‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 29 sur 43 · CHAPITRE VINGT-CINQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-CINQ

La famille et l’enfance de ma soeur Bresolles

Monsieur son père demeurait dans la ville Blois et y tenait un rang considérable, puisque son frère naturel en étoit gouverneur, qui s’appellait Mjonsr delà Basme. Cette petite tille fut fort chérie de ces parents dès son enfance, à cause des bonnes inclinations qu’ils remarquaient en elles, de sorte qu’elle fut aimée d’eux plus qu’aucun de ses frères et soeurs. Madame sa mère allait assez souvent se promener à ces maisons de campagne ; quand la petite Judith eut atteint l’âge de 5 à 6 ans, elle la menait avec elle par une tendresse particulière pour ce précieux enfant, ce' qui favorisait bien ses inclinations ; aussy tost qu 'elle étoit arrivée, elle se dérobait pour aller chercher les enfants des daussiers et autres petits pauvres à qui elle fesait part de tout ce qu’elle avait apporté et leur faisait mille caresses; elle demandait à madame sa mère de quoy faire manger ceux qui avaient faim; elle n’avait point de plus grand plaisir qu’en leur compagnie, elle pleurait amèrement quand on leur retirait. Quand elle fut un peu plus âgée, elle leur apprenait à prier Dieu et le catéchisme en sorte qu’ils venaient à troupes du voisinage l’entendre parler; quand elle étoit malade, ce qui arrivait souvent, elle demandait permission d’aller se guérir à la campagne, disant que l’air de la ville lui faisait mal. Madame sa mère pleine de tendresse et d’estime p*'i:r sa fille, luv permettait et luy donnait une autre fille pour avoir soin d’elle et l’accompagner partout où elle voudrait aller, se confiant entièrement en sa sagesse et modestie. Aussy ne visitait-elle que les pauvres villageois, particulièrement ceux qui estois

malades et ne se servit jamais de la liberté qu’on luy donnait pour autre sujet que celuy que sa piété et charité luy inspirait. Quand elle eut atteint l’âge de 14 à 15 ans elle apprit à soigner et à composer des remèdes pour soulager ces pauvres abandonnées dans leur maladie et faisait envers eux l’office de médecin charitable et d’infirmièrie vigilante tout à la fois et s’aimait tellement auprès d’eux qu’on avait peine à l’en retirer, ce qui obligea madame de Bresolles de s’en plaindre un jour au li. père directeur, son confesseur, qui reprit la demoiselle et luy fit connestrc que cette bonne dame ayant tant de complaisances pour (die, de luy permettre de donner tout son temps et son divertissement en faveur des pauvres, qu’elle devait aussy user de retour et pour cela, ne le faire qu’en la manière qu’elle voudrait, ce que la fidèle disciple pratiqua après très exactement. Ce qui la gesnait beaucoup, et rendit ses promenades à la campagne moins fréquentes et l 'engagea d’aller dans l’hospital de la ville les servir plus souvent, ce qu’elle fit pendant plusieurs années, disant a messieurs ses parents qu’elle voulait estre hospitalière mais ils n’y voulois point entendre, luy donnant le choix de tous les autres couvents, pourvu qu’elle n’v entrât qu 'après la mort de ses père et mère, ce qu’elle ne promit point,

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