Elles apprennent la mort de monsieur de La Dauver
sière et la perte de leur fondation. 2 -On les presse
de retourner en France, ce qu’elles ne veulent faire.
A peine nos chères Soeurs eurent-elles passé une année dans le Canada que Dieu les visita par des peKes très sensibles. La 'première fut Monsieur de La Dauversièrc leur très cher et très bon père, pour qui elles avois une profonde vénération, êt entière confiance, et leur plus fort apuy sur la terre après sa Divine majesté. Qui regardoit leur établissement comme l’oeuvre de son coeur en amour et tendresse, en vjie duquel il avoit travaillé en l’établissement général de notre institut, qui a commencé pour le Montréal connaissant que Dieu y voulut des Apostres, Filles de St-Joesph. Tous ces motifs sont bien engageants d’aimier un père si vertueux et si saint; qui de plus s’étoit chargé de leurs intérêts temporels d‘u côté de France n’ayant point d’autre procureur que luy. Il avoit leur fondation en ses coffres et comme il estoit comptable du Roy, aussy tost qu’il fut mort elle fut prise avec tout ce qui luy restoit de biens; ce qui mit ses héritiers hors d’es tat d’y jamais satisfaire, et les amis dis nos soeurs hors d 'espérance qu’elles pussent subsiste^ dans ce pays sans fondation; ce qui fut cause que Monsr. le baron de Fancamp ( q ) et Monsr. Macé, prestre de la communauté de St Sulpice à paris et frère de notre chère soeur Macé écrivirent à ces chères victimes de la croix de repasser en France sans hésiter, si les Messieurs dè St-Sulpice y rep assois
q) Pierre Chevrier, baron de Fancamp l’un des Associés de la Compagnie de Montréal.
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comme on le creyet lors ; et quandl ils resterois, qu 'elles pourois choisir la maison de tout l'institut où elles voudrais aller et que luy, mond. sieur de Faneamp se trouveret à La Rochelle pour les y conduire.
Après que nos soeurs eurent mûrement pensé et pesé toutes choses et beaucoup prié Dieu pour connaître sa volonté, elles crurent la faire en se résolvant de vivre et mourir dans ce cher pays et terre de Ville-Marie (r) dans la confiance que sa Ste providence pourvoirait à leurs besoins comme leur bon père les en avoit assuré en leur disant à Dieu à la Rochelle. Qui comptoit leur dite fondation déjà perdue comme il le fit connaître à ma Sr Maillet, qui, comme éeonosme, lui demanda où il l 'avoit placée, afin d’en tirer la rente. Ce qui fesoit croire que cet argent luy fut pris peu après qu’il l’eut receu des mains de Mademoiselle Mance pour le mettre à interest, ce qu’il ne fit point, pour des raisons qu’on saura dans l’éternité. Pour moi je croy aisément que c’est que Dieu veut cette maison pauvre. Elle a estée fondée dans la pauvreté et elle* y subsiste encore. Le nécessaire n’y manque point, mais aussy tost qu’on pense se mettre à son aise, il vient des revers qui nous rejettent dans la pauvreté, par des pertes considérables, comme sont la perte générale de toutes nos provisions de France, qui estois chargées dans des navires que les Anglais ont pris sur la mer, ce qui est arrivé l’année présente que j’écris 1697, et une autre fois encore.
Le monastère est réduit à vivre d’emprunt avec beaucoup de peine, ne trouvant que malaisément des personnes qui le veulent faire. L’incendie général de notre monastère arrivé 3 ans achevé et plusieurs autres, qu’on ne peut
r) L’Hôtel-Dieu restait pratiquement sans ressources et le courage de ces trois femmes, ainsi abandonnées et refusant de retourner en France, était vraiment héroïque.
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dire en détail mais dont on ressent bien la privation.
Nonobstant tout cela nous avons reçu et servi nos pauvres malades sans mourir de faim, sans un sou de rentes pendant plus d!e huit ans et sans demander l’aumosne à personne.
Je crois, mes Soeurs, que vous serez bien aises que je vous fasse part d’une lettre écrite sur la mort de notre St-Père et instituteur, par Monsieur le baron de Pancamp à un Jésuite:
Copie fidèle de la lettre écrite au Révérend père Cliomoneau, (a) jésuite au collège de Kébec, sur la mort de Monsieur de la Dauversière en l’année
A Paris le 26 avril 1660.
Mon Révérend père,
“Me voici tiré de ma solitude dans le tracas du monde et contraint de me charger des affaires de Montréal, après la mort comme il a vescu. Dieu veuille que nous vivions plus unis et en paix, que nous n’avons fait durant son vivant. J’espère que nous l’obtiendrons de Dieu. J’ay eu le bonheur de l’assister à la mort et d’avoir esté six semaines durant sa maladie, pendant laquelle, ayant esté employé par Monseigr. d’Angers à exorciser une possédée, je me trouvai en mesme temps en deux excellentes écoles qui avois quelque rapport. Cette excellente fin estant une des plus belles de notre siècle. Je croy que vous ne serez pas fâché qqu’elle soit le sujet de celle-ci, dont vous donnerez, s’il vous plaît, la lecture au R. père Lalemand. (6)
a) Chaumonot.
b) Le Père Jérome Lalemant, alors supérieur des Jésuites Québec.
Annales cle l’Hôtel'Dieu
“27 ans avant sa mort, il s’étoit totalement donné à Dieu, estant terrassé par une maladie inconnue, où dés médecins ne connessois goutte. Six mois après sa conversion, il receut tant de caresses de Notre Seigneur, et de si extraordinaires, que son confesseur, fort éclairé, y aprehendant de la tromperie, l’obligea de communiquer avec tout ce qu’il y a de plus éclairé et particulièrement avec les principaux de votre Compagnie. Non seulement Notre Seigneur luy fesoit ces grâces pour son utilité, mais encore pour plusieurs autres personnes, qui l’approchaient. J’ay trouvé trois cahiers, de reste de plus de 200 qu il brusla un mois devant sa mort, (c) dans lesquels il ne s’est passé jour en 3 mois qu’ils contiennent qu’il n’y ait quelque grâce extraordinaire.
“Un jour, son confesseur ayant envoyé à un saint personnage une partie de ces choses pour en avoir son sentiment, et ayant mandé qu’il y apréhendoit du mélange de la nature avec la grâce,, l’ayant sceu et s étant plaint a Notre Seigneur le suppliant qu’il ne permît pas qu il fut trompé, il luy fut répondu : ‘ ‘le père est un homme comme un autre, sans mes lumières dans huit jours tu verras qu’il changera bien d’avis. Ce qui arriva, car peu après il manda que tout estoit de Dieu. Entre auti’es grâces qu’il a receues, en voici une bien singulière. Il a eu 1 honneur de voir à ses côtés l’humanité Ste de J. C. six semaines durant, sans discontinuation, avec laquelle il traitoit familièrement. Il l’a avoué à Monsieur de Renty (d) qui l’a beaucoup aidé. Il avoit un don admirable pour la conduite des âmes élevées; et avec deux paroles il fesoit des effets admirables et merveilleux.
“Qepuis sa conversion il a passé dan^ les estats les plus pénibles, il m’a avoué avoir este dix huit mois dans un estât de désespoir. A.u dehors, il a eu des personnes qui l’ont persécuté de toutes manières et perpétuellement. Ti s’est vu rainé en 24 heures, ayant en une seule jour-
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née perdu cent mil livres de bien. Se riant de cela comme s’il eut esté de bronze.
“11 menoit une vie si austère, que tout séculier qu’il fût, il prenoit tous les jours une cruelle discipline, de fil de daréchal dont il avoit les épaules toutes pouries et il portait une ceinture d 'étrilles qui avoit plus de douze cents pointes très aigües. Il estoit si inventif à se massacrer qu’il avoit plus de 2 mil pointes dans ses seuls gants de campagne. Sa patience estoit si grande en ses souffrances, qu’il a porté 2 ans 4 maladies sans que le médecin ni personne l’ayent sçu, dont une seule estoit capable Je le mettre au désespoir. La gravelle, la pierre, un ulcère dans le conduit et une colique nefretique qui avoit rempli les artères de petites pierres, qui ne pouvant passer eausoient des maux extrêmes. On l’a vu dans la rue si pressé de douleur qu’il en demeuroit comme évanoui. Avec ces maux, il estoit perpétuellement à cheval, tantost pour le Canada, tantost pour l’établissement de ces Filles; et toujours pour des affaires de charité. Ces voyages se fe sois la plupart du temps la lieire sur le dos, sur des épaules pouries. L’ayant embriassé à son retour 'de (qu^Ifide long voyage je l’ai trouvé en cet estât, et le soir qu’il revint de La Rochelle accablé de 8 maladies qui l’ont emporté, il avoit encore ce harnais sur luy.
“Voyez comme Notre Seigneur le disposa à la mort. Deux ans auparavant une âme fort éclairée, que le R. père Lallemant. connoist, eut une vision dans laquelle Notre Seigneur se glorifiant de la fidélité de ce fier serviteur, le diable parut qui luy demanda permission de le cribler com-
N. B Une erreur de mise en page noue a contraint de transposer ici les notes c et d, correspondant aux renvois de la page en regard.
c) trois sur deux cents avaient été épargnés.
d) Gaston, baron de Renty, (1611-1648) l’un des membres principaux de la Compagnie du Saint-Sacrement.
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me Job; ce qu’il luy permit, ce qu’un an devant sa mort un démon dit et l’écrivit par une possédée «et le donna à un père de la Compagnie. Dès ce temps Notre Seigneur le dépouilla de toutes grâces sensibles ; le laissant dans une telle nudité de foy, que la mesme personne ayant eu cou naissance de son estât et s’estant prise à pleurer de compassion de le voir en l’estât qu’elle le voyoit et demandoit à Dieu qu’il l’en tirât. Il luy répondit: “Je le pousseray bien plus loin.” Six mois devant sa mort toute la ville se souleva contre luy. Premièrement ses filles spirituelles. Leur ayant voulu oster quelque règle par laquelle il craignoit un jour le relâchement ; ce qui luy causa un tel dt plaisir par des discours qui luy furent rapportés quoy qu’inventés, que cela fut la principale cause de ses maux, sa rate s’étant trouvée dix fois plus grosse qu’à l’ordinaire. Ses parents et les parents de ses filles se déclarèrent contre luy, pour de certains intérêts. Les plus petits ne se pouvois empescher de luy dire des injures sur ce qu ils croyoient que les filles qu'il menoit du pays pour les marier à Montréal, il les y yendet et les toiles qu’il y envoyoit et t.iroit du pays les fesoient enchérir.
“Trois tnois devant sa mort, estant au lit avec des cris continue .s, on le presse d’aller à La Rochelle pour estre à l’embarquement. Les gouttes le tiennent si fort qu’il ne peut seulement souffrir le linceul sur ses pieds. Il s’adresse à Notre Seigneur, il lui demande force pour son oeuvre, il est guéri de tous ses maux en un instant, s’en va à La Rochelle, fait ses affaires et il n’est pas plutost arrivé à une journée près de sa maison, aux pieds de la Ste Vierge à Saumur, que toutes ses douleurs reviennent. Il ne laisse pas de monter à cheval, et, depuis son arrivée il ne releva point. Outre les 4 maladies ci dessus, deux hernies l 'incommodèrent beaucoup : la gouste augmente, une fluxion sur la poitrine, la fièvre, la colique et des hémoroïdes, où il se fit des ulcères avec des tour-
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ments si horribles que les médecins disois qu’il ne vivoit que par miracle pour souffrir. Quand l’on donnoit un re mède pour son mal qui pressoit davantage, tous les autres le griffois si fort qu’on le voyait souvent près du désespoir. A la fin son corps vint comme un squelette et comme toutes ses chairs estois fondues, les os perçant la peau, c’étoit autant die playe que d’os. Il ne dormit peut-estre pas une heure en un mois. lie jour et la nuit n’étois cry perpétuel ne luy estant laissé dans sa faiblesse qu’une voix que la douleur animoit car il crioit* si haut, qu’il fesoit fendre le coeur. D’abord qu’il avoit un peu de relâche vous le voyiez dans une douceur de paix admirable comme une personne en oraison; et s’il parloit, ce n’étoit que pour se plaindre de son impatience et lâcheté de ne souf frir pas de bonne grâce.
“Pour achever sa couronnée, Notre Seigneur luy envoya la dysenterie, qui l’a emporté, qui luy causa d’estranges douleurs, car, comme àlj étoit obligé cent fois le jour à se lever, ces matières de feu passant sur les ulcères aux hémoroïdes, les médecins disois qu’il souffroit autant, que s’il eut esté sur un gril dans le feu. Huit jours avant sa mort, ayant dit à une personne qu’il ne pouvoit plus prier et moy luy ayant dit [ce qu’il] m’ayoit dit autrefois que la soufrance estoit une si belle prière, il me répondit: “je suis abandonné de Dieu.’’ Se peut-il voir une personne plus accablée intérieurement que cela, et extérieurement par la perte de ses biens, voyant qu’il lais sait sa famille à l’aumosne, persécuté de ses parents, de ses Filles spirituelles pour lesquelles il avoit une tendresse merveilleuse, mal traité de petit peuple, accablé de maladie et de douleur. Quatre jours devant sa mort l’étant allé voir au matin il me dit: “vous voyez l’homme de douleurs’’; et en mesme temps il se reprit il me dit qu’il avoit tort, puisqu’il n’y avoit que J. C. qui pût prendre cette qualité, qu’il estoit un lâche, qu’il ne pouvoit. rien souf-
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frir. Il me dit qu’avec toutes ses maladies un hoquet lui estoit survenu qui 1 ’incommodoit fort; je luy dit qu il le meaneroit jusqu’au bout et qu’U devoit penser à inouï ii. Je luy demandai si cette nouvelle l’étonnoit. Il tendit le bras et avec un visage gai, il me répondit à grande joie. Je luy demandai si ayant esté si unis ensemble il ne vouloit pas bien quje je l’assistasse à ce passage, sur ce qu’d me témoigna l’avoir agréable, je luy demandai s il n avoit rien à me dire dont il voulut que je le fisse souvenir au temps de l’abaissement des sens, il me répondit*, “vous savez mon fond, Dieu est le maistre”; et rien plus, le lendemain ayant receu le viatique avlec une dévotion extraordinaire luy ayant demandé comme il se trouvoit intérieurement: “un peu mieux Dieu merci.”
“Il est à remarquer qu’une personne de haute vertu me dit longtemps avant sa mort que Dieu lui rendroit tout à la fin. Ce qui arriva comme vous allez voir. Toute la journée qu’il eut receu le viatique, il ne fit Kpïe demander: “quelle heure est-il?” Ce qu’il n’avoit jamais demandé;... la cause pourquoy il le disoit si souvent, il ne répondit rien, et écoutant à travers son rideau, il disoit : “O qu’il m’ennuie de n’estre pas avec mon bon Maistre.” Il y a apparence que Notre Seigneur luy donna ce jour connaissance de sa mort. M’estant enquis de luy où étois ses papiers, qui étois ces grâces qu il écrivoit par obéissance, il me dit qu’il les avoit bruslés et qu’il ne vouloit pas qu’on parlât de luy. Luy ayant fait donner l’extresme-onction le jour de devant qu’il mourut et luy ayant demandé comme il se trouvoit, il me dit: “la paix. Dieu mercy. ’ ’
Ce mesme jour estant tombé en une grande convulsion et pensant qu’il alloit mourir, comme l’on envoyoit pour faire sonner la cloche des agonisant, qu’on a de cou tume, il se réveilla et dit: “il n’est pas encore temps. Le lendemain, jour de sa mort, les inquiétudes de sa fin le
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faisant se tourner de tous côtés et demander à changer de lieu, son confesseur luy dit: “Jésus Christ est mort cloué à la croix, imitez-le.” Demeurant 'en cette place depuis jusque la mort, il ne remua plus. A midi, paroissant fort tranquille, il leva les mains jointes au eml et le regardant il cria d’une voix forte: “miséricorde;” et en mesme temps demeura comme mort, la bouche ouverte, en sorte qu’on crut, qu il estoit passé; au bout d’un quart d’heure il revient et son confesseur luy ayant demandé ce qu’il avoit eu à crier, il luy répondit: “Dieu s’est présenté à moy dans 1a, rigueur de sa justice et m’a fait plus souffrir en ce moment que je n’ai fait dans toute ma maladie et après la miséricorde parut si abondante qu’il sembloit estre en paradis, quoy qu’il veseut encore plus de 4 heures. Il fut dans un étrange purgatoire, car il survint des assauts d’amour si impétueux que ses douleurs n’étois rien en comparaison. Ce qui luy fesoit dire de temps en temps: “je n ’en puis plus ” ; et comme au commencement on crut que ■e’étoit par l’effort, de ses douleurs qu’il disoit ces paroles, lorsqu’on luy disoit quelques paroles d’amour, il répondoit: ‘Vous ‘mettez le feu partout, vous me consommez, je n’en puis plus.” Et ses attaques augmentois jusques entre trois et 4 heures après midy; il leva les mains au ciel, regardant attentivement en un endroit avec un visage joyeux et connue s’il eut aperçu quelque chose fort agréable, et peu après les abaissant tout doucement et les croisant sur sa poitrine, il baissa la teste et expira sans aucun soupir.
“N’est-ce pas la mort d’un séraphin incarné. 11 est à remarquer qu’après cette grande convulsion causée par cette vue, le médecin m’ayant assuré qu’il ne mourroit pas la nuit je m’en allai travailler à mon employ, à exorciser. Je ne fus pas un quart d’heure que le démon me dit: “ne veux-tu pas aller au triomphe? Tu as* pourtant bonne part à la feste.” Le pressant de m’expliquer ce
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qu’il disoit, où je ne pouvais rien comprendre. L'on me vint en mesme temps av'ertir de la mort du deffunct, cai je n’eus pas le bien d’y estre à la dernière heure. La nuit, l’ayant fait ouvrir je vis un miracle de patience. La pierre quu’il avoit dans la vessie etoit aussi grosse que m vessie miesrne en sorte /que pour la tirer ii fallut fendie la vessie comme une chateigne en sorte que 3 gouttes d eau qui y lestois la pressois si fort contre elle qu’il se faisoit excavation; la dite pierre estant raboteuse et ayant des pointes. Le lendemain estant allé exorciser, le démon me dit: ‘‘que tu pus, retire-toi de moi, j’ai bien des choses à te dire pour ta consolation, mais j’ai le coeur trop gros pour te le dire, bats tant que tu voudras, tu ne le sauras que par la force.’’ Enquis qui c’étoit qui parloit : nous sommes tous pour empescher de parler,” répondirent-ils; et le pressant sans rien gagnei', je m’avisai si cette piexre que j ’avois dans ma poche ne seroit point la cause de cette aversion. Comme il me dit que j’etois bien enreume je pris la dite pierre dans le milieu de mon mouchoir dans la poche sans qu’il l’aperçut, et faisant semblant de me moucher, je luy mis sur la teste; ce qui causa un cri effroyable et luy ayant demandé la raison, il me dit que quand les chiens voyois dès pierres «ils aboy oient, quoyqu’il ne l’eut pu voir et luy ayant dit que ce n’étoit qu’une pierre, il me dit: ‘‘ce n est à la vérité qu une piene à ta main mais c’est une palme dans celle de ton maistre”. Et la dessus la1 mettant sur sa teste il enitra en telle rage qu’il déchira mon surplis, et je fus bien battu avec deux autres qui estois avec. moi. Ce qu il n’avoit jamais fait et nous tournoit tous 3 de force avec un doigt,
“Voyant ces effets que je n ’avois pas vus par la présence du très St Sacrement, je lui demandai d’où venoit cette rage, si ce n’estoit point qu’il occupoit sa place; c etoit un séraphin à qui je parfois ; il me fit signe de la
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teste que s’en étoit la cause, et puis il me dit: “Il y a longtemps que ma place est prise, mais il en occupe une semblable.” Luy ayant demandé s’ils allois en purgatoire, il dit qu’il fallait distinguer, qu’il y en avoit deux (e) à l’un qu’ils y allois, qui estoit pour les mondains, à qui Dieu fesoit miséricorde à la fin de leur vie, qu’il étoit le mesme que l’enfer, et que n’ayant pas toute l’éternité à les étriller, ils les accommodoit bien durant qu’ils les tenois, que l’autre étoit pour les âmes d’élite; ils n’y connaissons rien ; que le plus grand purgatoire de ces âmes estoit destre quelque temps en cet état; qu’ils ne savois s’ils étoient sauvés ou damnés comme ces criminels qui attendois leur sentence. Que comme de cette décision dépendoit une éternité, c’étoit une effroyable peine. Luy ayant dit que le deffunt n’étoit point allé en purgatoire, vu les croix qu'il avoit souffertes, il répondit que c’avoit esté l’amour non les souffrances qui avois fait son purgatoire. Voilà mon Rév. père un récit, quoy que long, qui ne vous ennuyera point. Cependant on peut dire de luy ce que disoit Notre Seigneur sans pourtant faire de comparaison : “ h o die et cras virilités perfeci et quis non erit scandalisai us in me ?” Car comme il a beaucoup perdu de ses biens tous ces créanciers ne seront peut-être pas payés et crieront avec justice, ses pauvres Filles seront du nombre; lesquelles, après avoir eu de la peine et beaucoup souffert à venir en Canada, il faut qu’ils repassent; leur fond estant enveloppé dans les dettes du deffunt.
“Je me recommande à vos saints sacrifices et suis mon R. père,
“Votre très humble et obéissant serviteur,
de Famcampt, prestre.
e) Personne n’a jamais enseigné dans l’église qu’il y eût deux purgatoires, l’un pour le pécheur à qui il reste à expier
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La pierre monstrueuse dont il est parlé dans cette lettre, et qui fut trouvée dans la vessie de Monsieur de la Dauversière après sa mor% a esté donné à notre monastèi e par Mond. sieur de Faneamp plusieurs années après par un grand dépouillement qu’il fit; que nous avons religieusement gardée jusqu’au; jour die l 'embrasement de notre d. monastère, dans lequel elle a consomme dans les llammes avec bonnes quantités de saintes reliques, mesme de considérables qui nous avois été envoyées par madame l’ambassadrice de Chaumes, (JS^ qui luy avois été données à Rome par un cardinal, quand elle y alla pour accompagner monsieur son époux en l’année 1660 en qualité d’ambassadeur de sa Majesté.
et l’autre pour les âmes d’élite. C’est une erreur théologique, mais il convient de remarquer qu’elle sort de la bouche d un démon. M. de Faneamp en le reproduisant ne le prend pas nécessairement à son compte.
f\ Elizabeth Le Feron, épouse t e Charles d’Ailly duc de Chaulnes, trois fois ambassadeur extraordinaire à Rome.