CHAPITRE XII
La suite des œuvres de la Compag'nie pendant les années 1637 et 1638
On proposa dans la Compagnie au commencement de l'année 1637 de faire prier les prédicateurs de déclamer contre les irrévérences qui se commettoient dans les églises, et contre le peu de respect que l'on rcndoit au saint Sacrement lorsqu'on le portoit aux malades; et afin que la Compagnie commençât par elle-même la dévotion qu'elle vouloit établir, tous les confrères furent exhortés le 26'' de juillet de cette année de l'accompagner par les rues toutes les fois qu'ils le rencontreroient, et d'en faire leur rapport à la première Assemblée pour l'édification des confrères et pour leur renouveler la mémoire de le faire eux-mêmes dans l'occasion. C'est de là que la coutume s'établit de demander à chaque séance par la bouche du Supérieur si l'on avoit accompagné le saint Sacrement, et tous ceux qui en avoient eu la grâce se découvroient en disant tout haut : J'ai reçu cet honneur-là.
Ce soin d'accompagner le saint Sacrement fit remarquer les indécences et les inconvénients qui se rencontroient souvent dans cette action . On trouva qu'il étoit absolument nécessaire de le faire porter sous un dais et de le faire plus accompagner qu'il ne l'étoit d'ordinaire. Pour cet effet il paroît qu'au mois de janvier 1639, j\I, le Supérieur et ]\1. Amelotte, ecclésiastique, furent députés vers MM. les Curés de la ville pour les prier de mettre quelque ordre à ces indécences, et de leur en faciliter les moyens. Tous les confrères furent conviés d'y penser et de donner par écrit les ouvertures et les vues qu'ils auroient sur ce sujet.
Cette affaire fut discutée pendant plusieurs années et le i4'' de juillet 1642, il fut arrêté qu'on présenteroit à ]\I. le Curé de St-Nicolas-du-Chardonnet, grand-vicaire (i), un mémoire imprimé sur ce
(i) Hippolyte Féret, ne à Pontoise, docteur eu théologie, d'abord oratorien, puis curé de St-Nicolas-du-Chardonnet et vicaire-général de Paris, donna sa démission en 1675 ^^ mourut le i6 janvier 1677.
sujet par ordre de Mgr l'évêque de Poitiers (i), qui portoit indulgence pour ceux qui l'observeroient dans son diocèse. Ce mémoire fut vu au conseil de l'archevêque de Paris, il y fut approuvé et dans la suite la pratique s'en est établie.
On proposa d'obtenir les indulgences accordées à la Confrérie ■du Très-St-.Sacremcnt qui est à St-Barthélemy (2), et qui se trouve la plus ancienne de Paris, dans la vue que ces indulgences exciteroient fortement le peuple à suivre le saint Viatique lorsqu'on le porte aux malades, ou à prier dans les églises lorsque le saint Sacrement y est exposé. La Compagnie, qui vit sur ce sujet d'assez grands effets de ses soins, en fit part à celles des Provinces, et. le 4^^ de juin 1648, elle arrêta qu'on envoiroit partout des mémoires de ce qui se pratiquoit pour honorer et pour faire honorer le saint Sacrement dans les villes et à la campagne.
Comme dans toutes les assemblées qui se tenoient en ce temps-ci, on parloit souvent du respect qu'il falloit faire rendre à la divine Eucharistie, on résolut, le 20'^ de mars i63g, d'empêcher autant qu'il se pourroît les irrévérences qui se commettoient dans les églises par les laquais pendant qu'ils gardoient les chaises pour le sermon ; chacun se chargea de faire remarquer ce désordre aux Curés des grandes paroisses et aux Supérieurs des monastères, et ces soins donnèrent lieu à faire voiler le saint Sacrement pendant toutes ces indécences qu'il est presque impossible d'empêcher, et pendant le sermon même. Cela s'observe à présent partout, et pour conserver une marque du sentiment perpétuel qu'av^oit la Compagnie d'honorer et de bénir cet adorable Sacrement, elle arrêta, le 4'' de septembre 1642, qu'à la fin de toutes les Assemblées on termineroit les prières par ces paroles : Loué soit le très saint Sacrement de l'autel.
On eut avis, le 20e de novembre 1644, que des entants de la paroisse
(i) Henri-Louis Chastcigner de la Rochepozay, fils de Louis, seigneur d'Abain et de la Rochepozay, et de Claude du Puy de Bellefaye, né à Tivoli le 6 septembre 1577, sacré évêque de Poitiers le 13 mai 1612, mort le 30 juillet 1(151 ; il succédait à son oncle Geoffroy de St-Belin sur le siège de St-Hilairc.
(2) Cette église était dans la cité non loin du Palais ; elle était devenue cliapcUc royale sous les premiers rois de la troisième race et devint paroisse du Palais ; elle n'existe plus. La Confrérie du St-Sftcrement v ava't été instituée en 15 18.
de Lonjumeau (i) qui étudioient dans l'église trouvèrent les clefs du Tabernacle, qu'ils en tirèrent les saintes Hosties et qu'ils en jouèrent innocemment comme si elles n'avoient point été consacrées. Cet accident fit prendre la résolution à l'Assemblée d'avertir MM. les Prélats et de les supplier d'ordonner à tous les Curés de garder plus soigneusement les clefs de leurs Tabernacles, et de ne s'en fier qu'à eux-mêmes. Cependant la Compagnie ordonna à tous les confrères de faire réparation de l'irrévérence commise par ces enfants.
Quelques personnes représentèrent lors à la Compagnie qu'en plusieurs églises des environs de Paris ce divin Sacrement étoit gardé iavec beaucoup d'indécence faute de ciboires d'argent. Sur cet avis il fut arrêté que tous les mois, à la première assemblée, on mcttroit une boîte sur la table pour recevoir les aumônes de ceux qui auroient mouvement de contribuer à ce bon œuvre, et les particuliers furent excités d'en faire avertir les Seigneurs de villages et les personnes de piété qui avoient des maisons à la campagne pour aider à fournir le fonds d'une chose si nécessaire au respect qui est dû à Notre-Scigneur en cet auguste Sacrement, et le 5'^ d'août i63g, la Compagnie, avertie du besoin que l'on civoit de ces sortes de boîtes pour porter les Hosties consacrées parmi les infidèles et les barbares, en fit donner à M. l'archevêque de Tripoli (3). Elles étoient doubles. Celle d'argent étoit enfermée dans une de cuivre, et mises chacune dans des bourses de velours rouge cramoisi brodées d'or avec des tresses de mêmes pour les pendre au col du prêtre. La Compagnie en donna une, et onze confrères chacun la leur. L'archevêque reçut ce présent avec beaucoup de reconnoissance, et promit d'offrir à Dieu la bonne volonté de ceux qui le faisoient, toutes les fois qu'il diroit la sainte Messe.
La Compagnie étoit si zélée de rendre et de faire rendre au très saint Sacrement l'honneur qui lui est dû, qu'en différentes églises où il n'y avoit point de lampe allumée, elle y a pourvu aux dépens de son coffret, jusqu'à ce qu'elle en ait procuré l'entretien par d'autres voies, et elle a remédié autant qu'elle a pu à tout ce c^ui a choqué le
(i) Ce village de l'Ile de France, situé sur la route de Paris à Orléans, avait un prieuré de l'ordre de St-Augustin. Sa seigneurie, unie avec celle de Chilly, fut érigée en marquisat en laveur du Maréchal d'Effiat.
(2) Nous n'avons pu trouver le nom de ce prélat.
culte et la révérence que l'on doit à ce divin Sacrement. Elle prit soin de faire réformer une tapisserie pleine de figures injurieuses au respect dû à la messe et aux cérémonies de l'Eglise que l'on vouloit transporter hors du royaume, dont les hérétiques se seroient prévalus au désavantage des catholiques et au déshonneur de la France. La Compagnia prit soin de faire supprimer un livre plein de blasphèmes composé par un ministre contre le saint Sacrement, et dans toutes les affaires qu'on a entreprises contre les Huguenots en divers endroits du royaume, elle a toujours fait solliciter les magistrats, pour en tirer toute la justice que les affaires de l'Etat ont pu permettre de rendre contre les ennemis de l'Eglise catholique.
Sur l'avis qui fut donné à la Compagnie, le i6'? de juillet de l'année présente 1607, qu'en diverses églises de Paris, particulièrement à Notre-Dame, un grand nombre de mauvais prêtres célébroientla messe, et avec beaucoup d'indécence, elle députa AI. l'évêque de Rayonne (i) et plusieurs autres confrères ecclésiastiques, pour conférer ensemble des remèdes que l'on pourroit apporter à ce désordre. Et par l'avis de ]\I. Vincent et les soins de M. de Perrochel (2), depuis évêque de Boulogne, et de M. Renard, on fit faire un examen fort exact de tous les prêtres qui étoient dans la ville, et l'on exclut du ministère actuel, autant qu'on le put, ceux qui se trouvèrent scandaleux.
Il y avoit en ce temps-là un grand nombre de prêtres vagabonds et mendiants qui faisoient honte au caractère. Et l'on eut avis même que plusieurs ne l'avoient pas, bien qu'ils portassent l'habit de prêtres ; que quelques-uns s'habilloient en ermites, afin de demander l'aumône plus librement et plus utilement sous ces habits empruntés. ]M. Féret, curé de St-Nicolas-du-Chardonnet, fut prié d'en avertir le conseil de M. l'archevêque. On décerna contre eux un décret à l'officialité et l'on pria M. Vincent de trouver bon qu'on les enfermât à
(i) L'évêque de Bayonne était alors François Fouquct ; il venait d'être nommé à cet évêclié pour succéder à Raymond de la ^Montagne qui mourut en mars 1637. François Fouquet ne fut sacré qu'en 1639 le 15 mars et fut transféré à Agde puis à Xarbonne le 26 juin 1643. Jean Dolce lui succéda.
(2) François de Perrochel, fils de Charles, grand-audiencier de France, et de IMarie- Charlotte de Gibercourt, né à Paris le 18 octobre 1602, sacré évêque de Boulogne le 1 1 juin 1645, il se démit en 1676 et mourut le 8 avril 1682 ; il a publié des statuts diocésains.
St-Lazare(i). Il y fit d'abord quelque difficulté, mais enfin il y consentit. L'on fit fonds pour leur subsistance par les soins de la Compagnie qui y contribua de sa part, avec plusieurs personnes charitables de Paris .
Ces prêtres renfermés demeurèrent plus d'un an à St-Lazare aux dépens de la charité. ISIais le fonds de leur subsistance ayant manqué, on les en laissa sortir sur l'assurance qu'ils donnèrent d'une meilleure conduite. Cependant ils retournèrent à leurs mauvaises habitudes et furent derechef renfermés et nourris sur un nouveau fonds qui fut fait par la Compagnie. Mais enfin on leur donna la liberté et ils ne parurent plus depuis.
Ce fut en ce même temps qu'un prêtre qui s'étoit fait hérétique pour se marier se retira à vSedan (2) avec la malheureuse compagne de fron péché. La Compagnie fut touchée de ce désordre et env^oya a quelqu'un de sa confiance sur les lieux l'arrêt qui défend aux prêtres apostats de se marier, afin de faire arrêter celui-ci pour servir d'exemple. Je n'en vois pas néanmoins le succès. Mais c'est une marque du soin et du zèle de la Compagnie qui s'étendoit de tous côtés et sur toutes sortes de sujets qui pouvoient procurer de la gloire à Xotre-Seigneur .
Par ce motif elle proposa d'établir une nouvelle maison de retraite pour les filles débauchées; les charités qu'elle faisoit faire sans cesse à ces misérables prostituées épuisoit souvent le coffret, pour tâcher de les retirer de leur péché; mais comme on n'en voyoit que très peu de fruit, elle chercha des moyens plus solides pour la conversion de ces malheureuses. On fit des assemblées particulières pour ce sujet, on nomma deux ecclésiastiques et trois laïques pour être promoteurs et directeurs de cet ouvrage. On en fit parler aux magistrats. On fit des contributions et des promesses par écrit, de donner certaines choses en cas que cet établissement réussît. Des dames de piété s'y joignirent, qui promirent 3ooo fr. de rente. Mais la chose
tira fort en longueur, elle fut désirée, ménagée et discutée depuis
(i) On ne sait au juste à quelle époque fut fondé le prieuré de St-Lazarc ; il appartint aux chanoines réguliers de Ste-Gcnevièvc et fut uni en 1632 à la Congrégation de la Mission, dont il devint la maison-mère.
(2) Cette ville forte avait longtemps appartenu aux ducs de Bouillon ; elle éUiit encore alors un des boulevards du protestantisme.
l'année présente 1637 jusqu'en 1643. iSIais on ne put convenir de la torme, ni du gouvernement qu'on lui donneroit et la divine Providence ne permit pas que ce dessein s'accomplît lors. Il étoit réservé pour un autre temps. Comme nous verrons dans la suite, qu'il a fait partie del'Hopital-Général, ce n'a même été que longtemps après l'établissement de ce grand ouvrage. Dieu donne souvent des vues de ce qu'il veut faire à des personnes, et il en laisse l'exécution à d'autres, comme il est arrivé dans l'établissement du Refuge (i), où pas un de ceux qui s'en étoient mêlés au commencement n'a eu part à la conclusion.
I.a Compagnie souhaitoit si fort que tous ses confrères fussent d'une conduite irréprochable, qu'elle n'approuva pas ce que fit un particulier, quoique il eût bonne intention . Il retira chez lui un religieux de vie scandaleuse à dessein de le convertir . jSIais comme la chose éclata et que le public en fut mal édifié, le Directeur fut prié d'avertir ce confrère de régler mieux sa charité et de se défaire d'un si mauvais hôte, cjui pouvoit plus lui nuire qu'il ne pouvoit le servir.
!Mais ixn autre confrère fut traité bien plus sévèrement et avec grande justice. Il avoit composé un livre pernicieux ; tous ses amis les plus pieux et les plus savants l'avoient condamné, et chacun avoit conjuré l'auteur de le supprimer absolument. INIais ce confrère fut tellement entêté de son ouvrage, que malgré les bons avis qu'il reçut sur ce sujet, il donna son livre au public, qui fut aussitôt censuré (2). Tout cela fit prendre résolution à la Compagnie de retrancher de son corps un confrère de si mauvaise conduite et de sentiments si corrompus. Ce qui fut exécuté le oo"^ de septembre 1644. ^Mais en même temps tous les prêtres furent exhortés de célébrer la messe et les laïques de communier pour obtenir la conversion de ce malheureux au-
(i) Le Refuge était une maison de retraite fondée par ^Marie Bonneau, veuve de Jean- Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion, en 1665, près de la Pitié. Les lettres-patente > sont du mois d'avril 1665. M«<^ de Miramion mourut en odeur de sainteté le 24 mars 169(1. âgée de 87 ans.
(2) Il est ici question, croyons-nous, de l'ouvrage intitule : Optati Galli, de cavenJ àchistnate, liber par œneticiis. prima die januarii, Lugduni ad Ecclesiœ gallicanœ archicpiscopos et episcopos. Parisiis J640, in-S. L'auteur était Charles Hei-sent, parisien et chancelier de l'église de Metz ; il était entré à l'Oratoire en 1615, mais en était sorti dès 1625. H mourut après 1660,
teiir, et toutes les Compagnies furent averties de son exclusion afin que désormais pas une ne le reçût dans ses assemblées.
La même chose fut pratiquée à l'égard d'un autre confrère dont la vie dépravée fut découverte, et, de pour que le grand nombre des sujets de la Compagnie ne fût cause un jour de sa destruction, on crut qu'il falloit les choisir avec plus de circonspection. Pour cet eifet on verra dans la suite que le i'' de juin il fut arrêté que i^endant une sujîériorité de trois mois, on n'en pourrait recevoir que deux, et depuis on s'est encore réduit à un moindre nombre.
La Compagnie s'étoit fort opposée à l'établissement d'une académie huguenote dans le faubourg St-Germain. Mais la Cour, par la considération de quelque puissant protecteur étranger, permit de le faire. Cependant comme l'Ëscuyer (i) voulut faire prêcher à la mode dans son académie, la Compagnie se remua tout de nouveau pour l'empêcher, et elle en vint à bout, comme aussi chez un colonel étranger de la même religion dont elle empêcha l'exercice.
Ces entreprises donnèrent sujet à la Compagnie de réveiller son zèle pour s'opposer à la liberté que vouloient se donner les hérétiques, de faire ce qui ne leur étoit pas permis par les édits. Ainsi l'Assemblée fit écrire aux Compagnies des Provinces, pour leur demander des mémoires de tout ce qui se passoit en leurs quartiers sur cette matière. La Compagnie de ]\larseille en envoya de fort bons, dont M. de Alorangis (2) fut chargé. Il fit donner sur ce sujet un arrêt au conseil pour serxàr de règlement, comme aussi pour défendre aux hérétiques d'exercer leur religion dans le diocèse de Grasse (3) où il n'a jamais été permis.
(i) Avant que M. Olier devint curé ds St-Sulpice, le faubourg St-("rermain était plein d'hérétiques et d'impies qui y vivaient en complète liberté, mais ce saint curé fit cesser tous ces désordres et convertit un grand nombre d'hérétiques.
(2) Antoine Barrillon, seigneur de Morangis, fils de Jean, seigneur de NalacVj et de Judith de Mesmes, né en 1599, reçu conseiller au Parlement le 24 juillet 1620, maître des requêtes le i'"' février 1625, résigna sa charge en 1643 et fut nommé en 1648 conseiller d'Etatet un des d recteurs des finances ; il épousa en 1625 Philiberte d'Amoncourt, et mourut le 4 avril 1672; il fut chargé avec M, de Garibal par l'évêque de Bai)ylone d'établir le séminaire des missions étrangères dans la maison que ce prélat leur légua.
(3) Grasse, évêché dont le siège épiscopal, d'abord à Antibes, fut transféré à Grasse dans le XIII* siècle. Le 24 décembre 1636 Antoine Godeau avait succédé sur ce siège à Scipion de Villeneuve. En 1644 il fut évêque des sièges unis de Vence et de Grasse, mais il résigna Grasse le 26 novembre 1653, et l'année suivante Antoine de Bernage lui succéda.
La Compagnie jugea lors qu'il étoit important qu'elle s'appliquât à inspirer aux magistrats de réprimer avec soin les entreprises de ces hérétiques. Pour cet effet elle pria les particuliers de recueillir tous les édits, déclarations et arrêts donnés sur cette matière, et l'on en rapporta un grand nombre dont on envo3^a les copies à M. Filleau (i) de la Compagnie de Poitiers, pour les insérer dans le recueil qu'il a fait des règlements intervenus contre les malicieuses entreprises des religionnaires. J\Iais l'Assemblée trouva fort à propos d'envoyer à toutes les Compagnies l'arrêt du Parlement de Paris, qui défend aux patrons hérétiques de s'ingérer à nommer aux bénéfices qui dépendoient de leurs Seigneuries.
Suivant ce même zèle, la Compagnie empêcha que les hérétiques de Metz (2) ne multipliassent leurs prêches dans les maisons qu'ils achetoient aux environs de la ville, et qu'un conseiller huguenot au Présidial de Caen (3) ne pût jamais présider. Elle empêcha que des particuliers de cette religion ne pussent entrer dans de petits offices de l'hôtel de ville et des Prêts de Paris, et qu'une huguenote ne fût reçue maîtresse lingère bien qu'elle eût des lettres pour cet effet. Mais elle fut remboursée de ses frais, aux dépens du coffret et des particuliers de la Compagnie, et comme dans la suite on découvrit que les hérétiques s'assembloient tous les lundis dans Paris, en diverses maisons, l'une après l'autre, que là ils tenoient leur consistoire et faisoient d'autres exercices de leur prétendue religion, ]MjM. de IMorangis et d'Argenson (4), conseiller d'Etat, furent priés de conférer
(1) Jean Filleau, fils de Simon et de Louise Ingrand, né à Poitiers en 1600. avocat au Parlement de Paris en 1618, docteur en droit de l'université de Poitiers le 12 novembre 1619, avocat du roi au présidial le 2 mars 1633, chevalier de l'ordie de St-Michel en 1653, annobli en décembre 1661, épousa le 25 janvier 1622 Marie Coiilard, fille de René et de Florence Citovs qui moumt le 26 septembre 1648, puis Jeanne ^Slourault, fille de Hemù, ccuycr, seigneur du Pin et de Crémille, et de IMaric Babin ; il mouiait le 26 juillet 1682. L'ouvrage dont il est ici question est le recueil des Décisions Catholiques, etc., dédié à Le Tellier, examiné et approuvé par l'assemblée générale du clergé de France ; il parut en 1663.
(2) C'était alors Henri de Bourbon, duc de Vcrneuil, qui gouvernait ce diocèse par ses vicaires généraux.
(3) Caen est une importante ville de Normandie dépendante du diocèse de Baveux dont était évêque Jacques d'Angennes qui mourut le 6 avril 1652 et eut pour successeur Edouanl Mole.
(4) René deVoyer d'Argenson, fils de Pierre Ch^v. et d'Elisabeth Hurault de Chérigny, né eu 159G. Conseiller au Parlement le 15 novembre 1619, d'Etat 18 aoiit 1620, m;ûtre des
ensemble et d'agir de concert pour faire cesser ces nouvelles entreprises .
Sur l'avis qu'on eut le 23'' de juin de cette année i638, qu'il y avoit de la contagion à l'Hôtel-Dieu, la Compagnie trouva bon de discontinuer, pour un temps, les visites qu'on avoit coutume d'y faire, et elle commença de députer à la Charité du faubourg vSt-Germain ; mais comme il n'y a point de bonne œuvre qui ne soit d'abord combattue, les religieux de la Charité, mal informés des bonnes intentions des particuliers qui visitoient leurs malades, furent choqués de ces visites et ne voulurent pas les souffrir, quelque instance que leur en fissent des personnes de haute dignité dans l'église. Ils eurent bien de la peine à se rendre. Ils consentirent néanmoins que des prêtres de la Compagnie dont ils savoient les noms, allassent confesser leurs malades, et pour en assurer la pratique on obtint pour eux la permission et le pouvoir de AI. l'abbé de St-Germain (i) qui en ce temps-là dans le faubourg avoit les pouvoirs épiscopaux.
Lorsque la crainte de la contagion eut cessé à l'Hôtel-Dieu, la Compagnie y fit redoubler ses visites, et en divers temps on reconnut les biens et les avantages que l'on pouvoit procurer aux pauvres en différentes manières. On trouva premièrement qu'il étoit important de trouver retraite pour quelques jours aux filles débauchées après leurs couches, pour les instruire et les confirmer dans les bonnes résolutions qu'on leur inspiroit de quitter le péché pour les retirer des occasions qui les avoient perdues, et afin de leur procurer quelque établissement pour subsister.
requêtes de l'hôtel le i; avril 1628, intendant du Dauphiné le. 17 octobre 1630, puis du Berry, de la ïouraine, TAngoumois, le Limousin, Haute et Basse Marche, la Haute et Basse Auvergne le 12 aoiit 1632, de Saintongc et Poitou 1633, d'Auvergne 1634, P^'*» intendant de la Catalogne et des armées le 18 septembre 1641. Il fut encore intendant du Poitou, Saintonge, Angoumois, pays d'Aunis et îles adjacentes le i*"" avril 1644. Le 4 avril 1046 nommé surintendant de la justice en Provence, puis le 24 juin 1650 ambassadeur à Vïnise; il fut ordonné prêtre le 24 février 1651 et moumtà Venise le 14 juillet 165 i âgé de 54 ans ; il avait épousé Hélène de La Font, tUIe de Barthélémy, éc. conseiller et secrétaire du roi, et de Madeleine de Patras dont il eut plusieurs enfants ; elle mourut en 1638.
(i) Hemi de Bourbon, duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV et de Catherine Louise de Balzac, duchesse de Verneuil, né en octobre tCoi, nommé cvêque de Metz en 161 2, abbé de St-Gerraain-des-Prés, etc. ; ne reçut jamais les ordres et donna sa démission en 1652 ; il épousa, le 29 octobre 1678, Charlotte Séguier, veuve de Maximilicn-François de Béthune, duc de Sully, et moumt à Verneuil le 28 mars 1682.
On procura que le catéchisme fût fait régulièrement aux pauvres convalescents, et ne fût jamais interrompu.
On éloigna un hérétique travesti qui, sous "prétexte de charité, tcichoit de pervertir les malades, et on fit observer avec soin si d'autres de la même secte n'alloient point visiter les salles de l'Hôtel-Dieu, avec cette mauvaise intention .
On trouva qu'il était nécessaire que les religieux fissent soigneusement lever et habiller les petits enfants des femmes malades, parce qu'il en mouroit pour croupir longtemps dans leurs lits et faute de prendre l'air.
On convia enfin tous les particuliers de la Compagnie qui en auroient le loisir, de se prescrire un jour de chaque semaine pour visiter les malades, afin de les exhorter à bien souffrir leiu-s maux, de leur enseigner à faire leur confession générale, et de les consoler et de les aider à bien mourir.
On jugea qu'il falloit empêcher que les laïques, s'ils n'étoient bien connus pour proches parents ou pour personnes de vertu, n'entrassent dans les salles des femmes. Pour cet effet on en parla aux administrateurs afin d'y mettre un bon ordre, et on les avertit de faire apporter plus de diligence à faire baptiser les enfants qui naissent à l'Hôtel-Dieu, parce que quelques-uns s'étoient trouvés morts sans baptême.
Toutes ces vues et tous ces soins de la Compagnie ont produit dans la suite une assemblée particulière pour vaquer à tous ces besoins de l'Hôtel-Dieu qui, dans son temps, a procuré de grands biens aux malades et à la maison.
Le 24<' de mars de cette année i638, la Compagnie trouva à propos de faire faire instance aux magistrats pour réprimer l'insolence des bateleurs du Pont-Neuf. Il y eut un arrêt contre eux au commencement de l'année 1634. Le Bailly du Palais (i) fut prié de le fiiire exécuter ; mais ces diligences n'eurent pas tout l'effet que la Compagnie désiroit : elles ont servi néanmoins à modérer la trop grande licence de ces bateleurs.
Le 24"? de mai de l'année présente, la Compagnie fit donner un décret de prise de corps contre trois devineresses qui abusoient de la
(i) Le bailly du Palais était Jeau Damou, qui succéda en 1636 à Hercule de Rohan, duc et pair. En 165 1 il avait eu pour successevir Nicolas le Normand de Beauraont.
simplicité de quantité de personnes qui alloientles consulter; elle agit aussi contre un faiseur d'horoscopes ; mais ces soins ne produisirent pas grand effet. Il semble que Dieu se réserve à punir lui-m.ême la plupart des péchés que les hommes commettent dans toutes ces matières de sortilège et de divination ; car, quelque soin que les personnes de piété aient pu prendre en divers temps, pour apporter du remède à ces désordres, leur application n'a presque point eu de succès. 11 ne faut pas néanmoins laisser d'agir pour empêcher que le mal ne croisse et que la licence ne s'augmente pour tromperies simples et les foibles.
Ce fut en cette année, le 27'' de juin, que la Compagnie trouva nécessaire pour bien conserver son esprit de zèle et de vigueur, d'établir une assemblée d'officiers; elle résolut donc qu'ils se réuniroient tous les mois poiu* examiner s'il n'y avoit point de relâchement dans la pratique des statuts, des exercices et des résolutions, qui composoient toutes les règles de sa conduite. On en lisoit d'abord quelques articles, et de suite en suite on les parcouroit tous pour juger s'ils étoient régulièrement observés. vSi l'on y remarquoit quelques manquements, le Supérieur en faisoit des mémoires. Il en avertissoit la Compagnie, et cette conduite qu'on a gardée jusqu'à la fin l'a maintenue dans la pureté de son esprit tout autant qu'elle a duré.
LaCompagnie d'Aix en Provence, fut établie dans cette même an-' née i638, et grand nombre de personnes de qualité y entrèrent, qui par leur autorité et parleur vertu ont produit de merveilleux biens, pour la gloire de Dieu, pour le secours despauvreSjdansl'étendue du Parlement.