‹ Annales de l'Institut colonial de MarseilleChapitre 74 sur 211 · CINQUANTE-CINQUIÈME FAMILLE, — POLYGONÉES · texte numérisé non relu

CINQUANTE-CINQUIÈME FAMILLE, — POLYGONÉES

Polygonum L.. {du grec « polu », beaucoup, et « gonos », nœud, genou, à cause des nœuds enflés des tiges et leur ressemblance avec un genou.)

P. acre Kth.; Renouée, à saveur âcre. Vulgo : Piment-vache. — Herbacé, vivace, à tige couchée, rampante, ensuite ascendante, à nœuds fortement renflés. Feuilles lancéolées, acuminées, entières, munies, sur les bords, de cils courts, fins et très rapprochés; face inférieure du limbe pourvue de points transparents; pétiole court, très élargi à la base, nœuds des aisselles

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entourés d'une gaine frangée de longs cils poilus, tubuleuse, membraneuse, caduque, très brune. Fleurs à pétales, blanches ou plus ou moins rosées, en racèmes allongés, penchés, assez souvent branchus à la base; pédicelles articulés, d’abord très courts, ensuite plus longs; calice 5-partite, pourvu de petites glandes; étamines 8; ovaire simple, umiovulé; styles 3. Akène trigone, luisant, lisse. — Herbe très âcre et brûlante, qu'aucun animal ne mange. Dans le pays, on la met dans les nids des poules couveuses pour les préserver des parasites. — Vit en société dans les endroits aquatiques, le long de ruisseaux et sur les bords des étangs : Basse-Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob, Le Baillif, Pointe-Noire, ete. Alt, 0-700 mèt. ! N° 2178.

Marmimique. Vulgo : Herbe-piment. — Abondant dans les savanes du Lamentin et du Ducos, etc. [N° 1209.]

P. acuminalum Kth.; Renouée à feuilles terminées en longue pointe. Vulgo : Piment-vache. — Ressemble au précédent; il en diffère : par ses feuilles, plus acuminées et plus larges; par les gaines, plus longues, frangées de cils très longs, strigilleux et fortement appliqués contre la tige; par les racèmes, dressés, à fleurs plus serrées et plus larges; par le calice dépourvu de points transparents; étamines 6; styles 2. Akène plus large et biconvexe. — Mêmes localités et tout aussi abondant que P. acre. [N° 3533.

MarnniQue. Vulgo : Herbe-piment, herbe-piment-vache. — Endroits aquatiques de la Rivière-Salée et du Saint-Esprit. [N° 3095.]

Coccoloba Jacq. (du grec « kokkos », graine, baie, et « lobos », lobe, parce que le fruit est trigone et se termine par plusieurs lobes.)

C. uvifera Jacq.; Coccoloba portant des raisins. Vulgo : Raisinier bord-demer. Sl., t. 220, f. 3-5; Desc., vol. I, t. 77, p. 31. — Arbre de taille moyenne, plus rarement grand arbre, à racines tortueuses, traçantes, chevelues, à tronc tortueux, noueux, à branches le plus souvent horizontales, à écorce grise ou blanche, se détachant par plaques. Feuilles alternes, cartilagineuses, cordiformes-orbiculaires, le plus souvent plus larges que longues, glabres, polies, d'un vert clair, côte et nervures rouges; pétiole court, rougeàtre, pubescent, inséré sur le dos ou près de la base d’une gaine fendue, souvent bilobée, coriace, noirâtre, non appliquée contre la branche et laissant, après la chute, des cicatrices annulaires et brunes. Fleurs d'un blanc mat, d’une odeur suave, en grappes terminales, spiciformes, souvent très allongées, dressées, toujours penchées, quand elles sont chargées de fruits ; calice 5-partite, devenant charnu et formant une seule masse avec le fruit ; étamines 8; styles 3; pédicelles courts, rougeûtres, articulés au-dessus du milieu. Fruit pulpeux, de la grosseur d'un raisin, de couleur pourpre, d'une saveur légèrement aigrelette et agréable; semence ovale-trigone, noire, luisante, polie, renfermant une amande amère et blanche. — Le bois, au centre duquel se trouve une moelle rouge, est dur et incorruptible : on l'emploie

pour les constructions sous terre et aussi pour le charronnage, plus rarement pour la menuiserie !. On ramasse les fruits pour les vendre au marché. Dans le pays on emploie le rob des raisins contre la dysenterie, la décoction des racines et de la tige contre la diarrhée. — FI. en avril, mai; fruits mûrs en juillet, août. — Sur les vieilles souches on trouve une espèce de champignon blanc, qu'on peut manger. — Abondant dans les sables et sur les rochers du littoral de toute l’île, quelquefois aussi un peu dans l’intérieur. [N° 2183.]

MarniiQue. Vulgo : Raisin bord-de-mer. — Abondant sur les plages sablonneuses et rocailleuses. [N° 1742 à.]

Sur la plage du Diamant, du Macouba (Vauclin) et à l'Anse-Raisinier (Trinité), on trouve une variété à feuilles plus petites, à fruits blancs, plus ronds et plus petits. [N° 1472 b.!

G. pubescens L.; Coccoloba à feuilles pubescentes. Vulgo : Raisinier grande-feuille. — Petit arbre (dans nos deux Colonies), droit, habituellement peu branchu et peu ramifié, à écorce brune, assez fortement crevassée. Feuilles très amples, mesurant jusqu’à 45 cm. de large, toujours plus larges que longues, orbiculaires, entières, échancrées en cœur à la base, très coriaces, d’un vert très pâle, à côte, nervures et nervilles très saillantes en dessous et couleur de rouille; gaine large, chargée de poils roux qui, dans les jeunes branches, deviennent très longs. Fleurs blanchâtres, petites, portées sur des pédicelles réunis par 2-4, et disposées en grappes simples et allongées. Fruit ovoïde, noirâtre à la maturité, plus gros que dans le précédent. — Le bois est dur, pesant et incorruptible, d’un rouge foncé : on l’emploie avantageusement pour les constructions dans la terre, dans l’eau; dans les endroits argileux, la partie enfoncée dans la terre devient dure comme la pierre. — FI. en septembre et octobre, et souvent aussi en mai et juin. — Assez abondant dans les hauteurs pierreuses et sèches du Vieux-Fort, sur le plateau calcaire de la Désirade, sur le bord de mer du Gozier, etc. IN 2193, 3399.

Marnnique. Vulgo : Bois grande-feuille. — Abondant dans les hauteurs

pierreuses de Case-Pilote; plus abondant encore sur le plateau des Trois- Jets, etc. [N° 1793.]

C. barbadensis Jacq., GC. diversifolia Jacq.; Coccoloba de la Barbade. Vulgo : Bois rouge. — Arbre élégant, le plus souvent d'assez grande taille, anfractueux à la base, à rameaux grisâtres et souvent pendants, à ramuscules striés, à écorce peu fendillée. Feuilles rigides, très glabres, de forme variable, généralement ovées, terminées en pointe plus ou moins obtuse,

1. Le bois donne par décoction dans l’eau un extrait rouge brun qui constitue un des kinos appréciés dans le commerce, où il est désigné sous les noms de kino de la Jamaïque ou des Indes Occidentales. Il est probable que les espèces suivantes jouissent des mêmes propriétés. (E. H.)

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arrondies à la base ou cunéiformes, à nervures plus saillantes en dessous qu'en dessus, à nervilles finement réticulées; pétiole court, cannelé en dessus. Fleurs blanches, en grappes spéciformes, terminales, plus longues que les feuilles, d'abord droites ensuite plus ou moins penchées; pédicelles très courts, aussi longs que les fleurs, articulés au sommet, solitaires, entourés, à la base, d'une bractée circulaire; gaine petite, membraneuse. Fruit ové, très vert à la maturité, poli, luisant, finement strié, surmonté d'une pointe qu'entourent et dépassent les 5 lobes du calice. — On peut le manger; les oiseaux et les rats en sont avides. Le bois est dur, rouge en dedans et se fend facilement : on le recherche pour la charpente et la construction à l'extérieur. Dans le pays, on emploie l'écorce séchée, réduite en poudre et conservée dans le tafia, comme un excellent remède contre les rhumatismes. — Abondant dans les bois montueux et secs : Houëlmont, bois de Bisdary, de Gourbeyre (mornes Dos-d'Ane et Goblin), Vieux-Habitants, Pigeon, etc. AlL.

MarmniQue. Vulgo : Bois rouge. — Abondant. Bois-de-la-Régale, hauteur du Diamant et des Trois-Ilets, etc. [N°5 37, 248.1

C. Dussu Kr. et Urb. Vulgo : Raisinier marron, raisin marron (au Camp- Jacob), Jaquot brulot (à la Ravine-Chaude). — Forte liane, pouvant s'élever à plus de 15 mèt. de haut, à tige cylindrique-anguleuse, ruguleuse, noirâtre, d’un diamètre de 6-9 cm., nue dans le bas, à branches flexibles, allongées, très enchevêtrées, presque toujours pendantes, à Jeunes rameaux noirs. Feuilles longues, de 12-17 em. sur 8-10 cm. de large, très coriaces, ovaleselliptiques, arrondies ou subcordées à la base, obtusément pointues au sommet, à côte, nervures et nervilles imprimées en dessus, carénées, très saillantes et roussâtres en dessous, nervures secondaires 7-9 paires alternes, reliées sur les bords par des arcs; pétioles le plus souvent tordus, souvent contournés, rarement droits, subcylindriques, cannelés en dessus, ruguleux, longs de 12-15 mm., insérés à la base de l’ochréa qui est fendue jusqu'à la base, à 2-3 lobes inégaux, longs‘de 3-6 mm. Fleurs blanches, d’une odeur suave, mais forte, en grappes allongées, spiciformes, terminales, souvent plus courtes que les feuilles; pédoncules comprimés, noirs, scabres, munis à la base de 2-5 bractées imbriquées, alternes, couleur de rouille, tubuleuses à la base : les inférieures, plus courtes; les supérieures, successivement plus grandes, pointues et fendues; pédicelles réunis par 2-3, noirs, longs de 3, 5 mm., articulés et renflés au sommet, articulés à la base, au niveau d’une protubérance entourée de bractéoles; tube du calice campanulé, à lobes ovales-arrondis; étamines aussi longues que les lobes. Fruit pulpeux, noir foncé à la maturité, luisant, long de 20-26 mm., ovoïde, rétréci vers le sommet que termine une pointe formée par les lobes charnus du calice, brusquement rétréci à la base, cylindrique et court; semence ovoïde, à peine trigone, noire et très polie. — Les fruits sont bons à manger; les oiseaux et

les rats en sont friands. — FI. en juin et juillet; fruits mûrs en décembre et janvier. — Çà et là dans les bois des Bains-Jaunes, de Gourbeyre (mornes Goblin et Dos-d'Ane); plus abondant dans les bois de la Ravine-Chaude et de la Pointe-Noire. Alt. 250-600 mèt. [N° 3430.

Il n'existe pas à la Martinique.

G. ascendens Duss.; Coccoloba ascendant. Vulgo : Raisinier-grand-bois, liane tordue, — Puissante liane, montant à une grande hauteur, quand elle trouve un appui, ou petit arbre à branches pendantes, allongées, à écorce grise presque lisse. Feuilles longues de 13-16 cm. sur 10-12 cm. de large, ovales ou légèrement obovales, arrondies où obtusément pointues ou subcordées à la base, arrondies au sommet, à 4-5 paires de nervures principales, à côte et nervures rouges, saillantes sur les deux faces, mais plus marquées en dessous; pétiole cannelé, souvent ruguleux et transversalement gercé ; ochrées fendues jusqu'à la base, acuminées, longues de 15-18 mm., glabres. Fleurs d'un blanc mat, en grappes nombreuses, terminales et axillaires, mais droites ou recourbées quand les rameaux avortent; pédoncules entourés, à la base, de plusieurs bractées membraneuses : les inférieures, courtes; les supérieures, successivement plus grandes; rachis strié-sillonné; pédicelles réunis par 2-4, délicats, cylindriques, longs de 3 mm. Fruit rouge vert avant d'être mûr, bleu foncé à la maturité, pulpeux, mangeable, long de 15-17 mm., de même forme que celui du précédent. — On emploie la décoction ou l'infusion de la racine comme dépurative dans les maladies vénériennes. Les tiges se fendent facilement : les pêcheurs s'en servent pour fabriquer des nasses, des paniers et pour empailler des dames-jeannes, ete. — FI. en mars et avril, et aussi en octobre et novembre. — Assez abondant dans les bois de la Pointe-Noire, de la Ravine-Chaude; plus rare à Gourbeyre(morne Goblin). Alt. 300-600 mèt. [ N°5 2180, 2189.]

MarminiqQue. Vulgo : Liane tordue. Bois du Morne-Rouge (Savane Chazot), des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alma, de Saint-Joseph, de Ducos (ravine). AIL. 60-700 mèt. [N° 36.] |

ke.

C. excoriala L., G. nivea Jacq.; Coccoloba sans écorce. Vulgo : Raisincoudre, raisinier-des-coudres, raisin-coudre (probablement parce que les premiers colons européens l’appelaient raisin du coudrier).Jacq., Sel. Am. stirp. hist., p. 215, t. 78; Desc., vol. V, t. 352, p. 178. — Petit arbre haut de 4-7 mèt., lequel a, de sa nature, un tronc simple, mais qui, quand on le coupe, pousse à la base une masse de rejets, de manière à former un grand et souvent un énorme buisson touffu et très feuillu. Écorce mince, lisse, assez semblable à celle du goyavier, grise; jeunes tiges et branches habituellement couvertes de lenticelles orbiculaires, ou elliptiques ou linéaires. Feuilles insérées un peu au-dessus de la base de l’ochrée, glabres, membraneuses-coriaces, oblongues-ovées ou oblongues-obovées, acuminées au sommet, pointues ou

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très légèrement cordées à la base, longues de 7-27 cm. sur 4-12 em. de large ; nervures à moitié imprimées en dessus, saillantes en dessous ; nervilles saillantes des deux côtés ; pétioles glabres, cannelés en dessus, longs de 5-23 mm.; ochrées longues de 1-8 mm., fendues, acuminées au sommet, membraneuses et glabres. Fleurs blanc jaunâtre, très odorantes, glomérulées, en grappes eflilées, penchées ou redressées, de la longueur d'une feuille de moyenne grandeur, très brièvement pédicellées ou sessiles, entourées: à la base de petites bractées triangulaires, pointues et noirâtres; rachis glabre , finement strié; calice à 5 segments profonds; étamines à filets subulés, aussi longues que les lobes du calice; anthères exsertes. Fruit ovoïde, petit, trigone, long de 6 mm.,à péricarpe blanc, formé des lobes du calice devenus charnus, entourant les carpelles jusque vers leur milieu et restant assez visiblement distincts jusqu'à la base; semence à 3 sillons. — Les fruits sont tantôt sucrés, tantôt aigrelets et très rafraichissants ; les enfants en sont particulièrement friands. Le bois est rougeûtre, tendre etléger ; il ne peut servir que pour les construc-

ions à l’intérieur. — Assez abondant dans la région sèche et pierreuse du littoral. — FI. en juin ou juillet; fruits mürs en juillet et août. — Bord de

mer : la Basse-Terre et le Vieux-Fort, Le Ballif, Vieux-Habitants, Pigeon, Deshaies, etc. [N° 3250.] Marnnique. Vulgo : Raisin-coudre. Assez abondant sur le littoral et les

mornes inférieurs et pierreux de Case-Pilote, du Carbet; plus rare à Case-

Navire et au morne Gommier (Marin). — On emploie les tisanes faites avec les fruits contre les échauffements ; la décoction des fruits séchés et pilés contre la dysenterie. [N° 1744.]

De cette famille on cultive au Jardin botanique et dans beaucoup d’autres jardins le Muehlenbeckia platyclada Lind., petit arbrisseau très ornemental, à branches allongées ayant la forme de feuilles, sur les bords desquelles se trouvent une masse de petites fleurs blanchâtres. Il est originaire de l'ile de Salomon. [N° 2094.)

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