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ï47 qu'il avait pour la vie érémitique une prédilection décidée), M. Gassies a représenté le riche portail d'un monastère. Sur le seuil est saint Martin, les yeux élevés vers le ciel, et repoussant les insignes de la prélature que lui présentent les envoyés de Tours. Derrière lui sont des moines qui baisent ses mains et ses vêtemens, et qui cherchent à le retenir, tandis que deux soldats employent, pour l'entraîner, une respectueuse violence. Au milieu de la scène est la femme malade, agenouillée devant le saint, et soutenue par sa mère ; plus loin sont des paysans, des soldais, des cavaliers, etc.; dans le fond, à gauche, sur une hauteur et près d'un portique en mines, est une foule de peuple à genoux, dont rien ne semble justifier la présence. Ces personnages sont beaucoup trop éloignés de la scène qui se passe sur le devant du tableau, pour pouvoir y prendre part; et s'ils y prennent part, pour quel motif, si ce n'est la volonté du peintre , ne se réunissent-ils point à ceux qui sont placés sur les premiers plans .'' C'est un véritable hors-d'œuvre qui ne sert qu'à rendre plus confuse une composition déjà trop surchargée de figures.
Le coloris de ce tableau ne manque ni de vigueur ni d'éclat ; mais il est monotone ; et quant à l'effet général, nous aurions désiré que l'auteur prît un parti plus large.
On reconnaît d'ailleurs dans cet ouvrage la main d'un artiste habile à concevoir et à exécuter de grandes pages , et nous sommes persuadés que celle-ci , placée à l'endroit pour lequel elle a été faite , offrira un aspect beaucoup plus satisfaisant qu'au Salon.
Si M. Gassies n'avait pas consacré ses pinceaux à
ïhîsioire , îl se serait fait dans le genre une réputation très-méritée. Il a exposé trois petits tableaux de chevalet d'un effet piquant , et recommandables surtout par l'esprit et la finesse de la touche. Le premier représente/'/n/eV/eur de l'église Saint-Nicolas , à Boutogne-sur- Mer : il appartient à monseigneur le duc d'Orléans; le second, le Naufrage d'un pêcheur et de son enfant; et le troisième , f Enfant d'un pêchmr secourant son père.
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Planche 65. — Œdipe expliquant t énigme au Sphinx, tableau , par M. Ingres.
( Hauteur , 5 pieds lo pouces ; largeur , 4 pieds 5 pouces. )
Le beau talent de M. Ingres n'a pas toujours été bien compris de la multitude; il n'est, en général, dignement apprécié que par les artistes, et par les savans ou les hommes de lettres qui ont médité sur les arts du dessin, ou qui, sans exploiter la toile ou le marbre, cultivent par goût ou par devoir cette branche d'instruction spéciale : car c'est une chose étonnante combien peu l'on rencontre de gens qui soient organisés pour sentir les arts ; douées , sous mille autres rapports , du tact le plus fin et le plus délicat , les mêmes personnes qui vous auront charmé par une foule de connaissances variées , seront , à cet égard , de la plus complète ignorance et d'une fausseté de jugement à confondre ; nous en avons souvent fait la fâcheuse épreuve.
Quoique VŒdipe de M. Ingres n'ait paru au Salon que dans les derniers jours de l'exposition, il a produit tout l'effet que l'auteur devait en attendre ; loué et critiqué avec une égale chaleur , ce tableau a eu le sort de tous les ouvrages de M. Ingres. Ceux qui , partisans du nouveau système, placent la couleur avant tout, ont été peu satisfaits ; mais les fidèles sectateurs d'une école savante, les admirateurs d'un dessin noble, antique, plein de style , d'énergie et de ressort, profondément pensé, profondément senti, ont accueilli VŒdipe avec transport.
Ce tableau a été fait à Rome il y a plusieurs années. M. Ingres, voulant le mettre au Salon, en a seulement agrandi un peu le cadre , afin de donner plus de développement à sa figure du sphinx.
M, Ingres a exposé aussi plusieurs portraits ; ils sont dignes de sa haute réputation. Son tahleau de saint Symphorien, annoncé au livret, n^a point paru au Salon.
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Planche 66. — Mort d'Elisabeth , reine d' Angleterre , tableau, par M. Delaroche.
(Hauteur, i3 pieds; largeur, lo pieds 6 pouces.)
Depuis le supplice du comte d'Essex, Elisabeth était tombée dans une mélancolie profonde , que rien ne pouvait distraire, ni les empressemens de ses courtisans, ni les devoirs et les délices du rang suprême , ni les souvenirs d'une gloire justement acquise pendant un règne long et heureux. L'impétueuse fdle de Henri A' III s'éteignait peu à peu, dévorée de douleur, d'amour et de remords. Une découverte funeste hâta sa fin. Près de mourir , la comtesse de Nottingham lui fit savoir que d'Essex, avant de monter sm* l'échafaud, lui avait remis un anneau, gage sacré de la protection de sa royale amante dans tous les tems et dans toutes les circonstances, et qu'il l'avait suppliée de le présenter de sa part à la reine. La perfide comtesse , qui baissait d'Essex en secret , n'en avait rien fait ; Elisabeth apprit ainsi qu'elle avait injustement accusé l'orgueil de son amanl. Furieuse, elle courut chez la comtesse , qui déjà rendait les derniers soupirs, et lui cria : « iJieu peut vous pardonner, mais moi, jamais ! » Dèslors, Elisabeth refusa toute nourriture; elle garda un sombre silence , n'exprima son affliction que par des soupirs et des sanglots , et demeura dix jours et dix nuits couchée par terre, sur des carreaux, entourée de ses femmes en pleurs. Voyant que sa fin approchait, le conseil s'assembla , et chargea le garde des sceaux , l'amiral et le secrétaire, de lui demander ses intentions.
relativement à la succession. Elle désigna le roi d^Ecosse. Peu après, elle perdit la parole; ensuite elle tomba dans un sommeil léthargique qui dura quelques heures, et dont elle ne se réveilla que pour rendre le dernier soupir, à l'âge de soixante-dix ans; elle en a\ait régné quarante-cinq.
On volt que ce récit, plein d'un intérêt si dramatique, a fourni à M. Paul Delaroche toutes les circonstances de sa composition ; il les a mises en œuvre avec un rare talent. Un tel sujet convenait parfaitement à l'énergie et à la fougue de son pinceau.
On a justement reproché à ce tableau de nombreuses incorrections. Nous craignons , il faut l'avouer, que dans cet ouvrage , M. Delaroche n'ait point assez étudié le nu; sous ces riches vêtemens , exécutés d'une main si ferme et si brillante, on ne sent point assez les formes. Ce défaut se fait surtout remarquer dans la figure d'Elisabeth, dont le dessin est, en outre, peu correct. On a dit aussi que les figures des second et troisième plans étaient plus solides de ton que celles du premier, et que , par conséquent , elles venaient beaucoup trop en avant, etc., etc. Malgré ces défauts, ce tableau mérite le succès qu'il a obtenu. Il y règne une vérité d'action qui subjugue au premier coup-d'œll. L'aspect en est noble et imposant. Les têtes et les mains des deux femmes qui soutiennent la reine sont charmantes ; la tête d'Elisabeth, quoique d'un coloris trop cadavéreux peut-être , est d'une énergie d'expression admirable. Quant aux accessoires , ils sont tous exécutés de main de maître , et l'on n'a d'autre défaut à leur reprocher que de trop attirer l'attention. En définitive, ce tableau ne peut qu'ajouter à la réputation de sou auteur.
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Planche 67. — Fondation du collège de Sorbonne^ vers l'an 1256, tableau, par M. Hesse jeune, commandé par le préfet de la Seine.
(Hauteur, 19 pieds 6 pouces ; largeur , 11 pieds.)
En 1253 (et non pas en laSG), Robert, dit de Sorbon, parce qu'il était né à Sorbon , village près de Réthel, en Champagne, chanoine de Paris et chapelain de saint Louis , établit une maison destinée à recevoir un nombre déterminé d'ecclésiastiques séculiers, qui, vivant en commun, pourraient s'occuper exclusivement d'études et d'enseignement. Ce collège prit le titre de Pauvre maison, Pauperrima domus; les professeurs se qualifiaient de pauvres maîtres. Mais , dès que les riches dotations, les opulens bénéfices , les premières dignités ecclésiastiques furent prodigués aux docteurs de la société et maison de Sorbonne, les membres de ce collège de théologie s'érigèrent en censeurs souverains de toutes les opinions théologiques , en arbitres suprêmes des rois et même des papes. i-
Lors de la fondation de ce collège, saint Louis, en s'en déclarant le protecteur, se trouva dans la nécessité de participer aux frais d'entretien des pauvres écoliers. II donna aux uns deux sous , aux autres un sou et même dixhuit deniers par semaine., pour les aider à vivre. Le nombre de ces pauvres écoliers , ou pauvres clercs ^ ne s'éleva sous son règne qu'à cent.
Les bâtimens de- la Sorbonne , tels qu'on les voit au-
jourd^hui , ont été bâtis sous le ministère du cardinal de Richelieu, proviseur de ce collège.
Quelques-uns de nos lecteurs nous sauront peut-être gré de ces détails qui aident à l'explication du sujet traite par RI. Hesse, sujet trop laconiquement et trop imparfaitement indiqué dans le livret du Salon.
La composition du tableau de M. Hesse est noble et bien entendue. Au pied de Tescalier d'une terrasse sous laquelle est pratiquée l'entrée du collège , Robert de Sorbon , entouré des membres du nouvel établissement , les présente au saint roi, qui s'avance escorté des principaux seigneurs de sa cour. Le monarque a près de lui sa mère et son épouse.
L'exécution de cet estimable ouvrage se ressent un peu de la froideur de la scène qu'il représente. Le dessin est d'un bon goût, mais il n'a point assez d'élégance et de ressort. Les figures de saint Louis et <ie sa mère nous ont paru trop courtes et trop massives ; Robert de Sorbon , quoique fortement incliné devant le roi, est aussi grand que lui; nous ferons en même tems observer à M. Hesse que le docteur est beaucoup trop près de saint Louis et de la reine Blanche ; cela nuit au développement des lignes de ces trois figures , et les rend plus lourdes encore ; peut-être y a-t-il là aussi un petit défaut de convenance qu'il était aisé d'éviter, en retranchant à droite une ou deux figures accessoires.
Il n'y a point assez d'air dans ce tableau. On tourne mal autour des figures principales. M. Hesse a jugé à propos de les enlever en clair sur le mur gris-noir de la terrasse qui coupe diagonalement le tableau dans presque toute sa largeur; ce parti n'est pas heureux , et cette
longue ligne diagonale choque la vue. Nous croyons qu'il eût mieux valu, pour l'effet général de sa composition , que M. Hesse eût enlevé ces figures en vigueur sur le ciel.
Malgré ces imperfections, et quelques autres encore plus ou moins notables , nous nous empressons de reconnaître le mérite très-réel de cet ouvrage. Son style est celui de la bonne école. Nous y avons remarqué de belles draperies, des caractères vrais et rendus avec simplicité, et une foule de détails traités d'une main savante.
Planche 68. — Scène d'inondation , par madame Haudebourl , tableau commandé par le ministre de la maison du Roi.
(Hauteur , 4 pieds; largeur, 3 pieds a pouces. )
La réputation de madame Haudebourt-Lescot est faite depuis long-tems; nous n'en connaissons pas de plus légitimement acquise; nulle complaisante galanterie n'en a fait les frais; nulle voix jalouse n'a osé la lui contester. Ces élogespublicsdont s'enivrent nos femmes artistes leur sont bien souvent retirés en secret ; l'aimable auteur de tant de tableaux charmans , qui , tous , ont obtenu le plus brillant succès, devait faire exception en tout à la règle commune; et comme c'est à elle seule que madame Haudebourt doit ses triomphes, loin d'elle comme en sa présence, c'est à elle seule aussi que s'adresse un hommage unanime. On ne songe point à contester la gloire de celui qui cherche à la cacher ; et chacun sait que cette dame célèbre unit, au talent le plus distingué, la modestie la plus vraie et le plus noble caractère.
Le tableau dont nous donnons ici la gravure se recommande d'abord par sa composition. Au loin s'étend une vaste nappe d'eau , tourmentée par un violent orage. Plusieurs villages ont disparu à moitié sous les flots. Sur une terrasse ou toit à l'italienne, que menacent déjà les ondes grossissantes, on voit une jeune femme presque évanouie; un vieillard la soutient. File s'était mise
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i57 à genoux pour prier ; mais ses forces l'ont abandonnée ; le vieillard cherche à les ranimer, et indique de la voix et du geste , à cette jeune femme, une barque qui apparaît dans le lointain , et qui porte sans doute les êtres chéris dont elle déplorait la perte. Sur le devant du tableau, un moine, près d'être englouti sous les eaux, est secouru par un jeune homme.
Le principal épisode de cette scène est disposé avec beaucoup de goût. La pose de la jeune femme est fort bien sentie. Nous aimons moins le vieillard; celte figure ne nous paraît pas avoir été franchement conçue ; on a quelque peine à se rendre compte de la position des jambes. La figure du moine, vu à mi-corps, n'est pas heureuse. On se demande aussi pourquoi ce moine se trouve là ; ce personnage , qui n'est pas en rapport avec les autres , se rattache mal à l'ensemble de la composition. Mais ces légers défauts n'ôtent rien au mérite de cet ouvrage, qui, pour la chaleur du coloris, l'esprit et le sentiment de la touche, et le piquant de l'effet, doit être placé au nombre des meilleurs tableaux de l'auteur.
On reprochait à madame Haudebourt , il y a quelques années , un dessin peu correct. Elle a fait, sous ce rapport, des progrès sensibles. C'est le propre du talent d'écouter les conseils et de se corriger.
Madame Haudebourt a fait dans le genre du portrait des essais qui sont des coups de maître. Le portrait de madame Lescot sa mère, le sien, celui de Rossini, ont obtenu tous les suffrages ; ils se distinguent par un faire large et franc , une grande vérité de carnations et une touche qui ne se ressent nullement du sexe de Tau-
teur. Le portrait de madame Lescot, surtout, nous a paru ne rien laisser à désirer : celui de Rossini est d'une ressemblance frappante.
Outre la Scène d'inondation^ madame Haudebourt a exposé les morceaux suivans : L'Explication du tableau du mariage de vengeance (sujet tiré de Gilblas) ; — Gilblas chez thôte Corcuello ; — Gilblas présenté au licencié Sedillo; — La Sollicitude filiale ; — Le petit Voleur de raisin; — Une jeune Fille au bord d'un ruisseau (on connaît la gravure de ce charmant tableau ; elle a été faite par Raynolds) ; — Les Moustaches ; — Les Chanteurs de village ; — Le petit Fumeur ; — L'Enfant malade. On doit admirer , dans tous ces tableaux, la grâce et la vivacité du pinceau, et une manière toujours pleine d'esprit et d'originalité.
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Planche 69. — Une Sainte famille , tableau , par M. Périn.
( Hauteur, 7 pieds; largeur, 7 pieds 5 pouces.)
Au milieu d'un riant paysage , à l'ombre d'un palmier, la Vierge , saint Joseph et sainte Elisabeth sourient aux jeux de l'enfant Jésus et de saint Jean-Baptiste. Celui-ci , en offrant des fruits au Sauveur, semble pressentir sa divinité, et déjà il lui rend hommage. Ce tableau , d'un jeune peintre qui n'avait point encore exposé, donne les plus grandes espérances. Il atteste dans son auteur d'excellentes études. Nulle manière , nul faux système ; on voit que M. Périn n'a cherché à prendre pour guide que la nature. Une composition simple , mais bien entendue, une expression douce et vraie, un dessin généralement correct , des draperies bien étudiées , deux excellentes têtes , celle de la Vierge et surtout celle d'Elisabeth , voilà les qualités que nous avons principalement remarquées dans ce tableau, auquel on ne peut guère rereprocher qu'un coloris un peu sec et des formes un peu maigres.
M. Périn a, en outre, exposé deux petits tableaux de chevalet , la Samaritaine et une Femme de Genzano apec son enfant. Ces deux ouvrages sont très-inférieurs à celui qui fait le sujet de cette notice. Le second , surtout, est d'un ton gris et froid qui ne rappelle nullement le beau ciel de l'Italie.
Planche 70. Saint Surin, évéque , par M. Drolling , tableau commandé par le ministre de l'intérieur.
(Hauteur, 7 pieds 6 pouces; largeur, 5 pieds 11 pouces.)
Nous ne pouvons autrement expliquer le sujet du tableau de M. DroUling, qu'en copiant textuellement la courte notice qu'il a insérée au livret du Salon.
« Saint Surin, venant de l'Orient à Bordeaux, est » reçu par saint Amand , évêque de cette ville , qui lui M remet, à cause de son grand âge, les fonctions épis- » copales. >»
M. Drolling a conformé sa composition à la simplicité de ce sujet; mais il a voulu, par la beauté de son exécution , racheter le défaut d'intérêt de la scène qu'il avait à représenter. Il a complètement réussi. La figure de saint Surin nous a paru un peu courte ; le paysage et le ciel sont d'une touche trop négligée , d'un pinceau un peu cru; mais quelle heureuse simplicité de pose et de caractère dans l'évêque de Bordeaux et dans les quatre figures qui sont placées derrière lui! quel coloris vrai! quelle fermeté de dessin ! Plusieurs parties du tableau de M. Drolling rappellent tout -à -fait la manière de Le Sueur, et ne seraient pas indignes du pinceau de ce grand maître. Nous ne pouvons en faire un plus bel éloge.
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Planche 71. — I. Promeihée, statue en marbre d'Italie, par M. Pradier. — IL Daphnis et Cl thé ^ par M. Cortot , groupe en marbre commandé par le ministre de la maison du Roi.
( I. Hauteur, 5 pieds. — II. Hauteur , 5 pieds, )
Prométhèe. — Il est représenté au moment où l'insatiable vautour, percé d'une flèche d'Hercule , vient de tomber à ses pieds. Cette figure , l'une des plus capitales de l'exposition , fait le plus grand honneur au ciseau de M. Pradier. Elle prouve de nouveau que cet habile artiste est profondément pénétré de ces principes éternels du beau dont les grands maîtres de l'école grecque nous ont laissé de si admirables modèles. Le Prométhèe^ considéré dans son ensemble , nous semble être à l'abri de tout reproche ; on ne peut manier le marbre avec plus de sentiment et d'énergie. Cependant en examinant les diverses parties de cette belle figure , on désirerait quelques détails un peu plus largement rendus.
M. Pradier a en outre exposé un fort beau buste du Roi, et une Vénus ^ d'une exécution pleine de grâce et de délicatesse. Cette 6gure , en marbre des Pyrénées , carrière de Saint-Béat, a été commandée par le ministre de la maison du Roi.
Daphnis et Chloé. — « Il lui enseignait à jouer de la flûte, » et lorsqu'elle commençait à souffler dedans , il la lui n retirait pour toucher de ses lèvres les endroits qu'elle » avait touchés des siennes , et , sous prétexte de lui
» montrer les fautes qu'elle faisait, il lui donnait un » demi-baiser, en portant sa bouche sur la flûte. »
C'est de ce délicieux passage de Longus que l'habile auteur du Narcisse et de /a Pandore s'est inspiré pour composer son groupe. Ces deux figures sont non moins remarquables par la mollesse pleine de grâce et de naïveté qui règne dans leur attitude, que par le sentiment délicat de leur exécution. Le dessin en est aussi correct que la louche en est agréable ; il est impossible de tracer des contours plus suaves et plus fins. La draperie qui entoure Chloé depuis les hanches jusqu'aux pieds est d'un excellent style ; les cuisses et les jambes se dessinent par dessous avec une grande vérité. Nous n'avons d'autre reproche à adresser à ces deux charmantes figures qu'un peu d'engorgement et de lourdeur aux extrémités.
La Justice ^ modèle en plâtre de moitié de l'exécution pour le palais de la Bourse , est une figure d'un grand caractère. Le style en est noble , large et sévère ; il convient parfaitement aux proportions colossales que doit avoir cette figure. Les draperies sont d'un dessin et d'une exécution qui ne laissent rien à désirer. Cette statue a été commandée par M. le préfet de ia Seine. M. Cortot a mis de plus à l'exposition le modèle en plâtre d'un groupe {la Vierge et l'enfant Jésus) fondu en argent pour l'église de Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille.
Planche 72. — I. Thésée comhalUint le minuLnire ^ groupe en marbre, par M. Ramey fils, — II. Racine^ par IM. David, statue en marbre commandée par le ministre de l'inlérieur.
(I. Haut., 6 pieds 10 pouces. — II. Haut., 6 pieds g pouces.)
Thésée comhattant le minutaure. — Le plâtre de ce groupe obtint à l'exposition de 1822 les suffrages de tous les connaisseurs. Kn l'exécutant en marbre, M. Ramey fils a trouvé des beautés nouvelles qui placent décidément ce beau morceau au nombre des plus remarquables productions de notre école moderne. Nous devons louer d'abord l'originalité de la composition ; elle annonce dans M. Ramey fils une grande vigueur de conception ; l'exécution mérite également nos éloges : aucun détail n'est négligé ; les moindres parties sont traitées avec le plus grand soin. Le gouvernement s'est empressé de faire l'acquisition de cet ouvrage.
M. Ramey a mis aussi à l'exposition trois bas-reliefs, tous les trois en plâtre. Le premier représente les armoiries de France soutenues par deux génies ; ces armoiries sont exécutées en bronze et placées sur la porte principale du Trésor royal. Le second de ces bas-reliefs représente la Religion protcciiice^ entourée des Vertus; cet ouvrage , composé avec un rare talent , est le modèle , au quart de l'exécution en pierre, pour le fronton de l'église de Saint-Germain-en-Laye. Le troisième bas-relief est le modèle de celui qui décore la ccur du Louvre, près du vestibule de la rue du Coq -Saint-Honoré. Sans se
montrer copiste servilc , M. Kaniey fils, dans cet ouvrage, a su , avec autant de bonheur que d'habileté , rappeler la manière de Jean Goujon.
Racine, statue en marbre , pa?' M. Dai>id. — Celte belle figure, depuis long-tems attendue, n'a paru à l'exposition que dans les derniers tenis. L'horrible accident arrivé à M. David, accident dont tout Paris a été instruit, et dont il est au moins inutile de rappeler ici les circonstances , a été la cause de ce retard. Offerte trop peu de tems aux regards du public, la statue de Racine n'a pu obtenir tout le succès qu'elle méritait. Nous qui , par devoir, en avons fait un sérieux examen , nous l'avons jugée digne de son auteur. L'exécution et Ja pensée en sont également remarquables. C'est une idée bien gracieuse et bien délicate, que la pose de cette main qui, en s'appuyant sur le cœur, indique que c'est là en effet que le peintre immortel de Phèdre, de Roxane et d'Hermione allait puiser ses beaux vers. La tête , sans être moins belle , aurait pu être plus ressemblante.
Artiste aussi laborieux qu'habile , M. David a exposé une foule d'autres ouvrages que nous ne pouvons qu'indiquer. Les voici : Jeune Fille grecque déposant une couronne sur le tombeau de Botzaris , statue en marbre des Pyrénées ; — Statue de Ta!ma , modèle pour la comédie française ; — et les bustes de feu le maréchal Sachet , duc d'AUmféra ; de M. Béclard^ commandé par la ville d'Angers; de Jérémie Bentham ; de M, Cooper ^ consul d^ Amérique ; de M. Casimir Delavigne ; de M. Raoul- Rochette ; de M. Louis Pavie, d'Angers; de Fénelon ; de Montesquieu ; et celui de M. Beltart , commandé par M. le préfet du département de la Seine,