‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 17 sur 43 · CHAPITRE TREIZE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZE

1 — Description du Bâtiment de l’hospital et de son. église.

2 — Et de céluy des hospitalières. 3 — Elles s’y enferment.

Mademoiselle Mance se rendit au Montréal environ trois semaines après nos Soeurs; il fesoit déjà froid, ce qu’elles ressentaient beaucoup, pour n’estre pas acoutumée à en sentir de si piquants comme il test ici. Elle fut éton nge et affligée de voir les batiments de l’hospital si peu advancés et s’en plaignit aux personnes qui luy avois promis d’en prendre soin, qui ne manquèrent pas de bonnes raisons pour s’excuser et justifier leur conduite, à cause du peu d’ouvriers qui estois obligés de faire plusieurs sor tes de travaux tout à la fois, prenant le soin de semer leurs champs et d’en recueillir les bleds, pour nourir leurs familles en mesme temps qu’elles édifiaient des logis pour le bien public de la colonie du Montreal.

Voici mes chères soeurs une description naïve dé ce que c’était que les bâtiments, qui estois faits de colombages, c’est à-dire moitié pierre et moitié bois. L’église avoit 50 pieds de long sur 24 de large en dedans; la salle des hommies joignait lad église et avoit environ 40 pieds de long de mesme largeur que l’église. Au bout de lad. salle une grande et forte cheminée pour chauffer les malades et fournir à tous leurs offices; derrière la d. cheminée il y avait une chambre d’environ 15 pieds de long et d’égale largeur que la salle, sans cheminée, pour mettre les femmes malades; au-dessus des deux d. salles pour les hommes et pour les femmes estois l’appartement de nos

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chèr,es soeurs on y montait par un petit escallier de 20 marches fort estroit.

Tout ce monastère consistait en une chambre d’environ 15 pieds en carré dans laquelle il y avoit une cheminée a feu, une cellule pour la supre, au bord de lad. chambre sur la largeur du bâtiment, un petit dortoir, composé de 4 petites cellules, avec un petit cabinet à costé de lad. cheminée pour serrer généralement tout ce qu’elles avois de hardes et provision j Mademoiselle Mance n’épargna rien pour mettre ces bâtiments en estât de loger les hospres et les malades et mit tout ce qu’elle put avoir de menuisiers à travailler; ce qu’ils firent avec diligence pendant dèux mois ou environ et mirent tout en estât d’y passer l’hiver avec bien des incommodités comme vous le pouvez croire sûrement. On dressa six lits garnis, dans la salle des hommes et deux dans celle uvS femmes; on en adjoutoit d’autres sur des tréteaux selon le besoin. Ils s B chauffaient à mesme feu. Dans cette cheminée se fesoit la cuisine des malades et l’apotiquène et généralement toutes choses jusqu’à la lessive qu’on y voulait du linge pour les play es; ce qu; arrivait assez souvent ayant peu de linge et bien des blessés, on voyait l’autei à plein de cette salle par une porte assez grande qui communiquait à l’église et nos malades entendaient la Ste messe de leur lit ce qui estoit une grande consolation pour eux. Mais aussi ils souffrois beaucoup du service de la paroisse qui s’y est fait pendant plus de 20 ans; par le chant des grand 'messes et des vespres, des sermons pendant lesquels la porte estoit ouverte et par les entrées ®t sorties du peuple de lad. église, qui fait toujours beaucoup de bruit ce qui les chagrinait souvent, et les hospitalières encore plus.

Nos chères soeurs s’enfermèrent dans cette maison ave'1 beaucoup de joie en esprit, voyant de si belles préparations pour pratiquer la Ste pauvreté avec la charité. La chambre dont j ’ai parlé «devant leur servait de cuisine,

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de réfectoire, d’infirmerie, de noviciat et de salle de communauté. Le petit cabinet a côté de la cheminée servait de dépense, de lingerie, de roberie et de dépôt. Le grenier qui estoit au dessus d’elles estoit la roberie des maladies. Elles y fesois sécher leur lessive et y mettois leurs provisions de bled, qui nestoit pas grand dans un coin et. lavaient leur linge ou lessive dans une fosse d ’eau de pluie et neige fondue. Elles avois la douceur de ne la point faire pendant l’hiver, mais aussy elles ne changaient de linge guère souvent, à la réserve des guimpes, bandeaus et mouchoirs pour estre propres. C’étoit ma Sr Mkcé qui fesoit les' lessives comme mieux entendue en cet exer cice, à ce qu’elle fesoit croire et les lavait aussy seule le plus souvent. Elle estoit aussy cuisinière et dépensière et ballayait partout comme assistante qu’elle disoit y estre obligée. Ma Sr Maillet fut mise hospre, cuisinière et depansière des malades soin de leur linge qu’une femme blanchissait dehors, et de leurs hardes des hommes et des femmes ensemble. Ma Sr Bresolles, qui estoit supr\ et très souvent malade prit 1 ’apotiquèrerie qu’il fallut dresser entièrement dans un petit coin où l’on ne voyait clair que par un faux jour. Elle fit de ses mains la plus grande partie de ses ustansiles, comme fourneaux et boistes, tablettes, Etc. Elle estoit médecin et ordonnait les remèdes dont elle estoit fort capable et Dieu donnait tant de bénédiction à ses devoirs de charité, qu’elle guérissait de toutes sortes de maladies. On avoit plus de confiance à ses remèdes quoy qu ’invantionnées pour la plus grande partie et composés d’herbes sauvages qu’a ceux d’un ha bile chirurgien qui estoit estably dans Ville-Marie.

Les personnes les plus riches et délicates voulois avoir de ses remèdes et la consultois avec une confiance bien plus grande dans leur maladie qu’en Monsr. Souart, prestre, qui estoit médecin habile, et dont ils se trouvois fort bien auparavant.

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Sa réputation de bonne infirmière et médecine s’établit si bien qu’on la préféroit. à tout ce qu’il y a voit en Canada de cet art. Enfin les malades croyois ne pouvoir mourir quand ils s’étois mis entre ses mains ou gouvernés par ses conseils. Ce qui passa à un excès à faire rire. Pour moy j ’ay cru qu’il y avoit de la merveille et du surnaturel, dans les guérisons qu’elles f'esoit et que c’était une récompense que Dieu donnoit à sa charité qui estoit très particulière, Etc.

Nos chères soeurs entendois la Ste messe et le service divin de la paroisse qui se fesoit en leur église comme j’ay dit, dans un petit jubé, qui estois au bas de l’église où elles entrois par le dortoir qui estoit grillé sur le devant et assez régulier et commode. Elles se confessois et communiois dans un cabinet de planches fort mal propre et petit, qui estois soubs ce jubé, où il y avoit une grille pour communier seule et à côté un guichet pour se confesser et cela s’appelait le petit choeur. On y descfândoit par un petit escallier et il n’y avoit aucun jour, que celuy qui pouvoit donner l’ouverture de cet escallier, ni aucun air. On y souffroit bien du chaud l’été et cela n’empêchait pas nos soeurs d’y entre les jours entiers sans en sortir que pour manger pendant leurs retraites, ne prenant aucun air ni relâche pas mesme pendant la récréation.

Je vous dis mes soeurs que e’étoit une grande pénitence d’estre huit jours de suite enfermées dans ce trou sans air et sans jour. Quand je voulus les ymtiter et y faire ma retraite, je ne puq soutenir cette mortification que pendant 4 jours et demeurai malade. Ce petit choeur a subsisté et nous a servi 29 à 30 ans. Il avoit environ 6 pieds de large et 9 de long Etc. servoit toujours aux retraites des plus ferventes.

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