trouver dans le bon et pieux monarque dont le chêne de Vincennes eût seul fait bénir la mémoire.

Le Beriiardo Strozzi a été acheté par monseigneur le duc d'Orléans , ainsi que la Bénédiction des productions de la terre. Ce dernier tableau rappelle une cérémonie usitée en Italie. Au milieu d'une vaste cuisine d'auberge, un prêtre , un goupillon à la main , bénit des fruits ,et des légumes étalés sur une table, et au milieu desquels est un gros lièvre qu'on peut être étonné de trouver parmi les productions de la terre , quoiqu'il ne soit que trop vrai que lliomme même n'est que poussière* Ce tableau est d'une couleur charmante ; mais il paraît que M. Granet a appliqué à quelque canton de la France un usage italien , car aucun des costumes de ses personnages ne rappelle ceux d'Italie.

Planche 33. — Une jeune femme accablée par les fatigues du ooyuge de Tlomc, où eue se rend avec safamillr pendant Vannée sainte , est secourue par des religieux de tordre du rachat des esclaves , tableau , par M. Bonnefond.

(lîaiileur, f^ pieds 9 pouces ; i<nrf;eiir, G pieds 2 poiiffs. )

Le jeune auteur de ce tableau est l'un des exemples les plus remarquables de ce que peut sur un esprit juste le véritable amour de l'art. M. Bonnefond, élève de Rcvoil, élait devenu rapidement l'un des mcniljrcs les plus marquans de celle prétendue école de Lyon , qui a joui pendant d'assez longues années d'un tllre qu'elle ne devait pointporler, et d'un crédit qui a beaucoup baissé depuis. Dans les premiers tableaux que M. Bonnefond exposa au Salon , on avait remarqué un bon sentiment de couleur, un fini précieux dans Texéculion , une grande exaclitmle dans les accessoires ; mais il était loin d'atteindre le même degré de vérité dans la représenlalion des parties essentielles. Il le sentit lui-même , et jaloux d'obtenir enfin des éloges mérités, oubliant tout ce qu'il avait fait jusqu'alors, il résolut d'aller co~Jiier en Italie la belle nature, et de recommencer ses éludes. Ces généreu.x travaux ont été payés d'un plein succès. Le tableau qui fait le sujet de cet article atteste des progrès immenses; c'est sans contredit un des plus jolis tableaux de chevalet du Salon. M. Bonnefond est dans une route excellente ; qu'il ne s'en écarte plus , et nous pouvons lui promettre une réputation durable.

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Planche 34. — La Mort du roi Eumène ^ tableau, par M. Ferdinand Régnier.

(llau'eiir, lo pieds; largeur, 8 pieds. )

Peindre Fhisloire , c'est la raconter aux yeux ; un tel récit a sans doute moins d'importance et de gravité que ceux qui sont tracés par le burin même de Clio; mais il doit être également fidèle à la vérité; car les monumens de l'art sont aussi des documens historiques. L'artiste qui, en retraçant un événement des tems modernes, l'offre à nos regards autrement qu'il ne s'est passé , commet un mensonge coupable ; i! se montre peu digne de sa noble mission : s'il s'agit des tems anciens , on peut alors l'accuser d'ignorance.

Une erreur de M. Piegnier esl l'occasion et non le but de ces réflexions, sur lesquelles devraient méditer plusieurs de nos peintres d'histoire. Justes et vraies en thèse générale comme en application particulière, elles seraient beaucoup trop sévères à Tégard de M. Kegnier, dont l'erreur est d'autant plus légère qu'elle se rapporte à la désignation et non à l'exécution de son tableau. Cependant il y a faute ^ comme dit Figaro-Seaumarchais ; et nous avons dû la relever. Eumène II, roi de Pergame , n'est pas mort des suites de l'infâme attentat de Persée ; il mourut fort tranquillement dans son lit au bout de trente-neuf ans de règne.

Le tableau de M. Régnier plaît au premier coup d'osil; mais, après un moment d'examen , on y découvre de

graves incorrections : nous ne signalerons ici que les plus apparentes. La tête , les épaules et les bras d'Eumène appartiennent à un homme plus grand que lui au moins d'un pied. L'avant-bras droit de l'homme qui soutient Eumène est trop court; sa cuisse gauche est encore plus incorrecte, et il est absolument impossible de la rattacher au corps. Les ligures placées au haut des rochers , beaucoup trop loin d'Eumène par leur dimension , sont trop près par le ton. Les montagnes du fond se découpent durement sur le ciel; les rochers manquent de fuyant, etc., etc. Malgré tous ces défauts, ce tableau est loin d'être sans mérite; la tête d'Eumène et celle du serviteur qui le soutient sont d'un bon style ; les draperies sont ajustées avec goût , et les deux figures principales sont peintes avec une fermeté remarquable. Elles prouvent que M, Régnier sent bien la couleur.

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Planche 35 — V Annonciation ^ par M. Picot, tableau commandé par M. le préfet de la Seine.

(Hauteur, la pieds; largeur, 8 pieds 8 pouces.)

Nous ne dirons que peu de mots de ce tableau ; c'est en rendant compte , dans notre ouvrage sur le Musée Charles X, du plafond composé par M. Picot, que nous nous proposons de consacrer aux travaux de cet habile artiste un examen approfondi. Le sujet de V Annonciation a dû peu l'inspirer ; la composition de ce tableau est donnée d'avance; et, à quelques légères différences près , chez tous les peintres qui l'ont traitée , elle est la même. C'est dans l'exécution seule que M. Picot a pu déployer les ressources de son beau talent.

La figure de l'ange Gabriel est peut-être un peu mollement dessinée ; elle ne nous semble pas d'un ton assez solide; nous aurions désiré que M. Picot eût varié davantage la couleur de ses draperies; le rouge domine trop dans son tableau. Nous n'aimons pas non plus ces deux pots à fleurs placés aux deux côtés de l'espèce d'autel élevé par Marie; le choix de ces accessoires n'est pas, selon nous, d'un goût assez sévère. Mais la figure de la Vierge ferait oublier des fautes plus graves ; celte figure est parfaitement modelée ; la tête et les mains sont charmantes ; c'est là , qu'à la pureté du dessin , à la légèreté et à la transparence du coloris, à la grâce du pinceau, à l'élégance des draperies, on reconnaît l'auteur de Y Amour et Psyché^ et de la Mort de Saphire*

Planche 36. — I. Le Laboureur de Virgile , statue , par M. Lemaire. — IL Socrate^ statue, par M. Caillouete. — III. Spartacus ^ statue, par M. Foyatier.

( I. Hauteur, 6 piedsG pouces. — II. Hauteur, 6 pieds, — ^ llï. Hauteur, 7 pieds.)

Il n'est pas d'une nécessité absolue pour un sculpteur, comme pour un peintre, d'indiquer si bien ses personnages qu'on ne puisse s'y méprendre, à moins qu'il ne s'agisse de quelques-unes de ces grandes figures dont l'histoire ou la fable nous ont rendu le souvenir familier. Parmi les statues antiques , il en est beaucoup dont le nom est et sera toujours un sujet de controverse pour les antiquaires ; ainsi, les uns voient un Persée dans une figure que d'autres désignent comme un Mercure : mais ces statues n'en sont pas moins des chefs-d'œuvre. Nou.$ ne reprocherons donc pas à M. Lemaire , dans la figure que nous examinons en ce moment , le vague de la pensée. S'il fallait absolument y voir ce Laboureur de Virgile-, qui,

Dans ces mêmes sillons

Où dorment ies de'bris de tant de bataillons , Heurtant avec le soc leur antique dépouille , Trouve , saisi d'effroi , des dards rongés de rouille ,

nous demanderions alors à M. Lemaire moins d'insignifiance dans la pose et dans l'expression de la physionomie. Le Vieux Grenadier^ de M. Horace Vernet, peut, à cet égard , servir de modèle. Jugée comme elle doit

l'être, seulement sous le rapport de l' exécution , la statue de M, Lemaire mérite des éloges. On peut critiquer quelques maigreurs dans certaines parties , dans les extrcmllcs par exemple ; la position du corps, qui se renverse légèrement , pousse le ventre trop en avant ; ce ventre , qui a l'air d'eire gonflé, n'est pas d'un heureux effet. Cette statue est d'ailleurs travaillée avec beaucoup de soin.

Le Socraie de M. Caillouete fait beaucoup d'honneur au talent de ce jeune artiste. Les traits ingrats du plus sage des hommes offrent cette noble simplicité qu'il portait dans tous ses discours ; elle ne nuit point à la ressemblance, ïl y a peut-être un peu de pesanteur dans la portion de drnperie qui tombe par derrière.

M. Caillouete est l'auteur d'un des quatre bas-reliefs qui décorent le grand escalier du Musée. Son ouvrage est loin d'être sans mérite; mais il est fâcheux qu'il soit si mal éclairé.

Sparlacus ^ par M. Foyatier. Nous disions en 1819, en rendant compte, dans un ouvrage consacré aux arts , du jeune Faune composant de la musique , paç M. Foyatier : les progrès de ce jeune artiste^ depuis quil est à Paris, ont toujours été en augmentant : il doit aller loin; et, en rappelant les circonstances qui, de son toit de chaume, l'amenèrent à Lyon dans l'atelier du sculpteur Chlnard , nous admirions les bizarreries du sort qui ^ d'un simple gardeur de troupeaux , ont fait l'un de nos statuaires les plus dislingués. Les espérances que donnait M. Foyatier n'ont pas été trompées ; son talent semble grandir chaque année; il n'a plus besoin , pour obtenir les suffrages, que l'on veuille comparer le point obscur d'où il est parti

avec celui où il est parvenu ; son Spartacus est Lien réellement une excellente figure. Cette statue (et M. Foyatier nous prouve qu'il a bien étudié la nature du personnage qu'il voulait représenter ) , cette statue ne rappelle point le style grec ; elle a été entièrement composée sous l'inspiration de la sculpture romaine; la science du modelé s'y joint à la vigueur de l'exécution; elle est d'une énergie d'expression admirable; enfin , tout, dans cette belle figure , indique un artiste profondément pénétré des plus nobles principes de l'art.

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Planche 87. — V Adoration des mages ^ par M. Gosse ^ tableau commandé par le préfet du département de la Seine.

( Hauteur , 9 pieds 7 pouces ; largeur , 12 pieds 2 pouces. )

M. Gosse a tout à coup marqué sa place au Saloil de 1824 parmi ceux de nos peintres d'histoire en qui Técoleaplacé ses plus justes espérances. Son tableau de Saint Vincent de Paul convertissant son maître , s'est fait distinguer par un bon goût de composition, par la correction du dessin , la vigueur du coloris et la fermeté du pinceau ; on a remarqué le bel effet du groupe principal.

Ce premier ouvrage de M. Gosse a obtenu l'une des plus flatteuses récompenses quepuisse ambitionner un artiste; il a été acheté par le gouvernement et placé dans la galerie du Luxembourg. Il fallait soutenir un si bril-^ lant début : M. Gosse est parvenu à faire mieux; et désormais on a tout à attendre d'un artiste qui sait si bien comprendre les obligations qu'impose un succès.

Son tableau de V Adoration des mages est un de ceux qui ont le plus attiré les regards du public. 11 se fait d'abord remarquer par sa noble et sage ordonnance. Les trois rois, suivis de quelques uns de leurs serviteurs, ont pénétré dans l'humble asile où Jésus vient de naître. L'un d'eux , à genoux , baise les pieds de l'Enfant-Dieu , dont la main, légèrement soulevée et conduite par sa mère , semble le bénir , heureuse idée que le peintre a rendue avec beaucoup de grâce, et qui, en rattachant mieux

Jésus à la scène , donne une unité parfaite à toute la composition. Près de la Vierge, à droite, au premier plan , est saint Joseph. Cette partie du tableau est éclairée par les rayons célestes de l'étoile qui a guidé les trois rois. A gauche, dans la demi-teinte, sont des serviteurs ou esclaves , les mains chargées de riches présens ; on remarque parmi eux un jeune nègre. Dans le fond , au de là de la porte , on voit d'autres serviteurs montés sur des chameaux ou occupés à en descendre les présens destinés à Jésus : ce fond est éclairé par la lune.

M. Gosse consolide dans ce bel ouvrage sa réputation de coloriste ; les tons en sont riches , solides , pleins de vigueur et d'harmonie , et il était impossible de déployer plus d'intelligence dans l'entente de l'effet général. Au mérite de la couleur , ce tableau joint celui du dessin ; sans être d'un style très-élevé , il est de bon goût , large , coulant, exempt de manière : cependant, les deux serviteurs et le petit nègre placés à la gauche du tableau, laissent, sous ce rapport, quelque chose à désirer. Leurs formes sont molles, indécises; le pinceau n'a pas attaqué ces trois figures avec la franchise et la fermeté qu'on remarque dans les autres. Mais la Vierge, l'enfant Jésus, saint Joseph, le roi agenouillé, sont d'excellentes figures ; la tête de la Vierge est charmante , et ne rappelle aucune de celles qu'ont créées les grands maîtres d'Italie; enfin la noble élégance, l'excellent style de la plupart des draperies , méritent tous nos éloges.

Parmi plusieurs portraits exposés par M, Gosse , nous avons remarqué celui de M. le comte d'Osmond. Nous ne pouvons juger de la ressemblance; mais l'exécution en est belle, et les accessoires sont rendus avec une vérité parfaite.

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Planche 38. — Naissance de Henri IV , tableau , par M. Eugène Devéria.

(Hauteur, i5 pieds ; largeur, 12 pieds.-)

M. Eugène Devéria se présente dans la carrière fort de la double recommandation d'un nom honorablement connu dans les arts , et d'un talent qui n'est pas encore formé , sans doute , mais qui donne les plus belles espérances.

La composition de son tableau est riche et brillante. Auhaut d'une estrade, couchée sur un lit de repos, qu'entourent à moitié de larges rideaux de brocard d'or à fond rouge , Jeanne d'AIbret , duchesse de Bourbon et de Vendôme, sourit au fils qu'elle vient de mettre au jour, et que son père , Henri d'AIbret, présente à la foule de ses vassaux. Les femmes de Jeanne s'empressent autour d'elle; près du roi de Navarre est un page tenant à la main un flacon de ce vin de Jurançon dont le vieux Henri fit boire quelques gouttes à son petit-fils au moment de sa naissance. Sur le devant du tableau , parmi plusieurs personnages de condition, d'âge et de sexe différens , on voit le nain du Roi ; il tient un faucon sur le poing droit, et de la main gauche il caresse un superbe épagneul. Ces trois individus, qu'on ne peut s'étonner de voir figurer dans une scène du seizième siècle , contribuent à donner à ce tableau le caractère de l'époque.

Au milieu de nombreux défauts, on remarque dans cet ouvrage des beautés de premier ordre. La figure de Jeanne d'AIbret, celle de la jeune femme qui se penche vers

elle, sont charmantes et de couleur et d'expression; la tête de l'homme qui est coiffé d'une toque rou»e est aussi bien dessinée que bien peinte ; le roi de Navarre, surtout, est une excellente figure. Le mouvement et la hardiesse d,u dessin laissent moins apercevoir ses incorrections. I^e coloris manque quelquefois de solidité et de vérité, et quelquefois même il est dur et cru; mais dans beaucoup d'autres parties il se distingue par la vigueur , la fermeté et la finesse des tons ; l'effet général est harmonieux. En voilà plus qu'il n'en faut sans doute pour justifier les éloges qui ont accueilli ce tableau lors de son apparition au Salon. On doit regretter seulement que M. Eugène Devéria n'ait pas plus souvent consulté ses propres inspirations, et que les copies multipliées qu'il a faites , dit-on , de Paul Véronèse et de Rubens , se soient trop fréquemment et trop fidèlement offertes à son souvenir.

Sous le n° 33 1 , ce jeune artiste a exposé un tableau de chevalet qui représente Marie Stuart an moment où on lui lit sa sentence. Cette composition est d'une fort jolie couleur ; mais la manière dont la scène est disposée la rend peu imposante. La figure de l'infortunée rivale d'Elisabeth manque de dignité et de noblesse ; morte à l'âge de quarante-cinq ans, elle a l'air, dans le tableau de M. Devéria , d'en avoir tout au plus seize.

Les bornes prescrites à nos articles nous forcent à citer seulement les deux autres tableaux que M. E. Devéria a mis à l'exposition. Sous le n" 332 , Marc Botzaris rentrant à Missulonghi et donnant aux malheureux affamés ks ornemens de ses armes et sa ceinture qui renferme son f<,rSçni ; et sous le n» 333 , la Cote des deux amans.

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Planche 39. — Pelée et Andromaque , par M. Oranger, tableau commandé par le ministre de la maison du Roi.

(Hauteur, 9 pieds 11 pouces ; largeur, i3 pieds a pouces. )

Le sujet de ce tableau est tiré de V Jndromaque d'Euripide. Ménélas , à l'instigation de sa fille Hermione, épouse de Pyrrhus , fait entraîner à la mort Andromaque et son enfant Molossus , dont Pyrrhus est le père. Le vieux Pelée les délivre après une scène fort animée où les deux rois ne se sont pas épargné les injures.

Depuis long-tems M. Granger a pris rang parmi les habiles dessinateurs de l'école, et, dans ce dernier ouvrage , il soutient , à cet égard , sa léputation. Mais , nous le disons à regret, cette belle composition laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la couleur; la couleur est la partie faible du talent de M, Granger. Déjà on avait reproché à cet artiste la froideur et la monotonie de ses carnations ; on avait remarqué , même dans son tableau îX! Homère et le berger Glaucus * ^ le meilleur de ses ouvrages , qu'il s'occupait trop des détails de chaque partie et qu'il négligeait l'ensemble. Les mêmes critiques peuvent être adressées au tableau de Pelée et Andromaque. Le coloris des nus y manque tout-à-fait de vérité et de variété : le ton général des carnations est d'un rouge violet qui choque d'autant plus qu'on le retrouve jua-

* On voit ce tableau à la galerie du Luxembourj^.

que sur les lourdes colonnes du péristyle où se passe la scène principale.

Malgré ces graves défauts , le tableau de M. Granger mérite beaucoup d'estime. Sous le rapport de Tordonnance et du dessin , il a obtenu les plus honorables suffrages. C'est un morceau largement conçu ; le style en est pur et élevé; l'expression des têtes est vraie, sans exagération; nous reprocherons seulement à M. Graoger d'avoir rappelé trop fidèlement les traits d'Homère dans ceux de Pelée.

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Planche 4o. — Le Christ au Cahairey portant sa croix, par M. Coutan, tableau commandé par M. le préfet du département de la Seine.

(Hauteur, i3 pieds i pouces; largeur, g pieds 7 pouces.)

Le Christ a commencé de gravir le mont oi!i son sang va couler pour le salut des hommes. La foule l'accompagne , des femmes en pleurs se sont précipitées sur ses pas : il se retourne vers elles et leur dit : <t Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, mais pleurez sur vousmêmes et sur vos enfans » Au premier plan , est la

Madeleine; elle est tombée aux pieds du Christ, en étendant les bras vers lui. A gauche du tableau, la Vierge, défaillante et près de succomber à sa douleur, est soutenue par saint Jean ; dans le fond , des soldats , armés de javelines, cherchent à écarter le peuple. A droite, au troisième plan , marchent les deux larrons qui doivent être crucifiés avec Jésus.

Nous avons remarqué ( notre observation ne se rapporte qu'à la couleur) un peu de confusion dans les plans de ce tableau ; ils manquent d'air et les figures s'y détachent mal les unes des autres. Le coloris est assez vigoureux, mais il est dur et triste; il faut en accuser l'emploi trop répété des tons bitumineux : dans cet ouvrage, M. Coutan ne paraît pas en avoir redouté l'abus, et il les a appliqués indifféremment à toutes les demiteintes, malgré les différences que l'âge et le sexe apportent dans le coloris des divers personnages.

Les défauts de ce tableau sont rachetés par une ordonnance noble et sage, un sentiment vrai du caractère du sujet , un dessin un peu lourd , mais généralement correct. La figure de la Madeleine, celle de Jésus, la tête de saint Jean, et celle d'une jeune femme qui, placée derrière la Vierge, n'est vue que de profil, et qui porte un enfant dans ses bras, sont dues à un pinceau habile.

M. Coutan a exposé un autre ouvrage qui lui a été commandé par le ministre de Fintérieur : c'est une ylssompiion delà Vierge. Le coloris de cette composition, où le mérite du dessin se fait également sentir, a bien plus d'éclat , de richesse et de variété que celui du Christ au Calvaire. Mais l'auteur est tombé dans un autre excès : ses teintes sont d'une vigueur exagérée ; ce rouge , ce bleu, cet ocre jaune , auxquels on peut reprocher trop de crudité, luttent de valeur, et forment, s'il est permis de s'exprimer ainsi, un tapage de couleurs qui nuit à l'harmonie. Un tel sujet exigeait absolument un pinceau plus vague, plus moelleux, et des tons plus aériens.

Planche 4i' — Vénus au miroir, tableau, par M. Bezzuoli, de Florence. ,

(Hauteur, 4 pieds 8 pouces ; largeur, 6 pieds 3 pouces.)

Depuis long-tems on a pu dire , en appliquant aux beaux-arts ce que Voltaire a dit des salles et des pièces de théâtre : /es beaux modèles sont en Italie , les bons peintres sont en France. Nous nous rappelons encore les ouvrages envoyés à nos expositions par MM. Appiani, Lanli, Errante, Palmerini, etc., etc., artistes fort admirés de leurs compatriotes et fort peu goûtés parmi nous. Froideur, incorrection, mollesse, tons secs, durs et crus , dessin de pratique , voilà ce que les modernes maîtres d'Italie nous ont montré dans leurs compositions. Nous convenons avec plaisir que M. Bezzuoli ne peut être confondu avec eux , et qu'il fait exception. Sa Vénus au miroir rappelle celle du Titien et une idée de l'Albane. Les mains sont maniérées ; la tcte pourrait avoir plus de noblesse; le bras droit nous a semblé trop court; on pourrait n'être pas satisfait de l'attache du bras gauche à l'épaule. Cependant cet ouvrage a du mérite; les contours de la figure principale sorit gracieux et coulans ; le coloris n'est ni brillant ni vigoureux; mais plusieurs parties sont peijites avec finesse et fermeté.

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Planche 42. — Portrait du. Roi , par M. le baron Gros.

( Hauteur , 1 1 pieds 4 pouces ; largeur , 4 pieds <) pouces. )

Le célèbre auteur de la Peste de Juffa et de la Coupole de Sainte-GeneoieQe n'a mis à l'exposition de cette année que quelques portraits qui ne pourront nuire à une réputation si bien établie, mais qui n'y ajouteront rien.

M. Gros a représenté Sa Majesté au moment où elle entre dans le camp formé sous les murs de Reims , lors des cérémonies du sacre , et où elle est saluée par l'armée et le corps diplomatique.

La scène et le site , ajoute la notice du livret du Salon, sont pris d'après nature.

C'est donc à ce site désagréable qu'il faut s'en prendre du ton jaunâtre qui couvre tout le tableau et qui sereflette jusque sur le Roi et son coursier. La pose de Sa Majesté a de la grâce et de la dignité, mais les traits auraient pu avoir plus de ressemblance.

Le portrait de M. le comte de Viliemanzi et celui de M. Macips sont peints avec cette vigueur, cette énergie, cette fougue de pinceau qu'on admire dans les meilleurs ouvrages de l'auteur. Le portrait de mademoiselle Korzakoff est charmant ; la tête , les bras , les mains sont parfaitement modelés ; la couleur en est vraie : nous aurions désiré seulement un peu plus de transparence dans les demi-teintes.

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Planche 43. — Portrait en pied de S. A. R. Madame^ duchesse de Bcrri ^ par M. Dubois-Drahonet.

(Hauteur, 7 pieds 6 pouces; largeur, 5 pieds 3 pouces.)

A. toutes les expositions précédentes-, on se plaignait avec raison de cette foule de portraits qui, sous toutes les formes et toutes les grandeurs , envahissaient un tiers au moins des salles du Musée, et où l'inexpérience du pinceau se joignait trop souvent au vulgarisme des traits. Cette année , la direction des beaux-arts a montré , à cet égard, une Juste sévérité. Malgré les précautions qu'elle a prises , trop de physionomies bourgeoises sans doute se sont encore glissées dans le Musée ; mais , en général , les portraits admis à l'exposition sont dignes d'un tel honneur; et, quelle que soit la figure des modèles, on serait trèsfàché de ne pas y voir les beaux ouvrages en ce genre de MM. Gros , Ingres , Hersent , Robert-Lefèvre , Paulin- Guérin, Rouillard, etc., etc. Au nombre des portraits qui ont été le plus remarqués du public, il faut citer celui de S. A. R. Madame, par M. Dubois-Drahonet. Le trait joint à cette notice en fait suffisamment connaître la composition. Son altesse est placée près d'une fenêtre d'où vient la lumière ; elle pose sur son cou une de ces longues palatines auxquelles, depuis un ou deux ans, la mode a donné le nom de Boa; elle est vêtue d'une robe de velours vert garnie de fourrures, et sa taille est pressée d'une ceinture d'or garnie de pierres précieuses. Ce portrait , d'une ressemblance peu exacte, mais suffisante pour un

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portrait historique, est fort agréablement peint : les nus n'en sont pas dessinés avec toute la sévérité désirable ; mais le pinceau a de la grâce et tous les détails en sont rendus avec un fini précieux.

Les croquis des costumes de Dieppe que M. Dubois- Drahonet a mis au Salon, et qui lui ont été commandés par Madame , sont faits avec esprit et vérité ; tous, ceux qui sont allés à Dieppe ont reconnu le baigneur de son altesse : mais la touche de ces croquis aurait pu avoir plus de hardiesse et de largeur.

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Planche 4-4' — Clémence de I^uîs Xll , tableau , par M. Smilh.

( Hauteur, 13 pieds 6 pouces; largeur, 10 pieds 2 pouces.)

Dans la tâche que nous avons à remplir et dont nous sentons de plus en plus toutes les difficultés , il est une obligation qu'on oublie trop souvent, et que commande cependant une équitable critique. Il ne faut pas, en rendant compte des ouvrages nouveaux de nos jeunes artistes, juger seulement le tableau qu'on a sous les yeux; il faut aussi rappeler à sa mémoire leurs précédentes compositions, examiner les progrès qu'ils ont faits, comparer ce qu'ils sont aujourd'hui avec ce qu'ils étaient à telle époque, se montrer ou plus indulgent ou plus sévère , selon que ces progrès ont été plus ou moins sensibles, et ne pas oublier qu'on doit leur tenir compte d'un défaut qu'ils ont su corriger comme d'une beauté bien réellement acquise.

M. Smilh a débuté au Salon de 1817 par une sainte Famille qui annonçait du talent. Le tableau qui nous occupe en ce moment, supérieur à tout ce qu'il a fait paraître jusqu'ici , prouve qu'il s'est progressivement affermi dans la bonne route. Sans doute on remarque encore de nombreux défauts dans cetle dernière production de son pinceau ; mais on y remarque aussi des progrès réels , et à ce titre M. Smith mérite nos éloges.

Le sujet de la Clémence de Louis XII était fort difficile à traiter. En effet , comment mettre en action la touchante et sublime réponse du Père du Peuple à ceux de

ses courtisans qui le pressaient de punir ses anciens ennemis : Le Roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans ?

On voit combien le peintre a éprouvé de peine à ordonner avec la noblesse et la simplicité convenable cette scène , qui est du genre qu'on nomme au théâtre genre admiratif. Assis en face du spectateur , Louis XII s'appuie d'une main sur sou trône et de l'autre repousse un papier où sont inscrits les noms de ceux dont ses courtisans sollicitent la perte; à sa gauche est le cardinal d'Amboise , son principal ministre. Cette composition est froide ; la longue et lourde figure du cardinal d'Amboise, qui n'est vue que de profil, ne se rattache pas assez à l'action; les courtisans, pour la plupart vus aussi de profil, ont l'air de sortir de derrière un paravent ; ils sont rangés symétriquement les uns auprès des autres , sur l'un des côtés du trône ; cela ne semble ni naturel, ni convenable ; ce n'est pas ainsi qu'on se présente à un roi assis sur son trône, lorsqu'il vous permet de lui adresser la parole.

Il résulte de cette ordonnance que la composition de M. Smiih ressemble, à peu de différence près, à celle d'un bas-relief, d'autant plus que les principales figures sont posées sur la même ligne , ou peu s'en faut , et toutà-fait sur le devant du tableau , à dix-huit pouces à peine de la bordure.

Nous voudrions savoir aussi dans quel lieu la scène se passe. Quelle est cette salle royale:' Dans quel palais de nos rois le trône a-t-il été jamais ainsi placé, presque en plein air, sur le côté d'une galerie et d'un balcon que surmontent de hautes et larges arcades à jour :'

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Le mérite réel de plusieurs parties de ce tableau, sous le rapport du dessin et de la couleur, balance les défauts de sa composition. IN ous voyons avec plaisir que M. Smith n'a pas embrassé de faux système ; son exécution est moins timide ; son crayon a acquis de la fermeté ; ses tons pourraient avoir encore plus de nerf et de vivacité; mais ils sont souvent vrais , et c'est un grand mérite.

Nous ne pouvons dire qu'un mot d'un autre tableau du même auteur, exposé aussi cette année, saint Pierre ressuscitant Tahithe. Cet ouvrage est très-inférieur au précédent ; la jeune femme qui est à genoux a les cuisses beaucoup trop longues pour le torse; le jeune homme placé derrière saint Pierre et saint Pierre lui-même sont hors de proportion avec les autres figures. Ce tableau est ^'ailleurs sagement composé.

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Planche 45- — Phrosine et Mélidor ^ tableau, par M. Rioult.

( Hauteur, 5 pieds G pouces ; largeur , 4 P'eds 6 pouces. )

M. Rioult a été Tun des peintres les plus féconds de celte exposition. Nous avons compté quinze morceaux de cet artiste; il est vrai que la plupart sont dos tableaux de chevalet, et que les autres, composés d'une ou deux figures, ne passent point une certaine dimension.

Ces quinze tableaux offrent entre eux à peu près une égale balance de qualités et de défauts ; et comme aucun ne l'emporte décidément sur les autres par l'importance du sujet, l'habile et ingénieux dessinateur à qui l'on doit les copies au trait dont notre recueil est orné, a choisi celui de ces ouvrages qui , par l'agrément de sa composition , pouvait , étant gravé, conserverie mieux ses avantages.

Le sujet du tableau de Phrosine et Mélidor a été pris dans un poème du même nom, par Gentil Bernard. Le tableau vaut beaucoup mieux que les vers qui l'ont inspiré. Nous avons déjà fait l'éloge de sa composition. La scène qu'il représente se passe pendant la nuit. Sur les bords d'une grève triste et sauvage, Mélidor presse dans ses bras son amante, qu'il vient de retirer des flots; Phrogine est évanouie ; il la couvre de baisers et cherche à la ranimer de son souffle. Dans le fond , au sommet d'un immense rocher , on aperçoit un phare , et , sur la droite, l'ermitage de Mélidor.

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Cet ouvrage a quelques incorrections de dessin. La figure de la femme est lourde et molle de formes ; sa jambe gauche , ainsi que le bras gauche de Mélidor, sont trop longs ; le pied de cette jambe est mal attaché ; le sein gauche, qui devrait suivre le mouvement du bras, n'est point à sa place , etc. Ce tableau plaît malgré ces défauts, parce qu'ils n'offrent rien qui blesse le goût. 11 y a tout le charme d'un sentiment vrai dans la disposition de cette scène ; les personnages sont bien posés , et leur expression est pleine de douceur et de grâce. Quant à l'effet de nuit que l'auteur a voulu représenter , nous n'avons pu le comprendre; ciel, eaux, rochers, terrain, figures , tout est peint de convention. Le coloris est tel dans cet ouvrage que dans les autres compositions de M. Rioult, triste, pâle, faux et sans nerf. M. Rioult a beaucoup à acquérir dans cette partie de l'art. Frappé de la monotonie de ses carnations , nous nous sommes approché de plusieurs de ses tableaux , et nous avons vu que toutes ses ombres et ses demi-teintes étaient faites avec du noir et du blanc , et qu'il peignait du même ton une figure depuis le front jusqu'aux pieds ; comme si la peau la plus blanche n'avait pas, selon les diverses parties du corps , des nuances très-marquées ; par exemple , le ventre, où reposent les intestins, est toujours d'un ton plus vigoureux que la poitrine.

Parmi les autres ouvrages du même auteur, on a remarqué sa Néréide sur un cheoal marin. C'est une très-jolie figure ; mais nous lui préférons les deux Baigneuses ^ composition charmante , où l'esprit se joint à la naïveté. Nous y avons remarqué un défaut que l'artiste pourra corriger; chez l'aînée des deux sœurs, les cuisses sont plus âgées

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que le sein, et le sein que la tête. Outre les tableaux que nous venons de citer, M. Rioult a exposé les suivans : Deux petits Aiwergnais ; Chactas au tombeau d'Atala ; un jeune Faune jouant de la flûte ; un brigand calabrois ; Ve/^ leda; première sortie de Paul., après la mort de Virginie; Amazili et Télasco ; un jeune peintre ; et plusieurs études.

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Planche \Ç>. — La Résurrection du Lazare^ par M. Lair, tableau commandé pour l'une des chapelles du Mont- Valérien.

( Hauteur, 9 pieds i pouce ; largeur, 7 pieds 6 pouces.)

En voulant donner à son tableau un caractère grandiose , et éviter de rentrer dans des compositions connues, M. Lair s'est, à ce qu'il nous semble, égaré. La manière dont il a ordonné sa scène nous a paru trop théâtrale ; elle n'est point assez empreinte de ce caractère simple, évangéllque, que commandait le sujet. Ceux qui cherchent, même dans un tableau, l'exactitude historique, auraient aimé à trouver dans celui de M. Lair quelquesuns de ces Juifs opiniâtres qui se convertirent à la vue du prodige opéré par Jésus : car on ne peut supposer que l'arliste ait voulu représenter la foule du peuple devant laquelle le miracle eut lieu , par ces petites figures placées au dernier plan , qu'on aperçoit à peine , et qui sont à une trop grande distance de la scène pour pouvoir y prendre une part active.

Deux figures dans cette composition ont été généralement critiquées ; ce sont celles de Marihe, de qui l'étonnement ne devrait pas être le seul sentiment à la vue d'un frère dont elle a dû pleurer la mort, et que la parole divine île Jésu-; vient de rendre à la vie; et celle de l'homme qui se bouche le nez après avoir soulevé la pierre qui couvrait la fosse du Lazare. Nous n'ignorons pas que le Titien , Sébastien del Piombo, le Guerchin et

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plusieurs autres peintres des beaux siècles de l'art, ont. comme M. Lair , désigné par cet épisode \c jam fœiet de l'évangile : mais le goût a changé , et l'on pense maintenant que , dans une composition d'un style noble , le peintre doit écarter tous ces détails trop exacts d'une nature mal choisie, dont l'effet immédiat est de nuire à la sévérité du sujet.

Le coloris du tableau de M. Lair nous a paru cru dans quelques parties; les ombres manquent de transparence. Cependant nous pensons que cet ouvrage , éclairé d'une manière convenable , pourra produire un effet satisfaisant. La figure du Christ a de la dignité ; elle est drapée avec goût ; la Madeleine exprime bien par son geste et par le jeu de sa physionomie l'admiration dont elle est transportée ; et le Lazare est d'un bon goût de dçssin.

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Planche 47- — I- ^rgus endormi^ statue en marbre , par M. de Bay père. II. Thésée décomne les signes de sa naissance , modèle en plâtre , par M. de Bay fils.

(I. Hauteur, 3 pieds 8 pouces; largeur, 3 pieds 4 pouces. — II. Hauteur, 5 pieds; largeur, 4 pieds.)

Plusieurs familles, parmi nos artistes , offrent Texemple de cette hérédité de talens qui., transmis de père en fils, établissent une sorte de noblesse dont les titres, inscrits sur la toile ou le marbre, sont peut-être les plus durables et les moins contestables de tous. M. Horace Vernet a augmenté le patrimoine de gloire qu'il a reçu de son aïeul et de son père ; le respectable M. Ramey voit dans son fils , comme il se plaît à le dire lui-même , son plus bel ouvrage ; les noms d'Isabey , de Lordon, de Dumont , de Petitot , de Gois, semblent vouloir se perpétuer dans les beaux -arts; et Ton peut espérer que M. de Bay fils soutiendra la réputation de son père.

\J Argus endormi doit sans doute servir de pendant au Mercure que M. de Bay père a exposé en 1824. Celte figure se recommande par une pose vraie et bien sentie , et par un bon choix de formes. Les autres ouvrages que M. de Bay père a mis à l'exposition sont : i" Un Talma dans le rôle de Léonidas. Cette figure est fort belle ; quoique la tête soit d'une exacte ressemblance, on croit admirer la statue même du héros de Sparte , tant les nobles traits de notre célèbre tragédien respirent

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l'antique. 2° Un groupe des trois Parques. Nous n'aimons pas la tête de la figure agenouillée (Atropos) ; par la manière dont elle est coiffée , elle ressemble à celle d'un Mercure; son cou nous a paru aussi un peu gonflé. La cuisse droite de la figure du milieu (Lachésis), qui se fait sentir sous la draperie, est peut-êlre trop courte. Ce groupe , fort bien composé , est d'un grand caractère. M. de Bay , contre l'usage le plus habituel des anciens , qui représentaient les trois fatales sœurs sous la forme de trois vieilles femmes au visage noir et sévère , aux farouches regards , leur a donné les formes et les attraits de la jeunesse et de la beauté. Ce parti , bien plus favorable à l'art, atteste le goût de l'arliste. 3" Le buste de M. Gros et celui de feu Girodet-Trioson. Ces deux bustes sont admirables ; le travail en est d'une beauté parfaite : la vie s'est glissée sous le marbre; il respire.

Le Thésée de M. de Bay fils, estimable sous plusieurs rapports, a une pose beaucoup trop forcée. Ce jeune artiste, aidé des leçons d'un père tel que le sien, doit savoir que les anciens ne donnaient jamais aux figures de leurs héros ou demi-dieux ces attitudes exagérées, contraires au caractère du personnage et à la belle nature. Or, le fils d'Ethra (et non pas ^ Aihra^ comme dit le livret), malgré son jeune âge, a déjà donné des preuves de son audace, de sa force et de sa valeur plus qu'humaines ; en lui déjà tout annonce un héros , un demi-dieu. Kemarquons en outre que c'est par les conseils de sa mère qu'il soulève la pierre sous laquelle est cachée l'épée d'Egée, son père. Rien ne justifie donc le mouvement que l'artiste a donné à sa figure; il tient de Teffroi beaucoup plus que de la surprise. Après avoir fait la part

de la critique, nous nous plaisons à reconnaître que celle figure est assez correcte dans son ensemble , et que beaucoup de détails en sont soigneusement étudiés. Quelques parties auront besoin d'élre soigneusement revues, entre autres les cuisses et les jambes, qui sont, à ce qu'il nous a semblé, un peu trop âgées pour le haut du corps.

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Planche 4^- — Trait de la jeunesse de P i erre-le- Grana ^ par M. Steuben , tableau commandé par la maison du Roi.

(Hauteur, i2piecls4pouc.es; largeur, i4 pieds 7 pouces.)

M. Steuben semble avoir spécialement consacré ses pinceaux à Timmortel législateur de la Russie; il a souvent puisé des sujets de composition dans la vie de ce grand homme; c'est à Tadmiration bien sentie qu'il a pour ce héros que cet habile artiste doit ses deux plus beaux tableaux , celui de Pierre-le-Grand sur le lac de Ladoga, exposé en 181 2 , qui a commencé sa réputation, et celui qui fait l'objet de cette notice.

L'extrait suivant de l'histoire de Pierre-îe-Grand est la description exacte de la riche et noble composition de M. Steuben.

« Lors de la première révolte des Strélitz, Pierre I*"", encore enfant, fut conduit par sa mère et un petit nombre de serviteurs fidèles au couvent de la Trinité, à quelques lieues de Moscou. Cette retraite fut connue des rebelles : une troupe furieuse accourt, enfonce les portes, et massacre tout ce qu'elle rencontre. La czarine avec son fils, poursuivie par deux meurtriers , se réfugie dans une chapelle , place son enfant sous l'image de la Vierge, et menace les assassins de la vengeance divine s'ils osent consommer leur crime : saisi de respect, Tun d'eux se prosterne; l'autre hésite, regarde l'image, et dit à son camarade : <f Frère, non pas près de l'autel. »

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Cependant un nombreux détachement de cavalerie volait au secours du czar. Les rebelles prirent la fuite , et l'enfant et la mère furent sauvés. »

Le tableau de M. Steuben a produit la plus vive sensation, et c'est avec justice. On a pu lui trouver quelques défauts; on a pu dire que la czarine était d'une proportion trop colossale ; qu'un artiste aussi habile que M. Steuben aurait pu dédaigner d'arriver à l'effet par un parti aussi facile et aussi commun que celui d'enlever en vigueur sur une colonne d'un blanc mat la noire figure de son Strélitz. On lui a reproché d'avoir cherché , dans la disposition de sa scène, un effet trop théâtral, trop mélodramatique, etc., etc.; mais d'unanimes éloges ont été justement accordés au grand caractère de cette belle composition, à l'énergique fermeté du dessin , à la franchise et à la vigueur du coloris , à la parfaite exécution des accessoires, et surtout à cette admirable figure du jeune czar, qui seule ferait la réputation d'un peintre, et qui, à elle seule, vaut un tableau.

J\J . Steuben a en outre mis à l'exposition quatre tableaux de chevalet. La Première enireoue de J.-J. Rousseau ai>ec madame de TV^arens , une Cendrillon , Pierre-ie-Grand offrant sa couronne à Catherine., et Ninon de l'Enclos faisant don de sa Libliothèque au jeune Voltaire. Ces quatre petites compositions, remarquables par l'esprit et la grâce, et par le fini le plus précieux, forment un contraste aussi agréable que singulier avec le magnifique ouvrage dont M. Steuben vient d'enrichir l'école française.

Planche 4-9« — Jean Hennuyer , éoêque de Lisiruv, tableau, par M. Fragouard.

(Hauteur, i3 pieds; largeur, 17 pieds.)

Un trait de la vie de Jean Hennuyer , évêque de Lisieux , né en 14^97 à Saint-Quentin, mort à Lisieux le 12 mars 1578, a fourni à M. Fragonard le sujet de sa vaste composition.

Selon quelques historiens, cet évêque s'est immortalisé par sa courageuse opposition aux ordres que la cour lui donna de faire périr les calvinistes de son diocèse à l'époque de la Saint-Barlhélemy. D'autres écrivains prétendent que , loin d'être le défenseur des calvinistes, Hennuyer se montra l'un de leurs ennemis les plus acharnés. Ils en rapportent des preuves qu'il serait trop long de citer ici. Quant à nous , sans entrer dans cette discussion , nous dirons seulement qu'il ne nous paraît pas vraisemblal.'le que Charles IX et sa mère se soient adressés à un évêque pour faire périr les huguenots de son diocèse.

Le tableau de IM. Fragonard se distingue d'abord par une riche et noble ordonnance ; mais on en comprend difficilement le sujet. Pourquoi n'a-t-il représenté que des femmes autour del'évêquedeLisieuxFOùsontleurs frères, leurs époux ? Si le fait historique est vrai , est-ce ainsi que cette scène a dû se passer ? La prJsence des filles et des femmes des huguenots dans une église catholique , à cette époque , au moment où leur sang devait couler au nom d'une religion qu'ils abhorraient , est-elle con-

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forme à l'esprit du teins, et surlout aux principes de ces sévères et inflexibles schisniatiques ? Les mouvemens désor*lonnés de ces femmes qui se pressent autour de i'évêque , sont-ils bien en rapport avec la contenance calme, tranquille de l'envoyé de Charles IX et des soldats et des pages qui l'accompagnent ? Celui-ci , dont la pose est froide et maniérée, a-t-il bien l'air d'apporter un édit de mort ?

Malgré ces critiques, la composition de ce tableau en est encore la partie la plus remarquable ; on y reconnaît la féconde et riche imagination de l'auteur. Nous devons citer avec éloge la figure de Tévêque, celle de la jeune fiemme qui porte ses deux enfans , et plusieurs têtes dont l'expression est juste et vraie. Quant à l'exécution , elle accuse toujours la prodigieuse facilité de M. Fragonard , qui aurait tenu dans l'école le rang le plus distingué, s'il n'avait pas voulu traiter tous les genres.

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Planche 5o. Jesiis^Chrisi guérissant un jeune homme possédé du démon , tableau , par M. de Forestier.

( Hauteur , g pieds 7 pouces ; largeur, 6 pieds 9 pouces. )

Ce tableau a été fait à Rome, il y a plusieurs années, et le tems en a déjà rembruni les couleurs. 11 ne plaît pas au premier coup d'œil ; un second examen lui est beaucoup plus favorable, et l'on y remarque alors de véritables beautés. La composition en est lourde et embarrassée; les plans s'y font nrial sentir; cette muraille d'un gris noir , qui traverse carrément tout le fond du tableau, et qui , par le ton , vient beaucoup trop en avant , est tout-à-fail mal imaginée ; les deux bras de la femme sur laquelle s'appuie le jeune possédé ne sont pas d'un heureux effet , etc. Ces défauts sont balancés par des qualités solides. Le dessin a de la hardiesse et de la correction ; les nus sont étudiés avec soin , et les draperies sont d'un fort bon style.

On a été généralement moins satisfait de son tableau de saint Front, commandé par M. le ministre de l'intérieur , et de celui de saint Pierre délivré de la prison par un ange. La composition de ce dernier tableau n'a point cette noble simplicité qu'il faut chercher avant tout dans un sujet religieux. La tête du saint est disgracieuse; le coloris manque d'éclat et de vigueur , et dans les draperies flottantes de l'ange et de saint Pierre, dans ces plis tourmentés qui papillotent à l'œil , on ne reconnaît pas le style sévère des belles draperies du jeune possédé.

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Planche 5i. — Adam et Eoe exilés du Paradis après leur désobéissance^ tableau, par M. Paulin Guérin.

(Hauteur, lo pieds; largeur, 8 pieds 5 pouces.)

Nous croyons qu'il n'y a pas eu une seule exposition où l'on n'ait vu figurer Adam et sa famille, qui est aussi la nôtre, quoiqu'à un degré assez éloigné. Le tableau des Remords de Cdin^ exposé en 1812 , et maintenant placé dans la galerie du Luxembourg, a commencé la réputation de son auteur. Nous concevons fort bien le choix de ce dernier sujet : il offre au peintre une scène poétique, riche d'effets et d'expression ; et l'on sait avec quelle effrayante énergie M. Paulin Guérin l'a rendue. Mais il serait bien tems de ne plus augmenter le nombre immense de tableaux , de toutes formes et de toutes grandeurs , consacrés à Adam et à sa compagne , à moins que quelque ministère ne vous donne commission à cet égard. Ces deux êtres , essentiellement passifs , selon les saintes écritures, soit avant , soit après le péché , ne se présentent réellement au spectateur que comme deux académies plus ou moins bien dessinées , et deux académies ne font pas un tableau.

Si l'on ne veut juger V Adam et ÏE\>e de M. Paulin Guérin que sous ce rapport , ils mériteront beaucoup d'éloges. Le dessin n'en est pas d'un style très-élevé , mais il est généralement ferme et correct. Quant à l'exécution , on reconnaît dans ce tableau la main exercée d'un peintre consommé dans la pratique de son art.

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