‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 21 sur 43 · CHAPITRE DIX-SEPT · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPT

1 — Ce qui se passa de plus remarquable dans la maison de St-Joseph de Ville Marie depuis l’année 61 jusqu’à 63, 2 — La mort de leur confesseur, et le choix qu’el¬

les firent de Mr. Souart en sa place.

Après que Madame Daillebout fut entrée chèz nos Soeurs, elles furent obligées de prendre la fille d’un habitant pour aider, à la cuisine et basse-cour, à ma chère soeur Macé qui avoit tout le ménasge sur les bras, comme assistante et dépositaire. Il fallut faire un pot à part pour Madame Daillebout, qui ne pouvoit pas mangrer l’apprêt de ses hostesses; elle avoit plusieurs cochons à qui elle fesoit des brenées et leur allait cueillir des herbes à manger crues, dans le clos, et le jardin; 3 vaches à tirer et faire le beurre; des veaux à faire boire pour nourrir et avoir des boeufs pour labourer la terre et trainer le bois l’hiver; des poules, des poulets à nourrir, car en ce pays, on ne vit que par ees soins, ma Sr. Macé fournissait à tout cela, avec la fille que j’ay dit qui n’avoit que 11 à 12 ans. Elle s’appeloit Adrienne Barbier (f) et appartcnoit à des parents très honnestes et gens de bien. Elle profita si bien en cette école qu’en peu d’années elle devint un modèle d’obéissance, Jd’humilité, de! mortification et fort laborieuse. Nos soeurs se comptois déjà d’en faire une bonne soeur domestique, ce qu’elle sembloit désirer avec ardeur. Au bout de 4 ans elle sortit estant débau-

t) Adrienne Barbier, fille de Gilbert Barbier dit le Minime et de Demoiselle de Lavau, née1 en 1652, épouse le 16 janvier 1667, Etienne Truteau et en a 14 enfants, Tanguay, I, 575.

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chée par sa mère, qui la maria aussy tost. Ce qui donne lieu de douter qu’elle témoignoit de se donner à Notre Seigneur ne fut pas tout à fait sincère, quoy que d’ailleurs, une mère a bien du pouvoir sur l’esprit de sa fille. Quand je vins dans la communauté elle y estoit il y avoit environ un an car il me semble que nous avons esté bien 3 ans ensemble ; elle estoit bien plus avancée que moy dans les vertus religieuses d’où vient que tous les jours on me la donnoit pour modèle aussy avoit-elle un extérieur charmant et modestie angélique. Je n’estois pas fort contente que sa vertu servît à me faire des corrections commepeu humble et beaucoup superbe; et m’en suis plainte plusieurs fois ; ce qui m ’attiroit de nouvelles mortifications.

Soeur Adrienne étoit toujours préparée à l’oraison et à se mortifier et à travailler; mais il n’en estoit pas ainsy de moy. Cependant le Seigneur ne m’a point rejetée de son service, sans doute à cause que je me serois perdue dans le monde; qu’il en soit béni à jamais. Au lieu que celle-ci y sert sa majesté et est mère d’une nombreuse famille, qu’elle nourrit dans l’amour et crainte de Notre Seigneur avec édification et bonne conduite pour toutes choses.

Cette même année elles reçurent une aumosne de 4 à cinq cents livres de Monsr. le baron de Fancamp, qui savoit leur besoin et qu’elles n’avois ni rentes ni pension, car nos Soeurs de la maison de La Flèche ne leur en don lièrent point; quoy qu’ellis s’y fussent obligées par le contrat d’établissement, de 150 livres à chacune ; ce qui leur devoit estre rude, que des soeurs enssent si peu de compassion d’elles dans leur pauvreté et par qui elles étois venues, envoyées establir en ce pays. Mais Dieu le permettoit ainsy pour exercer leur vertu et la faire mieux connaître aux autres. Elles ne se rendirent point inportunes, ni ne les mirent point en justice comme elles aurois pu faire, se contentant de la leur demander la première

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année et sachant leur volonté de ne leur rien donner, en demeurèrent là, mettant toute leur confiance et apuv au Seignr. qui prend' le soin de nourrir toutes ses créatures jusqu’aux moindres oiseaux de l’air.

Elles employèrent une petite partie de cette somme à se procurer un peu de linge, hardes et quelques petits meubles, mettant la plus grande partie à faire défricher la terre de St- Joseph, fee privant de tout ce qui n’étoit, point nécessaire absolument, se nourissant très pauvrement et se privant de toutes les douceurs l'es plus innocentes de la vie, pour mettre tout là, afin de se faire un petit fond pour l’advenir; c’est dont nous jouissons à présent mes Soeurs, avec contentement que nous devons regarder comme la sueur et le sang de nos premières mères à qui ces aquets ont tant cousté de peines et travaux.

Vers la fin de l’année 61, ( u ) ou au commencement de 62, Monsieur Vignar, leur confesseur, fut tué par les Yrocois à demie lieue de l’habitation en un lieu appelé l’isle à la pierre, afin d’en faire tirer d’une carrière qui est en ce lieu là pour bastir le séminaire dont il avoit été fait l’éconosme après la mort de Monsr. Lemaistre qui étoit passé avec luy de France en Canada et qui avoit eu soin de nos Soeurs sur la route jusqu’à Kébec que Mond. sieur Vignar leur fut donné en sa place par Monseigneur 1 ’évesque dePé+iée comme j ’ay déjà dit; lequel fut non seulement tué; mais ces malheureux firent rôtir ce qu’il avoit de chair en son corps, et la mangèrent • ce qui étoit, des circonstances très douloureuses pour tous ces amis, singulièrement pour ses Filles spirituelles qui en furent vivement touchées et affligées; ,où il me semble, mes Soeurs que vous ne serez pas fâchées que je vous dise ici en passant quelque chose à la louange de Monsieur Lemaître.

Dieu avoit donné à ce sien serviteur un zèle tout ex

u) Le 27 octobre 1661,

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traordinaire pour travailler au salut des sauvages du Canada. Pour cela il vouloit pousser sa mission jusque dans leur propre pays et ne point séjourner dans le Montréal comme font plusieurs de Messieurs ses confrères estant encore à Paris; et témoignant un jour à Monsieur l’abbé Ollier, son supérieur, ses sentiments sur cela, il luy dit par un esprit prophétique: “Allez, Monsieur, allez en Canada, travailler à la conversion des sauvages et ne vous mettez point en peine d’aller en leur pays, ils vous viendront bien chercher et vous vous trouverez un jour si entouré par eux que vous ne pourrez pas en eschaper. ” Ce qui est arrivé à la lettre; ce qu’il comprit autrement, lors, s’imaginant qu’il seroit un jour beaucoup recheréhjé par ces nations barbares ipour estre instruites des vérités die St. évangile ; ce 'qui le consola beaucoup, et luy fit entreprendre la mission du Canada, avec une consolation particulière.

Il fut bien étonné quand, après estre arrivé ici, on luy donna le soin de l’économie du séminaire, qu’il n’accepta que par obéissance. En cette qualité prit soin des travaillants. Or un jour, estant dans les déserts de St Gabriel, qui estois fort proches des bois, et, fredoches et par conséquent, exposés au coup de nos ennemis il tour noit autour de ses moissonneurs pour les garder d’estre surpris par eux, exposant sa vie pour conserver la leur, les Yroeois, oui étois là cachés en bon nombre s’approchant de luy à petit bruit, sans qu’il s’en aperçut, disant pour loi’s son bréviaire, ce qui l’obligoit d'avoir la vue basse, ils sortirent tous du bois et l’entourèrent effectivement, se mettant en cercle pour le prendre vivant ; car ils est ;i mois beaucoup tels prisonniers; mais les moissonneurs les ayant vus prirent leurs armes et coururent dessus pour défendre leur maistre mais estant peu en nombre, et les ennemis beaucoup, tout ce qu’ils purent faire fut de les empêcher de l’amener vivant. En effet l’ayant tué sur la

place ils lui coupèrent la teste et cela le :19e jour d aoust 61 que l’église fait la mémoire de la décolation de St. Jean, duquel il étoit fort dévot. Ils mirent sa teste dans un mouchoir blanc, qu 'auparavant ils avois pris en sa po che et l’emportèrent au pays, où il est arrivé une merveille qui mérite d’estre écrite ici, pour votre édification mes soeurs. C’est que la face de ce serviteur de Dieu et tous les traits de son visage demeurèrent empreints sur la toile de ce mouchoir en sorte que ceux qui avois eu le bien de le connaître pendant sa vie le reconnurent parfaitement et cela n’étoit point peint par son sang, qui naturellement devoit avoir taché ce linge; mais par une blancheur qui avoit du rapport à la cire la plus fine et belle ; ce qui ne peut pas estre arrivé naturellement. Quelques-uns de nos François qui estois leurs prisonniers dans cette nation disent l’avoir vu et un père jésuite, qui estoit parmy les ù rocois dans ce temps là, mais non dans la nation qui avoit tué ce St homme, m’a dit en avoir ouy parler comme d’une chose très vraie, quoy qu’il ne l’eut point vu, et que les sauvages se le disois les uns aux autres, comme étonnés de ce prodige; qu’ils reconuessois bien estre extraordinaire, et disois que cet homme étoit assurément un grand démon. Cela veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit et qu’ils conçurent de la crainte de cette image, disant qu’il se vengeroit et fer oit la guerre à leur nation' et qu’ils s’en défirent e* vendirent aux autres nations sauvages ou aux Anglois. A cause de cela, ce bon père adjousta: “j’ay fait mon possible pour l’avoir; mais je ne pus y réussir, ils se cachois de moy à cause que j’étois une robe noire comme luy. ” Je me suis un peu diverti de mon sujet.

Je reviens trouver nos chères Soeurs dans la douleur où elles étois de leur perte dans laquelle elles choisirent monsieur Souart pour directeur et confesseur; et quelques années après, monseigneur l’ésvesque y adjousta encore la

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qualité de supérieur aux précédentes. Elles firent un très bon choix et il s’aquitta dignement de tous ses employs, pendant 25 années qu’il a eu soin de cette maison, avec la charité et bonté d’un vray père. Je ne peux pas faire connaître ici tous les services qu’il eut à rendre mais seulement en général; qu’il prit en mains leur fait et cause auprès de Monseignr. l’évesque et de monsieur l’abbé de Quélus à qui il parla fortement pour faire consommer leur établlissement, leur alléguant la nécessité où elles estois de toutes choses et mesme de sujets pour former leur communauté, et les soulager dans le service des pauvres malades adjoutant qu’elles n’en recevrais aucun, qu’elles ne fussent établies dans les formes; que le nombre des malades croissoit ; que ces 3 filles étois surchargées de travaux ; qu ’ii estoit impossible de soutenir cette oeuvre dans l’état où il étoit et plusieurs autres fortes raisons que je serois trop longues à marquer ici. Mais les personnes de contraire sentiment ne paimrent point sortir du leur, dans ce moment luy disant pour toutes réponses que si les Filles de St- Joseph ne pouvois subsister en l’estât où elles étois, qu’elles pouvois s’unir aux Hospitalières de Kébec, ce qui luy fit connaître qu’il étoit inutile de pousser les choses plus loin, vu la disposition de ces Messieurs.

Monsieur de Chomedy disoit tout de mesme que monsieur Souart et quoy qu’il fut gouverneur et monsieur Souart fort considéré on ne fit aucune démarche advantageuse à nos Soeurs pour tout ce qu’ils purent dire à cause que l’heure et le moment marqué de Dieu n’étoit pas encore venu; ce qui leur fit prendre le parti du silence et de consoler et fortifier nos Soeurs dans l’estât de peines et souffrances où elles étois.

Monsr. Souart étoit un homme zélé de la gloire de Dieu, grand prédicateur, charitable envers les pauvres, particulièrement les malades, ayant obtenu de Rome la permission de les servir en qualité de médecin sans aucun inté-

rest ; faisant en outre beaucoup d’aumônes, n ayant pas plus grande joie que de donner et se dépouiller de tout, afin de mourir pauvre luy mesme ; ce qn ’il: estimoit une grande faveur de Notre Seigneur qui a accompli son souhait en cela. Monsr. Souart estant mort pauvre, après avoir tout donné son bien de patrimoine quoy qu’il passât la somme de quatre vingt mil livres: il n’a jamais voulu avoir de bénéfice ecclésiastique qui luy donnât des revenus crainte de n’en pas bien user, et de le donner à ses parents. Ce qu’il disoit estre contre les intentions de l’Eglise et la raison ; pourquoy il se défioit tant de luy mesme sur cet article, c’est qu’il étoit fort porté à leur faire du bien particulièrement à ceux qui en avois peu et qui avois inclination de venir s’établir dans le Canada il n’avoit rien de cher pour eux, et leur donnoit des sommes considérables pour aider à leur établissement, disant que c’étoit travailler pour la gloire de Dieu que d’habituer ce pays et augmenter une colonie qui a pour fin le salut des sauvages. Je ne dirai point ici le bien que ce grand serviteur de Notre Seigneur a fait à notre monastère, vous le remarquerez mes Soeurs dans la suite de cette histoire où j’aurai bien des occasions de parler de luy pour le spirituel par sa bonne conduite et direction- et le temporel comme vous verrez ci-après; estant fort zélé à leur procurer du secours auprès de ceux qui les pou vois aider et leur donnant aussy luy mesme l’aumosne en certain cas, mais peu de chose à la fois.

Dans le mois d’aoust 1662 elles reçurent la 1ère professe de cette maison appelée Marie Morin, (y) C’étoit une jeune fille âgée seulement de 13 ans et demy qui leur fut envoyée de Kébec par Monseignr. de Pétrée qui n’avoit ni dot ni pension. Elles la reçurent avec beaucoup de bonté et luy marquèrent autant de joie de l’avoir, que si elle

v) Soeur Morin, l’auteur même des présentes Annales.

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leur eut apporté un million d’or. Elle attendit son âge pour prendre le saint habit, en servant les pauvres mala des de grande affection selon son petit pouvoir. Pendant ce temps elle eut deux grandes maladies qui la menèrent aux portes de la mort; ee qui ne refroidit point la charité de ces pxemières mères à son égard, quoy qu’elle leur fût fort à charge dans leur pauvreté. Elles luy firent tout le meilleur traitement qu’il leur fut possible, disant mesme quelques fois par une charité incomparable à cette fille pour luy adoucir les peines qu’elles en ressentoit que St- Joseph seroit son dot et luy tiendroit lieu de toutes choses, ce qui la consoloit aucunement sans pourtant luy citer la peine de charger une maison si pauvre où elle se l voyoit seule et sans aucune connaissance que de Madame Daillebout estant fillieule de Monsr. son époux ( w ) et qui pour cela lui fesoit beaucoup de caresse et sans presque d’espérances d’avoir des compagnes dans son estât, que de longtemps. Ce qui l’affiigeoit et luy donnoit bien des peines d’esprit. Le démon se servant de cela et de la tendresse qu’elle avoit pour ses parents afin de luy donner le désir ou plus tôt la tenter de retourner auprès d’eux, elle passa 2 ans et demy dans ce combat, n’osant se déterminer à sortir crainte d’estre infidèle à Dieu et se damner, retournant dans le monde. Son esprit étoit beaucoup travaillé et agité ne pouvant se résoudre absolument à demeurer ou à sortir.

Monsieur Souart l’encouragoit beaucoup à persévérer; et Monsr. Pérot (x) curé de Ville-Marie, prestre d’un mérite rare, qui étoit aussy du séminaire de St-Sulpice, en qui elle avoit confiance et qu’elle voyoit quelque fois, luy

w) Marie Morin fut baptisée à Québec le 19 mir.ï 1 G 19 M. dAillebout étant alors gouverneur.

x) Perot (Gilles ou Aegidius), prêtre de Saint-Sulpice, arriva en 1685, curé de Ville-Marie de 1678 à sa mort en 1680.

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dit un peu devant son noviciat expiré que si elle reculoit en arrière et ne prenoit l’habit de St- Joseph, qu’elle comettroit une infidélité capable de la retirer des voies de son salut. Ce qui luy fit grand peur et luy donna courage de surmonter ses répugnances. Elle avoit encore une 3e sorte de peines qui la jetoit dans le découragement. Voyant nos chères premières Soeurs si mortifiées et pénitentes, en un mot si advancées dans toutes les vertus qu 'elle voyoit bien qu’elle 11e leur seroit jamais semblable; ce qu’elle croyoit absolument, nécessaire dans sa complicité, dont M. Pérot la releva, luy disant que Notre Seigneur ne demandoit pas une mesme perfection de toutes les religieuses d’une communauté que celles-ci avoit des vertus éminentes comme devant servir d’exemple et modèle à toutes celles qui devois les suivre et que sa majesté n’en e«igeroit pas tant d’elle, ce qui luy releva le courage abbatu. L’amour qu’elle ressentoit pour ses parents et la peine de les avoir quittés étoit telle que le démon devoit s’en mesler pour la retirer du service de Dieu, avouant n’avoir jamais ressenti la moitié de ces tendresses pendant qu’elle étoit avec eux, quoy qu’elle en fut beaucoup chérie.

La soeur Morin ne fut pas plus tost résolue de ne point quitter le service, de Notre Seigneur que Monseigr. de Pétrée forma des obstacles à sa réception, luy qui l’avoit envoyée dans cette maison. Il fit réflexion que permettant aux Filles de St- Joseph de donner leur habit à cette fille c’étoit les établir tacitement et manquer à la parole qu’il avoit donnée à Monsr. l’abbé de Quélus de ne le point faire ; il manda ses sentiments sur cela à Mon sieur Souart à l’entrée de l’hiver qui ne manqua pas de le dire à nos Soeurs et à la Sr. Morin en particulier. Ils en furent tous bien mortifiés et s’attendois à un long retardement.

Elle avoit commencé son noviciat le jour de St Joseph à, cause qu’elle étoit née ce jour-là et que son âge

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s y trouvent accompli. Il est à creire que ce grand saint plaida auprès de Dieu son fait et cause de sorte que Monseigr. de Pétrée changea de sentiments sans en être prié de personne à cause qu’on croyoit inutile de luy en parler. Il écrivit à mon d. sieur Souart de donner l’habit à, la d. fille et d’en faire la cérémonie solennelle. Ce qu il avoit déjà refusé, disant que des voeux simples comme on les fesoit lors, se devois faire à porte close et non publiquement. On reçut cette lettre par un sauvage loup de, nation, qui fut fort longtemps par le chemin qui n’étoit pas sy irayé et facile qu’il l’est aujourd’huy, peu de jours avant la St- Joseph, à iquoyt on ne s’attendoit point. La pauvre soeur Morin en fut la plus joyeuse comme y estant plus intéressée et en remercia Dieu et St Joseph du meilleur de son coeur. On n'eut que le temps de préparer toutes choses pour la cérémonie qui fut autant solennelle que le temps et le lieu le permettoit. Ce

fut le jour de St-Joachim, (y) ne le pouvant le jour pro¬

pre de St- Joseph à cause que notre église servoit lors de paroisse qui en fesoit les testes très solennelles comme du patron et protecteur général de tout le Canada. Ce qui ne permettoit pas de faire telles cérémonies en ce grand jour. Or comme nos Soeurs n’avois point de voix pour chanter, elles prièrent les trois premières filles de la congrégation de le faire en leur place, savoir: la soeur Marguerite Bourgeois, la soeur Marie Raisin et la soeur Anne You qui firent tout de leur mieux et tinrent choeur à cette teste de la fille de St- Joseph, qui leur en sera rede¬

vable à toujours. Monsr. Souart y preseha avec beaucoup d éloquence à son ordinaire. Tous les amis de cette maison eurent de la joie de cette réception à cause qu’elle donnoit assurance de son établissement à Ville-Marie qui leur estoit disputé jusqu’alors avec apparence de fondement et bonnes raisons. Mais si après on ne leur en par-

y) Le 20 mars, lendemain de la Saint-Joseph.

la, plus de cette manière, seulemerft leur conseilloit-on de s’unir aux Hospitalières de Kébec afin de soutenir leur communauté et la mettre en crédit; leur faisant remarquer que tous les gens d’esprit et de science, savais bien qu’elles n’étois qu’en voeux simples et nullement religieux, que cela empescheroit lies filles de parents distingués de se donner à leur maison; et que quand elles le voudrois, leurs parents s’y opposerois et plus autres raisons de cette sorte.

Nos trois premières mères comme sages et prudentes jugèrent bien qu’il étoit 'à propos de produrer 1a. stabilité et les voeux solennels à leur maison, tout le plus tost qu’elles pouvois, connaissant déjà le caractère du Canada qu’il n’avoit pas d’estime pour les voeux dont on se pouvoit relever. Elles écrivirent a nos communautés de France leurs sentiments sur cela et la nécessité qu’il y a voit de donner la perfection à ce grand dessein sans quoy elles serois tout à fait inutiles dans le Canada. Elles leur représentèrent de plus que feu Monsieur de la üauversieie, leur premier père, étant mort dans ce désir après y a\ oii travaillé de tout son coeur, on ne pouvoit pas douter de la volonté de Dieu pour ce dessein; ce qui devoit faire surmonter tous les obstacles.

Celles qui étuis dans la mesme volonté de faire des voeux solennels les louèrent de leur zèle et leur promirent du secours aussy tost qu’elles serois en estât de le faire solidement en leur donnant des religieuses professes et les autres leur répondirent que si elles prévoyois ne pas recevoir les Filles en Canada! qu’elles leur enverrois des leurs ou bien qu’elles les recevrois a bras ouverts elles mesmes si elles voulois repasser en France.

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