CHAPITRE HUIT
Monsieur de Maisonneuve arrive en Canada pour la seconde fois en l’année 1653 .(Z)
Ce fut une joie et consolation inexplicable pour la nouvelle colonie du Montréal d’apprendre l’arrivée de Monsieur de Chomedy ou Maisonneuve à Kebee, escorté de cent hommes, ce qui estoit aussy considérable alors que le seroit mille aujourd’huy. Ce n’estoit que des voix de réjouissance qu’on entendoit de toutes parts et des actions de grâces à Dieu, dans toute l’étendue de la petite Ville-Marie et à leur reine et protectrice, la très Sainte Vierge aux prières et faveurs de laquelle ils attribuaient d’abord tous les bienfaits du Seigneur envers eux, en quoy ils ne se trompaient pas; il fut reçu avec toutes les acclamations et comme un autre sauveur de la colonie qui se voyoit tous les jours dans le danger d’estre sacagée, sans se pouvoir* défendre contre ces ennemis qui estois beaucoup plus forts que nos François, dont le nombre estoit petit; je n’ay pas su au juste ce qu’il y avoit d’hommes, mais je scay qu’il n’y avoit encore que 14 femmes et 15 enfants; ces cent hommes leur servoit de corps de gardes pour les défendre comme bons soldats; ils se mirent à couper les bois et faire de grands abatis pour à sa suite faire de grands déserts; les charpentiers à écarir des maisens ; les menuisiers, couvreurs, scieurs de long, maçons, à préparer des matériaux pour s’employer chacun de son métier à quoy ils se portois d’un grand zèle et désir de bien
1) Erreur. M. de Maisonneuve vint en 1642 et revint en 1646. 1647 et 1653.
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faire. Les mieux accommodés des habitants se firent de petites maisons de bois pour se retirer du fort dans lequel ils avois tous demeuré jusqu’à lors sans qu’on y vît aucun différent entre eux, qui put blesser la ferveur de la sainte charité ; celles à qui il échappait quelques mots de colère ou de mépris en demandoit pardon premier que de se coucher à ceux qu’elles avoit offensés aussy exactement que dans un monastère, bien fervent et régulier. Les R. R. pères Pijart(m) et LeMoynes, (n) jésuites, qui estois les pasteurs de ce troupeau, agissois avec eux à peu près comme un bon maistre de novice qui est toujours surveillant, qui loue, qui reprend, qui donne pénitence à ces novices bien disposés et friands de tels morceaux et qui reçoivent tout avec joie par le désir qu’ils ont de se perfectionner. Il y en avoit peu qui ne se confessasses et communiasses tous les 8 jours et d’antres plus souvent. On ne vovoit point de péchés publics, ni des haines ou rancunes, tous n’estois qu’un coeur en charité, toujours prêts à se servir et à parler des autres avec estime et affection, &c.
Monsieur de Chomedy, comme gouverneur, veilloit à la conservation de la vie ; pour cela il establit une dévotion de soldats de la Sainte Vierge au nombre de 63, (o) autant que cette Divine Reine a vescue d’années sur la terre, qui en son honneur exposois tour à tour leur vie pour la conserver à leurs frères, faisant la découverte autour des déserts et
m) Le Père Claude Pijart de la Compagnie de Jésus, né à Paris en l'an 1600, arrivé au Canada le 14 juillet 1637 et mort à Québec, le 16 novembre 1683.
n) Le Père Simon LeMoyne, de la Compagnie de Jésus, né en 1604, arrivé au Canada le 30 juin 1638 et mort au Cap de la Madeleine, le 24 novembre 1665.
o) Il est possible qu’une organisation de ce genre ait précédé celle du 27 janvier 1663, qui comprenait 20 escouades de 7 hommes chacune et dont la liste a été publiée dans la 3e livraison des Mémoires Soc. Hist. 1860.
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champs de bled pour avertir quand ils voyaient les 'ennemis ou leurs Vestiges; celuy qui la fesoit se mett.it en estât de mourir, se confessoit et communiait le matin du jour qui luy estoit marqué, à quoy il estoit ponctuel, sans jamais y manquer, qu’au cas de maladie.
Plusieurs sont morts dans cet exercice de la plus parlaite charité, ce qui ne rebutoit point les autres et ne les empêchoit pas de se mettre au hasard d 'être tués, parce qu ils avaient l’honneur d’être soldats de la Yierge dans la confiance qu’elle porteroit leurs âmes en paradis. Cette confrérie a duré à ce qui me parois jusqu’au retour die mon dit sieur de Maisonneuve en France, car je me souviens, moy qui suis venue dans cette maison en 62, avoir vu pratiquer cette louable dévotion plusieurs années que ces bons soldats de la très Sainte Reine du ciel venois communier à la première messe qui se disoit en notre église qui servoit alors de paroisse et en a servy longtemps après. \ ous serez sans doute bien aises mes soeurs que je vous dise un fait bien remarquable et édifiant en un homme du monde comme estoit Monsieur de Chomedy en apparence, car il estoit vraiment religieux en piété, dévotion, bon comme un ange, ce qui luy a mérité la qualité de premier gentilhomme de la chambre de la Reine du ciel, il aimoit à se cacher en tout le bien qu’il fesoit et faire croire qu’il fesoit par nécessité bien des choses qui procédois uniquement de l’amour de Dieu et désir de luy plaire. Premièrement il n’avoit qu’un seul serviteur dans sa maison, pour faire sa cuisine qui estoit toujours bonne à son goût; sans faire aucune peine à son valet sur cela, exact à fous les jeûnes de l’église et d’autres encore de dévotion, quoy qu’il en souffrit beaucoup. Son habit estoit comme ceux des plus simples habitants, un capot de serge grise à la mode du pays. La soeur Marguerite Bourgeois l’a servy et demeuroit dans sa maison, les cinq premières années qu’elle fut en Ville-Marie, elle avoit soin de son linge et de son mesnage de chambre et de tous ses in-
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térêts; luy n’en avoit point du tout ne se souciant non plus d’argent que de fumier, ce qui a paru à tout le monde visiblement. S’il avait voulu négocier il auroit amassé plus de deux cent mille livres de bien par la traite du castor, qui en ce temps la valoit jusqu’à 10 et 12 francs la livre, et qu’d pouvoit avoir facilement et à souhait par la voie d’un trafic licite et honnête et sans blesser la conscience; mais l’amour de la pauvreté évangélique qui estoit dans son coeur fermoit les portes à tout désir de posséder. Il estoit soutenu dans ce sentiment par Mademoiselle. Mance, dont j ’ay déjà parlé, et par la Sr Bourgeois qui avois tous les mesmes attraits que luy sur cet article et plus que nous. n’aurions souhaité. Pour ce qui est de Mademoiselle Mance qui auroit laissé les affaires de son hospital en meilleur estât qu’elle ne l’a fait, si elle avoit esté plus mesnagère, qui estoit sur le bord de la ruine quand elle mourut. 11 n ’ avoit pour tout revenu de sa fondation que 800 livres de rentes, pour les raisons que j ’ay dites dy-devant, et chargé en outre de plusieurs dettes. Je scay qu’en Canada il avoit plus de mille escus, sans ce qui estoit dû en France, que je ne scay pas, de plus le bâtiment du dit hospital qui tombait en pourriture, n’estant que de bois et bien vieux.
Voilà mes chères soeurs où en estois les affaires de^notre, hospital, quand nous prfnfes l’administration de son tempo- ^ rel et au refus du séminaire de Messieurs les Seigneurs qui l’aurois remise entre les mains de quelques mfq^ïesT sÿn voulant défaire absolument. La seule crainte- de la ruine totale de ce pauvre Hostel-Dieu nous a fait pfendre^ée fim^ deau, qui est bien au-dessus de nos forces, et contre le sentiment de nos meilleurs amis, qui prévoyois bien les peines, les travaux et peines sensibles que nous y ressentons aujourd ’huy.
Mais je reviens à Monsieur de Maisonneuve dont je me suis un peu divertie. Il estoit sans pareil en constance dans
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l 'adversité ; ce qui auroit attristé un autre, ou mis en colère, ne fesoit que le faire rire et mieux divertir, trouvant des avantages à ce qu’il disoit, dans ces disgrâces, qu’on ne savoit pas. Quand il avoit des sujets de chagrin il rendtoit visite à Ma Sr de Bresolles ou à la Sr Bourgeois, afin de rire à plaisir; elles riaient aussy avec luy et luy montrois grande joie de ses peines, ce qu’il aimoit beaucoup. Monsieur Souart(p) estoit aussy de ses amis dans ces occasions; je les ai vus rire des heures entières pour semblables sujets, &c.
C’étoit un homme de grande oraison, généreux, bon soldat. Comme il estoit le premier de la confrérie des soldats ; de la Vierge, il estoit le premier aussy à s’exposer au danger de la mort, il y couroit avec joie. Les deux dernières années qu’il a été à Ville-Marie, Monsieur le Gouverneur général qui estoit monsieur le baron d’Avaucourt (q) luy fit de grandes peines dans son gouvernement ; il ne luy donnait point le rang qu’il devoit avoir auprès de luy, il fesoit publier les ordonnances publiques contre son 'sentiment et mesme sans luy en rien communiquer, ce qui luy attira bien des repro- j ches et du mépris de ses sujets, ce qu’il souffroit à sa manière ordinaire, riant de tout son coeur, et se rendant assidu auprès de Monsieur le Gouverneur pendant qu’il estoit à Ville- Marie, il se rendait complaisant à tout ce qu’il souhaitoit sans jamais le contrarier, se contentant de luy dire ce qu’il n’approuvait pas et puis le laissoit faire tout ce qu’il vouloit ; en sorte que cet homme qui avoit l’esprit du monde crut qu’il ne savoit pas se défendre et qu’il le craignoit; sur cela il se rendit plus hardy à le mépriser en sa présence et devant ses sujets, dit un jour qu’il ne croyait pas qu’il eut
p) Gabriel Souart, prêtre de Saint-Sulpice, arrivé le 29 ju'llet 1657, premier curé de Ville-Marie, de 1657 à 1666, supérieur de 1661 à 1668 et de 1674 à 1676. Il mourut en France le 8 mars 1691.
q) Soeur Morin confond ici M. d’Avaugour avec M. de Mesy, gouverneur de mai 1663 à mai 1665.
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ces provisions de la cour; pour s’en assurer et voyant qu’il ne répondit rien, il crut qu’il estoit vrai et quoy que plusieurs personnes de mérite qui eonnaissois Monsieur de Chomedy, l’assurassent qu’il les avoit bien faites et signées mesme de sa Majesté, iln’'en vouloit rien croire. Cette persécution dura deux ans, pendant lesquels il ne perdit de sa belle humeur, ni ne se plaignit point d’un procédé si dur d’une personne dû mérite de Monsieur d’Avaucourt, (r) fort estimé dans le monde, souffrant tout cela avec une humilité et silence d’un novice fervent, mesme le commandement qu’"l luy fit de s’en retourner en France comme incapable de sa place et du rang qu’il tenoit icy de Gouverneur Ce que j’aurois peine à croire si une autre que la Soeur Bourgeois me l’avoit dit; il prit ce commandement comme ordre par où Dieu luy marquoit sa volonté et disposa toutes choses pour s’en aller en France la mesme année, ce qu’il exécuta non pas pour aller s’y plaindre du mauvais traitement qu’on luy avoit fait icy et revenir triomphant comme il 1 ’auroit pu faire s’il avoit voulu, mais pour y vivre petit et humble, agissant comme un homme du commun n’ayant qu’un seul valet, (s) qu’il servoit plus qu’il n’en étoit servy, allant luym'esme acheter ses vivres au marché. Une personne' de mérite m’a assurée que l’estant allée voir à Paris, elle l’avoit trouvé dans les mesmes pratiques et sentiments qu’au Canada et que l’ayant fait manger avec luy, il alla luy-mesme quérir une bouteille de vin dans une auberge, ce qui l’a surpris plus qu’on ne sauroit le dire, ne croyant pas qu’un homme qui avoit encore l’habit du monde mais très simple et modeste eut assez de courage de faire des actes pareils au milieu de la ville de Paris et de faire litière de l’honneur si publiquement.
r) L’auteur veut parler Ici de M. de Mesy, mais c’est de M. de Tracy qui, en 1665, destitua M. de Maisonneuve.
s) Probablement Louis Prin, qui fut son domestique jusqu’à son décès. Voir Faillon, III, 114 et 116.
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Voilà mes soeurs quelques petits fragments des mérites et de la vertu de Monsieur de Chomedy, premier gouverneur de Ville Marie, Montréal, qui en outre a esté un des meilleurs amis et plus fort appuy que nos mères qui ont fondé ont eu dans leurs plus grands travaux; il les a défendues fortement et plaidé leur cause contre Monseigneur de Pétrée, Monsieur l’abbé de Quélus et les Pères Jésuites qui estoienjt contre elles dans ce commenceraient, comme j ’ay déjà dit et qui voulois installer les révérendes mères hospitalières d,e Kébee en leur lieu et place, ou leur faire prendre leur habit. Il n’a jamais donné dans ces\ sentiments bien loin, il représentait fortement leur bon 7 droit à ces personnes, les conseillait, les encourageait èJ souffrir et persévérer, les aidait à vivre par ses aumosnes, car elles furent bien des années sans aucun revenu, n’ayadt ni fondation, ni pension ni pas seulement 5 sous de rentes\ comme je le ferai comnestre pljus au long plus bas. En; partant pour la France, il leur donna six mille livres qui luy estois dues par le magasin du Roy pour restes de ces ap- \ pointements que nous avons touchées et reçues quelques années après, qui nous ont fait un grand plaisir. J’ai omis, en parlant ci devant, deux articles considérables dont l’un prouve 1 ’ obéissance de Monsieur de Chomedy et 1 ’autre son mespris et dégoût des adjustements du monde. Ma Sr Bourgeois, m’a dit que quand elle partit de France pour venir en Canada, en sa compagnie, seule de son sexe, elle ne le connaissait point du tout, quoy qu’elle eut d'emeu ré plusieurs années avec une dame qui estoit sa soeur, à cause que le château de Monsieur son père estoit éloigné de la ville de Troys; or sa demeure avec cette soeur m’avait fait croire qu’ils se connaissois et me l’a fait écrire de mesme ci-devant, /en quoy je me suis trompée. Je ne vous1 ay point dit que Monsieur ide Chomedy père s’opposa fortement que son fils allât en Canada et qu’il n’y consentit qu 'après qu’il l’eut assuré qu’il y amasse-
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rait plus de cent mille livres de bien et s y ferait ricli* à jamais, selon son entente; mais luy, le prenant à la lettre, y consentit, aussy tost.
Peu de jours après s’estre embarqué |sur la mer, la Sr Bourgeois, qui avoit soin de son linge, ramassa toutes ses dentelles et linge fin de son usage, dont elle fit un paquet qui tomba dans la mer et fut perdu; elle, bien en peine, fit tous ses efforts pour le faire repescher mais en vain; elle estoit, bien affligée de cette perte qui estoit considérable. Madame sa soeur ayant pris le soin de cette provision qui estoit riche et très belle. La Sr Bourgeois qui ne connessoit pas encore son génie vint à luy toute tremblante luy annoncer cette perte, mais il n’en fit que rire, disant qu’il en estoit bien aise et que luy et elle estois bien débarrassés d’estre délivrés de tous ces ornements de Vanité.
Son confesseur luy dit un jour de se marier à cause de certaines peines d’eslprit «qu’il souffrait; luy bien en peine ne savait comment s’y prendre et y sentant des répugnances horribles, un jour il le dit à la Sr Bourgeois qui luy conseilla au contraire de faire un voeu de chasteté perpétuelle, ce (t) qu’il fit après avoir été consulter le père Jérôme Lalemant, jésuite, qui estoit à Kébec, qui fut du mesme advis, ce qui luy donna la paix de l’âme et de là en avant alla deux fois chaque année voir ce bon père et le consulter pour sa conduire spirituelle, qui passait pour un directeur fort éclairé. Je craindrais, mes Soeurs, que vous ne fussiez pas c- ntentes si je ne vous disois pas quelque chose de la Sr Bourgeois après vous avoir parlé de Monsieur de Chomedy son maistre.
t) Le Père Jérôme Lalemant, jésuite, né en 1593, arrivé en 1638, quatrième supérieur des Jésuites au Canada, mort S. Québec le 26 janvier 1673,
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Elle le servit et demeura dans sa maison pendant cinq ans ; il ne la eonsidéroit pas comme sa servante mais comme une personne que N. S>. luy avut donnée pour luy aider à se sauver, et pour qui il avoit un profond respect. Aussy s’étoit-elle acquise beaucoup d’estime de tous ceux qui la connaissois. Deux ans après son arrivée dans Ville-Marie, en l'année 55, elle eut la pensée de faire bastir une chapelle en l’honneur de la Ste Vierge. Elle fit amasser du bois et de la pierre sur la place où est aujourd’hui la chapelle de Notre Dame de Bonsecours, et quand tous ces matériaux furent prêts, Monsieur l’abbé de Quélus qui arrivait de France ( u ) ne trouva pas à propos qu’elle passât outre pour des raisons qui nous sont cachées, ce qu’elle fit sans répliquer, ni Monsieur de Maisonneuve qui lui aidait par ses libéralités ; elle laissa son entreprise jusqu’à 9 ou 10 ans après qu’elle fit faire un petit bâtiment de bois, mais si dévot que le peuple y alloit comme à un asile assuré pour tous ses besoins; il s’y fit plusieurs guérisons qu’on a cru miraculeuses tant pour l’âme par la force et le courage qu’on y a obtenu de Dieu pour sortir du péché que pour le corps par la guérison de plusieurs maladies considérables. A quelques années de là, Sr Bourgeois alla en France où Monsieur le baron de Fancamp luy donna un crucifix de grand prix et une image miraculeuse de la très Sainte Vierge sôubs le nom de Notre Dame de bon secours avec cent escus pour estre employés à agrandir, eu orner la chapelle susdite ou devoit reposer son image. Aussitôt, qu’elle fut de retour de son voyage, elle mit des maçons en oeuvre et fit bastir aux dépends de la communauté et avec les 300 livres dont je viens de parler une chapelle toute de pierre et voûtéù jqui luy ,c°ma plus de 2000 livres dont elle, se remboursa ensuite sur les aumosnes
u) En 1658.
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qu’on y fit, disant de bonne grâce, qu’elle avait fait cette advance à la Sainte Vierge qui pay croit bien ses dettes. Cette chapelle lui a appartenu plusieurs années et servcit comme d’église à sa communauté qui y fesoit chanter la grande messe le jour de la Visitation qu’elles ont choisie pour la feste propre de leur société ou congrégation; quoy qu’elle fut assez éloignée de leur maison. Depuis quelques années elles ont volontairement cédé à la paroisse Nostre Dame de Ville-Marie, le droit qu’ielles avois sur cette chapelle avec bien de la générosité; on y dit tous les jours la sainte messe, mesme plusieurs quelques fois en un jour pour satisfaire à la dévotion et confiance des peuples qui est grande envers Nostre Dame de Bon Secours. Ou y alla' aussy en procession pour les besoins et calamités publiques avec bien du succès; c’est la promenade des personnes dévotes de la ville qui vont tous les soirs en pelderinage, et il y a peu de bons catholiques qui ne fassent clés voeux et d!es offrandes à cette chapelle, dans tous les périls où ils se trouvent, de tous les endroits du Canada, qui est bien grand. Oeci soit dit, mes Soeurs, pour vous faire connaître l’origine de cette dévotion qui est la piété et le zèle de la Sr Bourgeois pour faire honorer la très digne Mère de Dieu dans sa ville Marie. Elle a fait cet
ouvrage comme les autres avec les secours que sa confiance en Dieu luy a mérité; car elle n’avait rien pour faire
toutes ces choses; aussy elle n’a manqué de rien dans
toutes ses entreprises; cinq ans après qu’elle fut en Canada, elle fut inspirée de retourner en France ( v ) cher cher quelque bonne fille pour estre maîtresse d’école avec elle ici, afin d’élever les enfants de leur sexe dans la crainte et l’amour du Seigneur, en leur apprenant à lire et écrire. Elle en trouva 4 d’une vertu rare: la Sr Crol-
y) 29 septembre 1658.
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lo, (iv) la Sr Reisen, O) la Sr Cliaste] (y) et la Sr You (0) hui out esté avec elle les dignes fondements de cet édifice ; elles travaillons jour et nuit à coudre et tailler ■ pour habiller les femmes et pour vestir les sauvages, Etc. , ■ En faisant 1 école, le partage de la Sr Crollo fut le mesnage de la campagne où elle a consommé ses forces et ses années et a rendu par là des services à ses soeurs, et à laver des lessives le jour après les avoir coulées la nuit, et faisant le pain; c’étoit une fille infatigable pour le travail, se regardant comme la servante de toutes et l’asne de la maison; elle vit encore aujourd’huy, âgée de plus de 80 ans en grands odeur de vertu. La Sr Bourgeois et les autres travaillois aussy, la plus grande partie
des nuits, afin de n’estre à charge d}e personne et gagner leur vie. N. S. a donné si grande bénédiction à leurs travaux qu’elles se bâtirent une maison assez grande pour vivre et loger 12 filles sur la terre de l’hospital; elles ont vendu depuis ce fond de terre et on leur a payé la maison qui estoit dessus dix-huit cents livres, quoy que vieille, qui sert aujourd’huy de mesnagerie au dit hospital. Elles ; se bâtirent une autre maison toute de pierre bien meil leure et plus grande encore sur la terre de l’hospital, qui
a brûlé 20 ans après (a) estre bâtie. Elles en ont édifié
une troisième dans une autre place où elles sont aujour-
w) Soeur Catherine Crolo, dite Saint-Joseph, née en 1619, à Lauzon, en Lorraine. Elle mourut à Montréal le 28 février 1699.
x) Soeur Marie Raisin, née à Troyes, en Champagne, en 1641, fille d’un avocat au Parlement de Paris. Elle mourut à Montréal le 5 octobre 1691.
y) Dans le rôle d’embarquement conservé au Séminaire, il y a Edmée Chastel. M. Faillon la nomme Aimée Chatel, fille d’un notaire à Troyes.
z) Soeur Anne Hyoux, dite Sainte-Claire, née en France «n 1638 et décédée à Montréal le 19 mai 1693.
a) 16 décembre 1683. Histoire de la Congrégation de Notre- Dame, 1910. Vol. I, page 201.
d’huy, qui joint d’un bout à notre enclos et nous fait voi sines, qui est grande, spacieuse et des mieux bâties de la ville. Elles sont bien 60 en nombre, toutes fi] 1er, choisies de vertu, et bien estimées dans tout le Canada. Elles ont déjà plusieurs maisons d’écoles dans les paroisses autour de Montréal, mesme dans la ville de Kébec et aux environs où elles font beaucoup de bien pour 1 éducation des jeunes .filles. Elles ont aussy un habit noir par dessus et gris dessoubs, qui est fort modeste et qui les distingue du monde et ont des lettres patentes du Roy (b) et sont establies dans les formes, Etc.
Voilà ce qu’a fait la Sr Bourgeoys, fille sans naissance et sans bien, animée de l’amour de Dieu et du zèle de sa gloire; elle vit encore aujourd’huy en odeur de sainteté, si humble et rabaissée qu’elle inspire l’amour de l’humilité, seulement à la voir. Elles assistent toujours au service divin de la paroisse, quoy qu ’elles aient une église dans leur cour, que leur a fait bâtir Mademoiselle Jeanne Leber, fille riche de cent mille livres qui est donnée à elles en qualité de recluse et qui est enfermée dans une chambre qu’elle s’est fait bâtir derrière l’autel de la dite église, sans voir ni parler à personne que son directeur qui est aussi le nôtre à présent. Là elle fait sur la terre jour et nuit ce que les anges font, dans le ciel, let travaille à orner les autels (c) uniquement, ne faisant aucun autre ouvrage il y a bien des années. Ce qui fait dire à la Sr Bourgeoys que la prédiction de son confesseur est arrivée, cette filïfe honorant la vie de la très Sainte Vierge contemplative et retirée du monde ; ces filles conservantes avec le prochain pour gagner des âmes à
b) Mai 1671, Edits et Ordonnances, vol. I, p. 69.
c) De ses travaux l’on conserve entre autres à Notre-Dame un antipendium, une chasuble et deux dalmatiques. (Xle livraison Mém. Soc. Hist., page 17.)
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Dieu et nous sa vie laborieuse eni servant les malades et comme elles se sont estaiolies ou plutôt sont nées dans le temps que nos premières mères fondèrent ce monastère; avec lesquelles elles se sont toujours tenues unies d’amour et sainte dilection, elles sont nées par manière de parler sur nos terres qui se touchent encore par un côté du jar din qui se sépare par une mesure clôture. Nous avons logé pendant neuf mois dans leur .maison après que notre monastère fut bruslé, où elles nous reçurent avec beaucoup de charité et d’affection, nous nourrirent mesme quelques jours, et nous tirent tout le bon accueil qu’on pouvait attendre d’elles, logèrent aussy nos malades dans un lieu séparé de nous et d’elles; tout cela leur causa bien ce l’embarras et occupa beaucoup leur maison, sans que pourtant elles aient voulu souffrir qu’ont leur en payât a.cun loyer; de plus la Sr Bourgeoys, leur mère, alla avec Mademoiselle Mance en France quérir nos premières soeurs fondatrices, repassa en Canada dans le mesme navire avec quatre filles dont j ’ay parlé, lièrent ensemble une amitié toute sainte; elles sent filles de la Ste Vierge qu’elles ont choisie pour mère et protectrice, et nous de saint Joseph son époux, ce qui nous fait enfants adoptes de la mesme sainte Famille et unies par une mesme société, pour honorer les trois vies que la Divine Reine du ciel a mesnées ici-bas sur la terre.