‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 30 sur 43 · CHAPITRE VINGT-SIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SIX

hile presse Messieurs ses parents de la laisser entrer en Religion; ils lu y refusent ; elle s’enfuit de leur maison.

Mademoiselle de Bresolles, étant déterminée de se donner a Dieu, pressa messieurs ses parents de luy permettre d’entrer en religion chez des hospitalières qui estois un peu éloignées de la ville de Blois. L’hôpital qui étoit dedans étoit pour lors desservi par des filles séculières de la charité. Mais M. son père la refusa, mesme avec indignation, luy disant qu’il ne pouvait comprendre la cause de l’empressement qu elle paraissait avoir de se retirer d’auprès de luy, luy demandant qu’est-ce qu’elle voyait en sa maison qui la pût empescher d’y servir Dieu, l’assurant qu’il luy donneroit toute la liberté qu’elle pouvait souhaiter pour cela, et sa mère de mesnie. Que se seroit leur plus grande consolation; la pressant par des caresses de luy promettre qu’elle n’en parleront plus attendant après leur mort à quitter sa maison, et se mettre au couvent mais elle persista avec fermeté de luy dire qu’elle ne pouvoit pas attendre si longtemps; que c’étoit un vray martyre pour elle de vivre dans le monde et le converser. Tous ces sentiments si justes et accompagnés de beaucoup de larmes, ne changea point ceux de Sir et de Madame de Bresolles, qui estois fermes comme des rochers, et n’accordèrent rien à leur chère fille; ce qui l 'affligea fort.

Elle eut la pensée de se jeter dans le couvent des carmélites de Blois; mais son confesseur s’y opposa, disant que ce n’étoit point là où Dieu la demandait, veu son peu de santé corporelle. Tant d’oppositions affligèrent beaucoup la postulante et luy causèrent une tristesse qui paraissait à

tout le monde, particulièrement à ses parents qui connurent par là que leur chère tille désiroit de tout son coeur de quitter le monde, qui luy estoit bien à charge; et la voulant un peu consoler, luy offrirent d’aller demeurer chez les Rdes mères de la Visitation Ste Marie, ce qu’elle accepta volontiers pour charmer ses ennuis, et consulter plus solidement dans cette retraite les desseins de Dieu sur elle, et les mettre à exécution avec son aide et son secours, sentant bien ce n’était pas là le lieu où il la destinoit.

Je n’ai pas su, au juste, le temps qu’elle demeura dans ce monastère- mais je scay bien qu’il ne passa pas une année et qu’elle en sortit déterminée de s’enfuir en quelque endroit, où elle ne fut pas connue afin d’accomplir son désir de se consacrer à Dieu; mais son confesseur la remettoit toujours d’un temps à un autre, ce qui luy fesoit bien répandre des larmes. Enfin il luy dit un jour, que l'heure étoit venue et qu’elle pouvoit sortir de la maison de son père et qu elle luy fit connaître où elle vouloit aller. Ils conclurent ensemble, que la maison des hospitalières de St-Joseph de la ville de La Flèche en Anjou luy eonviendroit bien pour n’y estre pas connue; ce qu’elle accepta dans le moment avec grande joie et consolation intérieure.

Ils prirent aussy tost les dimensions de la route, et chemin qu’il falloit prendre et où elle devoit s’arrêter pour y passer la nuit. Ce R. Père luy donna des lettres de recommandation en chacun de ces lieux : une pour la supérieure de la maison où elle vouloit entrer, et une à un des R. R. pères Jésuites du collège de la ville de La Flèche afin de luy en faciliter 1 ’enf rée sans estre connue pour ce qu’elle estoit.

Je reviens à Blois où étoit encore notre chère fugitive, qui préparent toutes choses à son dessein dans un grand silence. Son seul confesseur, savoit les sentiments de son coeur. Elle s’assura d’un homme de confiance, qui eût la sagesse et la discrétion requises pour 1 ’ accompagner et avoir soin de son cheval et garder le secret nécessaire à cette entreprise.

Mémoires de Sœur Morin

l±!lle se saisit, dès le soir précédent des clefs de la maison de Monsieur son père, fit un petit paquet de linges pour 1 emporter, ramassa ses habits et résolut de s’en vestir plusieurs 1 un sur 1 autre ; ce qu 'elle fit de grand matin pendant que son homme alla, prendre nn cheval dans l’écurie avec son harnais* sortit de la coui' avant que personne fût réveillé à la faveur des clefs que la fugitive luy donna avec son petit paquet de linges, et la fut attendre à la porte de la ville tout opposée au chemin qu’elle voulet prendre. Elle sortit de sa maison un moment après, laissa les clefs aux portes et marcha courageusement à pied tout le long de la rue qui la menoit audit lieu, où estant arrivée, elle monta à cheval et se mit en chemin pour arriver au lieu où elle vouloit se rendre pour l’accomplissement des desseins de Dieu sur elle, et y mener une vie toute morte au monde et cachée en Dieu; pendant toute la route son âme regorgeoit des consolations intérieures toutes divines, voyant ses désirs s’accomplir si heureusement. 11 ne luy arriva rien de fâcheux. Elle arriva chaque soir au lieu qu’on luy avait marqué pour coucher. Madame de Fontcrevault la logea une nuit dans son abbaye avec bien de la bonté et honnesteté ; elle en partit de grand matin comme des autres gîtes, afin de se rendre incessamment au lieu tant désiré, qu’elle regardoit comme les Israélites fesois la terre de promission.

Je ne me souviens pas comment elle- fut de jours à se rendre à La Flèche, mais je scay bien qu 'aussi tost qu’elle v fut arrivée, dans la crainte d’estre connue, alla trouver le R. père Jésuite, à qui son confesseur l’avoit adressée. Lequel la mesna aussy tost à la supérieure des hospitalières de La Flèche à qui il donna la lettre que ce R. père luy écrivoit.

Il me seroit difficile défaire connaître ici la surprise qui saisit cette bonne mère, voyant la proposition qu’on luy fesoit de prendre une fille- la mettre au noviciat, qui luy estoit. si inconnue, qu’elle ne savoit pas mesme son nom ni ses pa-

Annales de l’Hôtel'Dieu

rents; qui ne promettoit rien pour le temporel, et seulement un grand désir de servir Dieu; s’offrant, d estre la deinièie te la servante des autres Soeurs. Ces dispositions la chai mois et luy a gagné le coeur. D’ailleurs la lettre du confesseur disoit qu’elle appartenoit à des personnes riches mais qui, pour le présent, il n’y avait rien à espérer, à cause qu’elle avoit quitté ses père et mère malgré eux; qui ne savois pas mesme où elle estoit, dont ils étois affligés à l’excès, et qu’il n’étoit pas à propos qu ils le sussent du tout.

Toutes ces circonstances si extraordinaires emharassois notre bonne mère de La Ferre. Cependant elle fut poux elh, connaissant bien par la conduite que Dieu tenoit sur cette fille si particulière, qu’il la destinoit à de grandes choses pour la vertu

Page 1