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CHAPITRE XI

Ce qui se passa durant l'année 1636.

On proposa au commencement de cette année qu'il étoit important de remédier aux usures qui s'établissoient impunément par de nouvelles subtilités, et plusieurs particuliers de l'Assemblée se chargèrent d'en parler aux prédicateurs pour les prier de déclamer contre ce désordre.

La Compagnie fut avertie que la chapelle du Grand-Châtelet(i) étoit tous les jours profanée par mille insolences et mille blasphèmes. Elle y députa M. Brandon pour examiner les remèdes que l'on pouvoit apporter à tous ces maux, et s'il étoit à propos d'en ôter le saint Sacrement à cause de la pétulance des prisonniers et de la malpropreté du lieu. Cependant chacun fut exhorté de prier Dieu de faire connoître à la Compagnie ce qui seroit le plus avantageux pour sa gloire. L'affaire fut fort examinée, et enfin il fut arrêté de faire bien fermer cette chapelle hors les temps de la messe et des autres dévotions publiques, et d'y tenir le tabernacle bien clos. Pour cet effet on fit diverses réparations dans cette chapelle aux dépens de la Compagnie qui dans la suite y a donné un nouveau tabernacle pour y conserver l'adorable Eucharistie avec plus de bienséance.

Il s'étoit glissé un tel abus dans la vente de la viande pendant le Carême à l'Hôtel-Dieu que toutes sortes de personnes sans aucune nécessité avoient la liberté d'y en acheter, même de la volaille et du gibier, sans aucun respect des défenses de l'Eglise et de la police. On s'en plaignit aux administrateurs et aux magistrats par ordre de la Compagnie. Mais parce qu'on s'en étoit avisé trop tard, on n'y put bien y remédier, et on arrêta d'y travailler toujours deux mois avant le Carême. Cette rencontre donna lieu au 2 5^ article des Résolutions.

(i) Le Grand-Châtelet était un ancien château ; il fut rebâti en 1684 sauf quelques vieilles tours. On y rendait la justice pour la ville, prévôté et vicomte de Paris ; il y avait aussi des prisons. La chapelle du Grand-Châtelet fut fondée par Philipe V le Long en 13 18 en l'honneur de la Sainte- Vierge, de saint Louis et de saint Didier, martyr.

Cette affaire de l'Hôtel-Dieu a donné de l'occupation à la Compagnie tandis qu'elle a subsisté. Elle a procuré des règlements pour la vente de la viande pendant le Carême sur des certificats des médecins, et pour la taxe de cette viande en faveur des pauvres malades de la ville. Et, siu- ce qu'au préjudice des défenses, un boucher eut l'audace de vendre de la viande à qui en vouloit acheter, M. le Président le Bailleul (i ) le condamna à une grosse amende sur les sollicitations qu'on lui en fit par les soins de la Compagnie.

On remarqua dans une assemblée que le sacrement de Confirmation n'étoit presque pas connu parmi les mendiants. Sur quoi M. Renard fut prié d'aller à l'Hôtel-Dieu en instruire les convalescents, afin que tous ceux qui seroient en état de pouvoir ouïr le catéchisme apprissent la nécessité de ce sacrement. Les pauvres en ont très grand besoin pour se soutenir dans les misères de leur vie toute pleine d'impatience et de murmure.

Cette instruction s'est faite avec succès en différents hôpitaux, et les pauvres ont été munis de ce sacrement et rendus savants des choses nécessaires à leur salut, comme il se verra dans la suite par l'établissement de l'Hôpital-Général de Paris.

On a souvent tenté d'empêcher que des particuliers donnassent retraite aux joueurs de jeux défendus, mais ces sortes de gens ont toujours trouvé de si puissants protecteurs parmi le grand monde, que de peur d'un plus grand désordre on a cessé de se tourmenter pour remédier à celui-là.

La Compagnie eut aussi un grand désir de faire ôter les marques de la Passion de Notre-Seigneur de dessus la porte de l'hôtel de Bourgogne (2). Mais il s'y trouva de si grandes difficultés qu'elle fut

(i) Nicolas de Bailleul, président à mortier au Parlement de Paris, fils de Nicolas de Bailleul, fut conseiller et maître des requêtes en 161 8, ambassadeur en Savoie, président au grand-conseil, prévôt des marchands, président à mortier en 1627, puis chancelier de b reine, et en 1643 surintendant des finances. Il épousa Louise de Fortia qui mourut le 31 octobre 1618, puis Elisabeth-Marie Mallier dont 1° Louis, président à mortier après son père le 20 août 1652, et 2° Agnès, qui épousa le 16 mars 1544 Henri Foucault, marquis de Saint-Germain-Beaupré. Nicolas mourut en 1652.

(2) Ainsi nommé parce qu'il avait appartenu aux ducs de Bourgogne ; il était situé dans le quartier Saint-Denis. Acquis en 1543 par un bourgeois nommé Jean Bouvet, il fut acheté le 3oaoiit 1548 par les Confrères de la Passion qui le firent reconstruire entre la rue neuve Saint-François et la rue Mauconseil afin d'y représenter des pièces saintes, et firent placer sur la porte les insignes de la Passion . Ce théâtre fut loué ensuite à de vrais comédiens et on y joua des pièces profanes.

contrainte d'en demeurer à la bonne volonté qu'elle avoit eue de procurer par là quelque gloire à Dieu.

La Compagnie fat avertie que les prisonniers de la prison de St- Eloi (i), près le Palais, avoient manqué de messe le jour de Pâques ; sur cet avis, elle députa un de ses confrères aux Barnabites (2) pour les informer de ce manquement, et depuis ce temps-là ces bons religieux ont eu grand soin de donner à cette prison tous les secours spirituels dont les prisonniers ont eu basoin. La Compagnie y contribua depuis par elle-même, car étant devenue plus nombreuse en ecclésiastiques qu'elle n'avoit été, elle reprit la coutume de députer des prêtres à toutes les prisons pour confesser les prisonniers aux approches des grandes fêtes.

Comme on avoit mis quelque ordre pour empêcher les figures dissolues des almanachs et les tableaux déshonnêtes de la galerie du Palais et de la foire Saint-Germain (3), la Compagnie crut qu'il en fallait mettre à la liberté que se don noient les libraires de vendre des livres abominables. On en fit plainte à M. le Procureur-Général, et pour convaincre ces libraires, quelques particuliers de la Compagnie achetèrent de ces mauvais livres; mais on ne voit pas que ces sollicitations aient eu aucun effet, et par expérience il est presque impossible de remédier solidement à ces sortes de désordres qui dépendent si fort de la mauvaise volonté des hommes et de l'intérêt des marchands.

La Compagnie eut avis que de certains archers du Prévôt de l'Ile et de la Monnoie (4), sous de faux prétextes, emprisonnoient souvent des

(i) La prison Saint-Eloi près le Palais était située près l'ancienne abbaj-e de ce nom dans la cité.

(2) Congrégation des Clercs réguliers de Saint- Paul, ainsi nommée parce que ses fondateurs firent leurs premiers exercices dans l'église de Saint-Barnabe à Milan. Ce fut Jean-François de Gondi qui les établit à Paris dans la cité et leur donna l'église de Saint-Eloi à condition de la faire rébâtir.

(3) On vendait à la foire de Saint-Germain toutes sortes de marchandises, sauf les armes et les livres. Les comédiens, danseurs de corde, baladins, etc., y accouraient et, nous .dit de Mariés, l'opéra-comique y prit naissance. En général une grande licence y régnait.

(4) Cet officier était préposé pour veiller dans Paris et les environs à la sûreté des grands chemins et de connaître des délits qui s'y commettaient, et celui des Monnaies était chargé de la capture des faux monnayeurs et de l'instruction de leur procès. En 1619 nous voyons M. de Fontis, prévôt de l'île, recevoir l'ordre de se transporter à Maubuisson avec

paysans pans décret et sans écrou, et abusoient de la simplicité de ces pauvres gens pour exiger d'eux des sommes qu'ils ne dévoient point, et pour faire payer les prétendus droits des prisons. Cette \-exation obligea l'Assemblée d'en faire parler à M. le Procureur Général qui, par les ordres qu'il donna, fit cesser toutes ces persécutions.

Le 3'' de juillet on proposa dans l'Assemblée qu'il serbit important après la première ou la seconde visite d'obliger les médecins à ne plus retourner voir leurs malades s'ils n'avoient fait appeler un confesseur. On crut que c'étoit un moyen d'éviter de grands accidents qui arrivoient tous les jours par l'insensibilité des malades, et par la négligence ou fausse compassion des parents ; mais quelque peine que la Compag-nie prît de cette affaire, quelque sollicitation que l'on en fît aux écoles de médecine pour en faire faire un serment aux médecins en prenant le bonnet de Docteur, on ne put jamais établir une si sainte coutume. On eut recours à la puissance ecclésiastique et M. l'archevêque de Paris fit une ordonnance sur ce sujet, mais elle n'eut d'effet qu'à l'égard de quelques médecins plus remplis de vertu que les autres, et de quelques familles de piété, qui de bonne heure mettent en sûreté la conscience de leurs malades.

Sur ce qu'un greffier do quelque petite prison de Paris demanda 20 1. chacun à trois prisonniers jjour trois interrogatoires, et qu'il voulut les obliger à payer cette somme solidairement, la Compagnie sollicita un règlement général en faveur des prisonniers, et afin d'empêcher la persécution qu'on leur faisoit pour payer leur bienvenue et leur rétention pour les gîtes et geôlages, on fit prier M. le Chancelier de députer des maîtres des requêtes dans toutes les prisons hors celle de la Conciergerie: ce qui fut fait ; par ce moyen on régla tous les abus, et M. le Procureur Général travailla à réformer ceux de la Conciergerie. Mais parce qu'il falloit grande application pour empêcher que de pareils désordres ne recommençassent dans les prisons, et pour connoître à fond les affaires des prisonniers qui méritoient d'être assistés, on proposa le 123 de juillet 1640, de nommer trois particuliers pour chaque prison, qui se chargeroient des requêtes des pauvres, et conféreroient ensemble sur leurs nécessités, pour solliciter l'expédition de

ses archers pour y rétablir l'onlrc, et en 1664 M. Lasuier, prévôt de l'Ile, assiste à l'enlèvement de 12 religieuses de Port-Royal de Paris, exécuté par ordre de l'archevêque de Paris Monseigneur de Péréfixe.

leurs affaires et le jugement de leurs procès, dont ils dévoient faire rapport et sommaire à la Compagnie, Cet ordre n'eut cependant d'effet que pour la Conciergerie.

Ceux qui furent nommés pour cette prison }• travaillèrent pendant quatre années et donnèrent naissance à une pieuse société de diverses personnes tant de la Compagnie que du dehors, qui se lièrent pour procurer du secours à tous les prisonniers des prisons de Paris. Ils s'assembloient une fois chaque semaine, et cette société s'est soutenue et fortifiée dans la suite par les débris de la Compagnie. Elle dure encore aujourd'hui et procure aux prisonniers toute l'assistance qu'ils recevoient autrefois de la Compagnie du Saint-Sacrement.

On jug^a dans l'Assemblée qu'il étoit important d'empêcher les abominations qui se commettoient dans un lieu qu'on nommoit la Cour des iSIiracles (i) au faubourg St-]\larceau, par des gueux vagabonds et de très mauvaise vie. Pour ce sujet la Compagnie en fit donner avis à M. le Procureur Général . Ce soin néanmoins n'eut pas grand effet jusqu'à rétablissement de l'Hôpital-Général. On proposa dans la suite de faire châtier ces scélérats et M. de St-Firmin (2) assura qu'une personne de qualité offroit mille écus pour faire ces châtiments. On commença par quelques coureuses du Pont-Xeuf, qui furent publiquement fustigées.

Le 2 le d'août de cette année i636, on résolut dans l'Assemblée de procurer le renfermement de diverses religieuses qui, par la misère des guerres, avoient quitté la Picardie et s'étoient réfugiées à Paris, où elles menoient une vie licencieuse. Quelques particuliers furent nommés pour conférer des moyens de les réduire en clôture. On trouva bon de proposer ce désordre au conseil de ]M. l'archevêque : ce qui fut fait le 28e de ce mois; et de sa part les Curés furent avertis de s'informer des lieux où demeuroient ces religieuses, pour veiller à

(i) Cefauboui" se forma autour de l'église de Saint- ]\Iarcel ; la Coui des Miracles de ce quartier se nommait aussi cour Saint-Marcel, c'était le rendez-vous des bohémiens. SaintLIarccI, évêque de Paris, était enterré dans l'église qui a donné son nom au quartier ; il en est fait mention en 811. Elle fut reconstruite au XI^ siècle et était alors collégiale. Pierre Lombard, le maître des sentences, y ctiiit enseveli; elle fut détruite pendant la Révolution .

(2) Louis Scguier, chevalier baron de Saint-Brisson, seigneur des Ruaux et de Saint- Firmin, conseiller du roi en ses conseils et prévôt de Paris, tîls de Pierre, président du Parlement, etde Marie du Tillet, épousa Anne de Balsac, veuve de P'rançois de l'Isle, seigneur de Trign}- et fille de Pierre, seigneur de jMontagu et de Chastres-sous-Montlhéri, et de Madeleine Olivier ;il fut directeur de l'Hôpital-Général et mounit eu 1657, sans cnfonts.

leur conduite en attendant que l'on pût les renvoyer dans leurs monastères ; et comme le môme désordre arriva encore depuis, en l'année i65o, on fit supplier INI. l'Archevêque de donner une ordonnance qui enjoignît à ces religieuses de se retirer, vu qu'il n'y avoitplus lieu de craindre pour elles, et qu'elles pouvoient aller garder leurs règles et servir Dieu dans leurs maisons.

Sur la fin du mois d'aoûtdecette année, on proposa d'assister plusieurs familles ruinées, qui avoient abandonné la Picardie, et s'étoient retirées à Paris. On en prit grand soin dans la Compagnie et on leur procura de grands secours.

Et comme on sut le 20'' de novembre que les églises de Picardie étoient extrêmement dénuées d'ornements pour célébrer le service divin, M. l'abbé de Montpeyroux fut nommé pour travailler à faire des mémoires exacts des plus pressantes nécessités, et par les soins de la Compagnie et par le secours des personnes zélées de Paris on pourvut à tous ces besoins.

Les paysans des environs de Nancy, réduits à mourir de faim, furent aussi secourus par une quête générale où le coffret de la Compagnie contribua notablement. Les Jésuites qui se trouvoient en ce quartier-là leur donnèrent de grands secours spirituels, et M. Foucquet évêque de Bayonne, depuis évêque d'Agde, et enfin archevêque de Narbonne, leur rendit de grands offices auprès de M. Mangot (i), lors intendant de Lorraine.

Dans la suite ceux des environs de Guise, réduits à une grande misère, furent aussi soulagés par les soins et par le coffret de la Compagnie, et comme elle sut qu'il n'y avoit plus de prêtres sur les frontières de Picardie et de Champagne et qu'ainsi les pauvres habitants qui y étoient restés se trouvoient sans messes et sans sacrements, elle fit prier les religieux des villes prochaines d'y envoyer des prêtres de leurs monastères, qui ne manquèrent pas de le faire avec grand zèle, et pour leur subsistance, des particuliers de la Compagnie donnèrent des sommes fort considérables.

La Compag-nie a de temps à autre continué ses soins et ses charités pour les provinces de Picardie et de Champagne désolées par la

(i) Anne Mangot, seigneur de Villarceaux, fils de Claude, secrétaire d'État etgarde des sceaux de France, et de Marguerite le Beau, dame de Villarceaux. Intendant des trois évêchcs, il mounat doyen des maîtres des requêtes le 10 avril 1655. Il avait épouse Marie Phélypjicaux, fille de Paul, seigneur de Pontcbartrain, secrétaire d'Etat.

guerre dont elles étoient le passage et le théâtre* Ainsi elle contribua fort en i65i au secours que les personnes de piété de Paris donnèrent pour ensemencer les terres, qui, sans cette assistance, seroient demeurées désertes. Les Curés de la Thiérache (i) furent aidés en même temps. On leur envoya des soutanes toutes faites pour revêtir ceux qui en manquoient, et on fit acheter diverses sortes de petits blés pour donner mo3'en à ceux de ce quartier-là de rétablir leur revenu par la culture des terres.

Au mois d'août de cette année i636, lessupérieurs ecclésiastiques trouvèrent à propos d'ordonner des prières de 40 heures pour demander à Dieu la paix ; et le 28e de ce mois, la Compagnie commença de députer deux de ses confrères pour aller faire oraison dans les églises où le saint Sacrement étoit exposé ; et dans la suite, lorsque les mouvements arrivèrent à Paris et en diverses provinces du royaume, elle trouva bon de députer aussi de ses confrères pour célébrer la sainte Messe et pour communier, afin de détourner l'ire de Dieu de dessus la France. Ce fut par ses soins que l'on exposa le saint Sacrement dans toutes les églises de Paris en i65o pour obtenir la fin des désordres qui arrivèrent en ce temps-là, et ce fut lors que commencèrent les députations qui ont toujours continué depuis aux églises de Notre-Dame, de St-Denis de la Chartre et de Ste-Geneviève (2), pour demander à Dieu la paix étrangère aussi bien que celle du royaume, et lorsque la guerre civile s'échauffa plus que jamais, la Compagnie fit dire la messe et communier, toujours pour obtenir la cessation de ces désordres. Elle procura des prières publiques de tous côtés, des processions solennelles aux environs de Paris et même la descente de la châsse de sainte Geneviève, qui fut portée à Xotre-Dame avec les cérémonies ordinaires.

Enfin, quand la guerre civile fut terminée, la Compagnie continua ses dévotions pour demander à Dieu la paix générale, et elle

(i) C'est une partie de la Picardie; maintenant elle fait partie du département de l'Aisne, Guise en était la capitale.

(2) Cette église fut fondée par Clovis en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, Sainte Gene^•ièvey fut ensevelie et lui donna son nom. Elle fut reconstruite au XII" siècle par Ëtieime de Tournay, puis à la fin du siècle dernier. Elle a été souvent profanée par des sépultures d'impies depuis cette époque, et enlevée au culte. Elle servit jusqu'à la Révolution d'église abbatiale aux chanoines réguliers de Saint- Augustin qui y avaient établi leur séjour.

n'a point cessé do prier et de faire prier pour ce sujet jusqu'à la conclusion du traité des Pyrénées(i), dont la Compagnie fit faire de grandes actions de grâces à Notre-Seigneur. J'ai mis tout ensemble ces sortes de soins de l'Assemblée pour suivre les extraits que j'ai faits de tous les registres où j'ai réuni les matières, bien que les choses soient arrivées et que ces soins se soient pris en divers temps.

Comme la Compagnie a toujours pris grand soin de faire élever les filles dans la piété, elle ne perdoit point d'occasion de leur procurer des secours pour ce sujet. Dès qu'elle fut établie, elle sut qu'une personne de vertu en se faisant religieuse avoit laissé 200 1. de rente pour entrenir, au faubourg Montmartre (2), une maîtresse d'école qui enseignerait 22 filles jusqu'à l'âge de douze ans, à lire, à écrire et à prier Dieu. Cette fondation s'exécuta parfaitement et la maîtresse, par un excès de charité, reçut dans son école jusqu'à 80 filles, mais comme elle n'y pouvoit suffire toute seule, elle demanda du secours à ceux qu'elle connoissoit zélés pour l'assistance du prochain. Le Père Philippe d'Angoumois en donna avis à la Compagnie, et lui fit connoître que si l'on pouvoit encore trouver le fonds de cent livres de rente, on soutiendroit l'instruction de toutes ces filles^ et on leur feroit montrer à coudre pour leur donner moyen de gagner leur vie. La Compagnie entra dans cette proposition qui réussit, comme aussi dans celle d'un établissement de filles dévotes à Montmorency (3) pour secourir les filles dont les mères avoient failli. La Compagnie leur procura la protection de Monsieur le Prince et de Madame la Princesse (4), l'héritière de la maison Montmorency.

(i) CeUe paix fut signée le " septembre 1659.

(2) Saint Denis et ses compagnons furent martyrises sur la colline INfontmartrc d'où est venu son nom. Il y eut plus tard une abbaye royale de Bénédictines, et le faubourg se forma autour de son enclos. Cette abbaye fut fondée par le roi Louis VI le Gros et la reine Adélaïde de Savoie, son épouse, et l'église en fut consacrée par le pape Eugène III le 22 avril 1146. C'est dans la chapelle souterraine que prit naissance en 1534 l'illustre Compagnie de Jésus. La dernière abbesse, ]\Lad:ime de Montmorency, mourut sur l'échafaud révolutionnaire le 10 juin 1793.

(3) Montmorency est situé non loin de Saint-Denis, dans l'île de France; sa collégiale fut unie à l'Oratoire.

(4) Henri de Bourbon, prince de Condé, fils de Henri et de Charlotte de la Trcmoille, ne posthume le i'='" septembre 1588, épousa Charlotte-INIargucritc de Montmorency, fille de Henri et de Louise de Budos, née en 1593 ; il mourut le 26 décembre 1646; Charlotte- Margxierite mourut à Châtillon-sur-Loing le 2 décembre 1650. Lu grand Condc était leur fils.

Elle y contribua la pension d'une maîtresse, qui enseignoit toutes sortes d'ouvrages propres à ces petites filles.

Le séminaire, que voulut établir INI'if" Poulaillon (i) sur la fin de l'année 1637, fut soutenu par la charité de la Compagnie qui avoit droit d'y envoyer 12 petites filles par an, comme dans la maison de Montmorency.

Enfin il ne s'est fait aucun ouvrage qui n'ait eu en vue le soulagement et l'instruction des pauvres tant de l'un que de l'autre sexe, où la Compagnie du St- Sacrement n'ait contribué pendant qu'elle a subsisté, par ses soins, par ses habitudes, par ses conseils et par ses aumônes. Elle les faisoient visiter de temps à autre pour s'informer de leur conduite et de leurs besoins, et si plusieurs de ces communautés eussent pris plus de confiance qu'elles n'ont fait à ceux qui les visitoient, elles se seroient plus solidement établies, et auroient plus duré aussi qu'elles n'ont fait.

Ce fut en cette année 1 636 que la Compagnie de Blois (2) fut établie, et pendant le séjour qu'y fit depuis j\I. le duc d'Orléans, qui y passa plusieurs années avant sa mort, cette Compagnie reçut un notable accroissement. Plusieurs personnes de piété (3) qui étoient de la Compagnie de Paris et qui tenoient les premières places dans la cour de S. A. R. y contribuèrent beaucoup. Ils en avoient inspiré l'esprit et les sentiments à leur ]\Iaître qui a fini dans le château de Blois en pratiquant toutes les vertus et en s'appliquant à toutes les bonnes œuvres que l'on pouvoit souhaiter d'un si grand Prince.

(1) Marie de Lumaguc, née à Paris en 1599, épousa François de Pollalion, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et son résident à Raguse, fut d'abord dame d'honneur de la reine; étant devenue veuve, elle fonda en 1630 la communauté des Filles de la Providence pour garantir la chasteté des filles qu'elle y rc+irait; elle mourut en 1657.

(2) Blois dépendait alors du diocèse de Chartres ; son château royal avait été construit par Louis XII. Gaston d'Orléans en déti-uisit une partie pour la reconstruire.

(3j Entre autres Bertrand Drouard, dont nous avons déjà parlé.

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