CHAPITRE DIX-HUIT
Ce qui se passa en cette communauté de plus remarquable
depuis Vannée 63 jusqu’à 70.
Je voudrais bien mes chères Soeurs vous pouvoir faire connaître ce que nos premières mères souffrirent dans ces années: 1 — par lesf^nl rabiotions, 2 — par la peur des Iroquois, 3 — par la p auvr été, A~-par le délsy de la stabilité et profession des voeux solennels. Pour le premier on ne peut estre plus contredit dans leur établissement et par les premières personnes du Canada qui, ne pou vois pousser leur zèle plus loin sans violence tachois de les gagner par des promesses obligeantes et puis par des menaces de les renvoyer en France ou de les laisser mourir seules dans leur maison, sans former de communauté mesme après la réception de ma Sr. Morin qu’on disoit devoir mourir bien tost, estant impossible, ce qui leur sembloit, qu’une jeune fille pût vivre contente avec 3 vieilles. Tous ces discours n ’empeschèrent pas que Mademoiselle Catherine D-unis (z) ne se fit de la bande. Monsr. Denis, son père, qui estoit un des premiers de la ville de K.ébec, et qui mesme avoit tenu la place du gouverneur général en son absence, voyant le désir de sa fille de donnes; au service de Dieu en la personne des pauvres, malades et n’ayant pas le moyen de luy donner un auf^pour estre religieuse chez les Révérendes Mères Hospitalières de Kébec, où elle postuloit depuis plusideurs années, consentit
z) Catherine Denys, née à Tours, fille de Simon Denys de la Trinité, morte le 6 septembre 1730, à 90 ans, après 68 ans de vie religieuse.
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enfin qu’elle entrât dans notre communauté, sur 1 offre que luy fit monsieur Souart de la doter pour ici et non à Ké bec; ce qui engagea lad. damoiselle Le Monts, en la compagnie de feu monsieur Pérot, curé de Ville-Marie et de la Soeur Marie Raisin qui sortit du couvent des Révérendes Mères Ursulines, où elle avoit entré dans le désir de s’y( faire religieuse. Mais ayant connu que Dieu ne ly vouloit pas, elle montoit à Ville-Marie pour se réunir a ces Soeurs les congréganistes. Ils s’embarquèrent vers le 15 ou 16 du mois de novembre de l’année 1666, et arrivèrent ici le 20e aprÔs avoir bien souffert du froid. Mademoiselle Denis entra et fut reçue au noviciat le mesme jour avec un désir particulier de se consacrer et donner entièrement à Notre Seigneur. Monsr. Souart connaissoit son esprit si capable de résolution, qu’il ne douta jamais de -sa persévérence et l 'événement a fait connaître qu il ne se trompoit pas puis qu’elle fit profession des voeux simples dans l’attente des solennels qu’elle fit ensuite sans aucune répugnance; travaillant mesme autant qu'elle pouvoit auprès de ses amis pour en avancer le temps et a vescu avec édification dans la communauté où elle a presque toujours tenu les premières charges d’assistante maîtresse des novices et de dépositaire et comme elle est encore vivante je n’en dirai pas davantage crainte d’offenser sa modestie. Ma Sr. Morin eut une consolation particulière de cette compagne que le Seigneur lui donna tant pour ses bonnes qualités et ses vertus que parce qu’elles se connessois un peu estant du mesme lieu et d’un âg,e et humeur revenant au sien. Cela leur servit à toutes deux à attendre en paix et patience le temps ordonné par la Sainte Providence pour leur donner des Soeurs autant qu’elles en avois besoin pour le service des pauvres malades qui ne manquois pas pendant tout ce temps depuis l’année 1660 jusqu’à 66 que la guerre des Yrocois étoit la plus allumée. D’où vient que presque tous les mala-
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des estois blessés par eux à la teste par des playes considérables qui obligeois les Hospitalières à des veilles continuelles; ce oui étoit pénible à, un si petit nombre de religieuses, sans les travaux du jour dans les offices du ménage et à l’observance de la règle qui étoit gardée ponctuellement, et à la lettre. Mais quoy cpie cela fût pénible à la nature j’ose assurer que ce n’étoit rien ou peu de choses comparé à la peur continuelle où l’on étoit, d’estre pris par les Yrocois par les exemples qu’on avoit tous les jours de ces amis et voisins, qui passois par leurs mains et qui estois traités d’une manière si cruelle; dont les spectacles estois devant nos, yeux et cq qu’on 'savoit qu’ils font souffrir à ceux qu’ils menois au pays; les faisant brasier iout vifs à petit feu.
Tout cela imprimoit tant de frayeur de ces barbares que je vous assure mes Soeurs que nul ne le scait que ceux qui y ont passé. Pour moi, je croy que la mort aurait esté plus douce de beaucoup qu’une vie mélangée et traversée de tant d’alarmes et de compassion de nos pauvres frères qui estois si mal traités. Toutes les fois qu’on sonnoit le tocsin pour avertir les habitants de secourir ceux que les ennemis a vois attaqués et ceux qui estois en des lieux dangereux à travailler de s’en retirer. Ce qu’on fesoit aussy tost au signab de la cloche. Ma Sr. Maillet tomboit dès lors en faiblesse par l’excès de la peur et ma Sr. Macé demeurait sans paroles et dans un estât à faire pitié .tout le temps que durait l’alarme allant se cacher l’une et l’autre clans un coin du jubé devant le très St- Sacrement pour se préparer à la mort, ou dans leur cellule. Moy, qui savois le lieu de leur retraite, je les allois consoler aussy tost que j ’avois appris que les Yrocois s’étois retirés et qu’ils ne paressois plus. Ce qui leur redonnoit la vie. Ma Sr. de Bresolles est plus forte et constante dans sa peur qui ne l’empechoit pas de servir ses malades et secourir ceux qu’on apportoit blessés. Mais après
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de telles occurrences mesrae montoit avec moy au clocliei quand nous en avions le temps pour, y sonner le tocsin, afin de ne pas occuper un homme qui alloit courir Sus l’ennemy. En ce cas, de ce lieu eslevé, nous voyons quelquefois le combat qui étoit fort proche ce qui nous eau soit beaucoup de peur, et nous fesoit redescendre au plutost en tremblant craignant d’estre à son dernier jour. D’autres fois, quand les ennemis étois plus éloignés et nos gens les plus forts, y ’étoit un plaisir d’etetfie là monter voir tout le monde courrir au secours de leurs frères et exposer leur vie pour conserver la leur. Les femmes mes me comme dés amazones y courois armées comme les hommes. Je l’ai vu plusieurs fois. Messieurs les prestres ne manquois point d’y courir aussy un ou deux pour confesser les moribonds qui très souvent n’avois de vie que pour cela, et mouroife après l’avoir fait sur la place. Ce qu’on doibt compter pour un zèle excellent et une charité très sublime, exposant leur vie autant de fois qu’il étoit besoin sans prendre aucune arme pour se défendre. A quoy les autres ne manquois pas et estant fort bien garnis ayant chacun plusieurs coups a tirer et fort adroitement. Ce qui soit dit à la louange des premiers habitants du Montréal méritèrent par leur valeur dé passer tous unanimement pour bons soldats par les coups généreux qu’ils firent contre lds ennemis, qui de leur part leur en voulois aussy, plus qu’aux autres terres habitées du Canada, à cause, disent-ils, que celles^ leur appartient et que leurs anoestres y ont toujours demeuré comme en leur habitation de choix et d’élection. Ne croyez pas, mes Soeurs, que la crainte que nous avions d’estre prises ou tuées des Yrocois fut sanfe fondement ; car humainement parlant cela devoit arriver. Le Montréal n’estant pas comme il est aujourd’huy, car premièrement nous étions dans une méchante maison de bois fort facile à y mettre le feu, sans hommes à nous défendre que le valet de l’hospital,
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qui, quelquefois, u’auroit pu le faire. Et quand il l’auroit, pu, il n avoit point d'armes ni nous à luy donner. Mademoiselle Mance, qui étoit notre plus proche voisine, t toit a peu près aussy capable de défendre sa maison, que nous la nôtre, n’ayant que de’s filles à la servir et d’homme que son seul cuisinier, qui de mon temps, était un vieillaid, qui n auroit pas fait grand peur aux Yroquois, s’ils nous avois attaqués. Je ne scay mesme pas s’il auroit pu tirer un coup de fusil adroit. —De plus, il a été avéré par plusieurs que des ù rocois ont couché dans la cour et proche les fenestre’s de la maison de Mademoiselle Mance qui touchoit à la nôtre d’un bout, qui, à la vérité, étoit de pierre, mais qui auroit bruslé avec la n-tre si on y avoit mis le feu. Ils couchèrent aussy dans la nôtre et dans celle des congréganistees daris de grandes herbes appelées moutardes, où ils étois tous cachés, sans qu’on les put voir. Ils ont dit depuis que leur dessein étoit de prendre ceux qui aurois sorty la, nuit pour (quelque nécessité. Notre Seigneur leur ostant la connaissance du mal qu’ils nous aurois pu faire par bien d’autres endroits. Je scay aussy que nous sortions la nuit assez souvent pour le service de nos malades et qu’il leur étoit fort aisé de nous prendre si Dieu leur avoit permis. Mais très assurément sa providence nous gardoit et sa puissance nous défendoit contre nos ennemis. Monsieur de Chomedy qui étoit gouverneur du Montréal, quoy que notre amy, avoit la dévotion de mettre dans notre hospital les prisonniers Irocoîs qui étois blessés pour les guérir, quelques-uns desquels n’étois pas si malades qu’ils n’eusbent tué et égorgé les Hospitalières sans qu’on l’eut pu apprendre qu 'après que le mal auroit esté sans remèdes. Quelques fois il mettoit un soldat en sentinelle pour les garder tant la nuit que le jour mais le plus souvent il n’en mettoit point, et puis un homme n’étoit pas Capable de résister à 3 ou 4 de ccd mâtins qui sont grands et forts comme des turcs.
Je suis témoin qu’un jour un d’eux voulut et tâcha d’étouffer ma, Sr. de Bresolles entre une porte et une armoire où elle étoit si pressée qu’elle en perdit la respiration et cela en plein jour. Ce qui marquoit une grande hardiesse. Je connus son dessein en passant par là par hasard, car c’étoit un lieu assez secret et courts promptement appeler les malades à son secours. Plusieurs desquels se jetèrent du lit et coururent de tout leur’ coeur 'secourir leur chère Mère, pour laquelle conserver ils aurois donné leur vie. Ils battirent monsr. 1 Y rocois et lui en donnèrent en riant autant qu’il en put porter; luy de sa part adret et rusé dit pour excuse qu'il ne pansoit pas à taire du mal à celle qui luy fesoit mil biens; qui luy pansoit ses playes qui lui donnois des médecines pour le guérir qui fesoit son lit afin qu il dormît à son aise et luy cûonnoit tous les soirs de bonne sagainité et blédindes à mangei avec du lait. Prenant aussy en riant les coups qu’on luy avoit donnés, durant qu’il vouioit seulement luy faire peur de l’Iroquois, mais qu’il convenait avoir tort. Il en fut quitte pour cela, et demeura comme auparavant. Il est vrai qu’eux et généralement tous les sauvages avois une estime et vénération pour elle toutes singulièrement. Ils la nommèrent d’un nom 'sauvage qui veut dire : le soleil qui luit, à cause disoit- ils qu elle redonnoit la vie aux malades par ses soins et ses médecines comme le soleil la donne aux plantes de la terre.
Et quand ils voulois me flatter ils me disois tu ressembleras un jour à la mère, me croyant sa fille, à cause que j’étois presque toujours sa compagne dans l’office d’hospitalière et de la potiquèrie il m’en disois autant à l’égard de ma Sr. Maillet, les voyant âgées et moy jeune; et n’estant pas instruits lors comme ils le sont à présent que les Religieuses n’ont point d’enfants, ce qui nous fournissoit matière de récréation.
Parmy toutes les caresses des ïrocois prisonniers dans
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notre hospital leur nation 11e laissa pas de faire coup à St Joseph qui ne fesoit que commencer à s’établir, Et de quatre travaillants que nous y avions ils en prirent deux en vie et tuerent un sur la place et blessèrent l’autre à mort et cela dans le désert qui étoit encore bien petit et tout proche de la cabane, où étoit le bon homme Joinneau, dont j ay parlé ci-devant, qui apprêtoit le cliner, comme maistre de la maison, qui eut la présence d’esprit de ne point sortir dehors. Mais au contraire ferma sa porte et se mit en devoir de se défendre, montrant les armes aux ennemis qui n’osèrent l’attaquer par un effet de la protection de Dieu toute pure.
Quand on vint sonper le tocsin et qu’on dit que les ennemis étois à St-Josepb, je 11’eus point d’envie de monter au clocher. Dieu seul sait les convulsions intérieures que souffrirent nos chères mères, surtout ma Sr. Macé, qui estant danjs l’office d’éconosme ressentoit encore, plus la peine de ces pauvres gens. On dit d’abord que tous étois pris et tués et la maisçn pillée. La mort du. bon homme Joinneau et celle d’un nommé (a) les touchoit plus que tout le reste. Le premier par devoir de reconnaissance du bien qu’il leur avoit déjà fait et qu’il leur pouvoit faire encore en prenant soin de leurs travaux et le segond pour sa vertu et ses bonnes qualités. Connaissant ses parents en France qui le leur avois donné par confiances, et beaucoup recommandés.
Joinneau vint luy mejsme apporter la nouvelle qu’il n’étoit ni pris ni tué comme on l’a voit dit et que la maison étoit encore en son entier. Les ennemis n’y ayant point entré. Il sortit de dedans à la faveur de ceux qui étois courrus au secours dont la vue avoit fait retirer l’ennemi. On remercia Dieu tous ensemble de ce que le ma: n’étoit pas si grand qu’on l’avoit cru et après plusieurs larmes
a) parait être Charlebois ou Charles le,,., ou.
de compassion et tendresse sur les prisonniers captifs et suites morts, Joinneau redemanda d’autres travailleurs pour retourner avec luy à St-Joseph, ne perdant point courage pour cette perte et. le péril où il s ’étoit vu de perdre la vie. On hésita si on luy en redonneroit. Pour première raison, la pauvreté n’ayant point de quoy fournir à la dépense, la perte qu’elles avois faite en ceux qu elles venois de perdre qui estois payés, au moirjs 3, pour un temps considérable. Ce qui étoit perdu pour elles ; ces gens n ayant rien laissé de quoy payer leurs dettes; et en segond lieu, si on pouvoit en conscience exposer la vie des hommejs en lieu si périlleux et plus éloigné de secours. Tout examiné et consenti, les sages furent d’avis qu’on y mît 4 autres hommes tout au plus tost et de se tenir mieux sur leurs gardes. Ce qu’elles exécutèrent incessamment et firent si bien par leurs ménagements et les soins du donné ei-dessus, nommé Joinneau, qu’elles .se firent un petit ménage qui commença à leur aider à vivre après que pendant 4 à 5 ans elles, y mirent tout ce qu’elles pouvois posséder par les biensfaits et libéralités de leurs amis comme Mr. Macé et Mr. le Baron die Fancamp qui chaque année leur envoyait l’un ou l’autre quatre à cinq cents livres.
J’ai déjà dit ci-devant comme elles perdirent leur fou dation la première année de leur arrivée en Canada qu1 leur devoit donner mil livres die rentes et que nos Srs de La Flèche refusèrent de payer les 150 livres de pensionà quoy elles s’étois obligées par le contrat d’établissement sails que elles les pressassent d’v satisfaire ni se plaignissent d’une conduite si rude à leur égard de vous avoue, mes soeurs, que je ne pensois jamais à cet article que je ne sois charmée de la vertu avec laquelle elles agirent en cette occurrence, qui me paroit héroïque, moi qui iscais ce qu’elles souffrois par la pauvreté. Premièrement elles mangeois du pain de ménage comme leurs travaillants et domestiques, ne mangeois qu’une fois du lard! une fois par
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jour, et mesme une fois eu deux jours, afin de leur garder; vivant plus de légumes et lier hep d’un petit jardin qu’elles eultivois de leurs mains que d’autres choses pendant, l’été; avec quelque peu de lait caillé, bien écresmé. On ne sa voit ce que e’étoit de manger du boeuf qui valoit dix sous la livre. Les malades mesme n’en avois pas que ioit 1 arement. M. bouart et Mademoiselle Mance leur faisois présent de quelques poissons mais rarement c’étoit de grands festin's que ces repas, et quand on servoit des oeufs ou de la bouillie je peux vous assurer, mes Soeurs, que j ’ay esté au moins dix ans dans cette maison sans y avoir vu servir aucun fruit au réfectoire que, des prunes (sauvages, une fois ou deux l’année, jusqu’à ce que nous eussions de ces fruitiers et si méchantes qu’on ne voudroit pas les ramasser de terre aujourd’lmy. JamaiV; de fraises, framboises neuves qui sont devenues si communes depuis et qui pour lors étois très rares à cause que les désert étois encore petits et ou’on ne pouvait les eeuillir sans risquer sa vie. Aussy ne servoit-on point de dessert; toujours un potage et une petite portion à diner. Au souper, la portion et du lait caillé ou de la citrouille ce qui passoit pour régal. Pour l’hiver tous nos repas étois composés d’un petit morceau dp lard, non tous les jours, de la citrouille en plusieurs sauces, racines, des pois, dtes fèves, du poisson salé; anguille et esturgeon les jours maigres et de caresme en fort petite quantité. -Te me souviens encore des soins que nos chères Mères prenois de bien partager et égaliser quelque portion quand elles aurois esté prises au trébuchet, quoy que ce pût c/stre gras ou maigre, aprestées dans la dernière propreté et pauvreté, pour les sauces toujo irs du (mot effacé) court.
Je dloit aussy dire qu’on ne parloit jamais du manger à moins qu’on ait esté fort dégousté et nue celle qui se seroit donné la liberté de dire ce qu’elle avoit trouvé à son goust, ou pas bien aprdsté, était, corrigée exactement eom-
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me d’une faute grave; mesme la malade, q u.rnl elle le disoit à d’autres qu’à la supre, ou à l’infirmiere On ne buvoit jamais que de l’eau tout comme elle vient du puits, tant l’hiver que l’esté. Je dois dire encore que je n’ai jamais vu manger hors du réfectoire, ni lds malades hors l’inlrmerie. C’étoit une loi insurmontable quelques festes ou réjouissances qu’il y eût dans la communauté. Pour la pauvreté dans les habits elle etoit pratiquée si rigoureusement et portons leurs habits si rapiécées, mesme la coiffe de tafetas qu’on portoit lors, qu’à peine y reeonnoit-on la première estoffe. A ce propos, je vous dirai un trait de récréation que lit un jour Monsieur de Maisonneuve, gouverneur de Ville Marie, lequel estant venu a 1 hospital, fit appeler la soeur Maillet, la pria de détrousser sa robe et di’oster la coiffe qu’elle avoit (sur la teste et d’emprunter celles d’une de ses soeurs. Puis visitant l’un et l’autre fort exactement la tournant de tous les côtés d un grand sérieux comme s’il avoit voulu en tirer un patron, et demande ensuite à Madame Daillebout, qui étoit présente et à quelques autres personnel*, quelle estoit la première estoffe de la robe et du tablier, et si la, coiffe avoit esté faite de taffetas neuf, chacun dit qu’on n’en vouloit ni pouvoit pas juger en sûreté, à cause de la quantité de pièces qui estois d’étamines et de camelot la plus grande partie en la coiffe des restes des habits de la dite dame et de Madelle Mance, et de mesme de la robe et du tablier, ensuite se donnant du jeu il rit pendant un quart d’heure sans cesse. Et pour la chaussure, le linge, le lit les meubles tout étoit apparé des atours et ornements de Madame pauvreté qui aussy étoit aymée et chérie de nos Soeurs, plus que toutes les commodités du monde. Je le dirai sans craintes de mensonges étant témoin des sentiments de leur coeur sur cela.