‹ Annales de l'école française des beaux-artsChapitre 3 sur 6 · PI M · texte numérisé non relu

PI M

TauUn Guérïn .jat'nf '

Trenrv, tîel

C Jfttrmand, se .

C'est comme peintre de portraits que M. Paulin Guérin s'est particulièrement distingué à l'exposition de cette année ; il a mis, en ce genre , le sceau à sa réputation. Le portrait en pied du marquis d' lilbée , généralissime des armées de la Vendée en lygi, fait le plus grand honneur à son talent; et celui de M. l'abbé de La Mennais peut être cité comme un chef-d'œuvre.

'VVVt;V\/V«/\/VVt;\/VVt/%'VVt/VVVVVVV«/%'t/V«/VVVk/«/VVVVV%lf%/VV«'VVVl/VVVVVVVVVV\i\/VVV(XAr^

Planche S2. — La Mort (THymélho^ femme de Déiphonte^ roi dt Epidaure ^ par M. J. M. Langlois , tableau commandé par le ministère de la maison du Roi.

( Hauteur, 11 pieds; largeur, i^ pieds 7 pouces.)

S'il est vrai que le choix du sujet décide seul le su-rcès populaire^ M. Langlois a <lû renoncer cette année à un succès de ce genre, car ii était à peu près impossible de choisir un sujet qui fût plus inconnu à la plupart des spectateurs que la mort d'Hyrnétho. M. Langlois s'est inspiré d'un passage du Voyage de Corinthe , par Pausanias. Pour bien faire comprendre à nos lecteurs cette nouvelle composition d'un peintre si distingué , nous transcrirons ici l'explication qu'il en a donné lui-même.

« Cerynès etPhalcès, frères d'Hyrnélho,^ ennemis de Déiphonte , qui, après la mort de Théménus, leur père, avait su s'attirer l'amour des Epidauriens , employèrent tous les moyens pour le séparer de leur sœur. N'ayant pu y parvenir, ils la firent monter de force dans leur char. Déiphonte , instruit de leur perfidie , court après eux , atteint Cerynès de son javelot ; il est prêt à saisir Phalcès, lorsque celui-ci, serrant fortement la malheureuse Hyrnétho, enceinte de quelques mois, la laisse tomber expirante dans les bras de son époux, et profite de ce moment pour lui échapper. »

Nous avons vainement cherché quel motif pouvait avoir décidé M. Langlois à traiter un tel sujet , ou le ministère de la maison du Roi à Je lui indiquer.

lai

Le défaut d'intérêt qui s'y fait sentir a nécessairement influé sur le génie de l'artiste. Sa composition est sagement, mais froidement conçue.

Nous sera-t-il permis de dire, avec tout le respect dû à un beau talent, qu'on aurait désiré plus de naturel et de mouvement dans la pose de ses personnages, un caractère plus énergique , plus vrai, plus varié dans l'expression de leur physionomie, et peut-être un peu plus de vigueur dans le coloris?

Une foule de beautés de premier ordre rachètent ces défauts. Tous les connaisseurs ont admiré la figure de Déiphonte, le torse renversé de la femme, le grand goût des accessoires, la beauté du style des draperies, etc. Si la réputation d'un des premiers dessinateurs de l'école n'éiait pas depuis long-tems acquise à l'auteur di* Alexandre chez Apelle ^ de Diane et Endymion , etc. , cet habile artiste l'aurait obtenue par son tableau de la mort d' Hyrnétho,

Planche 53. — Hecfur reproche à Paris sa lâcheté ^ par M. îjelorine, tableau commandé par M. le ministre de la maison du Roi.

( Hauleur, 8 pieds 8 pouces; largeur, ii pieds 4 pouces. )

En peinture, ainsi qu'en littérature, ainsi qu'au théâtre , il existe deux partis non moins opposés en théorie et on pratique que ceux qui, tour à tour, viennent se combattre à la tribune nationale. Les querelles de nos classiques et de nos romantiques n'ont pas des résultats tout-à-fait aussi imporlans que celles des deux côtés de la chambre; et cela est fort heureux; car l'animosité de ces messieurs les uns contre autres est telle, que la France aurait tout à craindre si ses destinées dépendaient du triomphe de l'une ou l'autre école. Mais, par bonheur, tout finit chaque jour par des injures libéralement échangées de part et d'autre ; et , dans les salons , dans les cercles, dans les ateliers, dans les coulisses , dans les journaux, classiques el roman tiques, tous restent, après tant de disputes, plus que jamais pénétrés d'une admiration exclusive pour les gens de leur parti , et d'un souverain mépris pour leurs antagonistes. Toutes leurs opinions, tous leurs principes sont renfermés dans cette espèce d'axiome à double face :

Classique toujours bon, romantique exécrable; Romantique excellent, classique de'testabie.

Ils ne sortent pas de là. Demandez à ceux-ci ce qu'ils

pensent du Massacre des janissaires de M. Chainpmartin, ils vous regardent avec une surprise mêlée d'horreur, comnae si d'avance vous n'aviez pas dû prévoir quelle serait leur réponse. Interrogez ceux-là sur ï Hector et le Paris de M. Delorrae, ils courent à l'autre bout du salon en fermant les yeux et en levant les épaules. Injustice criante des deux côtés. Pour nous qui , du moins en peinture, sommes d'une neutralité parfaite, et qui nous efforçons de trouver le bien partout où il se trouve, nous rendrons à M. Deiorme, qui seul doit nous occuper en ce moment, toute la justice qu'il mérite.

Si quelques-unes des critiques dont son tableau d'//e^tor et Paris a été l'objet nous ont paru fondées, nous avons repoussé les autres comme beaucoup trop sévères ou tout à-fait injustes. Elève de Girodet , M. Deiorme a tous les défauts de son maître, mais il a aussi quelques-unes de ses beautés. On peut lui reprocher un coloris enluminé, un pinceau froid , une composition plus froide encore ; on peut dire enfin que les trois figures de son tableau sont trois statues coloriées ; mais ces trois statues offrent des parties de dessin très-remarquables. Le torse du Paris est très-bien modelé; Y Hélène est une figure charmante, les draperies sont d'un excellent style, et tous les accessoires sont traités avec un goût parfait. Avec de telles qualités, un ouvrage, quels que soient ses défauts, peut mériter l' estime des connaisseurs.

Cependant si nous avions l'honneur d'être connus de M. Deiorme , nous lui conseillerions de mieux consulter une autre fois le goût du public ( et nous parlons du pablic éclairé) qui maintenant, avant tout, veut du naturel el de la vérité.

Planche 54- — Le retour de la fête de la madona de l'/frCf. près de Naples , tableau , par M. Léopold Robert.

( Hnnteur , 4 pieds 5 pouces ; largeur » 6 pieds 9 pouces. )

Ce ne sont plus seulement les débris de la ciléreine, ou les chefs-d'œuvre des Raphaël et des Michel - Ange que nos jeunes artistes vont interroger en Italie y ils vont y chercher aussi les délicieuses inspirations de la nature vivante , d'une nature tout imprégnée de poésie et de volupté. Aussi, depuis plusieurs années, leurs pinceaux ont -ils souvent retracé ces ravissantes scènes dont l'Italie abonde , et dont rien , sous notre ciel nébuleux , ne peut donner une idée. Quoique tant de siècles écoulés séparent la moderne Italie de l'ancienne, quoique les pratiques d'une religion sévère , si opposées aux riantes rêveries de la théogonie païenne , aient profondément influé et sur les usages et sur les mœurs , le peintre et le poète retrouvent dans ces mœurs , dans ces usages , une foule de souvenirs antiques sous des formes nouvelles.

Le charmant tableau de M. Léopold Robert peut nous servir d'exemple. Cet artiste a fidèlement copié l'une de ces poétiques scènes qui , dans ces beaux climats , sont venues chaque jour s'offrir à ses yeux. Au costume près (et que celui-ci est pittoresque !) ne croirait-on pas voir une de ces fêtes à Baccbus , telles que nous les ont retracées les niédailles et les bas-reliefs antiques ,

telles qu'on les admire dans quelques-unes des immortelles compositions de notre Poussin?

L'excellent tableau de M. Léopold Robert renferme tous les genres de mérite; sujet heureusement choisi, composition bien entendue, dessin correct et spirituel, vigueur de coloris : quelques personnes lui ont reproché un peu de sécheresse dans les contours ; mais ce défaut n'en est pas un pour ceux qui se rappellent que l'air pur el léger de l'Italie méridionale ne donne pas cette incertitude de lignes que produit l'air brumeux de nos climats, et que les objets s'y détachent franchement sur le ciel.

Nous regrettons de ne pouvoir donner que les noms des autres tableaux exposés par M. Robert : plusieurs d'entre eux mériteraient un examen détaillé. Ces tableaux sont au nombre de dix : Un Brigand dans les montagnes; — Une Femme assise sur des rochers , près de la mer , costume italien; — La Femme d'un brigand; — Pèlerines reçues à la porte d'un coûtent par l'ahhesse ; — Fille d'Ischia au rendez- vous; — Pèlerine a\?cc son enfant mourant; — V Ermite de Saint-Nicolas ^ à Ischia, recevant des fruits d^ une jeune fille ; — Jeune Fille de l 'île de Procida donnant à hoire àun pêcheur ; — Un Pecoraro trouvant un vieil Ermite mort^ • — et Deux Baigneuses , costume de Saint-Donato.

1 ■\''*'*'^v-*j\n/\;v\,%,\,^n;%j%/%mik/\i'\^v\/%rL%j\A'\t\/\/v\ik/VKi\i%/\/%iV^/K»%/\,%t^

Planche 55. — Les Femmes souliotes , par M. Schcffer aîné.

(Hauteur, 8 pieds a pouces; largeur, ii pieds i pouce.)

M. Scheffer aîné est l'un des premiers qui ait donné le signal de la grande scission qui s'est établie dans l'Ecole. Ne cherchant que la vérité, et la chaleur du ton et de l'effet aux dépens de l'élégance du style et de l'élévation des caractères, l'un des premiers il a ouvert une route où se sont précipités une foule de jeunes artistes , prétendus novateurs, qui, selon la coutume , abusant des préceptes de leurs chefs, se sont persuadé qu'en pemture le nec plus ultra du génie était de ramener l'art à son enfance. M. Scheffer n'avait point consacré leurs erreurs par son exemple; et nous ne connaissons de lui qu'un seul tableau , la mort de Gaston de Foix , qui , par l'incorrection du dessin, la négligence du pinceau et son style un peu barbare , ait dû obtenir un succès romantique. Dans ses autres compositions , M. Scheffer, en suivant un système entièrement opposé à celui de l'école de David, est resté fidèle aux grands principes de Tari ; et son beau tableau de saint 7homas d'' Aquin, exposé au salon de 1824, avait déjà prouvé de la manière la plus brillante qu'on devait toui attendre du talent original de cet artiste.

L'horrible histoire d'Ali, pacha de Janina, a fourni à M. Scheffer le sujet éminemment pathétique de son tableau des Femmes souUoles.

Au mois de décembre i8o3, la famine et la trahison forcèrent les malheureux habitans de Souli d'accepter une capitulation que les armes d'Ali n'auraient pu jamais leur imposer. Le traité leur accordait de s'établir partout où ils le jugeraient convenable, excepté dans leurs montagnes. Ils décidèrent de se partager en deux troupes, dont l'une irait à Prévésa , l'autre à Parga. Les ordres furent donnés de les égorger Tune et l'autre. La division qui marchait vers Parga échappa au massacre. La divi sion de Prévésa n'eut pas le même bonheur. Brusquement attaquée, elle s'enfuit, en désordre, dans un couvent grec , nommé Zalongo. Inutile refuge ! Les Albanais en enfoncent les pot tes, entourent leurs victimes... Le viol, le meurtre, les horreurs d'un massacre, souillent ces lieux et anéantissent les débris des malheureux Souliotes. Cent femmes restaient avec une troupe d'enfans ; elles s'étaient trouvées séparées des leurs, et, du haut d'un rocher qu'elles avaient gravi, devenaient les témoins du sort épouvantable de leurs compagnes... Une résolution subite leur promet un secours contre l'infamie et la honte du supplice. Elles se prennent par la main, et sur la plate-forme du rocher, commencent une danse dont un héroïsme inoui inspirait les pas , et dont les angoisses de la mort pressaient la cadence. Des chansons patriotiques

l'accompagnaient Au dernier de leurs refrains, les

cent femmes poussent un cri perçant et prolongé, dont le son va s'éteindre au fond d'un horrible précipice, où elles ont entraîné avec elles tous les enfans. (Aboyez l'histoire d'Ali-Pacha, liv. 4)

M. Scheffer ne pouvait représenter cette scène déchirante telle qu'elle s'est passée en effet ; la danse des femmes souliotes, quelque admirable qu'elle soit dans un récit,

ne pouvait convenir à un tableau. M. Scheffer a montré un goût parfait dans le choix des épisodes variés dont il a formé sa composition. La femme qui , le front prosterné contre terre , d'une main s'arrache les cheveux et de l'autre presse contre son sein son enfant encore au maillot ; la jeune fille , vue de dos , de qui les pieds charmans n'auraient eu besoin que d'être plus solides de ton pour être parfaits ; la femme sur laquelle elle s'appuie , celle qui lève les bras vers le ciel, l'enfanl qui Ta saisie par ses vêtemens , etc., sont d'admirables figures.

On reproche à ce tableau de manquer d'air ; pour faire valoir ses deux premiers plans, le peintre a mis les autres dans l'ombre; mais celte ombre n'est pas assez justifiée; on voudrait aussi qu'il eût mieux fait sentir la hauteur du rocher. Mais ces défauts ne nuisent point au mérite de cette composition qui, par la simplicité et la vérité des caractères , l'énergie de l'expression , la vigueur du pinceau , est sans contredit l'une des plus remarquables de l'exposition.

Les tableaux que M. Scheffer a rais, outre celui-ci, au salon de cette année, se distinguent tous plus ou moins par le naturel de la composition et la richesse du coloris. Nous citerons entre autres une scène de la campagne de France en i8ii4, tableau qui n'a d'autre défaut que de trop ressembler à une esquisse.

Les autres ouvrages de M. Scheffer sont : Les débris de la garnison de Missolongfii au moment de mettre le feu à la mine qui doit les faire périr ; — Jeunes Filles grecques implorant la protection de la Vierge pendant un combat ; — le Champ grêlé ; — le Sommeil du grand-père ; — Macbeth ; — et une Scène d'inondation.

Planche 56. — Sujet grec moderne ^ tableau, par M. Vinchon.

(Hauteur, 8 pîeds 6 pouces; largeur , lo pieds 8 pouces.)

Heureux les peuples qui tiennent peu de place dans l'histoire; heureux ceux qui n'ont jamais attiré les regards des poètes et des artistes. La monotone existence d'un peuple tranquille ne fournit rien aux sensations vives et brûlantes que cherche le génie. Ces nations, si souvent célébrées par la lyre ou le pinceau , n'ont mérité tant de gloire qu'aux dépens de leur bonheur. Et , de nos jours, à quel prix de sang et de larmes la Grèce a-t-clle acquis le droit d'inspirer tous les enfans des muses!

Les Hellènes, leur héroïsme, leurs désastres, leurs victoires , leurs revers ont fourni à nos peintres une foule de sujets de composition. Celui qu'a choisi M. Yinchon est de la plus touchante simplicité ; nous lui emprunterons l'explication qu'il en donne lui-même dans la notice insérée au livret du Salon : << Un vieillard, assis sur j) les ruines de sa maison incendiée , et près du corps » de sa fille qui vient d'être tuée dans le massacre de » l'île de Samolhracia , tient dans ses bras l'enfant » qu'elle allaitait. j> Un quatrième personnage complète cette composition ; c'est un guerrier grec , le gendre du vieillard sans doute , étendu la face contre terre près d'un débris antique ; sa main , encore armée , indique qu'il a été tué en défendant son épouse et son fils.

La composition et Teffet de ce tableau sont également bien entendus. Le vieillard , la femme et Fenfant sont placés dans la demi-teinte ; le fond, à gauche , est chaudement éclairé par les rayons du soleil couchant. La pose du vieillard qui, les yeux fixés sur l'enfant, d'une main le tient sur ses genoux, et de l'autre cherche si le cœur de la mère bat encore; la figure entière de ce vieillard, la tête et le torse de la femme , etc. , méritent tous nos é!oges. Le mouvement et le raccourci des jambes de la femme auraient pu être mieux seniis ; nous croyons aussi que la partie inférieure de cette figure n'est pas en proportion avec le torse ; enfin nous aurions désiré que la tête de l'enfant eût été mieux étudiée; ses traits accusent un âge plus avancé. Malgré ces défauts , ce tableau, dont le coloris est chaud et harmonieux, fait beaucoup d'honneur à M. Vinchon.

Jaltm de jS^,

rr

JW/fU'/^ .puw

Tremi/ ,fe/

J'oi-niatit^ /VV?»", J'C

fc/fcV*WVV%\j*iVVVVVVVVVV*'VVl.t.VVW».VVXfc-\;VV*jX^V\l»yVVVVV*<VV%'VVt.X%JX%.'VVVVV*/VV»/VV*'VV'»/VV*V\

Planche 57. — Un Capucin recueille une jeune femme et son enfant, tableau, par M. Schnetz.

(Hauteur, 5 pieds 6 pouces; largeur, 3 piedi 11 pouces.)

Le sujet de ce charmant tableau rappelle celui de M. Bonr.efond. Les deux artistes semblent avoir été inspirés par la même idée, et tous les deux avec un égal bonheur.

Le tableau de M. Schnetz se distingue autant par le mérite de Texéculion que par celui de la pensée. La touche en est large et facile; l'expression de la jeune femme est pleine de douceur et de grâce, et la figure du capucin est d'une vérité parfaite; nous sommes moins contents *Ie celle de l'enfant; il a trop l'air d'un poitpard.

Peintre aussi fécond que spirituel , M. Sclmelz a exposé une foule d'autres morceaux plus ou moins remarquables. Quelques-unes de ces compositions nous ont fait regretter de ne pouvoir consacrer à chaque peintre, sauf une ou deux exceptions, qu'une seule gravure. Nous citerons entre autres celle où M. Schuelz a représenté une vieille Femme et une jeune Fille en prière des^unt une Marloiie. Chaque fois que nous nous sonmies arrêtés devant cet excellent tableau, nous en avons de plus en plus admiré le naturel exquis, la louchante simplicité de caractère, et la vérité d'expression et de coloris.

C'est aussi une composition délicieuse que celle de la jeune Femme qui , ayant son enfant endormi sur .les genoux, satiriste à lu vue du com'oi d'un jeune enjani. Cependant

elle est d'un coloris moins vrai, d'un pinceau moins franc que la plupart des autres ouvrages de l'auteur. Nous adresserons le même reproche au tableau de la jaine Fille malade , conduite dans une chapelle par une femme qui implore pour elle la Madone. Nous aurions désiré, dans les figures de ces deux tableaux, des contours moins secs et des détails plus largement rendus.

Nous ne ferons qu'indiquer les autres ouvrages que M. Schnetz a exposés cette année : Un Soldat guelfe blessé^ raconte son malheur à une jeune Fille ; — deux jeunes Filles cueillant des fleurs (costumes de Nettuno, près de Rome) ; — deux jeunes Villageoises des environs de Rome se disposent à passer un torrent ; — Masaniello. — Un Pâtre assassiné par des brigands ; —^ un jeune Pèlerin à la vue de Rome ; — un Pâtre dressant le parc pour son troupeau^ et plusieurs portraits , au nombre desquels on remarque celui de M. Casimir Delavigne.

Planche 58. — Vue intérieure du cloître de Santa-Maria- Novella^ à Florence, tableau, par M. le comte de Forbin.

(Hauteur, 2 pieds 3 pouces; largeur, 2 pieds 9 pouces.)

Dans le monde il est peu de gens qui se donnent la peine de voir et de juger par eux-mêmes, et Ton est en général assez porté à croire que , lorsqu'un homme, revêtu d'un emploi important, se livre au culte de la littérature ou des beaux -arts , les louanges qu'on lui donne sont bien moins accordées à son mérite qu'à ses dignités et à son rang. Pendant long-tems M. de Forbin a été l'objet de cette prévention , dont on a enfin reconnu l'injustice; et l'on peut dire maintenant, sans craindre d'être accusé de flatterie, que 31. le directeur des Musées royaux est, comme peintre d'architecture , l'un de nos artistes les plus distingués.

Les deux tableaux que M. de Forbin a exposés cette année, la Vue du cloître de Santa-Maria-Novella , à Florence, et celle du Campo Santo , à Pise , ont mérité les suffrages de tous les connaisseurs. Leur auteur se distingue toujours par la vigueur du coloris , la transparence des tons , l'heureuse et spirituelle opposition de la lumière et des ombres, et par une illusion de perspective portée aussi loin qu'elle peut aller.

vvvvvvvv\'v'v«>.'vv\ivvvtivvv\«. i/Wi/wn'.wvvwvvwvuvviiwvkvvvtwvtiwvk ''v\ tww

Planche Sg. — I. Sainte Marguerite, statue , par M. Nantenil. — II. Saint Marc ^ êçangéliste , statue, par M. Bra. — III. S. A. R. Mgr le Dauphin^ statue en marbre, par le même.

( 1. Hauteur, 5 pieds lo pouces. — II. Hauteur , 7 pieds 2 pouces. III. Hauteur , 6 pieds 6 pouces. )

Une statue XEuridice mourante , remarquable par la vérité de l'expression et la naïveté des formes , a fait honorablement citer le nom de M. Nanteuil à l'exposition de iSa^. Celle de sainte Marguerite est un fort bel ou>rage; on doit regretter seulement le choix du marbre que l'artiste a employé pour celte dernière figure. Sorti de la carrière de Sost , dans les Pyrénées , ce marbre a des tons d'un gris sale et jaunâtre qui sont loin d'être favorables au travail du statuaire.

M. Bra. Sa figure de saint Marc est fort bien posée ; elle est d'un grand caractère, et les draperies sont ajustées avec beaucoup de goût. Ce n'est encore qu'un modèle en plâtre qui pourra devenir sous le ciseau un ouvrage très- distingué. Nous avons été moins satisfaits de la statue du Dauphin et de celle du fluc de Berri , par le même auteur. Le dauphin est représenté au moment où il fait une sommation aux assiégés de Cadix. Cette figure, dont la tête offre peu de ressemblance avec le royal modèle, est d^ns ce style monumental , qui , pour être senti, a besoin des plus belles proportions et d'une exécution pleine de largeur et de fermeté.

Nous n'aimons pas le costume que M. Bra a donné à la statue de S. A. K. feu le duc de Berri ; c'est celui des princes français sous l'empire. Cet habit ressemble trop à celui des chevaliers de théâtre , et manque de grâce et de dignité. Cette statue est en plâtre; elle est le modèle de celle qui a été élevée à Lille par le département du Nord ; peut-être les défauts que nous venons de remarquer se font-ils beaucoup moins sentir dans le bronze.

Outre ces trois importans ouvrages, M. Bra a exposé plusieurs bustes qui tous , plus ou moins , réunissent à la beauté du travail le mérite de la ressemblance. Nous citerons entre autres ceux de feu le docteur Béclard , professeur d'anatomie et de chirurgie à la faculté de médecine; de feu le docteur Pinel , médecin en chef de l'hospice de la Salpétrière; de M. Broussais , médecin célèbre; de M. E. Jouy, membre de l'académie française , l'un de nos écrivains les plus distingués ; et de l'illustre général Foy, dont la patrie pleure encore la mort.

VV/\/V^VVVt>VVVWVV\'l/VV\iVVV%;V\'VVljVVVQ^VVVi;VV\'%>V%A't;VVVV%/Vl/VVVVUVVVVVVV%.'VVV%/VVV t>%/\i\. W1

Planche 60, — I. L'Espérance^ statue en marbre, par M. Lemoine. — II. L Amour tourmentant l'ame, statue en marbre, par M. Dumont fils. — III. Une Jeune fille tenant un papillon , statue en marbre , par M. Lemaire.

(I. Hauteur, 5 pieds. — II. Hauteur, \\ pieds 2 potices. — I!I. Hauteur, 3 pieds 7 pouces.)

Si M. Lemoine est le même sculpteur qui, en 181 g, exposa une Galathée portée sur un dauphin et se rendant cers Acis^son amant ^ nous reconnaissons avec plaisir qu'il a fait de grands progrès. La Galathée semblait avoir élé faite de pratique; V Espérance annonce de solides études; la pose en est naturelle et gracieuse; le dessin est noble et pur. Deux autres ouvrages, modèles en plâtre, exposés par M. Lemoine , une sainte Julitte et un groupe de Jeunes Chévriers^ prouvent que cet artiste a quitté tout faux système , et qu'il a pour son art un sincère amour.

Les deux charmantes figures composées par MM. Dumont fils et Lemaire, V Amour tourmentant C amc ^ et la Jeune fille qui tient un papillon , pourraient servir de pendant l'une à l'autre; toutes deux semblent avoir été le fruit de la même inspiration ; toutes deux , sous le rapport de la pensée, du mouvement et de l'exécution , offrent de nombreux rapprochemens ; toutes deux sont également d'un travail du fini le plus précieux ; toutes deux enfin sont des modèles de grâce, de finesse et de naïveté. La Jeune fille de M. Lemaire appartient à Madame, duchesse de Berry; peut-être S. A. R. voudra-t-elle acquérir aussi la statue de M. Dumont fils.

7r. Oerartf , /eùin; f

frem/, Jel

/^.J'ûrma-nd, tfc.

Planche 6i. — Sainte Thérèse , tableau , par M. Gérard, premier peintre du Roi.

(Hauteur, H pieds; iargeur, 4 P''^<ls. )

On attendait à Texposition de cetle année le tableau du couronnement de S. M. Charles X; les désirs du public ont été trompés ; cet important ouvrage n'est point encore terminé. M. Gérard n'a exposé que quelques portraits, et cette charmante figure de sainte Thérèse qui , dès son apparition au Salon , a obtenu un si brillant succès.

Quelle ravissante rêverie a donc, inspiré cet illustre maître! Son génie seul a-t-il créé ces traits enchanteurs ? La nature lui en a - 1 - elle fourni le modèle ? Quelle suavité de pinceau! quel sentiment exquis dans l'expression mélancolique de cet adorable visage ! Une telle création est au dessus de tout éloge ; l'effet de cette tête angélique est si puissant , qu'en y arrêtant leurs regards, les critiques les plus sévères ne songent plus aux imperfections qu'ils ont pu remarquer d'abord dans la pose et le dessin des autres parties de la figure.

Le tableau de sainte Thérèse a été fait pour l'hospice de ce nom , situé près de la barrière d'Enfer, et fondé par M. le vicomte de Chateaubriand, qui soutient de ses propres deniers cette fondation pieuse. Le grand artiste devait un chef-d'œuvre au grand écrivain. Sans doute, en créant sa délicieuse figure de sainte Thérèse, M. Gérard s'est rappelé ce beau passage de l'auteur du Génie du

christianisme : « Le christianisme, considéré lui-même comme passion ^ fournil des trésors immenses au poète. Cette passion religieuse est d'autant plus énergique, qu'elle est en contradiction avec toutes les autres , et que, pour subsister, il faut qu'elle les dévore. Comme toutes les grandes affections , elle a quelque chose de sérieux et de triste; elle nous traîne à l'ombre des cloîtres et sur les montagnes. La beauté que le chrétien adore n'est pas une beauté périssable : c'est cette étemelle beauté pour qui les disciples de Platon se bâtaient de quitter la terre. Elle ne se montre ici-bas que voilée; elle s'enveloppe dans les replis de l'univers , comme dans un manteau ; car, si un seul de ses regards tombait directement sur le cœur de l'homme, il ne pourrait le soutenir : il se fendrait de délices. »

iSg

Planche 6a. — Episode de la bataille d'Hastings^ tableau , par M. Horace Vernet.

(Hauteur, lo pieds; îa^rgeur, \i pieds.)

Nous regrettions que les nombreux et importans travaux dont M. Horace Vernet a été chargé pour le Musée Charles X et les salles du conseil-d'état, ne lui eussent permis de mettre à l'exposition que des tableaux de chevalet. Doué d'une facilité qui tient du prodige , cet artiste a donné le plus heureux démenti à nos craintes; et son Episode de la bataille d'Hastings a été conçu, fait et placé, à ce qu'on assure, en moins de jours qu'il n'en aurait fallu à la plupart des peintres pour concevoir seulement la composition d'un tableau.

Le tems ne fait rien à r affaire , a dit notre Molière , et, de quelque manière qu'on veuille appliquer cette sentence d'Alceste, elle est d'une justesse parfaite. Cette facilité malheureuse qui ^ se piquant dfune folle vitesse ^ n'enfante rien que d'informe , accuse chez celui qui la met en pratique absence de savoir, impuissance de raison , de jugement, et sotte vanité. Mais cette facilité, à laquelle l'on doit, dans un espace de tems si court, un ouvrage tel que V Episode de la bataille d'Hastings , créé comme par enchantement , est, il faut en convenir, un des dons les plus merveilleux du génie. Ce tableau est loin , sans doute, d'être parfait : mais qu'il atteste de talent!

Cependant quelques personnes, même parmi celles qui admirent le plus les productions de M. Horace Ver-

net, blâment sou excessive rapidité d'exécution. Frappées des défauts qui déparent plus ou moins les compositions de ce célèbre artiste , défauts qu'il semble ne vouloir prendre ni le tems, ni la peine de corriger, elles pensent qu'avec un peu plus de soins et d'étude il créerait des ouvrages tout-à-fait dignes de sa haute réputation. Nous pensons le contraire. Chapelle a dit , en parlant de ses vers :

Si je les voulais mieux taire ^

Je les ferais bien plus mauvais.

Certes, nous ne songeons pa.s à établir le moindre rapprochement entre le spirituel mais très -mince rédacteur, pour moitié , d'un très-médiocre Voyage *, et le peintre habile, digne héritier d'un nom fameux, à qui nous devons tant de productions distin.;uées. Mais ce que Chapelle disait de ses vers, M. Horace Vernet peut le dire de ses tableaux; il nous semble que s'il voulait travailler plus lentement il ferait moins bien ; cette rapidité d'exécution est une des nécessités de son génie.

Le sujet de sa nouvelle composition historique con-

* Voyage dans le midi de lu France , par C!iape!le et Bachauinonl, petit ouvrage très-faible de style , et dont les observations les plus profondes se portent sur le miel de Narbonne, les vins de Cahors et les pâles de Périgueux. Ce Voyage dut son succès à une gaité assez franche, à une certaine facilite de rimailler, et surtout à la position sociale des deux auteurs , qui voyaient ce qu'il y avait de mieux en France. La postérité' a bien voulu accepter sur cet ouvrage un 'jugement tout fait, pensant que cela ne valait pas fa peine d \vav discussion. De nos jours une telle production serait Kiorte en naissant.

venait parfaitement à la nature de son talent; c est ainsi qu'il l'explique lui-même :

« Après la bataille d'Hastings, où fut tué Harold, » roi d'Angleterre , deux religieux du monastère de » Waltham vinrent demander au vainqueur, Guillaume » de Normandie , la permission d'enlever les restes » d'Harold, qui avait, été leur bienfaiteur, et lui offri- » rent la somme de dix mille marcs d'or. Le duc fut »» touché de leur prière et octroya leur demande ; mais » les religieux cherchèrer.t vainement ce corps défiguré » par une flèche. Tristes et désespérés, ils s'adressèrent » à une jeune femme nommée Edithe , et surnommée lu n Belle au cou de cygne; elle avait été fort aimée d'Ha- » rold. Le cœur d'Edithe lui fil entreprendre vivement >) cette recherche, et, plus heureuse que les moines, » elle découvrit le cadavre de celui qu'elle avait chéri. »

Voici comment M. Horace Vernet a disposé son sujet. Au pied d'une palissade criblée de flèches normandes, vain obstacle qu'Harold voulut opposer à Guillaume, au milieu d'une foule de fidèles serviteurs morts en le défendant , est étendu le cadavre du monarque anglais. Edithe >ient de le reconnaître, et l'indique à l'un des deux moines qui l'ont accompagnée ; derrière elle est une vieille suivante. A droite, au second plan , le plus jeune des deux moines soutient un cadavre qu'il a relevé, et qui sans doute recouvrait celui d'Harold. A gauche ,^ au fond , on aperçoit les lentes des Normands. Nul être vivant sur ce champ de carnage, à l'exception des personnages que nous venons d'indiquer. Le jour , qui vienB de naître , éclaire d'une lueur pâle et froide cette scène , à la fois touchante et terrible.

Plus on regarde ce tableau, et plus on se sent ému de terreur et de pitié. 11 faut avoir une puissance de talent bien réelle , un pinceau bien énergique et bien vrai pour agir si fortement sur le spectateur , et pour l'identifier à ce point avec le sujet. Cette émotion profonde, il l'éprouve sans dégoût; et c'était là d'abord la difficulté qu'il fallait vaincre.

Tout le monde a été d'accord sur les défauts de cet ouvrage. On a été peu satisfait de la figure d'Edithe. Est-ce bien là l'expression des traits d'une amante ? est-ce là le mouvement qu'elle doit faire en reconnaissant les restes sanglans de l'homme qu'elle a tant aimé? Les formes de cette figure sont maigres , sa tête peu noble, sa pose trop arrangée , et le bras gauche est évidemment beaucoup trop long. On a dit aussi que la tête du vieux moine , sans avoir une expression moins vraie , aurait pu être d'un choix moins commun. Est-ce un mort , est-ce un blessé que cette figure soutenue par le jeune moine? C'est un mort, si l'on en juge d'après le ton ; mais on en doute lorsqu'on fait attention à la flexiblité du corps et des membres , etc. , etc.

Mais comment long-tems s'appesantir sur des défauts que tant de beautés couvrent de leur éclat! La figure de ce jeune moine, dont la tête est un chef-d'œuvre, le torse d'Harold , aussi bien peint que bien dessiné, les cadavres qui l'entourent, l'heureuse hardiesse de la composition , la beauté des accessoires , tous peints d'un pinceau magistral , cette touche sûre, brillante, hardie, ce ciel , ce lointain , le parfait accord de la perspective aérienne et de la perspective linéaire , mérite rare chez les peintres même les plus savans , l'inconcevable vérité

du ton local, etc. , voilà ce que chacun a senti , ce que chacun a admire , les juges sévères qui soumettent tout aux règles de Tart, aussi bien que la masse du public qui ne consulte que ses sensations.

Planche 63. — Saint Clair opérant des miracles , par M. Mauzaisse, tableau commandé par le ministre de l'intérieur.

( Hauteur, 8 pieds 9 ponces 1/2; l.irgeiir , 6 pieds 8 pouces 1/2. )

L'histoire du moyen âge nous présente trois saints du nom de Clair. Le premier, prêtre de Touraiue , vivait sur la fin du quatrième siècle , et était né , à ce que l'on croit , en Auvergne , d'une famille distinguée. 11 fut élevé par saint Martin de Tours , dans le monastère de Marmoutier, que saint Martin avait fondé. Le second, abbé de Saint-Marcel de Vienne , en Dauphiné , naquit vers le commencement du règne de Clotaire II, sur les bords du Rhône, dans un lieu qui porte maintenant son nom. 'Il gouverna pendant plus de vingt ans le monastère de Saint-Marcel. Il mourut vers l'an 660. Le troisième , prêtre et martyr dans le neuvième siècle, naquit à Rochesler, en Angleterre, y fut ordonné prêtre, passa dans les Gaules , s'établit dans le Vexin français , et mourut assassiné , vers l'an 894 1 <Î3"s un bourg qui porte son nom , situé sur l'Epte , à neuf lieues de Pontoise et à douze de Rouen.

Lequel de ces trois saints, tous trois célèbres, honorés en France , et qui , tous trois , ont opéré des miracles, M. Mauzaisse a-t-il voulu représenter? Les moines qui entourent le principal personnage, l'aspect des lieux, cet arc de triomphe , ces obélisques , ces monumens à moitié détruits qui indiquent que les Romains ont long-

tfaàffi i/e -iSi

n ûS

Greffa/, t^/

^IP"^ Jhi/e/' née lant/^n, ^c

i4.5 tems habité ce pays , tout nous porte à croire qu'il s'agit ici de l'abbé de Saint-Marcel.

Ce doute où nous sommes nous fait saisir l'occasion d'engager les peintres qui sont chargés par le gouvernement de traiter les sujels religieux, de présenter ces sujets d'une manière moins vague.

Puisque toutes ces compositions ont une destination spéciale , il serait bon , ce nous semble , de chercher , dans la vie du saint auquel un tableau est consacré, quelques particularités, quelques idées accessoires qui pussent ne laisser aucun doute et sur le personnage qu'on offre aux hommages des fidèles , et sur le fait qui doit rappeler à quel titre ces hommages lui sont accordés.

Parmi les tableaux de sainteté qui ont été exposés au Salon , il y en a beaucoup qui pourraient convenir également à la plupart des saints du calendrier, et qu'on changerait de destination respective sans inconvénient. Puisque notre religion semble autoriser l'iconolâtrie * en ordonnant le culte de dulie ** , on ne peut apporter trop d'exactitude dans la représentation des images.

Nous n'avons que des éloges à faire du tableau de M. Mauzaisse sous le rapport de la composition. Elle est sage sans froideur , et riche sans confusion ; mais l'exécution est loin d'être aussi satisfaisante. Dessin et couleur, tout dans ce tableau sent trop la pratique. Mais l'auteur a donné jusqu'à ce jour tant de preuves de talent, qu'on est porté à rejeter sur le peu de tems qui lui a été accordé les incorrections qu'on remarque dans cet ouvrage.

* Adoration des images.

** Le culte qu'on rend aux saints.

Planche 64- — Saint Martin refusant Vépiscopat , par M. Gassies, tableau commandé par le ministre de l'intérieur.

( Hauteur , i4 pieds ; largeur , lo pieds.)

Saint Martin, né vers Tan 3i6, en Pannonie, dans un petit bourg nommé aujourd'hui Szombathely , comté d'Eisenstadt, après avoir étonné le monde chrétien par ses miracles, -vivait solitaire dans une retraite qu'il s'était bâtie au lieu appelé Ligugé (^Locociagitm') ^ à deiix lieues de Poitiers, lorsqu'on vint le chercher pour le placer sur le siège épiscopal de Tours. Il refusa de quitter sa solitude ; tous les moyens de persuasion furent inutilement employés; enfin on eut recours à la ruse: on amena auprès de sa demeure une femme malade, en réclamant pour elle sa sainte assistance ; il sortit, et alors on l'entraîna loin de Ligugé.

M. Gassies, qui nous a prouvé plus d'une fois qu'il entendait fort bien le style propre à la décoration des églises, a cru devoir s'éloigner encore, dans le tableau que nous examinons en ce moment, de cette heureuse simplicité de composition et d'effets qu'estiment tant les vrais connaisseurs, et que comporte spécialement, selon nous, tout sujet religieux. Il a multiplié les figures, et varié, autant qu'il lui a été possible, et leurs poses et leurs mouvemens. Au lieu de l 'humble demeure que le saint s'était fait élever pour lui seul , sans doute (car nous voyons , dans les récils qui sont parvenus jusqu'à nous,

Salon, dt /<^

Page 1