‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 15 sur 44 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ce que fit la Compagnie pendant l'année 1635.

Le 4" de janvier de cette année i635, on donna avis à la Compagnie que dans plusieurs villages des environs de la ville le peuple y étoit fort ignorant de ce qu'il faut savoir pour se sauver. Sur ce sujet, elle chargea quelques particuliers de faire avertir M. l'Archevêque de ce désordre, afin qu'il défendît aux curés de marier qui que ce soit qui ne lût bien instruit de ce que les chrétiens doivent savoir . M. le Curé de St-Nicolas-du-Chardonnet (i) promit d'en parler au conseil de l'archevêché, mais comme tous ses soins n'eurent pas grand effet en ce temps-là, INI. Vincent (2) fut prié dans la suite de remédier à ce grand mal, et sa charité y a pourvu par différentes missions.

Ce fut au commencement de cette année que l'on fit dessein de bâtir l'Hôpital des Incurables (3), et la Compagnie, qui prenoit part à, toutes les bonnes œuvres, voulut contribuer à celle-là; ainsi elle députa un des confrères pour s'informer de l'état de cette affaire et pour lui en faire rapport, afin d'y concourir selon son pouvoir.

Après qu'on eut bien travaillé à faire catéchiser les mendiants dans toutes les églises des paroisses et des monastères de Paris, on eut avis le 8^ de mars de cette année que le catéchisme des pauvres de l'Hôtel-Dieu ne se continuoit pas. Cela donna sujet à la Compagnie de députer M. Barreau (4) pour prier les administrateurs de cet

(i) Georges Froger dont nous avons déjà parlé.

(2) Saint Vincent de Paul, fondateur des prêtres de la Mission et des filles de la Charité, né àPoy ou Pouy en 1576, mort à Paris le 27 septembre 1660.

(3) Cet hôpital fut construit dans le quartier du Luxembourg' par les soins des administrateurs de THôtel-Dieu qui avaient reçu des biens à cette fin, et sous l'impulsion du pieux cardinal de La Rochefoucauld. Les principaux bienfaiteurs étaient membres de la Compagnie du St-Sacrement. L'autel majeur de l'église fut consacré le 11 mars 1640 par Jean de Passelaigue, évêque de Belley.

(4) Nicolas Barreau était prêtre et associé de Montréal pour la colonisation de cette ville et de son territoire. Il fut aussi conseiller et aumônier du roi et abbé de Ferrières ; il mourut le 25 mai 1677 âgé de 76 ans et fut enterré dans le cloître de la Chartreuse de Paris,

Hôpital de faire en sorte que quelques ecclésiastiques continuassent cette instruction si nécessaire à ces pauvres, qui, pendant leur bonne santé, négligent d'apprendre ce qu'ils doivent savoir pour leur salut. Ce soin de la Compagnie a heureusement réussi pour ce regard, comme aussi pour les pauvres honteux des paroisses, à qui des particuliers dans la suite ont donné de grands secours spirituels et temporels .

Quelque dessein qu'eût la Compagnie d'honorer le caractère des prêtres et de leur rendre toutes sortes de respects par rapport au saint Sacrement dont ils sont les ministres, elle ne put s'empêcher, dès son commencement, de mettre le plus souvent des laïques dans la place de .Supérieur, parce que d'ordinaire ils ont plus de connoissances des affaires temporelles que les ecclésiastiques. ]\Iais pour suppléer à cette nécessité, elle trouva à propos le 29c de mars de cette année d'arrêter que messieurs les évêques prendroient place au-dessus du Supérieur et qu'à leur entrée toute la Compagnie se lèveroit pour rendre cette déférence à leur sacré caractère. C'est de laque fut fixé le 14P article des Résolutions.

La Compagnie désira de mettre quelqu'ordre parmi les enfants qui marchoient aux processions des paroisses avec un tumulte scandaleux. Les magistrats y employèrent quelques archers, mais il faut un si grand soin pour corriger cette mauvaise habitude qu'on n'a pu jusqu'ici y remédier parfaitement .

Sur ce que quelques Huguenots manquoient dans les rues au respect qu'ils dévoient au saint Sacrement que l'on portoit aux malades, la Compagnie en fit faire plainte aux magistrats par leurs amis, et l'on examina les articles secrets de l'Édit de Nantes (i) sur ce sujet, pour les faire observer dans la suite plus exactement que de coutume.

Ceux qui visitoient les prisons rapportèrent à la Compagnie que parmi plusieurs femmes de mauvaise vie prisonnières, il s'en trou voit de fort sages que le malheur de leurs affaires avait réduites à l'emprisonnement, et que ce leur étoit un extrême déplaisir d'ouir et de voir sans cesse des choses fort indécentes, et qu'elles demandoient instamment d'être mises dans des chambres séparées. Ce qui fut fait par les soins de l'Assemblée. Comme aussi à l'égard d'un hérétique

(i) L'Édit de Nantes, donne par Henii IV en faveur du libre exercice de la religion protestante, fut révoque par Louis XIV le 22 octobre 1685 ; il avait été rendu en 1598.

prisonnier qui dogmatisoit dans la prison du Petit-Châtelet; il fut mis à part, et n'eut depuis aucune communication avec les catholiques.

Ce fut en ce même temps que pour donner quelque exemple aux prisonniers, qui fût utile à leur salut, on leur fournit plusieurs livres de dévotion, entre autres le gros volume de la vie des saints, et afin que ces livres fussent conservés on en chargea les prévôts des cachots qui étoient obligés de les représenter toutes les fois qu'on portoit l'aumône aux prisonniers.

On commença lors dans la Compagnie d'avoir quelque lumière touchant les impiétés et sacrilèges que commettoient quelques artisans qui se nommoient entre eux les « Compagnons du Devoir » ( i ). Mais la chose ne fut pleinement découverte qu'au mois d'aoiit i63g. Le commissaire Autniy (2),quiétoit de la Compagnie, en avertit M. le Procureur Général qui le commit pour y travailler incessamment. Il fut cependant impossible d'avoir des preuves certaines de cette cabale, parce qu'elle consistoit dans un secret si bien gardé que pas un des Compagnons ne le révélolt. Ce fut ce qui obligea la Compagnie de faire dresser un mémoire des abominations que commettoient ces Compagnons du Devoir, et de le faire présenter à M. rOfficial (3) qui décerna un monitoire sur ce sujet que l'on publia dans les paroisses au mois de juin de cette présente année. Tous ces monitoires néanmoins n'eurent aucune force sur l'esprit de ces malheureux Compagnons qui, s'étant formé ime conscience à leur mode, par le serment qu'ils faisoient lors de leur réception, s'imaginoient n'être point obligés d'obéir à l'ordre de l'Eglise. On trouva bon de distribuer des mémoires aux confesseurs afin qu'ils puissent interroger les gens de métier qu'ils jugeroient pouvoir être de cette cabale, lorsqu'ils iroient à confesse. On les pria d'avertir ces artisans que leur serment ne les obligeoit point à tenir secrètes leurs pernicieuses pratiques et qu'ils étoient obligés de les révéler sous peine de péché mortel. i\Iais toutes ces exhortations n'empêchèrent point les Compagnons cordonniers de s'assembler dans l'enceinte du Temple pour y

(i) On nomme Compagnonnage, des sociétés secrètes d'ouvriers qui ont une organisation complète; elles existent encore de nos jours et ne sont pas meilleures qu'autrefois.

(2) Jacques Autruy, commissi<ire et examinateur au Châtelet de Paris fit, le mardi 19 ma 1637, un procès-verbal sur lequel intervint arrêt du Conseil privé du roi contre un nou\el établissement d'hôpital fait au faubourg de Saint-Marcel de Paris par les protestants .

(3) L'official de Paris était Denis le Blanc dont nous avons parlé, page 19.

faire leurs détestables cérémonies, et tout ce qu'on put pour lors ce tut de les faire chasser de l'enclos du Temple (i) par le moyen de M. K' Grand-Prieur (2). Nous verrons dans la suite de quelle sorte il a plu à Dieu de remédier à ce désordre par les soins de AL de Renty (3) dont ces Annales parleront en son temps avec e^rande estime et g-rand respect.

Les prêtres de la Compagnie eurent le mouvement d'assister de leur ministère les pauvres malades de la Charité (4) ; poiu- ce sujet ils obtinrent du Grand- Vicaire (5) de l'Abbaye St-Germain-des-Prés pouvoir de confesser dans toute l'étendue de la juridiction.

On établit lors une Compagnie du St-Sacrement à la Flèche (6), et l'on écrivit diverses lettres à Rome sur le sujet du Bref que l'on avoit tant désiré d'obtenir du Pape. Mais comme on n'en a point vu l'effet, les mémoires n'en disent rien davantage. Ainsi nous finirons à cet égard l'année i635.

(i) La commandeiie du Temple fut fondée en 1148 par les Templiers; elle passa à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem après la destruction des Templiers ; ce fut dans le donjon que l'infortuné Louis XVI et sa famille furent emprisonnes.

(2) Guillaume IV de Meaux-Boisboudran devint Grand-Prieur de France après Alexandre de Vendôme en 1 631 ; il mourut en 1639, et Amaelor de la Porte, bailly de Morce, lui succéda.

(3) Gaston- Jean-Baptiste, baron de Renty, fils de Charles et de Madeleine de Pastoureau, naquit au château de Bény-Bocage en basse Normandie, diocèse de Bayeux, l'an 161 1 . Il épousa pour obéir à son Père, à l'âge de 22 ans, Elisabeth de Balsac, comtesse de Graville, fille de M. de Dunes, comte de Graville ; il en eut cinq enfants; il mourut à Paris le Vendredi-Saint, 23 avril 1649, à l'âge de 37 ans. Il était supérieur de la Compagnie du Saint-Sacrement. Son coips fut inhumé dans l'église pai^oissiale de Citiy, diocèse de Soissons ; sa vie a été écrite par le Père de Saint- Jure .

(4) Hôpital, bâti par Marie de Médicis, en 1607, pour être desservi par les Frères de la Charité, dits de Saint- Jean de Dieu, qu'elle avait tait venir d'Espagne en 1602 et qui lui donnèrent le nom de leur ordre. Claude Bernard, le pauvre prêtre, fut enterré dans l'église, principal théâtre de son zèle, ainsi <pie Thomas le Gauffre, son successeuV. Cette église fut tlédiée à saint Jean-Baptiste.

(5) Dom Hubert Rollet était alors prieur de Saint-Germain et vicaire général de l'Abbé Henri de Verneuil . C'était un saint moine qui travaillait à y étabhr la réforme.

(6) La Flèche était alors du diocèse d'Angers.

Page 1